08/01/2008

Le droit de vote accordé par peur de la contagion russe ...

Histoire :: L’influence de la révolution d’Octobre (1917) sur la Belgique
Le droit de vote accordé par peur de la contagion russe

La révolution russe enlève aux supers riches terres et usines en 1917. Moins connue est l’influence de la révolution sur nos droits sociaux.

Herwig Lerouge
31-10-2007

La lutte pour les trois huit, 8 heures de travail, 8 heures de loisirs, 8 heures de repos est le fait de la mobilisation ouvrière et syndicale en Belgique. Mais aussi de l’influence et du prestige de l’Union Soviétique et des communistes. (Illustration : De Roos op de revers, Amsab)

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Dès les lendemains de la révolution russe d’Octobre, la peur de la contagion révolutionnaire, de la contagion rouge gagna les puissants d’Europe. À tel point qu’ils durent concéder des réformes sociales qu’ils avaient farouchement refusées jusque-là.

Ainsi dans notre pays, on peut dire que trois grèves générales furent nécessaires en 1893, 1902 et 1913, mais surtout la Révolution d’Octobre pour que les travailleurs (pas encore les travailleuses) obtiennent en 1919 enfin le plein droit de voter au suffrage universel.

Le jour suivant l’armistice du 11 novembre 1918 et la fin de la guerre, le roi des Belges, Albert I, convoquait au village de Loppem le parti libéral, le parti catholique et le Parti ouvrier belge, l’ancêtre du Parti socialiste, pour discuter des mesures à prendre en vue d’assurer l’ordre une fois les soldats démobilisés. En effet, la panique parmi les bourgeois était grande et elle s’était encore accrue suite à la création de conseils révolutionnaires de soldats allemands à Bruxelles. À l’image de ceux qui se créaient un peu partout en Allemagne inspirés par la révolution d’Octobre. Et ceux-ci étaient soutenus par une partie de la population belge.

Le roi et les partis politiques étaient inquiets, il s’agissait de calmer le jeu. La réunion de Loppem décida de faire entrer deux ministres socialistes au gouvernement et d’installer le suffrage universel pour les hommes sans révision préalable de la Constitution. Le grand promoteur de cette opération était le plus grand banquier de Belgique, Émile Francqui, le directeur de la toute-puissante Société Générale. Ce fut la première manifestation concrète de l’aide que pouvait apporter le nouvel État socialiste russe au combat social de la classe ouvrière dans les pays européens.

Il a fallu une nouvelle grève générale en 1919 et la peur de la contagion révolutionnaire pour qu’en 1921 soit introduite la journée des 8 heures et la semaine des 48 heures. C’était une revendication pour laquelle étaient déjà tombés sous les balles de la police des dizaines d’ouvriers à travers le monde.

Même les livres d’histoire l’admettent : en 1918, en Belgique, l’attitude de la bourgeoisie était déterminée dans une large mesure par la crainte de voir les travailleurs « suivre d’une façon ou de l’autre l’exemple russe 1 ».

 

1 J.Bartier, La politique intérieure belge (1914-1940), Bruxelles, 1953, t. 4, p. 47. Cité dans Claude Renard, Octobre 1917 et le mouvement ouvrier belge, 1967, Éditions de la Fondation Jacquemotte, Bruxelles, p. 63

Extraits du discours prononcé par Herwig Lerouge à l’occasion du 90e anniversaire de la révolution d’Octobre célébré au Centre international à Bruxelles le 20 octobre dernier. Le discours complet est consultable sur www.wpb.be

> Aux origines du Parti communiste belge

15:24 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles, Belgique dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : courcellles, romain, belgique, histoire, capitalisme, demcratie, liberte, politique, presse, silence, communisme, oppression capitaliste, europe, urss, revolution | |  Facebook | |  Imprimer | | |

13/11/2007

31/10/2007: Histoire :: L'’influence de la révolution d'’Octobre (1917) sur la Belgique. Aux origines du Parti communiste de Belgique ...

Histoire :: L'’influence de la révolution d'’Octobre (1917) sur la Belgique
Aux origines du Parti communiste de Belgique

En 1917 se constitue en Russie un nouvel État socialiste dirigé par un parti communiste. Dans la foulée des partis communistes fleurissent dans le monde et en Belgique.

Herwig Lerouge
31-10-2007

En décembre 1917, une coalition internationale dirigée par la France et l’Angleterre envahit la Russie et provoque une guerre civile sanglante aux côtés des contre-révolutionnaires dirigés par les anciens officiers tsaristes. Cette guerre va durer jusqu’en 1922.

Les dirigeants du Parti ouvrier belge (POB, ancêtre du Parti socialiste) se trouvent dès le début du côté de la contre-révolution. Jules Destrée, un des dirigeants du POB, haïssait la Révolution d’Octobre. Il parlait de Lénine comme d’un « homme quelconque où il y aurait eu du Mongol et du Boche » (boche est un mot péjoratif pour désigner les Allemands pendant la première guerre mondiale, ndlr). La révolution n’avait d’ailleurs aucune chance de réussir selon lui car le « Russe n’était que le fils d’un alcoolique, le petit-fils d’un esclave et le descendant d’un barbare d’Asie ». Devenu ambassadeur de Belgique au Japon en 1919, il plaida auprès des autorités japonaises pour qu’elles interviennent militairement contre la révolution russe aux côtés des Anglais et des Français.

Émile Vandervelde, le président du POB, était lui convaincu que la révolution devait échouer car « les travailleurs russes étaient pour la plupart illettrés ». Durant toute la guerre civile (1917-1922) le journal du POB, Le Peuple, a mené une campagne violente contre la Révolution d’Octobre et les autres révolutions en Europe.

À partir de 1917, au sein du POB, des militants belges se dressent contre la ligne officielle du parti. Certains se battaient, en Russie, du côté des bolcheviks, tel ce forgeron de Mons, Frédéric Legrand (voir encadré). Il avait été envoyé pendant la guerre avec d’autres ouvriers belges dans les usines d’armement en Russie. Il y rencontre Julien Lahaut, soldat à l’époque, qui deviendra plus tard le dirigeant du Parti Communiste.

Dans le POB même, tant en Flandre qu’à Bruxelles et en Wallonie, la gauche s’opposait à Vandervelde. Le « Vredesgroep » (Groupe Paix, ndlr) de Gand réclamait en 1918 la fin de la guerre et la solidarité avec la Révolution d’Octobre.

Quand les soldats allemands se mutinaient contre leurs officiers et créaient à Bruxelles un conseil révolutionnaire de soldats, à l’exemple de ce qui se passait en Allemagne, des militants du POB et des Jeunes Gardes socialistes se joignaient à eux. Parmi eux Joseph Jacquemotte, président du syndicat des employés (le futur Setca) et futur dirigeant du Parti Communiste qui créa le journal l’Exploité dans le but de regrouper la gauche du POB.

En 1919, Lénine crée l’Internationale communiste, la Troisième Internationale, pour remplacer l’Internationale des sociaux-démocrates, qui avait trahi tous les idéaux socialistes. Elle allait servir de pôle d’attraction à tous les groupes restés révolutionnaires. Et c’est en 1921 que fut finalement aussi fondé le Parti communiste de Belgique, affilié à la Troisième Internationale.

Extraits du discours prononcé par Herwig Lerouge à l’occasion du 90e anniversaire de la révolution d’Octobre célébré au Centre international à Bruxelles le 20 octobre dernier. Le discours complet est consultable sur www.wpb.be

> Le droit de vote accordé par peur de la contagion russe

Les 300 Belges de la révolution russe

Au moment de la révolution, des centaines d’ouvriers belges, envoyés par la Belgique dans le cadre de son alliance avec la Russie, travaillaient dans les usines d’armement de Moscou. Parmi eux, Frédéric Legrand, un forgeron montois. Celui-ci va rejoindre, avec 300 de ses collègues, les rangs des bolcheviks et prendre une part active aux évènements aux côtés de ses 300 collègues. Il sabote des automitrailleuses envoyées par la Belgique de crainte qu’elles ne servent contre les communistes. Il participe à la prise du Palais d’Hiver avant d’aller combattre sur le front d’Ukraine pendant la guerre civile.

À ceux qui lui demandaient pourquoi avoir tant fait pour un pays étranger, Legrand répondait : « Je fais du zèle parce que les ouvriers de l’Union Soviétique ont été les premiers à instaurer le pouvoir ouvrier et à édifier le socialisme ».

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22:14 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles, Belgique dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : capitalisme, europe, solidarite, belgique, courcelles, romain, histoire, actualite, urss, communisme, presse, silence, politique | |  Facebook | |  Imprimer | | |

04/09/2006

03/09/2006: La « guerre au terrorisme », nouvelle mission de l'OTAN


De : mannekenpeace@yahoogroupes.fr [mailto:mannekenpeace@yahoogroupes.fr] De la part de Roland Marounek
Envoyé : dimanche 3 septembre 2006 13:46
objet : [mannekenpeace] Réseau Voltaire : La « guerre au terrorisme », nouvelle mission de l'OTAN

 

Alliance militaire autour des États-Unis
La « guerre au terrorisme », nouvelle mission de l’OTAN

Cédric Housez
1er septembre 2006
Réseau Voltaire

Chargée de protéger les pays occidentaux face au bloc soviétique, l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) aurait dû disparaître avec la Guerre froide. Au lieu de cela, elle s’est élargie et, pour justifier de son existence, s’est défini un nouvel ennemi : « le terrorisme international ». La guerre du Kosovo, contre la Serbie, a créé un précédent sur la possibilité d’attaquer sans accord de l’ONU un pays ne constituant pas une menace. Elle fut bientôt suivie, hors du continent européen, par l’attaque de l’Afghanistan. Au nom de la « guerre au terrorisme », l’Alliance atlantique place peu à peu les armées de ses pays membres en ordre de bataille.

http://www.voltairenet.org/article141387.html

Lors du débat précédant le référendum sur le traité constitutionnel européen en France, on vit certains adversaires du texte déplorer que ce traité lie explicitement la défense européenne à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) dans son article I-41. Certains responsables politiques exprimèrent alors leur crainte de voir une Europe dépendant indéfiniment de l’armée états-unienne. Toutefois, ces réticences ne furent pas centrale dans la campagne référendaire. Il s’agit pourtant d’une des rares occasions où la permanence de l’Alliance atlantique malgré la fin de la Guerre froide fut contestée. En effet, bien qu’elle ait perdu a priori sa raison d’être avec la fin de la Guerre froide, l’Alliance atlantique ne cesse de s’accroître et la question de sa dissolution ne semble pas être médiatiquement un débat acceptable. Dans le même temps, on voit les thuriféraires de l’alliance de l’Europe et des États-Unis poursuivre sans relâche leur défense d’une structure dont ils ont redéfinis les rôles.

Une alliance sans adversaire

On prête à Lord Ismay, premier secrétaire général de l’OTAN, la citation suivante concernant le rôle de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord : « Garder les Américains à l’intérieur, les Russes à l’extérieur et les Allemands en-bas. » 1 Cette phrase illustre la fonction duale de l’alliance militaire. Si celle-ci se présentait uniquement, durant la Guerre froide, comme un moyen d’assurer la sécurité de l’Europe occidentale contre la menace soviétique, cette organisation fut également la structure au travers de laquelle Washington put peser politiquement en Europe sur ses vassaux européens. Cette ingérence politique états-unienne s’embarrassa rarement de scrupules et passa même parfois par des méthodes terroristes 2.

Le 1er juillet 1991, l’auto-dissolution du Pacte de Varsovie, pendant de l’OTAN dans le Bloc de l’Est, mettait fin à la raison d’être officielle du traité de l’Atlantique Nord. Pourtant, aujourd’hui, l’OTAN existe toujours et est même dans une phase d’extension. Comprenant 12 membres lors de sa création le 4 avril 1949 3 et 16 membres lors de la dissolution du pacte de Varsovie 4, l’alliance atlantique en compte désormais 26. Les nouveaux membres faisaient autrefois partie du Pacte de Varsovie et certaines sont même d’ex-Républiques soviétiques 5. À ce chiffre ont pourrait presque ajouter une partie des 20 membres du Partenariat pour la Paix, structure d’associations entre l’OTAN et certains États servant parfois d’antichambre à l’adhésion.

Mais dès lors que le monde bipolaire n’existe plus, comment expliquer et justifier auprès des populations cet élargissement sans fin ? Comment même justifier la permanence de cette organisation militaire permettant aux États-Unis d’exercer un poids militaire en Europe ? En effet l’OTAN ne peut plus afficher un adversaire comparable à l’URSS de naguère pour justifier des déploiements de bases et et d’une ingérence politique. Les dirigeants atlantistes ont donc dû réinventer une nouvelle doxa présentant cette structure comme indispensable.

Stabiliser l’Europe au nom du « Bien »

Les conflits consécutifs à la dislocation de la Yougoslavie furent l’occasion pour l’Alliance atlantique d’agir sur un théâtre d’opération européen. D’abord en mettant en place une flotte dans l’Adriatique afin d’assurer l’embargo sur les armes aux belligérants lors de l’opération Sharp Gard, puis, à partir de 1995, en mettant en place une force de maintien de la paix en Bosnie-Herzégovine.

Durant ces opérations, on vit se développer une rhétorique prétendant que l’Europe était incapable d’assurer la sécurité sur son propre sol sans l’aide des États-Unis - une aide exercée dans le cadre de l’OTAN. Ces arguments s’accompagnèrent de la construction d’un discours sur l’importance nouvelle des actions militaires humanitaires. D’après cette rhétorique, du fait de l’éclatement de l’ex-bloc soviétique, les anciens équilibres étaient rompus et on assistait à de nouveaux conflits, opposants souvent les populations d’un même État entre eux. Du fait de la fin du monde bipolaire, il était également, enfin, possible d’intervenir dans certains pays où le pouvoir politique s’attaquait à sa propre population. On vit naître les concept d’État en déliquescence (« failed state ») et de « devoir d’ingérence » : quand un État était devenu incapable de protéger ses citoyens ou quand il organisait lui même leur extermination, il était du devoir de la communauté internationale d’intervenir, relevant de leurs fonctions en quelques sorte les autorités coupables ou incompétentes.

Ce sont ces arguments qui furent utilisés pour justifier le bombardement de la Serbie par l’OTAN en 1999. Se basant sur une propagande faisant des nationalistes serbes et du président Slobodan Milosevic les seuls responsables de massacres ethniques, dont on exagéra alors l’importance, l’OTAN déclencha une « guerre humanitaire » dont l’objectif affiché était l’arrêt de ce qui était présenté comme un « génocide ». L’OTAN mena cette attaque sans changer ses statuts mais en agissant ainsi elle changea de nature. En effet, l’organisation n’est sur le papier qu’une alliance défensive chargée de la sécurité de chacun de ses membres. En attaquant la Serbie, elle se transformait de facto en une coalition agressive se reconnaissant le droit d’attaquer un État souverain sans l’accord du Conseil de sécurité de l’ONU. Mais maniant les arguments moraux et s’appuyant sur un discours opposant la lutte des démocraties occidentales face à la dictature et utilisant la rhétorique du « droit d’ingérence », elle parvint à faire accepter 78 jours de bombardements illégaux comme une victoire de la justice sur la barbarie. Accusant les opposant au conflit d’être des partisans de « la grande Serbie » ou des complices de la barbarie, les propagandistes atlantistes parvinrent à museler ceux qui les contestaient et à détourner les citoyens européens de la vraie question que posait la transformation de l’OTAN. Bien que rares aient été les thuriféraires de l’alliance à aller aussi loin, l’OTAN fut globalement présentée comme une alliance militaire au service du « bien » et de la stabilité en Europe. Cet argument sert encore à justifier les adhésions des pays de l’Europe orientale.

Encore aujourd’hui, chaque extension de l’OTAN est présentée positivement au nom de la démocratie. Chaque nouvelle adhésion est l’occasion pour les dirigeants atlantistes de rappeler l’attachement aux « valeurs communes » euro-atlantiques et de présenter l’adhésion du nouvel État comme l’assurance de stabiliser la démocratie dans ce pays. Exemple saisissant de cette logique, la Serbie, qui a été victimes de bombardements illégaux et qui a été victime de crimes de guerre commis par l’Alliance, voit désormais son statut démocratique jugé à l’aune de ses relations avec l’OTAN. Après avoir été la victime de l’Alliance atlantique, la Serbie réclame aujourd’hui l’adhésion au Partenariat pour la Paix, ce qui est présenté comme une preuve de l’évolution démocratique du pays 6.

Toutefois, l’argument de la pacification et de la stabilisation de l’Europe n’est plus aussi central depuis le déclenchement de la « guerre au terrorisme ». Le 11 septembre 2001 a ouvert la voie à une nouvelle justification de l’existence de l’OTAN, prémisse d’un nouvel accroissement de ses compétences.

L’OTAN face aux « nouvelles menaces »

Les attentats de New York et de Washington le 11 septembre 2001 offrirent une nouvelle réponse à la question de l’utilité de l’OTAN. En effet, suite aux attentats et en pleine émotion suscitée par les images des tours jumelles s’effondrant, les pays de l’alliance atlantique se sont déclarés prêt à agir en soutien des armées états-uniennes. Ils invoquèrent l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord. Ce texte stipule qu’« une attaque armée contre l’un ou plusieurs des pays alliés, en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque contre tous les alliés ». C’est en vertu de l’application de ce traité que les forces de l’OTAN, participèrent à l’attaque de l’Afghanistan et au renversement du régime, remplacé par celui d’Hamid Karzaï, suivant les affirmations de Washington sur l’implication du gouvernement afghan dans les attentats.

Cette attaque fut la première organisée en dehors d’Europe. Après l’attaque de la Serbie créant une jurisprudence sur la possibilité pour l’OTAN d’attaquer un pays ne représentant pas une menace et d’agir sans accord de l’ONU, l’attaque de l’Afghanistan ouvrait encore davantage le cadre d’action de l’Alliance atlantique en ne limitant plus son action à l’Europe et à l’Amérique du Nord. Mais, plus important encore, elle faisait entrer l’Alliance atlantique de plein pied dans « la guerre au terrorisme ». Cette dernière fut même présenté, dès lors, comme la nouvelle raison d’être de l’organisation. L’ex-ambassadeur états-unien à l’OTAN, R. Nicholas Burns, s’en réjouit notamment dans une tribune publiée par l’International Herald Tribune en octobre 2004 7.

L’Alliance adopta la rhétorique bushienne sur le terrorisme, cessant de le faire apparaître comme une méthode, utilisée par certains groupes armés ou par des États, pour le présenter comme un adversaire en soi et l’assimiler à l’extrémisme islamiste. Partant du principe que chaque pays de l’alliance pouvait être désormais victime du terrorisme et que la réponse adéquate au terrorisme était d’ordre militaire, l’alliance pu construire un discours légitimant sa permanence fondée sur la lutte « nécessaire » contre « le terrorisme » menaçant « la démocratie ». L’OTAN utilisa donc la même justification que le Pentagone pour obtenir l’augmentation de ses budgets et souscrit au concept de « Choc des civilisations ».

Rappelons le : le « Choc des civilisations » développé par Samuel Huntington n’est pas une simple théorie sur l’évolution des relations internationales, c’est une idéologie qui a été construite progressivement dans les années 90 pour offrir un ennemi de remplacement à l’URSS et justifier le maintien, puis le développement, des fonds alloués au complexe militaro-industriel. Aujourd’hui, rares sont les analystes et experts médiatiques des relations internationales qui rejettent cette analyse. L’ancien conseiller de sécurité nationale du président états-unien Jimmy Carter, Zbigniew Brzezinski, est aujourd’hui l’un des rares à contester cette vision du monde qu’il considère comme contre-productive pour les intérêts états-uniens 8.

La théorie du « Choc des civilisations » offre la vision d’un complot islamique mondial à la dangerosité égale, voire supérieure, à celle du Bloc soviétique et justifie des interventions militaires dans les zones comprenant les derniers stocks importants d’énergies fossiles 9. En effet, selon Washington la plus grande menace actuelle pour les pays occidentaux seraient l’acquisition par « les terroristes » d’« armes de destruction massive » qui pourraient leur être donner par des États hostiles. Tout comme de parler de « terroristes » comme de membres d’un groupe globalement unifié, parler d’armes de destruction massive est un non-sens. Cette expression désigne en effet à la fois des armes chimiques, comme les gaz de combats, et des armes nucléaires. Si elles peuvent susciter une peur équivalente pour une population mal informée, il ne s’agit toutefois pas du tout des mêmes armes et la réponse à apporter n’est absolument pas la même. Toutefois, la lutte pour empêcher ces armes de tomber entre de « mauvaises mains » est un slogan mobilisateur, rarement remis en cause.

Construisant un complot islamique mondial pouvant frapper n’importe où, cet axe de propagande justifie le maintien de dépenses militaires élevées et le déploiement important de troupes dans les zones « soupçonnées » de devenir des « repaires » de terroristes. Elle permet également de justifier de menacer des pays accusés de vouloir donner des armes mortelles aux groupes terroristes.

Cette explication des relations internationales a eu un succès fou dans les médias dominants européens et notamment en France. En effet, cette vision du monde a permis de justifier le rejet des revendications égalitaires des populations issus des anciennes colonies, assimilés aux musulmans, en faveur de plus d’égalité avec les Français dits « de souche » 10. Le mythe du grand complot musulman sert de béquille à une idéologie coloniale devenue difficilement affichable.

Dans ce contexte, l’OTAN n’eut aucun mal à justifier son maintien et elle a même revendiqué, en Europe, de jouer un rôle de premier plan dans la « guerre au terrorisme ». Ainsi, le secrétaire général de l’OTAN, le chrétien-démocrate néerlandais, Jaap de Hoop Scheffer, a insisté lors d’un discours prononcé à New York en novembre 2004, devant le Council on Foreign Relations, sur la pertinence de l’analyse états-unienne du terrorisme, sur la nécessité pour l’Europe d’y souscrire et sur le rôle que l’OTAN avait à jouer dans ce combat 11. Récemment, au nom de la « guerre au terrorisme », les forces de l’OTAN se sont déployées en Allemagne pour s’assurer qu’aucun attentat ne frappe la Coupe du monde de football. Ce déploiement, rarement commenté dans la presse européenne, a suscité la joie de l’analyste néoconservatrice du Wall Street Journal, Melanie Kirkpatrick, qui y a vu un signe de la dimension « globale » que prenait l’alliance 12. En effet, en adoptant comme préoccupation principale la lutte contre « le terrorisme », l’alliance a ouvert la voie à une redéfinition de son organisation.

Face à de nouveaux enjeux, une redéfinition de l’organisation

Toutefois, si la définition d’un nouvel ennemi a été effectué avec brio et que le rôle de l’OTAN dans cette lutte est souligné par ses partisans, il ne suffit pas de justifier qu’il faille plus de moyens à l’alliance atlantique, il faut le faire accepter aux dirigeants européens. Or, si les chefs d’États et de gouvernements d’Europe occidentale souscrivent généralement à la problématique de la « guerre au terrorisme » dans leurs discours et reconnaissent éventuellement le rôle que l’OTAN pourrait jouer dans la lutte contre le « terrorisme international », ils rechignent dans les négociations à accorder les moyens qu’exige l’alliance. C’est ce qui ressortit notamment de la pompeuse cérémonie qu’organisa l’OTAN en février 2004 pour célébrer l’adhésion de ses nouveaux membres.

Les dirigeants européens s’expriment peu sur leur manque d’enthousiasme à soutenir les réformes voulues par Washington afin de faire des troupes de l’OTAN de bons supplétifs de l’armée états-unienne mais, aux États-Unis, cette situation agace. C’est ce que ne manqua de noter l’analyste conservateur du Washington Post, Jim Hoagland 13, espérant toutefois que les difficultés intérieures rencontrées par l’actuel gouvernement français et le départ de Gerhard Schröder de la chancellerie allemande ouvrirait une période favorables aux projets états-uniens.

Il faut toutefois noter que les thuriféraires traditionnels de l’Alliance atlantiques commentent peu les réformes militaires que l’OTAN doit engager. On rappelle qu’il est nécessaire que les différentes armées de l’Alliance conservent une « compatibilité » et que cela nécessite des « adaptations » des armées des pays membres, mais on ne s’étend pas. En effet, en développant trop ces questions on risquerait d’être obligé d’admettre que la « compatibilité » des forces militaires est l’expression politiquement correcte pour désigner l’obligation faite aux membres de l’OTAN d’acheter du matériel militaire états-unien et apparenterait trop les négociations de l’alliance à un racket du complexe militaro-industriel. Lockheed Martin n’est-il pas le fondateur, via son vice-président Bruce P. Jackson, du Comité états-unien pour l’élargissement de l’OTAN (US Committee to Expand NATO) 14 ? Toutefois, rares sont les responsables favorables à l’OTAN à souligner cette dimension. Les réactions dans l’opinion à l’achat par la Pologne de quarante-huit F16 avec des fonds européens en décembre 2002 ont démontré qu’il s’agit d’un sujet sensible.

Les soutiens de l’OTAN préfère éluder le sujet en parlant de la nécessité de développer l’action de l’Alliance dans certaines zones du monde d’où elle est absente, au nom de la « guerre au terrorisme », laissant de côté les aspects « techniques » que de tels déploiements impliquent.

Ainsi, R. Nicholas Burns, dans la tribune de l’International Herald Tribune citée plus haut, se réjouissait de l’implication de l’OTAN dans la formation des troupes irakiennes par la Coalition d’occupation, demandait que des efforts se poursuivent dans ce sens et se contentait d’appeler à ce que l’alliance « s’adapte » à ces nouvelles missions. Lors de la première visite que Jaap de Hoop Scheffer a mené dans les pays du Golfe, la problématique développée était la même. Lors d’une conférence sur le rôle de l’OTAN dans le Golfe arabo-persique organisée conjointement par l’OTAN et la Rand Corporation, l’auteur a présenté les évolutions de l’Alliance et appelé au partenariat avec les États du Golfe. M. De Hoop Scheffer a loué la collaboration de ces pays et de l’Alliance atlantique au sein de l’Initiative d’Istanbul et l’a justifiée au nom des évolutions géopolitiques et des transformations des régimes locaux. Ainsi, il plaçait l’OTAN comme une organisation soutenant les réformes démocratiques régionales (utilisant les mêmes arguments que pour justifier les adhésions des pays de l’Est) et étendant sa protection (bienveillante) aux nations en voie de démocratisation face à la nouvelle menace globale que serait le terrorisme international.

Présenter l’alliance comme une organisation regroupant les démocraties contre le terrorisme nécessite également de repenser les adhésions. Ainsi, l’ancien président du gouvernement espagnol, José-Maria Aznar, qui est avec Vaclav Havel l’un des deux principaux responsables européens du courant néo-conservateur, a fait publier par son think tank, la Fundación para el análisis y los estudios sociales, un rapport réclamant un élargissement de l’OTAN à l’Australie, au Japon et à Israël afin de faire participer ces pays plus efficacement à la lutte contre le terrorisme 15. L’OTAN deviendrait ainsi officiellement une « alliance des démocraties ». Bien que cet argument soit souvent entendu, il est pourtant historiquement faux. Le Portugal de Salazar en fut un membre fondateur, la Grèce du régime des colonels y eut toute sa place et, via le réseau stay behind, l’alliance participa à différentes tentatives de déstabilisations d’États membres ou de coups d’État. Il est vrai que l’Espagne n’adhéra formellement à l’alliance qu’en 1982, après la démocratisation espagnole. Toutefois, l’alliance ne fit rien pour soutenir cette démocratisation et mis tout son poids pour empêcher les communistes espagnols de trop peser sur le processus démocratique. M. Aznar demandait également, comme Jaap de Hoop Scheffer, un renforcement du poids de l’OTAN dans la « guerre au terrorisme », c’est à dire, concrètement, un renforcement des capacités d’ingérence politique des États-Unis en Europe.

La possible adhésion d’Israël à l’OTAN trouva un second souffle avec le développement de la crise iranienne. Ainsi, lors de la 42e conférence annuelle sur la politique de sécurité, qui s’est tenue à Munich les 4 et 5 février 2006, les trois cents participants ont évoqué l’élargissement de l’OTAN et la crise iranienne 16. A priori, on ne voyait pas trop le lien imaginé par les organisateurs de la Conférence entre l’élargissement et la crise iranienne. Mais l’explication de texte avait été donnée juste avant par M. Aznar lors d’une présentation préparée par George Schultz à la Hoover Institution, puis dans une tribune publiée par le Wall Street Journal : l’OTAN devrait avoir pour mission de coaliser les États occidentaux ou occidentalisé pour vaincre le jihad en général (comprendre l’islam) et l’Iran en particulier. L’adhésion d’Israël à l’Alliance créerait une obligation à tous les autres États membres de porter secours à l’État juif s’il était attaqué par l’Iran, même en légitime défense.

Cette conférence intervenait un an après que M. Jaap de Hoop Scheffer soit le premier secrétaire général de l’OTAN à se rendre en Israël, suscitant sur place un débat sur l’utilité pour Israël de rejoindre l’OTAN. Depuis, cette question revient régulièrement.

Une question en appelant une autre, la transformation de l’OTAN en une grande alliance militaire des démocraties, ou du moins des régimes considérés comme tel à Washington, pourquoi ne pas faire de l’OTAN un substitut à l’ONU ? Si on considère que la démocratie est le seul régime acceptable, alors l’OTAN, qui les regroupe, devient la principale organisation légitime. Cet argument est encore peu développé, l’extension étant encore en marche, mais on le voit poindre épisodiquement dans les projets et discours des cercles atlantistes. Condoleezza Rice, comme Madeleine Albright avant elle, encourage régulièrement à la constitution d’organisation rassemblant, sous la direction des États-Unis, toutes les « démocraties » du monde. De son côté, Victoria Nuland, ambassadrice états-unienne auprès de l’OTAN et épouse du théoricien néo-conservateur Robert Kagan, a appelé dans le quotidien français Le Monde à une refonte de l’Alliance tout en se montrant floue sur la nature des transformations à mener. Toutefois, bien que l’ambassadrice ne fasse aucune proposition concrète, son texte révèle le projet états-unien pour l’OTAN. En demandant que l’Alliance atlantique devienne le lieu de rassemblement des démocraties et agisse dans le domaine militaire, humanitaire mais aussi dans le domaine économique (afin d’assurer la prospérité de ses membres), Mme Nuland substitue l’OTAN à l’ONU 17.

Toutefois, ces projets de transformations, même s’ils sont dans les têtes des dirigeants atlantistes ou états-uniens ne sont encore que des projets lointains et l’Alliance reste, pour l’instant, avant tout une organisation militaire servant à l’ingérence états-unienne en Europe, se légitimant par la lutte contre le terrorisme et servant également, comme lors de sa création, à laisser la Russie « dehors ». Ainsi, dans un texte largement diffusé dans les médias internationaux par le cabinet Project Syndicate et par le Council on Foreign Relations, le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld a déclaré : « Aujourd’hui, notre attention se porte sur l’Irak et l’Afghanistan. Mais dans les années à venir, nos priorités changeront. Et ce que nous serons peut-être amenés à faire à l’avenir sera probablement déterminé par les choix que feront d’autres entités. Prenons l’exemple de la Russie […]. La Russie est le partenaire des États-Unis en matière de sécurité et nos relations, dans l’ensemble, sont bien meilleures qu’elles ne l’ont été depuis des décennies. Mais par certains côtés, la Russie s’est montrée peu coopérante et a utilisé ses ressources énergétiques comme une arme politique, par exemple, et a résisté aux changements politiques positifs se produisant chez ses voisins. » L’auteur pointait également la Chine comme adversaire potentiel.

Il s’agit là d’une reprise de la doctrine Baker, du nom de James Baker, l’ancien secrétaire d’État de George Bush père, qui voyait dans l’extension vers l’Est de l’OTAN un moyen d’empêcher toute reconstruction d’un adversaire russe. M. Rumsfeld adapte cette stratégie à l’idéologie du Choc des civilisations qui fait des puissances asiatiques russes et chinoises les adversaires à vaincre après en avoir fini avec « l’islamisme ».

Cédric Housez
Spécialiste français en communication politique, rédacteur en chef de la rubrique « Tribunes et décryptages ».


Notes

1 Citation originale : « Keep the Americans in, the Russians out and the Germans down. »

2 « 1980 : carnage à Bologne, 85 morts », Voltaire, 12 mars 2004.
http://www.voltairenet.org/article12840.html

3 Belgique, Canada, Danemark, États-Unis, France, Islande, Italie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni.

4 Les 12 signataires originels furent rejoints par la Grèce et la Turquie (1952), la République fédérale d’Allemagne (1955) et l’Espagne (1982).

5 La République tchèque, la Pologne et la Hongrie ont rejoint l’OTAN en 1999 et la Bulgarie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Slovaquie et la Slovénie en 2004.

6 « Instaurer la paix et la stabilité dans les Balkans - 9. Relations avec la Serbie-et-Monténégro », services de presse de l’OTAN.
http://www.nato.int/docu/briefing/balkans/html_fr/balkans...

7 « The war on terror is NATO’s new focus », par R. Nicholas Burns, International Herald Tribune, 6 octobre 2004.
http://www.voltairenet.org/article15175.html#article15175

8 « Do These Two Have Anything in Common ? », par Zbigniew Brzezinski, Washington Post, 4 décembre 2005.
http://www.voltairenet.org/article132531.html#article132531

9 « La “Guerre des civilisations” », par Thierry Meyssan, Voltaire, 4 juin 2004.
http://www.voltairenet.org/article14101.html

10 « L’obsession identitaire des médias français », par Cédric Housez, Voltaire, 9 mars 2006.
http://www.voltairenet.org/article136361.html#article136361

11 Des extraits de cette interventions ont été reprise dans l’édition du 15 novembre 2004 du quotidien britannique The Independent sous le titre « Europe should wake up to the threat of terrorism ».
http://www.voltairenet.org/article15513.html#article15513

12 « NATO Goes Global », par Melanie Kirkpatrick, Wall Street Journal, 13 juin 2006.

13 « A Transformative NATO », par Jim Hoagland, Washington Post, 4 décembre 2005.
http://www.voltairenet.org/article132526.html#article132526

14 « Une guerre juteuse pour Lockheed Martin », Voltaire, 7 février 2003.
http://www.voltairenet.org/article9010.html

15 « La OTAN : Una allianza por la Libertad. Cómo transformar la Alianza para defender efectivamente nuestra libertad y nuestras democracias », Fundación para el análisis y los estudios sociales, décembre 2005. Voir à ce sujet « L’OTAN : Une alliance pour la liberté », par Cyril Capdevielle, Voltaire, 6 décembre 2005.
http://www.voltairenet.org/article131594.html#article131594

16 « Conférence de Munich : élargir l’OTAN à Israël et attaquer l’Iran », Voltaire, 8 février 2006.
http://www.voltairenet.org/article135315.html

17 « Nouveaux horizons pour l’OTAN », par Victoria Nuland, Le Monde, 7 décembre 2005.
http://www.voltairenet.org/article132527.html#article132527

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21:50 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles, Belgique dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualite, romain, histoire, courcelles, usa, urss, guerre, imperialisme, terrorisme, presse, silence, propagande, belgique | |  Facebook | |  Imprimer | | |

28/08/2006

28/08/2006: Bush, une politique de type fasciste - 70ème anniversaire du Front populaire

De : Antonio Artuso [mailto:pueblo@sympatico.ca]
Envoyé : lundi 28 août 2006 17:15
Objet : Bush, une politique de type fasciste - 70ème anniversaire du Front populaire

 

-- Original Message -----

From: Workers Party of Belgium

Sent: Monday, August 21, 2006 5:16 AM


Voici un texte très intéressant qui mérite d'être connu. Son auteur a fait deux interventions bien documentées sur le sujet au Séminaire communiste international (Bruxelles) en 2000 et 2006. Voir www.wpb.be/icm.htm.  Jean Pestieau - Parti du Travail de Belgique


 

70ème  ANNIVERSAIRE DU FRONT POPULAIRE :
APPRENDRE DU PASSÉ POUR LUTTER AU PRÉSENT !

Interview de Jean-Luc SALLE (*), Secrétaire général de l’URCF,
au Journal ALGER REPUBLICAIN  (**)
25 mai 2006
www.urc.net , urcf@wanadoo.fr



Quelles sont les sources du danger fasciste dans les années 30 ?

 Le fascisme  a constitué la réponse des cercles monopolistes les plus réactionnaires à la Révolution d’Octobre 17,  à l’existence dans ces années-là de l’URSS qui précisément achevait  la construction des bases économiques du socialisme et  enfin à  la peur  permanente du capital de la « contagion » révolutionnaire !

D’autres facteurs sont indissociables de la consolidation du fascisme et de sa poussée. La crise économique suite au krach de 1929 frappait l’ensemble du capitalisme, accentuant sa crise générale inaugurée en 1917, aiguisant les contradictions inter
- impérialistes. La   préparation de la guerre revenait au premier plan, tout d’abord contre l’URSS pour reconquérir l’immense marché perdu mais aussi pour organiser un repartage du monde, au détriment des États rivaux. Les forces du fascisme, allemand en tête, liées aux monopoles les plus bellicistes étaient celles qui se positionnaient clairement pour une politique d’agressions, pour une nouvelle déflagration mondiale afin de conquérir « l’espace vital » nécessaire à leur déploiement impérialiste, à la recherche du surprofit  pour l’oligarchie financière.

Le capitalisme en crise signifiait la paupérisation croissante du prolétariat, la ruine de beaucoup d’éléments des couches moyennes rurales et urbaines. Pour encadrer et limiter le mécontentement résultant de cette situation, le mouvement fasciste financé et orienté par les monopoles avait pour mission de  rallier ces  couches moyennes à la politique impérialiste par un « anti-capitalisme » verbal et de façade dirigé contre la finance « cosmopolite » au nom du rêve de la petite
- bourgeoisie d’un « capitalisme organisé », « défenseur des petits possédants contre les gros » !

Sur le plan politique, à cette époque, le mouvement ouvrier et les partis communistes bénéficiaient d’un grand capital de sympathies. Les partis fascistes visaient à briser par la « terreur blanche » les luttes de classes, le mouvement ouvrier et  gréviste, afin de faciliter la mise en œuvre de la stratégie de la  bourgeoisie monopoliste. L’oligarchie financière,  source matérielle du fascisme, considérait aussi comme obstacle à la réalisation de ses objectifs, la survivance des normes démocratiques
- bourgeoises qui « reconnaissaient » (non sans répressions et violences)  une relative liberté d’expression aux forces ouvrières et syndicales. Le fascisme, c’est l’instauration d’un régime de terreur étendu à toutes les forces démocratiques, afin que la collaboration de classes, le chauvinisme national barbare, la haine des « peuples inférieurs » deviennent  un mode de pensée obligatoire.

Démagogie sociale et nationalisme exacerbé telles sont les armes idéologiques du fascisme dans ces années-là, écrasement et suppression de toutes les libertés, tels sont les résultats de la politique fasciste !

Beaucoup d’historiens estiment que le danger fasciste était moindre en France, qu’en était-il en réalité ?

A l’exception louable et fondée d’Annie Lacroix
- Riz (***), l’historiographie française considère les groupes fascistes nationaux comme trop groupusculaires et caricaturaux pour avoir suscité un quelconque danger. Dans cette optique, le fascisme est un produit d’importation. Cette thèse, selon nous, n’est pas juste.  En France, l’oligarchie financière poursuivait les mêmes objectifs de classe que ses homologues alliées/rivales : écraser le mouvement ouvrier pour réaliser la baisse drastique des salaires, conjurer la révolution, satisfaire le maximum de profits. Le mouvement fasciste le plus puissant : « les croix de feu » constituait une organisation paramilitaire composée principalement d’anciens combattants. Le monopoliste Coty, l’une des  plus  grandes fortunes du pays, leur assurait, entre autres, des fonds importants en permanence. Les « croix de feu »  ciblaient les « affairistes », dénonçaient les scandales financiers (affaire Stavisky), le parlementarisme comme le «  régime des copains et des coquins ». Leur politique visait  à établir un exécutif fort. En 1934, ce groupe et ses alliés (plus de 2 millions de personnes) adoptèrent une stratégie de prise du pouvoir fondée sur un coup de force. En janvier des commandos fascistes avaient attaqué le siège de « l’Humanité » et avaient subi une défaite.  Le 6 février, les « croix de feu » marchèrent sur le Palais-Bourbon pour le prendre d’assaut en rééditant la marche victorieuse de Mussolini. Le PCF avait appelé à contre-manifester : « Tout doit être mis en œuvre dans les ateliers, sur les chantiers pour convaincre les ouvriers socialistes et confédérés (de la CGT réformiste de Jouhaux. Note JLS) de la nécessité d’un front unique puissant ». Les mots d’ordre étaient clairs : contre le danger fasciste et la vie chère !  Les manifestations et grèves du 8, 9, 12 février constituèrent de grandes journées de lutte contre le fascisme et brisèrent son offensive. L’hostilité et les réticences des dirigeants réformistes au front unique furent vaincues à la fois par la créativité des masses et par  l’aspiration grandissante à l’unité de combat. Le putsch rampant était anéanti mais le danger fasciste demeurait puisque ses racines sociales n’avaient pas été extirpées.

Quelles sont les composantes et les objectifs du Front Populaire ?

A danger international, riposte internationale ! L’Internationale Communiste allait après de riches débats en son sein aboutir à son VIIème Congrès  à définir la tactique appropriée pour battre le fascisme. Il s’agissait d’une tactique nouvelle pour réaliser une stratégie qui demeurait invariable : révolution socialiste dans les
États impérialistes, national - démocratique dans les pays colonisés.

Le fascisme est défini comme la dictature terroriste ouverte des monopoles les plus réactionnaires et bellicistes. Ce n’est pas, précisait Dimitrov dirigeant de l’Internationale, simplement une forme de substitution d’un gouvernement bourgeois par un autre mais une nouvelle forme de dictature du capital monopoliste.

Les objectifs tactiques des partis communistes et du mouvement ouvrier étaient revus à la lumière des nouvelles conditions objectives de luttes : l’alternative (provisoire) n’était  pas entre dictature du prolétariat ou démocratie bourgeoise mais entre fascisme ou défense/développement  des droits et libertés démocratiques.  « Détour » tactique qui visait à appliquer le concept léniniste de lien entre lutte pour la démocratie et lutte pour le socialisme mais détour nécessaire car les couches moyennes étaient attirées par la démagogie fasciste ce qui aurait isolé le prolétariat,  l’aurait livré à la terreur de l’oligarchie financière et permis ainsi la victoire fasciste.

L’Internationale définissait  les forces motrices du Front Populaire antifasciste : son ciment résidait  dans l’unité ouvrière, dans le front unique prolétarien. La classe ouvrière était la classe la plus intéressée à l’extirpation du danger fasciste mais pas la seule. Cette unité ouvrière acquise,  alors il était possible de jeter les bases d’une large alliance ouverte aux couches moyennes urbaines et rurales, aux intellectuels progressistes pour créer le Front Populaire antifasciste. Sur le plan politique, cela se traduisait par l’alliance tactique des partis communistes avec les partis sociaux-démocrates  et toutes les forces démocratiques.

Le programme de ce Front devait se fonder sur la lutte résolue et effective du danger fasciste, sur l’épuration de l’appareil d’
État des éléments factieux, l’extension des libertés démocratiques, la satisfaction des revendications sociales, l’amitié avec l’URSS pour combattre le danger de guerre. Bien sûr, cette tactique devait être liée stratégiquement au combat révolutionnaire pour le socialisme et constituait un nouveau mode de transition, l’expérience des démocraties populaires après 1945, illustra le bien-fondé de cette tactique d’union antifasciste.

Et en France ?

Le PCF joua un rôle pionnier dans l’élaboration pratique de la tactique de Front Populaire. Staline dira à Maurice Thorez : « vous avez trouvé une nouvelle clé pour ouvrir l’avenir ! ». Là aussi, le rôle des masses fut déterminant. L’aspiration à l’unité était remarquable mais n’aurait pas suffit sans l’intervention à la base des forces du travail. De 1934 à 1936, cette unité populaire se construisit dans les grèves, les manifestations contre le danger fasciste et la vie chère et eut raison des manœuvres dilatoires incessantes des directions réformistes plus que réticentes au front unique.

Une plate-forme commune fut signée entre PCF et SFIO, l’alliance fut étendue au parti radical, parti charnière de la IIIème République et qui influençait considérablement les couches moyennes. L’unité syndicale organique devint une réalité avec la fusion de la CGT et de la CGT-U résultat du combat unitaire permanent de cette dernière. Le poids politique de la classe ouvrière était considérablement renforcé. Aux élections législatives de 1936, le PCF popularisa son programme antifasciste  en trois axes principaux : la lutte contre l’oligarchie financière, base sociale du danger fasciste, la taxation du grand capital afin de satisfaire les revendications sociales, l’union populaire fondée sur des comités de base  dans les entreprises et dans les villages et villes. Le résultat, on le sait vit la victoire des forces démocratiques et la progression du PCF qui atteignit 15 % des suffrages exprimés.

Quels sont les conquêtes et acquis du Front Populaire ?

Avant même le second tour des élections législatives, la classe ouvrière entra en lutte pour la satisfaction de ses revendications, elle qui subissait depuis des années une lourde baisse des salaires.  En mai 1936, 120 000 métallos des usines  Renault, Hispano, Citroën, suivis par les travailleurs du bâtiment et des mines entrèrent en grève. Le mouvement allait se généraliser. Le PCF et »L’Humanité » appelèrent à amplifier la lutte qui se généralisa à l’ensemble du monde du travail.

Le nouveau gouvernement de Front Populaire dirigé par L. Blum (SFIO) dut sous la pression du mouvement gréviste négocier les « accords de Matignon » avec les syndicats et le patronat : hausse générale des salaires, conventions collectives, amélioration des conditions de travail. Dispositif enrichi par le vote à l’Assemblée Nationale des 40 heures de travail hebdomadaire et la reconnaissance des congés payés de deux semaines. Permettez-moi, une anecdote personnelle :  mon grand-père  m’a souvent conté l’émotion à son usine, les plus anciens pleuraient  et sa joie immense de ne pas aller au « turbin » durant quinze jours ! Citons aussi, de nombreuses créations artistiques comme « La vie est à nous » qui tracèrent avec sensibilité les grands combats du Front Populaire.

Bien sûr, dès relâchement de la lutte, la bourgeoisie monopoliste n’eut  de cesse de reprendre ce qu’elle a dû concéder contrainte et forcée. Les « 40 H. » ne furent pas appliquées durant des décennies et il fallut d’autres grèves pour les gagner !

La question coloniale n’est-elle pas un des échecs du Front Populaire ?

Le programme du Front populaire comprenait une seule phrase sur les colonies et appelait à la création d’une commission d’enquête parlementaire sur la situation politique, économique, « morale » des territoires colonisés. Le dirigeant bourgeois
Clemenceau disait que pour enterrer un problème, il fallait créer une commission ! La SFIO et les radicaux étaient des tenants déclarés du colonialisme. Leurs promesses consistaient à « humaniser » un système oppressif en accordant liberté d’expression, de la presse, et abrogation du code de l’indigénat. Aucune de ses promesses ne fut tenue. Le communiste Jean Barthel envoyé en Algérie constatait : «  A l’intérieur de la population indigène, le problème principal n’est pas fascisme ou antifascisme mais impérialisme ou anti-impérialisme ». Le régime colonial français n’avait rien à envier aux horreurs fascistes. Le VII ème  Congrès de l’Internationale avait tracé ainsi les perspectives du combat des peuples coloniaux : « Dans ces pays, la principale tâche des communistes est de travailler à la création d’un Front Populaire anti-impérialiste ».

Le PCF eut de grands mérites dans la mise en œuvre du front Populaire mais la montée du danger fasciste mit fin prématurément à la
bolchevisation du parti, à sa critique radicale de l’héritage du mouvement ouvrier français fait outre de sa grande combativité, de légalisme, de parlementarisme, de nationalisme.

Ces tendances lourdes ressurgirent dans le Front Populaire et dans la Résistance et furent d’ailleurs autocritiquées par  M. Thorez. Certaines déclarations furent contre-productives : au Congrès d’Arles (1937), l’affirmation selon  laquelle l’intérêt de l’Algérie réside dans l’union avec la France du Front Populaire (alors que la France restait une puissance coloniale
- impérialiste), les analyses théoriques sur la « nation algérienne en formation » (donc pas mûre pour l’indépendance !). Le léninisme fut insuffisamment assimilé pour développer une alliance de combat antifasciste et anti-impérialiste avec les peuples coloniaux qui avaient pourtant  le même ennemi : l’oligarchie financière française. Aurait été nécessaire en Algérie un  Front unique anticolonial qui passait  alors par une alliance avec l’Étoile Nord - Africaine de Messali Hadj et par des actions communes avec les nationaux - réformistes.

La thèse ancienne non critiquée de Jaurès sur « la mission historique universelle de la France » opérait. On n’avait pas rompu dans les faits  avec la thèse de la Seconde Internationale selon laquelle la métropole libère au préalable  la colonie ! Ne sous-estimait-on pas le caractère impérialiste de la France, en affirmant que l’indépendance des
États colonisés ferait le jeu du fascisme et de l’impérialisme allemand ? A cette question, l’URCF répond par l’affirmative.

Le front Populaire eut une fin peu glorieuse, quelles en sont selon-vous les causes ?

Dans l’histoire de l’humanité, le primat va aux formes de luttes extra
- parlementaires pour obtenir des avancées progressistes. La pression populaire baissa en intensité, après la victoire électorale. Dés lors, la SFIO (qui ne s’était ralliée au Front Populaire que sur la pression de ses adhérents)et  les radicaux eurent  pleinement, sous couvert de « pause », le loisir de s’adonner à la « gestion loyale du système capitaliste » selon le mot de Blum.

La trahison du Front Populaire espagnol par la « non-intervention » alors qu’hitlériens et fascistes italiens apportaient leur appui sanglant  à Franco était signe que SFIO et radicaux voulaient en finir avec leurs promesses de 1936. Ce fut l’URSS et les milliers de communistes français et du monde entier qui  engagés dans les Brigades Internationales portèrent le drapeau de l’internationalisme prolétarien, trahi une fois de plus par la social-démocratie.

Les combinaisons parlementaires se succédaient, orientant la France, toujours plus à droite. Le PCF lutta contre ce courant mais ne parvint pas à relancer les comités populaires de base, tant les traditions délégataires  étaient et restent fortes dans notre pays. Munich, l’interdiction du PCF la drôle de guerre, autant d’épisodes de la  trahison permanente  des « élites » bourgeoises. La chambre du front Populaire, moins les votes  des députés communistes et quelques rares socialistes finira par accorder les pleins pouvoirs à Pétain ! A ceux qui se passionnent pour les enjeux électoraux, l’histoire se charge de rappeler que ce sont bien les masses en action qui font l’histoire, que tout relâchement dans les luttes conduit les parlementaires même de « gauche » à trahir les engagements pris  alors que s’exerçait la pression populaire !

Beaucoup d’observateurs trouvent des analogies entre aujourd’hui et la période des années 30, êtes-vous d’accord avec cette vision ?

Oui. La politique de guerre de l’administration Bush est une politique internationale de type fasciste. Le nouvel Ordre mondial Impérialiste ressuscite la colonisation sous d’autres formes dans les 
États du « Tiers - Monde ». La fascisation des institutions bourgeoises, partout, bat son plein : télé - surveillance ; vigie - pirate avec le déploiement de l’armée ; état d’urgence en France avec la réactivation d’un décret colonial ; restriction drastique des libertés démocratiques sous couvert de « lutte contre le terrorisme » ; loi CESEDA qui discrimine les populations  et instaure un apartheid « à la française » avec l’ « immigration choisie ». Enfin, toute politique de fascisation nécessite l’anticommunisme, c’est le cas avec le « rapport Lindbläd » qui appelle au reniement révisionniste des communistes sous peine d’interdiction.  Cette criminalisation de  communisme développe un véritable maccarthysme en Europe. On voit que la lutte contre la « bête immonde » est plus que jamais d’actualité. Prenons garde aussi aux formes nouvelles de fascisation. La dictature des monopoles a depuis longtemps liquidé les traits principaux de la démocratie bourgeoise. Partout, l’oligarchie s’appuie sur des exécutifs « forts » dotés d’immenses pouvoirs, organisant l’alternance entre néo-libéraux et sociaux - libéraux, sans risque pour le système d’exploitation comme en Italie avec Berlusconi/Prodi, aux États - Unis avec démocrates/républicains, en France avec Sarkozy/Ségolène Royal.

Le néo-libéralisme, c’est à dire la stratégie mondiale des monopoles  crée une véritable terreur économique en liquidant tous les acquis liés à la victoire sur le fascisme, en paupérisant les travailleurs du monde entier. Un vaste Front populaire est nécessaire pour défendre et développer   les droits démocratiques et sociaux, contre le néo-libéralisme et  la politique de guerre de l’impérialisme. Enfin, il est important de combattre pour  le droit inaliénable de chaque peuple à choisir librement sa propre voie de développement.

Capitalisme ou barbarie impérialiste ?, plus que jamais, nous pensons que l’avenir de l’humanité réside dans la  révolution anticapitaliste, l’avènement d’une société socialiste sans exploitation salariale ni oppression nationale où les producteurs de richesses sociales seront enfin les maîtres !


(*) Jean-Luc Sallé est le secrétaire général de l’Union des Révolutionnaires  Communistes de France est le directeur politique du journal  « Intervention Communiste ».  Il prépare la sortie pour septembre de deux ouvrages : « Réflexions sur la construction du Parti Communiste »,  « Leçons d’avenir : tactique et stratégie des communistes de l’URCF».
(**) Alger républicain, hebdomadaire. Journal d'information fondé en 1938, édité par SARL "S.I.E. Alger républicain", algerep@eepad.dz . Proche du Parti communiste algérien sans toutefois y etre affilié, il a été interdit en 1939, 1955 et 1965.
(***) Annie Lacroix- Riz est professeur d'Histoire contemporaine à l'Université Paris VI - Denis Diderot, http://www.historiographie.info

22:42 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles, Belgique dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : communisme, courcelles, democratie, paris, politique, presse, ps, silence, solidarite, actualite, urss, usa, guerre, imperialisme, ptb, romain, resistance, capitalisme, france, flicage, histoire, liberte, social, socialisme, syndicats, espagne, fascisme | |  Facebook | |  Imprimer | | |