03/06/2009

03/06/2009: COURCELLES: Roger Romain père s'est éteint ce lundi Ier juin 2009 ...


COURCELLES: Roger Romain père s'est éteint ce lundi  Ier juin 2009 ...


Début mars, je vous avais informé du ralentissement de mes activités Internet en raison de l'hospitalisation d'un de mes parents.
Finalement après 2 hospitalisations en un mois de convalescence difficile, mon père s' est finalement éteint, à l'âge de 94ans, ce lundi-soir 1er juin 2009, à l'Hôpital Vésale de Montigny-le-Tilleul, à l'issue d'une pénible agonie. Et ma mère Yvonne MESSE, 89 ans, y est hospitalisée à son tour.
 
Brièvement que fut mon père.
 
Roger ROMAIN père est né le 25 avril 1915, dans le quartier de La Docherie à Marchienne-au-Pont, au sein d'une famille de chiffonniers de père en fils ...
En 1923, la famille vient s' établir à COURCELLES dans le quartier des Fonds de Corbeau (l'ex-rue de Gouy) où elle s' est définitivement ancrée.
Outre celle d'un modeste ouvrier d'usine et comme ouvrier mineur de fond à la Libération, la vie de mon père fut aussi une longue période de militant syndicaliste et communiste, pendant plus de
30 ans.
 
Dans son enfance, ses parents le mirent en pension chez les frères à Manage.
Son adolescence pendant les années "30 fut difficile: la crise, le chômage, la recherche d' emplois toujours précaires (Beaume-Arpent, les Ateliers Pélerin, Jouret, Montagne, etc, etc...), l' arrivée de la guerre...
 
Le 1er septembre 1939, il est mobilisé. Sous les drapeaux, il se marie le même mois et le 02 avril 1940, je nais à Courcelles. Le 10 mai 1940, mes grands-parents, ma mère et moi-même, nous nous retrouvons sur le chemin de l' évacuation vers la France, sous les bombes allemandes et au milieu des combats.
 
Le 29 mai 1940, mon père est prisonnier des Allemands jusqu'au 06 juin 1940. Il s' évade d'un convoi de prisonniers en route vers l' Allemagne et échappera ainsi à 4 années de stalag...
 
1943, comme ses parents, il devient membre du Parti communiste clandestin. La famille et dans le quartier, on cache des Juifs et leur procure du ravitaillement. Le quartier à la limite de Courcelles-Trazegnies est propice à l'organisation de la Résistance (les PA et l' AS que rejoint mon oncle Fernand, avant de partir pour l'Irlande et participer au débarquement).
Mon père se cache pratiquement toute la guerre car il est réfractaire au travail obligatoire en Allemagne au service de l' économie nazie.
 
A la Libération, il trouve du travail comme gardien de nuit à la Douane de Charleroi pour surveiller les convois militaires Us en partance pour l' Allemagne. Il descend ensuite avec un de ses beaux-frères nettoyer les égoûts... Il s' engage aussi comme mineur de fond. Il parvient à se faire démobiliser du charbonnage en 1947 grâce à sa carte de membre du Pcb. Il sauvera ainsi sa vie, car le 11 mai 1950, deux de ses beaux-frères, Henri Chirac et Pierre Stanson sont tués en compagnie de 36 autres mineurs dans son ex-taille, lors de la catastrophe de Mariemont-Bascoup.
 
En 1947, il succède à Gustave Dubois, comme secrétaire politique de l'importante section communiste de Courcelles. Entré aux Acec de Charleroi, il deviendra délégué syndical Fgtb à la Chaudronnerie.
 
Commence toute la période de guerre-froide et d'anti-communisme forcené. Les communistes y font face avec beaucoup d'intransigeance, d' acharnement, d' attachement aux principes et
d' internationalisme. Ce seront la création de l'Otan, la Révolution chinoise, les événements  de Berlin, le réarmement de l'Allemagne, la grève contre Léopold III et l'assassinat de Julien Lahaut président du Parti communiste, la guerre de Corée, la contre-révolution hongroise et bien d' autres événements.
 
1952, il est élu au Conseil communal de Courcelles et y siège aux côtés du député communiste Georges Glineur.
 
1960-61, éclate en décembre la grande grève du million pendant plus d'un mois contre la Loi unique du Psc Gaston Eyskens. Chaque jour, mon père manifeste en moto pour ouvrir la manifestation
journalière des travailleurs des Acec au travers des rues de Charleroi. Au service militaire, je suis aussi à ses côtés avec ma moto pendant toute ma semaine de congés de Noël. Nous y vendons Le Drapeau Rouge et mon père revient à Courcelles pour participer aux piquets locaux. Il est arrêté par un de nos gendarmes bien connus. Emmené à la caserne de Charleroi, il est relâche aussitôt grâce à l'intervention du bourgmestre socialiste dissident Robert Sampos qui était solidaire dans la grève. Le 1er janvier 1961, je suis muté pour achever mon service militaire en Allemagne et y perdre inutilement 9 mois supplémentaires de ma propre existence. Quant à ma famille elle est finalement recherchée par la gendarmerie et doit se terrer par précautions jusqu'à la fin de la grève sur instructions du Parti.
 
1963, son père Fernand Baude, surnommé Moustache, est assassiné dans la maison où je suis né par un voleur.
 
1964, Roger Romain père est de nouveau élu au Conseil communal, en compagnie de Georges Glineur et Marcel Leduc. Le député Glineur devient échevin des travaux au sein de la nouvelle majorité socialiste-communiste. C' est le député Ps Ernest Glinne qui deviendra bourgmestre. Des 15 mandataires communaux de cette époque, seul Ernest Glinne, toujours conseiller communal actuellement, et mon père étaient les derniers survivants.
 
Fin des années '60, RRP deviendra aussi membre du Comité fédéral de Charleroi du Parti communiste.
 
1974, en raison de problèmes familiaux mon père quitte la vie active de militant à Courcelles.  30 années de militantisme auront passé.
 
1975, il part en prépension à 60 ans et s' efforcera de vivre tranquillement.
 
Hélas, le 1er Mai 1998, mon fils Stéphane décède lors d'un accident (???) en gare de BRUXELLES-Forest, la veille de ses 25 ans, après avoir célébré son anniversaire avec ses camarades de la Poste de Forest.
 
Les années qui suivront suite à ce décès ne seront plus des plus joyeuses évidemment.
 
2002, mon père est hospitalisé à la suite d'une trombose cérébrale et est finalement décédé ce lundi 1er juin 2009 en soirée ...
 
Roger Romain (fils)
en souvenir de mon père

12:31 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles, Belgique dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : charleroi, histoire, courcelles, communisme, presse, hainaut, romain, belgique, ptb, wallonie, pc, syndicalisme | |  Imprimer | | |

08/08/2007

08/08/2007: MARCINELLE: la tragique catastrophe minière du Bois du Cazier: 262 victimes ...

BELGIQUE : en hommage aux ouvriers mineurs, de toutes nationalités, victimes du travail et de l'exploitation des patrons-charbonniers capitalistes.

BELGIQUE : le Pays-Noir (Hainaut, région de Charleroi) fut, avec le Pays de Liège, le Centre, le Borinage, le Limbourg (en Flandre), une des régions charbonnières où des centaines d' ouvriers-mineurs furent victimes du travail (tués, blessés,silicosés ...), de l'exploitation et de l'incurie des patrons-charbonniers capitalistes qui jouirent de toutes les protections des gouvernants, de plantureux subsides et des mansuétudes de la "Justice".
Deux catastrophes minières importantes (à l' exemple de Courrières en France) ont eu lieu au cours desquelles plusieurs dizaines, plusieurs centaines, de travailleurs (Belges et "étrangers") y ont perdu la vie...., à cause de la rapacité et de l'incurie patronales : à Mariemont-Bascoup en 1950 et au Bois du Cazier en 1956.
J' y consacre deux pages sur mon site en hommage à ces travailleurs, des pages dont je ne suis d'ailleurs pas l' auteur (quoiqu' ayant vécu ces événements), aux adresses suivantes :
 

Nul doute qu' elles rappelleront de douloureux souvenirs, malheureusement, en Belgique et  à l' étranger ...

RoRo

Bois du Cazier charbonnages document

Belgique, Marcinelle, 8 août 1956

Le BOIS DU CAZIER, impossible de l' oublier !

"Sauve qui peut ! Y a le feu à la fosse !"

Le cri a jailli de la bouche d' un mineur. "Y a le feu à 1.035 !". Dans la galerie où la lumière électrique vient de s' éteindre, ils sont sept entourés de fumée à s' entasser dans la cage du puits de retour d'air. Sept qui jaillissent à la surface comme des diables noirs de fumée et de poussière, devant les yeux ahuris du machiniste d' extraction.

Il est 8 h 20, mercredi 8 août 1956. Le drame du Bois-du-Cazier Saint-Charles, à Marcinnelle, un des puits de charbonnage d' Amercoeur, vient de commencer. Ce jour-là, la pause du matin vient juste de descendre : 276 mineurs en tout. Et 262 ne savent pas qu' ils ne reverront jamais le jour. Deux cent soixante-deux vies de travailleurs fauchées par la criminelle incurie patronale

La cause: à 8 h 09, une des cages arrêtées à l' étage 975 s' est mise en mouvement, alors qu' une berline n' y était qu' à moitié engagée. En se coinçant, le wagonnet a sectionné des fils électriques sous tension de 3.000 volts, provoquant un court-circuit. Du fait de l' appel d' air violent, le feu est passé du puits dans les galeries, et de là, à l' autre puits.

Tâtonnements et retards

Toutes sirènes hurlantes, les camions de pompiers de Charleroi traversent la capitale du Paus noir pour s' immobiliser sur le carreau de la mine. Mais leur action est paralysée pendant deux heures... par manque d' eau. Et il faudra couper la distribution secteur par secteur dans toute la région et mettre à contribution un réservoir d' eau servant au lavage du charbon pour qu' enfin les pompiers puissent déverser des tonnes d' eau sur le brasier.

Qui peut  oublier l' atmosphère de panique qui gagna les corons du Pays Noir ? Les hurlements stridents des sirènes qui jaillissaient de toutes parts et qui ajoutaient à l' épouvante qui serrait les coeurs. L' âcre fumée qui jaillissait sans désemparer du puits sinistré piquait aux yeux et à la gorge.

Dans cette vision d' apocalypse, les sauveteurs luttent désespérément pour arracher à la mort les camarades restés au fond. Lutte gigantesque. Et qui dura des jours, des semaines, un mois entier. Lutte farouche, que suivait minute après minute les mères, épouses, parents, enfants de ceux qui ne devaient plus être remontés vivants.

Pendant des semaines, par centaines, Belges et immigrés unis dans la détresse, ils resteront rivés aux grillages du puits, accrochés à un ultime espoir. Une grille terrible. Des mains de femmes, de mères, d' enfants, s' y accrochent, avec la tenace et implacable espérance de ceux qui ont tout à perde. Elles semblent, ces mains, vouloir gagner la bataille de la vie contre la mort.

Aider ceux qui luttent, en bas.

Un équipement dérisoire et rudimentaire

Ce jour-là, malgré des efforts surhumains pour suppléer un équipement trop rudimentaire et dérisoire, les mineurs ne peuvent descendre en dessous de 765 mètres. Partout, les galeries sont complètement envahies par la fumée, quand elles ne sont pas éboulées. Et pourtant, on retrouve des survivants. Six en tout. Ce seront les derniers.Déjà, l' opinion s' étonne devant les tâtonnements,  les retards, les erreurs aussi. Pourquoi a-t-on lancé à la radio un appel pour des extincteurs? Le charbonnage n' en possède donc pas? Pourquoi demander également des vêtements ignifugés? Et, comble de l' ébahissement, de demander l' adresse du fabricant?Cette carence, cette ignorance surprennent. Comme surprend le refus d' une aide offerte par les charbonnages ouest-allemands d' envoyer sur place une colonne de sauveteurs avec du matériel moderne.

La situation du Bois-du-Cazier est particulière. Comme beaucoup de charbonnages, il ne possède qu' un puits d' extraction et un puits de retour d' air. Ces deux étant distants d' une trentaine de mètres, il existe un troisième puits, mais il est en construction et ne descend pas jusqu' aux galeries où se trouvent bloqués les mineurs.

Les incendies ne sont pas rares dans les charbonnages. Et ce n' est pas un hasard si le puits s' appelle Cazier. Son nom véritable est d' ailleurs Gazier, qu' attestait encore à l' époque une plaque malhabilement corrigée. La direction du charbonnage, qui ne voulait pas trop attirer l' attention sur les dangers que présentait l' exploitation, en avait fait gratter une des lettres, transformant le G en C.

Un superbe isolement

Cepndant, à Marcinelle, le fait que les flammes ont balayé les deux puits, détruisant les guidonnages (guides en bois le long desquels la cage glisse au moyen de mains courantes), aggrave la situation. D' autre part, la fosse est entièrement isolée, petite parcelle de terrain  enclavée dans la vaste propriété d' une autre société charbonnière, celle de Monceau-Fontaine. Comme la loi impose le maintien d' une distance de cent mètres entre deux exploiotations de différentes sociétés, les mineurs bloqués au fond du Cazier n' ont aucun secours à espérer de ce côté.

Le lendemain matin, jeudi, tandis que les sauveteurs  rencontrent des difficultés insurmontables :incendies et chaleur, arrivent des spécialistes français. On ne les avait pas réclamés. Mais, ils sont là, avides de se dévouer. Quant aux Allemands, il n' est toujours pas question d' accepter leur offre! C' est seulement le lendemain 10 août qu' elle est acceptée.

Lundi 13 août. Ce matin, dans Marcinelle endeuillée, ont lieu les funérailles de six des victimes du Cazier.Funérailles nationales auxquelles participeront cent cinquante mille personnes, des dizaines de milliers de "gueules noires" en bleu de travail venus de tous les bassins houillers du pays. Et avec eux, les métallos de Liège, les dockers d' Anvers..., communiant avec tous les travailleurs de Belgique qui, à 10 heures, lorsque retentirent les sirènes et sonna le glas, ont cessé le travail afin de rendre un suprême hommage aux victimes.

Par une sinistre ironie du sort, l' interminable cortège funèbre longe le charbonnage. Le Cazier n' a qu' un voisin : le cimetière.

Dans les Abruzes, des cierges ont été allumés dans les fermes des villages de Manopello, Letto-Manopello, Turri Valignano et d' autres communes de la province de Pescara. Sur les 136 Italiens encore au fond, quelque quatre-vingts à cette province minètre italienne. Vingt-sept, rien qu' à Manopello.

La colère des "gueules noires"  

A  l' appel des organisation syndicales, tous les travailleurs du pays suspendent le travail le vendredi 17 août. Dans le Borinage et le Centre, grèves et manifestations se succèdent. Pour la sécurité au travail. Pour leurs revendications.Il est temps que la sécurité dans les mines ne soit plus un vain mot.

De son côté, le groupe parlementaire communiste réclame la convocation de la Chambre en session extraordinaire, afin que "le gouvernement donne toutes les informations utiles au sujet du sinistre de Marcinelle et des enseignements qu' il compte tirer en ce qui concerne la sécurité dans les mines".

De toutes parts, monte l' exigence d' une enquête impitoyable sur les causes de la catastrophe. La condamnation des responsables. Les organisations syndicales exigent la nationalisation des charbonnages. En Italie, l' émotion est à son comble.

Tout espoir est perdu

Dans la nuit du 22 au 23 août, après quinze jours d' efforts acharnés, les sauveteurs atteignent enfin l' étage 1.035. L' ultime espoir de découvrir des survivants va-t-il se concrétiser? Péniblement, une équipe de cinq hommes a atteint l' étage. Mais, ce n' est que pour y découvrir des monceaux de cadavres.

Le 23 août, à 22 heures, la nouvelle éclate dans toute son horreur: tous morts! Accrochés à la grille depuis le début de la catastrophe, où les papas et les mamans, les femmes et les fiancées, les frères et les soeurs, vont-ils encore chercher les larmes qu' ils versent ?

Le bilan du drame, dans toute sa sécheresse, est désormais défini: treize rescapés, 262 tués, dont 95 Belges, 136 Italiens, cinq Français, cinq Allemands, huit Polonais, un Ukrainien, un Russe, six Grecs, trois Hongrois, un Hollandais, un Anglais.

Cela faisait 183 veuves et 388 orphelins.

Dès le début, la direction de la société d' Amercoeur a prétendu que tout n' était que "tragique fatalité". Pour certains, en effet, la réponse est toute prête. C' est celle qu' on brandit toujours en pareil cas: "il n'y a pas de responsable.  C' est la fatalité".

La fatalité n' y est pour rien

Dès les premiers jours du drame, 'le Drapeau Rouge" et le Parti communiste ont indiqué clairement où il fallait chercher la vérité : la soif de bénéfices du patronat charbonnier, la volonté éffrénée de produire davantage à n' importe quel prix, l' habitude de faire passer la sécurité des travailleurs après les impératifs du coffre-fort.

 En effet, et surtout depuis 1944, les mesures de sécurité sont fréquemment négligées au profit de la production intensive. Cette constatation n' est d' ailleurs une simple vue de l' esprit, encore moins un slogan des commnistes.

Un mois avant la catastrophe de Marcinelle, la Cour d' appel de Liège a rendu son jugement dans l' affaire du puits du Many, des charbonnages d' Ougrée-Marihaye à Seraing, où 26 mineurs ont perdu la vie le 24 octobre 1953. Un jugement qui démontre que les mesures de sécurité n' ont pas été appliquées. Et la situation au Many n' est pas différente de celle des autres puits.

En fait, ainsi que le revendiquent les mineurs et leurs organisations syndicales soutenues par le parti communiste, c 'est toute la législation en vigueur qui doit être repensée, tous les réglemements miniers qui doivent être revus et complétés. Les 262 victimes de la plus grande catastrophe minière qui ait jamais frappé la Belgique l ' exigent. D' ailleurs au moment de la catastrophe, le ministre des Affaires économiques de l' époque, le libéral M. Jean Rey, n' a-t-il pas déclaré que "Rien ni personne ne sera épargné"?.

Deux enquêtes

Dès le début de la catastrophe de Marcinelle, deux enquêtes parallèles ont commencé. Une judiciaire. Une administrative.

Elles trouvent leur aboutissement le 6 mai 1959 dans un auditoire de l' Université du Travail de Charleroi où siège la septième chambre du tribunal correctionnel du Pays noir. Cinq prévenus sont assis au banc des accusés. Dans la salle, 22 femmes vêtues de noir et qui se ressemblent comme des soeurs. Elles sont venues de Manopello pour suivre le procès.

Dès le début, un élément émerge. En janvier de la même année, huit mois avant la catastrophe, un cassage de fosse a eu lieu au même endroit pour un motif semblable. Un encagement défectueux de berline a descellé la poutre, celle-là même qui, en cédant le 8 août, allait sectionner un câble et provoquer l' incendie. A cela s' ajoute une foule d' infractions à la sécurité des travailleurs.

Et pourtant. Le 1er octobre 1959, le tribunal acquitte purement et simplement les prévenus. C' est tout juste s' il ne les couvre pas d' honneur.

Dans le monde du travail, la réaction est vive. Les protestations se multiplient en Belgique ainsi qu' en Italie.

Est-il normal que de 1850 à 1950, en un siècle, vingt mille mineurs ont perdu la vie en exerçant leur métier dans les charbonnages belges? Est-il normal que de 1951 à 1955, le martyrologue se soit encore allongé de 754 noms, soit une moyenne de 150 pan an? Dans ce tragique bilan, le Bois-du-Cazier apparaît trois fois. Le 7 août1906, juste 50 ans à une nuit près avant la catastrophe de Marcinelle, un éboulement cause la mort de neuf mineurs. En 1930, un coup de grisou en fait 40. Est-il normal que dans ce puits, les six premiers mois de 1956 aient été marqués par 159 accidents, dont un mortel?

Interpellation communiste

Le mercredi 2 décembre 1959, au Sénat, le porte-parole du Parti communiste, René Noël, interpelle le gouvernement. Par sa voix, ce sont les 262 victimes, les centaines de veuves, d' orphelins, qui réclament justice. Fait très rare, la Haute Assemblée décide de ne pas clore le débat: elle décide de faire ouvrir une enquête sur le rôle de l' Administration des mines dans le procès de Marcinelle.

Entre-temps, les familles des disparus se sont pourvues en appel. Et, c' est le 22 février 1960 que la Cour d' appel de Bruxelles ouvre les débats.

Pendant ce temps, Marcinelle inaugure le dimanche 20 mars 1960, un mémorial dédié à la mémoire des 262 tués du Cazier. Mais aussi de tous les mineurs qui ont succomé dans l' accomplissement de leur lourde tâche.

Une peine dérisoire

Au procès, le dossier permet de constater cinquante-quatre infractions aux lois et réglements sur la sécurité, dont trente-huit relatives aux installations électriques à charge des prévenus. De même, l' avocat de la partie civile montre lumineusement que le seul arrosage du puits -s' il avait été entrepris à 9 h 10, au lieu de 11 h 10, même avec les moyens du bord- aurait pu venir à bout de l' incendie en dix minutes.

Le procès se traîne en longueur de mois en mois. Pour finalement se clôturer par une peine dérisoire avec sursis, pour l' un des accusés. Un seul ... Et cela, malgré les preuves concrètes de la responsabilité patronale.

Les poings se serrent

A ce moment, pour les gueules noires, le déni de justice est une pièce supplémentaire à ajouter au volumineux dossiers des charbonnages.

Depuis 1957 en effet, grèves et manifestations se succèdent dans le pays wallon pour protester contre la liquidation des fosses décrétée par la Communauté européennne du charbon et de l' acier. Dans le Borinage, le Centre, le Pays noir, le bassin liégeois, 36 sièges de charbonnages ont été fermés, jetant sur le pavé 35.000 ouvriers mineurs. Et ce n' est pas fini. Dans les années soixante, la CECA veut encore supprimer des dizaines de fosses.

Le 21 octobre 1960, les rescapés de la tragédie descendent dans la rue. Ceux-là mêmes, à qui le patronat n' hésita pas à imposer le travail dans des conditions qui aboutirent à la catastrophe, on veut leur interdire le travail, alors que les installations du puits ont été modernisées à coup d' innombrables millions payés par la collectivité.

Malgré toutes les protestations, le Bois-du-Cazier sera fermé le 15 janvier 1961.

En fait, c' est toute la classe ouvrière, qui, petit à petit, serre les poings. Dans leurs bureaux feutrés, les ministres du gouvernement social-chrétien - libéral de M. Gaston Eyskens (le père de l' actuel Premier ministre), mettent au point une nouvelle loi. On l' appellera la "Loi unique". La Grande grève n' est plus très loin...

Michel DERMINE, dans "Le Drapeau Rouge" du samedi 08 août 1981 ...

 

Mais les catastrophes minières n' eurent évidemment pas lieu qu' en Belgique: celle de Courrières en France, par exemple:

 
 
----- Original Message -----
From: La Riposte
Sent: Friday, March 10, 2006 2:16 PM
Subject: [info] Il y a cent ans : la catastrophe de Courrières

 
 
 

Il y a cent ans : la catastrophe de Courrières

 

 

  

Il y a un siècle exactement qu’a eu lieu la catastrophe de Courrières (Pas-de-Calais), la plus grande catastrophe minière de l’histoire des houillères françaises, puisqu’elle fut à l’origine, officiellement, de 1099 morts.

 

Ce drame est entré dans l’Histoire sous le nom de « catastrophe de Courrières », bien qu’aucune des victimes ne résidait dans cette commune. Mais elles travaillaient pour une compagnie dont le siège se situait dans la ville de Courrières. A l’époque, c’était l’une des plus importantes compagnies minières de France

 

Le drame

 

Le 7 mars 1906, un feu est découvert dans l’une des veines de la fosse de Méricourt. Les ingénieurs et les chefs porions décident d’édifier des barrages pour l’étouffer. Pierre Simon, un délégué-mineur, demande à ce que personne ne descende tant que le feu ne sera pas éteint. Mais la direction refuse. Au travail ! Les profits n’ont pas un jour à perdre.

 

Trois jours plus tard, le 10 mars, le feu campe toujours à Méricourt, dans la Veine Cécile, et vers 6 h 40, c’est l’explosion. Des kilomètres de galeries sont balayés. Il est impossible de remonter la cage du fond ou de descendre : tout à été ravagé par l’explosion. Le chaos règne sur les carreaux des fosses. Les familles qui se massent devant les puits vivent une insoutenable attente – des heures, puis des jours.

 

Face à la catastrophe, la solidarité ouvrière se met en marche. Des mineurs allemands, équipés de matériel spécifique, rejoignent les sauveteurs et permettent de remonter de nombreux corps que les familles identifieront avec beaucoup de difficultés, tant ils sont calcinés.

 

Les obsèques des premières victimes ont lieu, le 13 mars, dans la souffrance et le déchirement des familles. C’est ce jour que, devant la fosse commune de Billy-Montigny, la foule réclame justice et scande : « Vive la révolution ! Vive la grève ! »

 

60 000 grévistes

 

Le lendemain des obsèques, les mineurs refusent de redescendre. Les deux syndicats de mineurs constituent un comité de grève. La grève, solide, s’étend très vite aux exploitations voisines. Le 16 mars, on recense 25 000 grévistes, et   60 000 à l’apogée du mouvement. Congrès et réunions se multiplient pendant que Clemenceau, ministre de l’intérieur, envoie des soldats    « cantonnés dans les carreaux et employés à leur garde. »

 

Le 30 mars, vingt jours après la catastrophe, 13 rescapés ressortent encore vivants de la fosse numéro 2. Ils ont vécu plus de deux semaines sous le sol, pendant qu’en surface on bouchait les puits… Le 3 avril, à la fosse 4 de Sallaumines, un mineur remonte vivant. C’en est trop : la population soupçonne la Compagnie de Courrières d’avoir laissé mourir ses ouvriers au fond. La grève se durcit ; des confrontations avec les forces de l’ordre ont lieu presque chaque jour. Dans les rues de tout le bassin minier résonne l’Internationale, et la grève continue de se durcir. Le 23 avril, suite au décès d’un officier, tué par un projectile, treize trains de renforts militaires arrivent dans la région. Les soldats patrouillent jour et nuit ; la répression sévit. On ne compte plus le nombre d’arrestations.

 

Fin avril, les patrons cèdent sur une partie des revendications – notamment des augmentations de salaire. A cela s’ajoute la faim des familles et une implacable répression. Au début du mois de mai, les mineurs reprennent le travail, mettant un terme à plusieurs semaines d’une abnégation et d’une combativité exemplaires. Nous devons nous souvenir de ces hommes, de ces mineurs qui, chaque jour, dans l’obscurité de nos sous-sols, risquaient leur vie pour extraire le charbon. Le sang de ces travailleurs a écrit l’histoire des houillères.

 

L’exploitation capitaliste était particulièrement dure dans le secteur minier. Les « gueules noires », qui ont toujours revendiqué de meilleures conditions de travail, resteront un modèle de courage dans la lutte des classes.

 

Le bassin minier aujourd’hui

 

La vie d’une grande partie du Nord-Pas de Calais tournait autour de la mine. On n’était pas de telle ville, on était de la fosse 7 ou de la 2… Les mineurs et leurs familles étaient logés dans des maisons de corons (cités réservées aux ouvriers). Une partie des villes telles que Lens, Bruay-la-Buissière ou Noeux-les-Mines étaient structurées autour de l’exploitation du charbon. L’arrêt de cette industrie a eu des conséquences sociales dramatiques. La fermeture, au début des années 90, des dernières mines du Nord-Pas de Calais, ainsi que de nombreuses usines (Dim, Metaleurop….) ont laissé une région en proie au chômage – 13% de la population active – et à la précarité.

 

La fierté de classe et les traditions de lutte sont toujours présentes au « pays du charbon », y compris dans la jeunesse. Cependant, les politiques pro - capitalistes menées par les gouvernements de gauche, depuis 1981, ont écœuré de nombreux travailleurs, et même poussé une partie d’entre eux à voter pour le Front National. Ainsi, un futur gouvernement de gauche trouvera de solides appuis et une formidable combativité dans la classe ouvrière de cette région – à une condition : que le réformisme sans réformes proposé par Hollande, Strauss-Khan et consorts cède la place à un programme véritablement socialiste.

 

Mathieu Monoky (MJC Béthune)
 
Pour écrire à La Riposte : redaction@lariposte.com

10:09 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles, Belgique dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : presse, belgique, hainaut, charleroi, courcelles, histoire, actualite, politique, silence, capitalisme, oppression capitaliste, syndicalisme, social, syndicats | |  Imprimer | | |