14/10/2011

Dossier Dexia : La facture sonne toujours trois fois. c1

Sent: Wednesday, October 12, 2011 10:08 AM
 
Subject: Dossier Dexia : La facture sonne toujours trois fois.
 
| Thème: Dossier, Belgique, Belgique, Dossier crise, Banques

Dossier Dexia : La facture sonne toujours trois fois.

Dexia Banque Belgique rachetée pour 4 milliards, 54 milliards de garanties de l'État sur une bad bank : après 2008, l'État remet la main à la poche pour sauver une banque en un week-end. Combien cela va-t-il nous coûter ? « Une opération neutre », nous affirment Leterme et Reynders. « La facture sera lourde pour le citoyen », rétorque le PTB, qui plaide pour que les vrais responsables paient. Et, face à la crise financière qui s'annonce, pour que le secteur bancaire devienne un secteur public.

David Pestieau

L'ancien Crédit communal, la banque des communes, est devenu, depuis 1996, un grand groupe financier, le groupe Dexia, à coups de fusions et de rachats de filiales à l'étranger. Rattrapé par la crise de 2008, ce groupe bancaire a été une première fois sauvé en 2008 par l'État belge, français et luxembourgeois. 56 % du capital du groupe Dexia était ainsi public, à travers différents acteurs (en particulier les communes), tandis que 14 % était dans les mains d'Arcofin, bras financier du Mouvement ouvrier chrétien. Depuis ce week-end, ce groupe a été démantelé :

- Dexia Banque Belgique, la filiale bancaire belge, descendante directe du Crédit communal, a été nationalisée et rachetée par l'État belge pour 4 milliards d'euros.

- La branche française de Dexia est reprise par l'État français via une alliance avec la CDC (Caisse des dépôts et consignations) et La Poste française. La filiale turque sera vendue. La branche luxembourgeoise, spécialiste en gestion de patrimoines (belges) est reprise par le fonds souverain du Qatar. 

- Ce qui reste du groupe Dexia (et ce qui reste donc dans les mains des actionnaires actuels), est ce qu'on considère comme les branches pourries du groupe : des obligations d'États (comme 4 à 5 milliards de dettes grecques, 50 milliards de dettes italiennes), des restes de crédits pourris, des prêts à long terme accordés à des communes sont logées dans une bad bank.

Facture n° 1

Le rachat de Dexia Banque Belgique

L'État belge débourse 4 milliards d'euros pour le rachat de Dexia. Pour cela, il emprunte sur les marchés. 

Coût direct : 160 millions d’euros à payer chaque année pour les intérêts.

Coût indirect : Des dizaines voire des centaines de millions d’euros d’intérêts supplémentaires à payer sur la dette globale de l’État en raison de la hausse de cette dette. En effet, avec le rachat de Dexia, la dette belge de 354 milliards est augmentée de 1 %. Elle atteint 97 % du produit intérieur brut (PIB), soit le niveau de dette le plus haut de la zone euro après la Grèce et l’Italie. Ceux qui prêtent (les grandes banques, les spéculateurs) risquent d’augmenter leurs taux d’intérêt. Le Soir écrit ainsi ce lundi : « Les États devront recapitaliser leurs banques, mais ils seront une nouvelle fois pénalisée par les agences de notation. Et leur endettement en pâtira… Une spirale infernale. » 

Facture n° 2

La garantie sur la bad bank

Tous les placements à problème sont mis dans une bad bank, appelée... groupe Dexia. Cette bad bank doit pouvoir emprunter pour couvrir ses opérations financières. Or elle ne pourra que difficilement le faire, vu qu'elle abrite des placements pourris. C'est là que les États français et belge interviennent. D'un côté, cette bad bank est recapitalisée par la vente des filiales bancaires saines de Dexia. 

De l'autre, les États belge, français et luxembourgeois offrent des garanties, à hauteur de 90 milliards d'euros, sur les emprunts que la bad bank devra conclure pour ne pas faire faillite. La Belgique s'est engagée à hauteur de 54 milliards. Entre-temps, cette bad bank devrait progressivement se défaire de ses produits pourris. 

Mais comment fonctionne une garantie ? Imaginez que votre fils ou votre fille rentre à la maison en vous disant que sa banque est prête à lui faire un prêt, mais seulement avec une caution. De nombreux parents le font, mais ce n’est bien sûr pas sans risque. La caution, que le gouvernement en affaires courantes de Leterme vient d’autoriser, avec l’accord du formateur Di Rupo, est semblable. Mais malheureusement, l’argent n’est pas pour un enfant de confiance, mais bien pour une bad bank. La possibilité que ces garanties doivent effectivement être mises tôt ou tard sur la table est grande. Et, dans ce cas, la Belgique sera en faillite. Comme l’éditorialiste Yves Desmet l’a écrit dans De Morgen : « Si ça tourne mal, le gouvernement enfoncera les générations suivantes dans l’esclavage de la dette, tout comme en Grèce ou en Irlande. C’est un énorme coup de poker, ce n’est ni plus ni moins jouer avec l’avenir. »

Coût indirect : à moyen terme en cas de défaut nul, partiel ou total de paiement, de 0 à 54 milliards d’euros.

Coût indirect : des centaines de millions d’euros supplémentaires pourraient être payés comme charge d’intérêts sur la dette. La garantie offerte par l’État belge équivaut, en effet, à 15 % du PIB. Les taux d’intérêts sur la dette vont augmenter si la notation financière de la Belgique est dégradée par les agences de notation, ce qui est plausible. Yves Leterme, lui-même doit avouer qu’il espère que « le taux d’endettement de la Belgique ne va pas augmenter trop rapidement »1.

Facture n° 3

La faillite programmée du Holding communal

Les communes ont accumulé une (bonne) partie de leur patrimoine dans le Holding communal, actionnaire à 14 % de Dexia. Ce Holding détient des actions Dexia dont la valeur est calculée dans ses comptes à 8,25 euros l'action. Or l'action oscille aujourd'hui entre 0,85 euro et 1 euro. Résultat, si le Holding communal devait vendre ses actions aujourd'hui, les communes perdraient près de 2 milliards d'euros de capital. Sans compter que, selon le service d'études du PTB, les communes ont perdu 1,17 milliard d'euros depuis 2008, à cause des dividendes non versés par Dexia et la recapitalisation exigée en 2009. La perte est ainsi estimée à 221 millions d'euros pour la ville d'Anvers, 136 pour Charleroi, 109 pour Schaerbeek et 83 pour la ville de Liège ! En outre, les Régions ont engagé 450 millions de garanties qui pourraient devoir être activées en cas de défaut de paiement du Holding communal.

Sachant que les fonds propres du Holding communal ne se montent qu'à 1,2 milliard et que ses dettes se chiffrent à 1,4 milliard, on comprend mieux que le Holding est déjà virtuellement en faillite

Coût direct : 3,16 milliards d’euros pour les communes.

Coût indirect : de 0 à 450 millions d’euros pour les Régions.

Un bras de fer a encore lieu, au moment où ces lignes sont écrites, pour que les Régions et communes limitent leurs pertes, par une reprise de garantie par l’État. Mais les solutions reporteraient alors le poids sur... l’État fédéral, autrement dit, aussi sur le contribuable. 

Retrouvez les chiffres de l'impact de la chute du groupe Dexia sur les finances communales, commune par commune, ici

22:16 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles, Belgique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer | | |

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