12/01/2008

Où va le socialisme ?

Parti cherche idéologie. La crise au sein du SP.a et du PS

Lors des élections, le PS a perdu 6,2 % et le SP.a 7,2 %. De la sorte, ils peuvent faire une croix sur plusieurs centaines de millions de subsides. Et des centaines de collaborateurs (clients ?) peuvent désormais se mettre en quête d’un « nouveau boulot ». Bref, la crise est profonde.

Peter Mertens
20-06-2007

Les socialistes. Ils ont fondé les sociétés coopératives. Ils sont partis de rien pour fonder des organisations comme Jolimont et Vooruit. Ils ont créé des boulangeries, donné vie à des maisons du peuple. Ils ont donné du pouvoir aux syndicats en les centralisant au sein de la Commission syndicale, le précurseur de la FGTB. Ils ont lancé des cliniques populaires et des mutualités. Ils sont allés à contre-courant. Ils ont affronté bien des tabous. Ils avaient un projet. Le socialisme. Une société sans exploitation de l’homme par l’homme.

 

Mais, « quelque part en cours de route », ils ont perdu leurs idéaux. Qu’importe quand cela s’est produit. Au cours des grèves générales pour le suffrage universel, en 1902 et 1913, quand tout a été mis en œuvre – sans résultat – pour mettre un terme aux actions. Peut-être au cours de la Première Guerre, quand on opta avec enthousiasme pour soutenir un parti belliciste contre un autre ? Ou au lendemain de la Seconde Guerre mondiale lorsque, avec Spaak (dirigeant du PS qui allait devenir secrétaire général de l’OTAN après la guerre), on tira la carte de l’atlantisme et de l’Otan ? « Les socialistes ont renoncé à tout leur passé : leur histoire, leurs traditions, leur culture, leur critique, leur analyse… Aussi ne sont-ils plus ‘socialistes’ depuis longtemps… Ce n’est donc pas la gauche qui a ramassé un sale contrecoup le 10 juin 2007. Cela fait longtemps, qu’elle a reçu ce contrecoup, la gauche. Elle l’a reçu du PS quand celui-ci, de parti socialiste avec des membres, s’est mué en un cartel électoral progressiste avec régie publicitaire », déclare le professeur Jan Blommaert1.

Ouvriers en grève en 1936. Il y a bien longtemps, les socialistes avaient un projet. Mais en cours de route, ils ont perdu leurs idéaux. (Photo archives)

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La Charte de Lisbonne en tant que manifeste

À Hoboken, on peut voir un petit écriteau sur la façade de la maison du peuple : « A vendre ». Comme dans le capitalisme, tout est à vendre. Depuis un bail, les boulangeries et les brasseries ont été balayées par la concurrence, par les précurseurs de Carrefour et autres monopoles de la bouffe. L’idée d’un des pères du PSB (l’ancêtre du SP.a), Eduard Anseele, de mettre sur pied, via des coopératives, une économie socialiste, n’a guère survécu à la Seconde Guerre mondiale. Dans toute l’Europe, les sociaux-démocrates se sont transformés en gestionnaires du système. Quand ils ont eu la majorité absolue sur le vieux continent, ils ont contribué à fond à lancer la vague des privatisations. La Poste, les transports aériens, les chemins de fer, l’énergie, les soins de santé… lentement mais sûrement, tout est passé à la trappe.

Voici un bon siècle, le parti socialiste avait un manifeste. La fameuse Charte de Quaregnon. Un contenu ni chair ni poisson, il est vrai. Mais quand même. On choisissait son camp : « Le Parti ouvrier déclare qu’il se considère comme le représentant, non seulement de la classe ouvrière, mais de tous les opprimés, sans distinction de nationalité, de culte, de race ou de sexe. (…) Dans leur lutte contre la classe capitaliste, les travailleurs doivent combattre par tous les moyens qui sont en leur pouvoir (…). »

La Charte de Quaregnon est morte et a été remplacée par la Charte de Lisbonne. Ce n’est plus un manifeste pour les travailleurs. C’est un manifeste pour devenir « l’économie la plus compétitive et dynamique au monde ». C’est la charte de la flexibilité, de la modération salariale, de l’obligation de travailler plus longtemps et des privatisations. En 2000, elle a été signée par 11 chefs de gouvernement socialistes. « Le parti socialiste est le mieux placé pour associer le bien-être économique des entreprises à la paix sociale. La compétitivité et le progrès des entreprises sont impossibles dans un désert social ou dans les endroits où sévit la lutte sociale », a déclaré Di Rupo dans un journal boursier.2 De lutte contre « la classe capitaliste », il n’est plus question depuis longtemps déjà. « Le PS a longtemps collé au monde du travail et non aux bourgeois-bohèmes. Le sociétal tend aujourd’hui à l’emporter sur le social. Plusieurs de nos leaders s’intègrent avec délectation dans les rangs cossus de la bourgeoisie internationale », déclare l’ancien président du PS, Guy Spitaels.3

 

1 Jan Blommaert, De rechtse show (le show droitier), Indymedia, 11 juin 2007 • 2 L’Echo, 15 avril 2004 • 3 « Elio, tu dois choisir ! », Le Soir, jeudi 14 juin 2007.

11:00 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles, Belgique dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : courcelles, romain, belgique, histoire, actualite, politique, ps, presse, silence, syndicats, capitalisme, europe, euro-dictature, oppression capitaliste | |  Imprimer | | |

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