17/08/2006

17/08/2006: Nous ne pouvons exploiter toute la misère du monde !


De : Comite 25 fevrier [mailto:comite_25_fevrier_2006@yahoo.fr]
Envoyé : jeudi 17 août 2006 12:46
À : Comite
Objet : Nous ne pouvons exploiter toute la misère du monde !

 

Nous ne pouvons exploiter toute la misère du monde !

La question des « sans-papiers » hante le débat politique sans trouver de réponse satisfaisante pour un nombre important d’acteurs associatifs.

Qui de responsable aujourd’hui refuserait d’admettre que « nous ne pouvons accueillir toute la misère du monde » ? Qui de responsable ne subordonnerait pas le « devoir de solidarité » à « la protection de notre ordre social » ? Poser la question, c’est y répondre. Vraiment ?

 

En effet, derrière l’apparence pernicieusement péremptoire de cette manière de cadrer le débat se cache le caractère hautement idéologique de notre représentation des « sans papiers ». Il suffit pour s’en convaincre de confronter notre perception de la question à quelques données… objectives qui font, bien trop souvent, cruellement défaut dans l’analyse.

Le pseudo « appel d’air » qui aurait suivi, pour d’aucun, la régularisation de 1999 s’est accompagné d’…une diminution constante, entre 2000 et 2002, de la population étrangère enregistrée en Belgique. En 2005, le nombre total d’étrangers résidant officiellement dans notre pays est inférieur à son niveau de …1999. D’une part, le solde migratoire des non européens a baissé entre 1999 et 2001 et d’autre part, l’ancienne vague d’immigration marocaine et turque installée en Belgique souvent depuis plus d’un demi-siècle a acquis la nationalité belge.

Si l’on considère les flux migratoires, le solde migratoire des non européens est en 2002 d’un peu plus de 30 000 personnes… du même ordre, à l’échelle de la population belge, que le nombre de belges qui a choisi cette année-là de s’installer en dehors de notre royaume.

 

Cet accroissement de  la population belge de, bon an mal an, pas même 0.5 % ou la centaine de milliers de « sans-papiers » (moins 1% de la population) estimée (?)  vivre en Belgique  seraient-ils une menace pour l’ordre social de plus de… 10 millions de personnes? Se pourrait-il que notre modèle social soit mis en danger par une augmentation de la population aussi marginale ? Toutes les études infirment à ce jour cette hypothèse, à la différence patente des pays paupérisés qui accueillent, en réalité, l’immense majorité « de la misère du monde ». En effet, « les demandeurs d’asile et les réfugiés qui tentent leur chance en Europe et en Amérique du Nord ne représentent qu’à peine 5 % du total des réfugiés et déplacés dans le monde. Et seuls 0,2 % de ce total finissent par s’installer dans les pays riches, dont plus de 95 % …en Amérique du Nord ». Ainsi donc si l’immigration est « un fardeau », elle l’est essentiellement et avant tout pour les pays paupérisés.   

En ce qui concerne notre pays, victimes de notre ordre social bien plus que le menaçant, « les sans-droits » déshabillés de toute protection juridique ou sociale, sont livrés sans défense aucune à toutes les formes d’exploitation.

« La délocalisation sur place », corollaire, pour les secteurs économiques qui ne peuvent délocaliser leurs productions, de l’émigration de nos personnes morales permet de parachever « l’exploitation de la misère du monde » que constitue la mise en concurrence des niveaux et cadres de vie des peuples de la planète.

Nous profitons tous de cette exploitation de la misère du monde. Que cela soit par les surprofits plantureux réalisés dans les pays paupérisés qui nous reviennent, en partie, par l’impôt prélevé sur nos multinationales ou par le soutien de notre pouvoir d’achat que permet l’exploitation économique criminelle des « sans papiers ». A titre d’exemple, la seule Vénétie économise plus de 180 millions d’euros par an (environ un quart de l’aide au développement annoncée en 2006 par la Belgique !) en recourant aux aides à domicile en provenance de l’Europe de l’est. Combien en Belgique pour l’horeca, le bâtiment, les employés de maison, les soins à domicile, l’agriculture saisonnière,… ?

Quant aux malheureux 2% de non Européens qui composent la population active belge, leur ségrégation dans les segments d’activités aux conditions de travail les plus précaires et la discrimination dont ils sont victimes ne sont plus à établir. Exploité économiquement, le « sans papiers » l’est une deuxième fois idéologiquement. Représenté au mieux comme un problème, au pire comme un prédateur menaçant nos ressources voire un criminel,  le « sans papiers » est instrumentalisé afin de légitimer l’imposition de l’austérité et le détricotage de nos acquis sociaux.  Mis en concurrence avec des « sans droits », combien de temps les citoyens de ce pays pourront-ils préserver les leurs? N’est-il pas temps de comprendre que la défense de nos acquis sociaux passe par la protection des plus fragiles d’entre nous ? L’intérêt bien compris n’impose t’il pas l’alliance objective avec les victimes de notre ordre socio-économique?

 

La solidarité ou la violence comme base du rapport à l’autre ? Telle est la question qui est au coeur du débat sur la régularisation.

Info sur la lutte pour la Regularisation

des Sans Papiers  : http://regularisation.canalblog.com/

21:49 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles, Belgique dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualite, belgique, capitalisme, courcelles, colonialisme, democratie, expulsions, histore, immigres, liberte, politique, presse, romain, resstance, sans-papiers, silence, solidarite, usa, 127bis, europe, euro-dictature | |  Facebook | |  Imprimer | | |