07/09/2011

BELGIQUE: dans "Solidaire", hebdo du Ptb: WikiLeaks déshabille J avaux ...

 
Il serait grand temps de passer au “vert“ et de laver plus blanc que blanc ...
RoRo
 
 
7 septembre 2011 08:18 | Il y a : 3  h 
| Thème:
 
Belgique, Belgique, Partis 

WikiLeaks déshabille Javaux

Alors que l’on apprenait la reconduction de Jean-Michel Javaux à la tête d’Ecolo pour une durée indéterminée (tant que dure l’instabilité politique actuelle), WikiLeaks dévoile le compte rendu de l’entretien que ce dernier a accordé à l’ambassade des États-Unis le 28 mai 2009. Que nous révèle ce câble ?

Jonathan Lefèvre
 

Entre l’ambassadeur des États-Unis, Howard Gutman, et le coprésident d’Ecolo, Jean-Michel Javaux, le courant passe très bien. Comme ici, à la centrale de Tihange, où le second a invité le premier l’année dernière. (Photo RTC)

Le leader d’Ecolo moins à gauche et moins vert que vous ne le pensiez

Javaux aime l’Amérique

On connaissait les liens unissant les grands partis traditionnels avec les USA. Selon le câble dévoilé par WikiLeaks, le leader d’Ecolo veut tisser des liens tout aussi étroits. « Jean-Michel Javaux parle d’un ton chaleureux et reconnaissant de ses relations avec les Etats-Unis. » C’est ainsi que la diplomatie américaine présente le coprésident des verts francophones. Ce « ton » s’explique en partie par le passé d’étudiant à New-York (« Javaux parle avec enthousiasme de son expérience d’échange scolaire du Rotary comme étudiant dans une école secondaire du nord de New-York : “Ma plus belle année” »). De simples propos protocolaires ? Pas seulement. Javaux concède en effet qu’il essaie de « modifier la politique internationale de son parti en conséquence » face, notamment, à « beaucoup de membres d’Ecolo qui perçoivent les États-Unis comme un ennemi ». L’amour des USA est d’ailleurs tel qu’un an après cet entretien, Javaux invitait son ambassadeur à Amay, ville dont il est bourgmestre. À cette occasion, il a d’ailleurs guidé son « ami » (c’est RTC, la télé locale qui couvrait l’évènement, qui le dit) dans… la centrale nucléaire de Tihange1. L’écologiste numéro un de la Belgique francophone n’en est pas à un paradoxe près.

En matière d’énergie, Javaux est un briseur de tabous

On savait que le boss d’Ecolo discutait plusieurs fois par an avec Jean-Pierre Hansen, l’ex-boss d’Electrabel aujourd’hui administrateur de KBC. « C’est toujours très cordial. Nous nous rencontrons à la mer ou nous allons manger un bout. Parfois nous jouons des jeux de rôles où Hansen est le porte-parole d’Ecolo et je joue celui d’Electrabel. Il y a plus de dossiers sur lesquels nous sommes en accord qu’en désaccord. », déclarait-il le 2 mai 2009 au Standaard. Cette proximité est confirmée par le câble diplomatique révélé par WikiLeaks : « Javaux dit qu’en tant que coprésident, il a essayé d’être un briseur de tabous. Lui et son parti parlent aux grosses industries à qui ils ne parlaient pas avant, comme Electrabel. » Grâce à son action, « le parti peut parler de l’énergie nucléaire sans être perçu comme des talibans, dit-il, en reprenant un terme souvent attribué aux activistes écologistes radicaux ».

Ecolo du côté des plus riches familles du pays ?

Dans son interview au Standaard, Javaux avait déjà ouvertement fait part de ses connivences avec les cercles économiques de Belgique. « Beaucoup de membres de mon parti sont actifs dans des organisations de soutien aux sans-papiers ou dans les syndicats. Avec quelques autres, je me concentre sur les thèmes économiques. Nous ne manquons pas une réunion de l’organisation wallonne des employeurs. Je reviens juste de chez McKinsey et, plus tard cette semaine, je déjeune avec le président de la FEB, Thomas Leysen ». Ce grand écart au sein d’Ecolo est confirmé par Javaux lors de son entretien avec la diplomatie américaine. « Sur une échelle de zéro à dix, de gauche à droite, les sympathisants d’Ecolo se classent de trois à huit ». Assiste-t-on à une simple nouvelle opération de séduction de Javaux ? Pas sûr. « Il dit que plusieurs des militants les plus importants de son parti viennent de riches familles qui contrôlent de grosses sociétés de Belgique, comme RTL (une chaîne de télévision) et Umicore (une entreprise chimique et métallurgique). La suite est tout aussi surprenante : Javaux « a demandé de ne pas rendre cela public ». Pourquoi ne pas vouloir rendre cela public ? Après tout, RTL est une entreprise respectable. Ou alors, c’est pour ne pas faire croire qu’Ecolo aurait un traitement de faveur de la chaîne télé. Mais cela, honnêtement, on ne le pense pas. Pas plus que les autres partis traditionnels en tout cas.

Vient le cas d’Umicore. Là, on comprend vite pourquoi le chef de file écologiste demande au diplomate américain sa discrétion. Umicore est active dans la chimie et la métallurgie, secteurs peu écologiques dans notre pays s’il en est. Et lorsque l’on regarde les bénéfices de la firme en 2010 (263,4 millions d’euros, soit une augmentation de 222 %), on voit que cette entreprise n’a pas connu la crise. Et, son numéro un, Marc Grynberg, a vu ses émoluments s’envoler à 1,81 million d’euros en 2010. Pas vraiment le profil solidaire porté par les militants d’Ecolo… D’autant qu’en 2009, Umicore ne payait sur son bénéfice que… 0 euro d’impôt.

Javaux soutient-il l’option militaire en Afghanistan ?

Le programme du parti est clair : « Ecolo estime depuis longtemps que la guerre d’Afghanistan ne pourra pas être gagnée sur le plan militaire » et plaide pour une nouvelle « coopération civile » avec les autorités afghanes. Le programme va jusqu’à dénoncer les « nombreuses et sanglantes bavures, essentiellement dans le chef des forces aériennes américaines ». Pourtant, « Javaux parle avec bienveillance des opérations militaires belges en Afghanistan et ailleurs, et dit que la ville d’Amay, dont il est bourgmestre, a de nombreuses familles de militaires à cause de la présence d’une base belge majeure ». Hum, pas sûr que tous les militants écologistes apprécient cette « bienveillance ». D’autant que le patron d’Ecolo rajoute qu’il entretient « de bonnes relations avec le commandement militaire de la base ». Plus précisément, « l’interlocuteur (de la diplomatie américaine, NdlR) a demandé l’opinion de Javaux sur la situation en Afghanistan et au Pakistan (…) Javaux dit qu’il comprend la nécessité de prévention de conflit et de reconstruction en Afghanistan ». Mais le secrétaire fédéral d’Ecolo va plus loin : « Il s’est engagé à faire plus pour amener le public à examiner le lien entre l’Afghanistan et la sécurité belge. »

Pour des réformes qui ne seront pas à gauche, votez Javaux

Tel est en effet le pronostic de la diplomatie américaine. « Énergique et qui présente bien, Javaux mène une prudente ligne de conduite entre les partis traditionnels. Avec son expérience américaine et son expérience de gouvernance au niveau local avec le MR, il est possible pour les verts en Wallonie qu’ils puissent en surprendre beaucoup avec des réformes qui ne sont pas nécessairement de gauche ou du centre. » C’est ainsi que se termine la livrée de WikiLeaks sur Jean-Michel Javaux.

1. www.rtc.be


Retrouvez le câble (en anglais) sur www.wikileaks.org

17:42 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles, Belgique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer | | |

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