04/01/2008

04/01/2008: La paix n'a pas besoin de nouveaux missiles ...

-------- Message original --------
Sujet: Alerte OTAN ! n°28 / octobre-décembre 2007
Date: Fri, 4 Jan 2008 07:52:44 +0100
De: <info@csotan.org>


Alerte OTAN !

Bulletin trimestriel du Comité de surveillance OTAN,
Numéro 28, octobre-décembre 2007

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tél & fax : 02 511 63 10
CCP
068-2447491-14 au nom de CSOTAN

Site internet : www.csotan.org


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Édito

Ensemble contre l’'Otan, samen tegen Navo !

Les réunions au sommet de l'OTAN se sont multipliées ces dernières semaines, signe que tout ne se passe pas exactement comme prévu dans le camp des alliés occidentaux et que la grande machine de guerre ne fonctionne pas sans ratés. Kosovo, Iran, Afghanistan, Bouclier anti-missiles: les pays membres de l'Otan ne sont pas sur la même longueur d'ondes et n'aboutissent à aucune détermination ferme.

L'annonce publique par les services de la CIA et d'autres ( ???) que l'Iran "aurait arrêté tout programme de préparation d'armes nucléaires depuis 2003" vient mettre un coup d'arrêt pour les forces US les plus résolues à la guerre immédiate contre l'Iran. Cela montre bien les incertitudes au sein de la superpuissance sur les possibilités de gagner cette guerre. L'échec en Irak conduit au doute. Et surtout les réactions de la Russie, de la Chine et des pays non alignés ont fait sentir au sein même de l'Otan, que la partie ne se gagnerait pas facilement.

Mais cela n'empêche pas de continuer les menaces et l' imposition de sanctions contre l'Iran. Même De Gucht, ancien et nouveau ministre des Affaires Etrangères de la Belgique s'y met en décrétant que le seul fait que l'Iran veut continuer le processus d'enrichissement de l'uranium "prouve que l'Iran veut se doter de la bombe atomique". Pourquoi ces questions se discutent-elles dans des réunions de l'Otan qui, en principe, n'ont rien à voir avec l'Iran? Ils ont besoin de présenter l'Iran comme une "menace" contre les pays européens pour justifier l'installation du bouclier anti-missiles et la participation de l'Otan à ce programme.

De la même manière, la Russie est de plus en plus l'objet d'attaques et de campagnes dénigrantes dignes de l'époque de la "guerre froide", de la part des responsables de l'Otan, et de nos anciens-nouveaux ministres. Son alliance avec l'Iran, ainsi que son opposition à l'indépendance du Kosovo ne laissent les mains libres ni à l'UE ni aux Etats-Unis. De Gucht, qui représente la Belgique à la présidence du conseil de sécurité de l'ONU, ne s'est pas gêné pour soutenir publiquement des mesures unilatérales de l'UE et des USA en faveur du changement de statut du Kosovo.

En Afghanistan, qui est le lieu le plus important d'intervention de l'Otan, 60.000 militaires de 27 pays différents, superarmés, ne suffisent pas pour faire régner l'ordre et maintenir le gouvernemenrt Karzai. Plusieurs pays membres de l'OTAN rechignent à fournir à l'Isaf les suppéments de moyens techniques, financiers, humains qu'elle réclame. Cependant, la Belgique n'est pas en reste. Récemment, le gouvernement encore en "affaire courantes" a décidé l'envoi de soldats supplémentaires à Kaboul. Le nouveau ministre de la Défense, Pieter De Crem, veut renforcer et revaloriser le rôle « militaire » de l'armée, la débarasser de ses oripeaux « humanitaires ». La Belgique fera tous les efforts possibles pour soutenir la guerre de l'Otan en Afghanistan.

Et pour bien montrer l'adhésion du gouvernement Verhofstadt III aux objectifs otaniens, ils ont rendu publique cette opération "anti-terroriste", juste le jour de la prestation de serment. Ces « terroristes » ne pouvaient qu'être dirigés par Nizar Trabelsi, accusé de préparer des attentats contre la base militaire de Kleine Brogel. Le nouveau gouvernement belge veut donner des assurances à l'OTAN, de sa capacité à servir les états-majors installés sur notre territoire. Les « menaces terroristes » actuelles tombent à point également pour prendre de nouvelles mesures de restriction des droits démocratiques (prolonger la garde à vue, élargir les autorisations d'écoutes téléphoniques)

Il faut noter d'ailleurs que tout au long de cette crise gouvernementale et au milieu des conflits dits communautaires, tous les dirigeants politiques restaient d'accord pour garder sous contrôle fédéral l'armée et la politique extérieure et que la Belgique a déjà signé le nouveau Traité européen, qui renforce encore l'allégeance de l'UE à l'Otan et réclame des augmentations des budgets militaires de chaque pays.

Nous devons montrer que, dans le camp des mouvements pour la paix, au nord comme au sud du pays, nous n'avons aucun conflit communautaire à régler et que tous unis nous continuons le combat pour le désarmement nucléaire, pour le retrait des bombes atomiques de Kleine Brogel, pour stopper tout programme de bouclier antimissiles, pour le retour des militaires belges embourbés dans cette guerre d'Afghanistan et pour une mise en cause radicale de l'OTAN qui ne protège pas l'Europe mais risque plutôt de l'entraîner dans un conflit majeur.

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Conférence «La paix n'a pas besoin de nouveaux missiles»

La conférence organisée par le CSO a permis de mieux connaître ce que le bouclier anti-missiles signifie, au point de vue technique, stratégique, politique. Elle s'est conclue sur plusieurs propositions d'actions concrètes : soutien à la manifestation contre le radar, à Prague le 17.11.07, avec l'envoi de lettres à l'ambassade tchèque et de messages de solidarité à la mobilisation tchèque; résolution de multiplier les activités d'information en Belgique ; proposition de soumettre un questionnaire sur ce thème aux ministres et parlementaires belges ; préparation d'un dossier rassemblant les informations, les analyses, les prises de position des organisations politiques et des associations pour la paix.

Si l'opposition au déploiement du système anti-missiles était unanime parmi les intervenants, nous avons toutefois pu entendre et discuter des points de vue plus divergents, entre autres sur la place que l'Otan ou l'UE pourrait prendre dans l'installation du bouclier anti-missiles en Europe, sur la position de la Russie. Le débat est ouvert et la question du bouclier anti-missiles prendra de plus en plus d'importance dans les mois à venir. Le prochain sommet de l'Otan à Bucarest en avril 2008 va probablement l'aborder et s'engager. Nous devons y être très vigilants !

Les textes des différents intervenants de la conférence sont reproduits dans ce numéro de Alerte Otan, et/ou sur le site du CSO :

Nils Andersson, du conseil scientifique d'ATTAC France, Nicolas Bardos, Pax Christi, Andrey Ordach, attaché de presse de l'Ambassade de Russie, Luc Mampaey, GRIP, Georges Spriet, VREDE, Pol d'Huyvetter , Mayors for Peace, Claudine Pôlet, CSO

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Le Bouclier ne protège pas l'Europe, il y prépare la guerre

Dans une Belgique qui se déchire de plus en plus, les problèmes dits institutionnels et de relations entre la communauté française et flamande prennent le dessus sur toute autre question politique. Se préoccuper, maintenant, d’'une question de bouclier antimissiles qui n'’existe pas encore en Europe et encore moins sur notre territoire, peut sembler aussi… surréaliste.

Et pourtant, l'’annonce et le début de mise en place par l’'Administration Bush de ce système anti-missiles est en train de pousser le monde vers la guerre, de relancer une course folle aux armements, il nous concerne donc grandement !

La presque totalité des partis politiques de Belgique, qu’'ils participent de la coalition orange bleue ou dans l’'opposition, se divisent à qui mieux mieux, régionalisent, fédéralisent, séparatisent… mais conservent une étrange communauté de positions sur les questions de politique extérieure et de défense de notre pays. Même le NVa, l'’allié séparatiste du CD&V déclare que l’'armée et la politique extérieure peuvent rester du ressort d’'un Etat Belge. Et tous se rangent derrière la Note Leterme concernant la Défense et la Politique extérieure ou, en tout cas, se taisent à son sujet. Cette note réaffirme que la Belgique est liée à une politique européenne de sécurité et de défense et qu’'elle est un fidèle et loyal membre de l'’Alliance Atlantique, à laquelle elle est prête à accroître sa contribution.

Rappelons également que le mini-traité européen appelé à remplacer le projet de Constitution européenne, reprend textuellement les chapîtres qui bétonnaient l’'allégeance à l’OTAN. Il y rajoute la nécessité d’'accroître les efforts financiers de chaque Etat membre pour rendre les forces militaires plus efficaces.

L’'OTAN n’'en est pas à une « étude de faisabilité » toute théorique. Des dossiers de milliers de pages circulent parmi les cercles dirigeants. Le secrétaire général Joop de Scheffer propose avec persistance qu’'un bouclier antimissiles otanien pourrait très bien compléter le système américain. L'’OTAN se prépare à une participation effective et importante à l’installation du bouclier antimissiles.

La Belgique est aussi concernée par cette question. Et comme nos gouvernements et nos responsables politiques, tous partis confondus, ont évité et évitent de plus en plus tout débat démocratique sur les questions militaires, il y a fort à parier que le projet de bouclier antimissiles deviendra une réalité otanienne à bref délai, et que tout cela passera au-dessus de la tête des citoyens et sera discuté et voté dans la plus grande discrétion. On en a déjà assez avec les bombes nucléaires de Kleine Brogel qui sont toujours là malgré les résolutions unanimes du Parlement pour les faire partir. Si les grands stratèges des Affaires Etrangères et de la Défense y rajoutent un soutien au système antimissiles, c'’est une preuve de plus que ces bombes atomiques sont destinées à être utilisées, protégées par un bouclier antimissiles. Cela ne doit pas se passer !

Le bouclier antimissiles est un outil de guerre et non de défense. Sous le contrôle des Etats-Unis ou un contrôle partagé avec l’'OTAN, ou même avec une implication de l’'Union Européenne, il est totalement inacceptable. Le Président Bush l’'a présenté comme une protection nécessaire à l'’Amérique et à l'’Europe contre des menaces de pays qualifiés de voyous, et en particulier l'’Iran. Mais l'’Iran n’'est pas en mesure d’'attaquer ni l'’Amérique ni l’'Europe avec des missiles nucléaires à longue portée qu’'elle ne possède pas.

Ce bouclier antimissiles vise à pouvoir attaquer la Russie et la Chine ainsi que n’'importe quel pays, qui résiste à la prédominance des USA et de l'’Alliance Atlantique, sans risquer une riposte de ceux qui ont la capacité nucléaire de le faire, comme la Russie et la Chine. Aucun de ces pays ne cherche des conquêtes militaires. L'’intérêt du peuple de Belgique et de toute l'’Europe est de rechercher une coopération avec eux et non la guerre. Voilà bien pourquoi il n’'est pas question pour les citoyens de notre pays et des pays membres de l’'Otan d’'accepter une participation à cette escalade vers une nouvelle guerre mondiale.

Claudine Pôlet (CSO)

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Qu’est-ce que le bouclier anti missiles ?

Avec le Missile Defense, ou bouclier anti-missiles, il s'agit d'empêcher qu'un missile attaquant puisse atteindre sa cible. Il existe déjà plusieurs systèmes de défense pour intervenir au moment où un missile rentre dans l'atmosphère, donc dans la partie finale de son orbite. Le bouclier anti-missiles maintenant, veut être capable de toucher un missile à un stade antérieur, c'est à dire pendant la phase vraiment ballistique du parcours hors de l'atmosphère dans laquelle les têtes se détachent du missile.

Le bouclier anti-missiles est un sytème de systèmes; chacun des éléments doit être techniquement parfait ainsi que leur coordination. Pour cela, on doit être capable de détecter au plus vite qu'un missile a été lancé. Puis il faut des radars qui suivent et précalculent le trajet. D'autres radars essaient de distinguer les têtes réelles des têtes fausses. Puis le missile d'interception est lancé pour projeter l'élément de collision (EKV exoatmospheric kill vehicle) contre la tête hostile. Tous ces éléments ne peuvent fonctionner que grâce à un réseau performant de gestion, commande et contrôle.

La détection se réalise par des systèmes infra-rouges dans l'espace. Les radars de première alerte existent déjà. Ils calculent le trajet de vol du missile hostile. Puis des radar-X à haute fréquence sur les ondes courtes détectent les têtes (nucléaires ou fausses). Le missile d'interception est une fusée à trois étages qui porte l' EKV jusqu'au point d'interception. Cet EKV reçoit de manière permanente l'information de la localisation changeante du missile attaquant, ou de l'orbite des têtes. l'EKV possède un système combiné de senseurs optiques et infra-rouges, pour suivre et analyser sa cible. Par ses petits moteurs, ce module d'environ 65 kg et 1,3 m de longueur, se met en position pour le meilleur impact contre le missile hostile qu'il détruira par énergie cinétique (par sa vitesse donc). La vitesse combinée avec laquelle l'intercepteur et la cible se rapprochent est de 15.000 miles par heure.

Le tout ne fonctionne que par un réseau de gestion: le Battle Management, Command, Control and Communicationos (BCM3) constitue le coeur du système. Il reçoit l'information et analyse les paramètres comme la vitesse, l'orbite, le point d'impact. Il calcule le point optimal d'interception, prépare le lancement du missile intercepteur. Il vérifie également le résultat de l'opération, et décide d'une éventuelle continuation de l'opération.

Le Pentagone américain estime nécessaire pour la sécurité nationale et celle de ses alliés d'avoir certains éléments de système de systèmes en Europe. Il veut utiliser des radars existants en Angleterre et au Groenland, et veut installer un radar-X et des missiles intercepteurs en Europe continentale: la république Tchéque et la Pologne.

Jusqu'à maintenant les essais ne sont pas du tout convaincants. La Missile Defense Agency elle-même parle d'un succès de 50%, tandis que les critiques ne parlent que de 4 ou 5 essais relativement positifs sur 13. Et souvent, on n'a pas tenu compte de la possibilité de têtes fausses qui pourraient troubler les radars.

Les entreprises liées à la recherche et la fabrication sont surtout: Boeing, Raytheon, Lockheed Martin et TRW. Ce sont de bons fournisseurs du Pentagone, et des sponsors généreux pour les caisses électorales des deux grands partis.

Mais il y a plus.

Le développement du système anti-missiles se situe dans la stratégie plus large de domination de l'espace par les Etats Unis. “Un moyen pour atteindre la prépondérance américaine dans l'espace est le développement d'une stratégie de dissuasion pour l'espace, et le déploiement des moyens spatiaux, y compris des systèmes d'armement fonctionnant dans l'espace, pour défendre nos ressources spatiales, et qui pourront renforcer notre force aérienne, navale ou terrestre”. (Commission to assess US national security space management and organization, 2001).

Dans son document Vision 2020, le US Space Command dit clairement: “dominer les dimensions spatiales des opérations militaires pour protéger les intérêts et les investissements des Etats-Unis”. La supériorité dans l'espace devient un élément crucial dans les guerres à venir. Le National Missile Defense (le bouclier anti-missiles) deviendra un ensemble de sensors et d'armes sur terre et dans l'espace. Les tâches pour les unités de terre, de mer et aériennes seront renforcées par nos capacités dans l'espace.

Voilà à quoi sert le bouclier.

Il est intéressant de voir ce que des analystes américains en disent: "Le bouclier anti-missiles que les Etats-Unis veulent installer est avant tout valable dans un contexte offensif, pas défensif; comme un élément d'importance dans la capacité de 'first strike', pas comme un bouclier indépendant. Dans le cas où les Etats-Unis attaqueraient la Russie (ou la Chine), le pays ciblé ne resterait après l'attaque qu'avec un arsenal trés réduit, s'il lui en reste un. A ce point, même un bouclier modeste ou inefficace pourrait être suffisant comme protection contre l'attaque-réponse, parce que l'ennemi annihilé n'aurait presque plus de missiles comme moyen de riposte.” (Lieber, Keir A./Daryl G. Press: The Rise of U.S. Nuclear Primacy, in: Foreign Affairs, March/April 2006.).

Georges Spriet (VREDE)

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Bouclier antimissile : inadéquat et dangereux

Une nouvelle crise semblable à « l’affaire des euromissiles » du début des années 80 va-t-elle éclater à l’occasion du projet américain de déploiement d’éléments de son bouclier antimissile en Europe ? Si le contexte géostratégique est totalement différent, les mêmes problèmes surgissent : un projet américain posant de nombreuses questions, le malaise des Européens et l’hostilité de la Russie qui estime qu’une nouvelle course aux armements en serait la conséquence.

Un projet discutable

C’est le 22 janvier 2007 que les États-Unis ont transmis officiellement leur demande de pouvoir installer d’ici à 2012, 10 missiles intercepteurs en Pologne et un radar de détection en République tchèque. Le but est de compléter un dispositif qui prévoit le déploiement de 40 missiles en Alaska (15 y sont déjà installés), de 4 missiles en Californie, ainsi qu’un réseau de radars sur le sol américain, au Groenland et en Grande-Bretagne.

Le projet de « bouclier antimissile » vise à intercepter des missiles qui seraient lancés contre les États-Unis par ce qu’ils nomment des « États voyous » comme l’Iran et la Corée du Nord. Mais, aux États-Unis même, plusieurs experts et responsables politiques doutent de l’efficacité et de l’utilité de ce projet.

Primo, la faisabilité technique de l’interception en plein vol de missiles balistiques ennemis est loin d’être prouvée. Les missiles actuellement déployés sont encore des prototypes et les essais réalisés jusqu’à présent ont soit révélé certaines difficultés, soit été menés dans des conditions optimales fort différentes de ce que serait la réalité.

Secundo, ce projet est très coûteux : actuellement, 10 milliards de dollars par an, alors que les coûts ont triplé par rapport aux estimations initiales. Un projet analogue qui serait déployé par l’OTAN en Europe coûterait entre 10 et 20 milliards de dollars, ce que les Européens auraient des difficultés à financer, sachant que la somme de leurs budgets annuels de défense avoisine les 220 milliards de dollars.

Tertio, quelle est la réalité de la menace ? À l’instar des « armes de destruction massives » en Irak, les Américains n’exagèrent-ils pas les risques ? De nombreux spécialistes, sans nier leurs intentions d’acquérir des missiles de longue portée, font remarquer que des pays comme l’Iran et la Corée du Nord auraient besoin de plusieurs années avant de disposer de missiles intercontinentaux. De plus, installer des têtes nucléaires sur ces missiles n’est pas simple à réaliser. Enfin, certains doutent que les dirigeants de ces pays soient à ce point irresponsables qu’ils lanceraient un missile nucléaire contre les États-Unis, qui disposent de milliers de têtes nucléaires, capables de rayer de la carte tout pays agresseur.

Le risque d’une relance de la course aux armements

Mais la critique majeure réside dans le risque de déstabiliser l’édifice de la dissuasion nucléaire. Le bouclier antimissile des États-Unis est présenté par ceux-ci comme non agressif et purement défensif. En réalité, il crée un effet pervers qui pourrait être un facteur de relance de la course aux armements balistiques et nucléaires.

C’est pour éviter une telle relance qu’Américains et Soviétiques avaient signé en 1972 le traité ABM (« Anti Ballistic Missiles ») par lequel ils renonçaient à déployer des systèmes d’interception de missiles ennemis (à l’exception de deux sites protégés pour chacun des deux pays). Par ce traité, les États-Unis et l’URSS reconnaissaient qu’ils possédaient un potentiel de « destruction mutuelle assurée » empêchant l’un d’utiliser l’armement nucléaire contre l’autre. Ce principe d’équilibre de la terreur permettait de confirmer l’arme nucléaire dans un rôle de dissuasion. Depuis quelques années, la doctrine nucléaire américaine tend à « banaliser » l’arme nucléaire en en faisant une arme qui pourrait être utilisée sur des champs de bataille, y compris contre des États « non nucléaires ».

En dénonçant le traité ABM en 2002, les Américains se sont mis dans une posture qui remet en question la dissuasion nucléaire. S’ils deviennent capables de se protéger contre tout missile venant d’un pays ennemi, ce dernier pourrait dans le même temps se sentir menacé par l’arsenal nucléaire offensif des États-Unis, surtout si ceux-ci développent à son égard un discours agressif, le qualifiant par exemple d’État voyou contre lequel il pourrait être fait usage de la force.

Cet État pourrait alors être tenté de se doter d’un maximum de missiles nucléaires intercontinentaux afin de pouvoir « saturer » ou « contourner » le bouclier antimissile américain. C’est cela la relance de la course aux armements.

L’inquiétude russe

Washington répète depuis plusieurs mois que ce ne sont pas les 54 missiles intercepteurs (44 sur le sol américain et 10 en Europe) qui pourraient arrêter les 700 missiles intercontinentaux dont disposent encore les Russes. Mais ces derniers se demandent si ce chiffre ne pourrait pas être sensiblement augmenté par la suite. Par ailleurs, les Russes envisagent de réduire le nombre de leurs missiles intercontinentaux à environ 200 dans quelques années. Les Russes craignent dès lors d’être à terme soumis à une posture de domination nucléaire par les Américains, d’où leurs projets de relance de programmes de nouveaux missiles intercontinentaux et de doublement de leurs dépenses militaires pour les huit années à venir.

Certains, du côté occidental, estiment exagérées les réactions russes. Sans doute. Mais pour bien comprendre la perception de Moscou, il s’agit de resituer leur position géostratégique actuelle qui est fort loin de celle qu’occupait l’URSS il y a une vingtaine d’années avec une quasi parité de moyens militaires avec les États-Unis.

Aujourd’hui, les dépenses militaires mondiales ont retrouvé un niveau identique à celui qui existait à la fin de la Guerre froide, soit 1 000 milliards de dollars (contre 750 milliards à leur plancher historique en 1996). Dans ce total, le budget militaire des Américains représente près de 50 %, contre seulement 2 % pour celui de la Russie. Ce pays se situe au même niveau que l’Inde ou l’Arabie saoudite, tandis que des pays comme la Chine, le Japon, la France ou le Royaume- Uni représentent entre 4 et 5 % des dépenses militaires mondiales.

De plus, la Russie a le sentiment d’être assiégée. Les élargissements de l’OTAN de 1999 et 2004 ont fait rentrer dix pays ex-communistes (dont trois ex-républiques soviétiques) dans le camp occidental, réduisant le champ d’influence de Moscou. Sur son flanc Sud, 200 000 soldats américains sont en Afghanistan depuis 2001, et en Irak depuis 2003. Et sur les quinze anciennes républiques soviétiques, sept accueillent ou vont accueillir des bases américaines.

Enfin, les Russes ressentent une certaine forme d’arrogance des dirigeants américains actuels à leur égard. Ils manquent de reconnaissance et de respect. Dans le cadre du bouclier antimissile, ces derniers se sont adressés de manière bilatérale à la Pologne et à la République tchèque, sans présenter ce projet au sein du Conseil OTAN-Russie, qui avait été créé en 1999 pour discuter ensemble des questions de sécurité intéressant les deux parties.

Renouer le dialogue et relancer le contrôle des armements

À tout le moins, les dirigeants américains ont manqué de tact à l’égard de la Russie, mais aussi avec leurs alliés européens. Ceux-ci ne comprennent pas l’empressement des États-Unis à vouloir mettre en place ce projet de bouclier qui pose encore beaucoup de questions.

Il serait préférable qu’un véritable dialogue sur les questions de sécurité commune soit rétabli entre Occidentaux et Russes avant de se lancer dans de nouveaux projets. De plus, pour éviter l’émergence de nouvelles menaces potentielles par la prolifération nucléaire et balistique, il y a un urgent besoin de reprendre les efforts diplomatiques dans le cadre du droit international qui codifie la maîtrise des armements.

Malheureusement en six ans, c’est Washington qui a progressivement vidé de leur substance les acquis obtenus dans ce domaine depuis plusieurs décennies.

Editorial du « Nouvelles du GRIP » 2/2007
Voici un lien où l’on peut retrouver 3 anciennes publications du GRIP sur les Euromissiles :
http://www.grip.org/archives/archives.html.

Luc Mampaey (GRIP)

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L’installation de missiles en Europe par les Etats-Unis s’inscrit dans une stratégie globale Eurasiatique


L’actualité de notre sujet a été confirmée le 5 novembre, à Bakou, par Daniel Fried, secrétaire d'Etat adjoint : Les Etats-Unis comptent réaliser leur projet de bouclier antimissile en Europe centrale malgré les objections de la Russie, « Nous poursuivons les négociations avec la Pologne et la République tchèque… Nous espérons réussir et, si c'est le cas, nous mettrons en place un système radar pour la République tchèque et des missiles pour la Pologne ».

Je souhaiterais ce soir exposer dans le temps imparti, le projet global dans lequel s’inscrit l’installation d’un bouclier anti-missiles en Europe orientale et en Extrême-Orient et ses conséquences pour nous Européens. Ce projet a pour fondement la doctrine Brzezinski qui fut le Conseiller à la sécurité nationale du Président Carter. En quoi consiste sa doctrine, formulée dans son livre « Le Grand échiquier » ? : « L’Eurasie constitue l’axe du monde. Une puissance qui dominerait l’Eurasie exercerait une influence prééminente sur deux des trois régions les plus productives du monde, l’Europe occidentale et l’Asie orientale. Un coup d’œil sur une planisphère suggère que tout pays dominant en Eurasie contrôlerait presque automatiquement le Moyen-Orient et l’Afrique. L’Eurasie constituant désormais l’échiquier géopolitique décisif… L’évolution des équilibres de puissance sur l’immense espace eurasiatique sera d’un impact déterminant sur la suprématie globale de l’Amérique. »

Les idéologues néo-conservateurs s’inspirent de cette doctrine ; citons deux maîtres à penser de Georges Bush, William Kristol et Lawrence Kaplan : « Notre suprématie ne peut pas être préservée à distance. L’Amérique doit au contraire se considérer à la fois comme une puissance européenne, une puissance asiatique et, bien entendu, une puissance moyen-orientale. »

Après la chute du Mur, les Etats-Unis devenus l’hyper puissance, l’objectif de Bush père, puis de Clinton, fut de réduire l’espace de la Russie et de resserrer le containment de la Chine. Aujourd’hui, la nouvelle ligne part des pays Baltes vers la Pologne, la Roumanie et la Bulgarie, elle se prolonge vers la Turquie et le Pakistan où, autre avancée stratégique, les Etats-Unis ont pris pied dans les anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale ; puis son tracé se poursuit à la périphérie de la Chine : de la Thaïlande à l’Indonésie, aux Philippines, à la Corée du Sud et au Japon. Un constat s’impose, entre la Turquie et le Pakistan se trouvent l’Irak et l’Iran, la ligne d’encerclement de la Russie s’en trouve rompue, ce qui a conduit, pour la combler, à l’aventure militaire irakienne et pourrait conduire à une nouvelle guerre d’agression en Iran1.

Jetons un regard sur le dispositif militaire mis en place en application de cette politique. Au tournant du XXIe siècle, le Pentagone a achevé la division de la planète en « aires de responsabilité » militaires attribuées à des grands commandements. Rien n’éclaire mieux l’ambition hégémonique de l’hyper puissance que l’énumération de ces cinq, devenues six, « aires de responsabilité », qui couvrent l’ensemble de la planète et participent directement du contrôle de l’Eurasie

Deux de ces commandements ne relèvent pas de notre propos. Le premier, le Commandement Nord (NORTHCOM), couvre le continent nord américain, les États-Unis, le Canada, le Mexique, l’Alaska et une zone jusqu’à 500 miles marins des côtes du continent.

Le deuxième, le Commandement Sud (SOUTHCOM), permanence de la doctrine Monroe, couvre l’Amérique centrale, les Caraïbes, et l’ensemble du continent sud-américain. Il contrôle le Golf du Mexique, les eaux territoriales du continent et une partie de l’Océan Atlantique.

Les autres commandements nous intéressent plus directement, le troisième en particulier, le Commandement Europe (EUCOM ) dont l’aire de responsabilité ne se limite pas à l’Europe communautaire mais inclut les Balkans, l’Ukraine, la Biélorussie, le Caucase et la Russie jusqu’à Vladivostock. L’EUCOM a une particularité par rapport aux autres « aires de commandement », ses liens particuliers avec l’OTAN ; ainsi le commandant des forces des États-Unis en Europe (EUCOM) est aussi le Commandant suprême des forces de l’OTAN. Ce double commandement toujours attribué à un officier supérieur états-uniens intègre l’OTAN dans la structure militaire du Pentagone et la stratégie globale de Washington. Un lien de dépendance que confirme un document de l’EUCOM : « La transformation de l'EUCOM soutiendra la transformation de l'OTAN ». Cet amarrage de l’OTAN s’est concrétisé (à chaque fois sous commandement étatsunien) en Irak dans le cadre d’une coalition internationale, en Afghanistan, lors d’opérations en Méditerranée, dans le Golf d’Aden ou la Mer d’Oman, dans le cadre l’OTAN.

Le quatrième est le Commandement Centre (CENTCOM) qui couvre l’Égypte, la Péninsule arabique, la Syrie, le Liban, l’Irak, l’Iran, l’Afghanistan et jusqu’au Pakistan, auxquels il faut ajouter les ex-Républiques d’Asie centrale : Turkmenistan, Tadjikistan, Ouzbékistan, Kirghizistan et Kazakhstan. C’est le CENTCOM qui conduit les opérations en Irak comme en Afghanistan, en partenariat avec l’OTAN.

Cinquième commandement, le Commandement Pacifique (PACOM ). Le PACOM englobe l’Inde et sa périphérie, la Péninsule indochinoise, l’Indonésie, les Philippines, la Malaisie, la Chine, Taïwan, la Mongolie, les deux Corées, le Japon, l’Océanie, les îles du Pacifique. Sa zone maritime s’étend de la côte Ouest du continent américain à la côte est de l’Afrique et de l’Arctique à l’Antarctique. Le PACOM peut être considéré comme l’aire cruciale du dispositif en raison de l’espace qu’il couvre; 60% de la population mondiale y vit et c’est la zone où se côtoient les six armées les plus nombreuses en effectifs dans le monde : celles de la Chine, des Etats-Unis, de la Russie, de l’Inde, de la Corée du Nord et de la Corée du Sud.

Une sixième zone de commandement a été créée cette année pour l’Afrique et devrait être opérationnelle en 2008, l’AFRICOM qui couvre l’ensemble du continent, sauf l’Égypte. C’est là un signe évident que l’Afrique est devenue un enjeu stratégique propre, notamment en raison de deux nouvelles donnes, l’influence grandissante de l’Islam radical, comme une conséquence de la politique états-unienne de clash des civilisation dans le Proche et Moyen-Orient et la pénétration chinoise dans le continent africain. Cette sixième zone n’est pas distincte de l’enjeu eurasiatique, en témoigne le fait que le siège de son commandement ne se trouve pas en Afrique mais en Allemagne, à Stuttgart, au siège de l’EUCOM.

Selon le rapport du département de la défense des Etats-Unis « Base Structure Report » pour l’année 2007, le Pentagone dispose de 823 bases dans le monde, auxquelles il faut ajouter les bases secrètes, la puissance de frappe de la VIe flotte étatsunienne en Méditerranée, des IIIe et VIIe flottes dans les océans Indien et Pacifique et les bases de l’OTAN. Il n’est aucun domaine où les Etats-Unis ne dispose d’une suprématie plus grande que dans le domaine militaire, ces six aires de responsabilité géographique représentent un système global, coordonnant toutes les activités militaires et sécuritaires des Etats-Unis dans le but d’assurer l’hégémonie planétaire des Etats-Unis et d’imposer la domination du nouvel ordre social néo-libéral

Revenons à ce qui nous concerne directement l’Europe, continent où ce dispositif global est renforcé par la combinaison EUCOM/OTAN. C’est Bill Clinton qui en 1994, au sortir de la Guerre froide, a préconisé que la politique de défense de l’Union européenne soit « une Identité européenne de sécurité et de défense au sein de l'OTAN », proposition avalisée par les Chefs d’États européens lors du sommet de Madrid en 1997, inféodant ainsi les politiques de défense des États européens aux plans hégémoniques de la Maison Blanche.

L’OTAN devenue, de fait, partie du système de défense des Etats-Unis, la phase suivante fut, avec le « concept stratégique pour le XXIe siècle », adopté en 1999, sa transformation d’une organisation militaire régionale, euroatlantique, en une organisation militaire globale. Le sénateur Chuck Hagel a été très explicite à ce propos : « Il n'y a jamais eu, historiquement, de partenariat ou d'alliance mieux placée ou plus capable politiquement de mener le changement qui aboutira à l'avènement d'un monde meilleur et plus sûr que cette institution que nous appelons l'OTAN »2.

Pour bien comprendre la signification de cet arrimage, entendons Daniel Fried, Secrétaire d’Etat adjoint américain aux affaires européennes et eurasiennes qui a déclaré en avril 2007 : « Depuis la guerre froide et son rôle régional dans les années 1990, l’OTAN s’est transformée en une organisation transatlantique effectuant des missions globales, de portée globale avec des partenaires globaux. C’est en Afghanistan que cette transformation est la plus évidente… L’OTAN est en train de développer les capacités et les perspectives politiques nécessaires pour s’attaquer aux problèmes et aux éventualités qui surviennent dans le monde entier. » C’est dans cette logique et toujours sous commandement étatsunien que les armées européennes membres de l’OTAN participent à la politique de Washington menée par Georges Bush ou ses successeurs.

Ou ses successeurs ? En effet, si les néo-conservateurs au pouvoir sont un cas d’école d’une politique unilatéraliste, sans égard pour ses alliés et brutalement interventionniste, il ne faut pas sous-estimer les tendances lourdes de la politique états-unienne. Un changement de président aux Etats-Unis peut certes infléchir la politique et les rapports de Washington avec ses alliés ou le recours à sa puissance de frappe mais, qu’il s’agisse du parti démocrate ou du parti républicain, les deux grands partis s’inscrivent l’un comme l’autre dans une logique politique, économique et militaire à caractère hégémonique. Citons à nouveau Kristol et Kaplan, ils nomment dans l’un de leurs ouvrages, les quatre présidents des Etats-Unis qui, à leur yeux, ont bien servi, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale « la mission de l’Amérique ». Il s’agit pour ces deux idéologues néo-conservateurs, de Truman, Kennedy, Reagan et Bush junior. Deux d’entre eux sont républicains, les deux autres démocrates.

Le projet d’installation de batteries de missiles antibalistiques à Gorsko en Pologne et de radars antimissiles à Brdy en République Tchèque s’inscrit dans cette logique hégémonique qui ne peut être réalisée sans le contrôle de l’Eurasie. D’ailleurs ce projet de bases anti-missiles sur le continent européen a son pendant en Asie où le PACOM (commandement Pacifique) veut installer des bases anti-missiles en Extrême-Orient, au Japon, éventuellement en Corée du Sud. L’argument évoqué n’est pas ici l’Iran mais la Corée du Nord, l’objectif réel n’est pas la Russie mais la Chine.

L’installation de missiles en Europe centrale suscite les vives réactions que l’on sait de la Russie, Moscou menaçant de déployer des missiles à Kaliningrad et de suspendre sa participation au traité sur les forces conventionnelles en Europe3. Certains parlent de la paranoïa de Poutine, mais le projet d’installation de missiles antibalistiques s’accompagne de démonstrations de force permanentes. Ainsi en a-t-il été de la venue, début juillet, du destroyer lance-missiles USS Donald Cook dans le port d’Odessa, accueilli par les plus hauts responsables militaires d’Ukraine, d’Arménie, d’Azerbaïdjan, de Géorgie, de Grèce, de Lettonie, de Macédoine, de Moldavie, de Roumanie et de Turquie, pour participer à des manoeuvres de grande envergure avec l’OTAN, bien que la majorité de ces pays ne soient pas membres de l’Alliance Atlantique. Reconnaissons que cela justifie une réaction.

Si la Russie, comme la Chine, se sentent menacés par les visées eurasiatiques de Washington, leur attitude diffère dans la riposte aux plans de Washington. Cela se constate avec l'Organisation de coopération de Shanghai (dite aussi groupe de Shanghaï), créée en 2001 pour s’opposer aux projets américains de boucliers anti-missiles et aux interventions hors zone de l’OTAN. Comprenant initialement la Chine, la Russie, le Kazakstan, le Kirghistan, le Tadjikistan, ces pays ont été rejoints par l’Ouzbekisan. Depuis 2004 la Mongolie est devenue membre observateur du Groupe, suivie en 2005 par l’Iran, l’Inde et le Pakistan. Assemblage pour le moins hétérogène

Pour la Chine, Pékin l’a affirmé à plusieurs reprises, le Groupe de Shanghaï n’est pas une alliance militaire (comme l’OTAN) mais une organisation de coopération politique, économique et de sécurité, effectuant des manœuvres communes notamment pour lutter contre le terrorisme. Ainsi il y a eu, cet été, d’importantes manœuvres militaires en présence de Vladimir Poutine et Hu Jintao mais également de Mahmoud Ahmadinejab. Au sein du Groupe, la Russie paraît plus activiste, par exemple pour amener l’Inde à devenir membre à part entière (ce qui changerait la donne régionale et au-delà) ou, pour que la Turquie, bien que membre de l’OTAN, devienne observateur. La Russie joue là sur les crispations que suscitent les oppositions à l’entrée de la Turquie dans l’Europe en incitant Ankara à jouer son rôle de puissance régionale turcophone sur le continent asiatique, ce qui est une tentation permanente de la Turquie mais sans grand succès jusqu’ici. On comprend les enjeux, la Russie, empire blessé, ressent le besoin de recréer à ses frontières une zone tampon pour contrecarrer les visées hégémoniques des États-Unis, la Chine, partant du concept de l’Empire du milieu d’où s’étendent des cercles concentriques, inscrit sa stratégie dans un temps long.

On comprend qu’il n’y a rien de comparable entre le groupe de Shanghaï et l’OTAN, ni même avec ce que fut le Pacte de Varsovie. Les dépenses militaires des pays membres de l’OTAN sont 9 fois plus importantes que celles des pays du groupe de Shanghaï, cependant, les armées des pays membres du groupe de Shanghaï représentent plus de 3,5 millions hommes, la Chine et la Russie sont des puissances nucléaires et on ne peut être ignorer que les pays membres du Groupe couvrent 30% de la surface de l’Eurasie et représentent 23% de la population mondiale. Ceci rappelé pour souligner la gravité d’une menace que représente une déflagration dans cette zone du monde.

Il y a toutefois dans cette confrontation, un point de convergence entre la Chine, la Russie et les Etats-Unis, c’est la lutte contre le « terrorisme islamiste ». La guerre de Tchétchénie pour l’un, la question du Sinkiang pour l’autre, l’expliquent. Moscou comme Pékin sont favorables à la guerre menée par Washington contre l’intégrisme musulman, la Russie a même participé aux opérations de l’OTAN Active Endeavor en Méditerranée dans la « lutte contre le terrorisme ». Par ailleurs le coût de cette guerre est lourd pour les Etats-Unis et tout ce qui tend à affaiblir la position hégémonique des Etats-Unis ne va chagriner ni Moscou, ni Pékin.

La question de l’Eurasie apparaît bien la donne politique majeure du XXIe siècle et, selon les politiques suivies s’établiront des équilibres évolutifs à défaut desquels on basculera dans l’aventure militaire, au risque d’une guerre atomique. Aventure dans laquelle l’Europe serait inéluctablement entraînée puisque acteur dans le cadre de l’OTAN. Les objectifs fixés lors du dernier sommet de l’OTAN, à Riga en novembre 2006, le montrent et nous interpellent. Selon la Déclaration finale, l’OTAN « doit être capable de lancer et d’appuyer simultanément des opérations interarmées de grande envergure et des opérations de moindre ampleur, pour la défense collective et la réponse aux crises, sur son territoire et au-delà, à sa périphérie et à distance stratégique. » Ce projet envisage de pouvoir engager simultanément 300 000 hommes dans des opérations de grande ou moyenne envergure4. Pour comprendre la signification et l’importance de ce projet, rappelons que les forces étatsuniennes et internationales engagées aujourd’hui en Irak et en Afghanistan sont légèrement supérieures à 200 000 hommes.

Pour conclure, si aujourd’hui l’épicentre du conflit pour l‘hégémonie mondiale est le Moyen-Orient, du Liban à l’Afghanistan, l’enjeu majeur est l’Eurasie. Comme Européens, nous ne devons pas accepter d’être de simples pions sur le grand échiquier du Pentagone ni de toute autre puissance impérialiste potentielle, attendu qu’il n’y a pas de grandes puissances qui n’aient des visées impériales et rien ne laisse augurer que la raison guide les forces susceptibles de supplanter un affaiblissement de l’hégémonisme étatsunien. En effet, nous ne sommes déjà plus dans la phase post guerre froide où les Etats-Unis projetaient sans limites leurs vues hégémoniques sur le monde, Washington sort affaibli des aventures militaires de l’administration Bush. Pour les États-Unis, des révisions sont nécessaires, l’idéologie qui prévaut peut être un correctif aux ambitions ou au contraire un facteur amplifiant mais une logique de puissance impérialiste n’est pas rationnelle et un impérialisme affaibli n’est pas moins dangereux dans les initiatives qu’il peut prendre.

D’où l’importance de s’opposer à la stratégie du Pentagone et de son instrument, l’OTAN, de dénoncer l’installation, en application du concept bushien de guerre préventive, de bases de missiles anti-missiles en Europe et en Asie et de se battre pour un monde moins inégal, multilatéral, sans quoi ne peuvent être posés les fondements d’un autre ordre international, celui auquel nous aspirons.

Nils Andersson (ATTAC France)

1 Cette donnée géostratégique s’ajoutant à l’importance que revêtent l’Irak et l’Iran comme ressources et réserves énergétiques.
2 « Les États-Unis et l'OTAN unis dans la même finalité », juin 2004
3 Toutefois l’argument le plus fort de Moscou n’est pas militaire mais énergétique, la Russie pouvant fermer des vannes d’approvisionnement pétrolières et surtout gazières de l’Europe.
4 Il s’agit de pouvoir mener simultanément, 3 opérations de grande envergure avec 60 000 homme chacune et 6 opérations de moyenne envergure avec 30 000 hommes.

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Meeting international en République tchèque contre le radar anti-missiles

Le 20 octobre, 400 personnes ont répondu présent à la Première Réunion Internationale à l’appel de “Non à la Base” et Europe for Peace’, invitation appuyée par le maire Jan Neoral maire de la commune de Trovavec.

Depuis une année, des citoyens et des maires luttent contre l’installation de la base US dans la région de Brdy. Malgré une majorité écrasante de citoyens refusant ce projet dans le cadre du système national antimissile des Etats-Unis, les gouvernements des deux pays continue leurs tractations (négociation).

La délégation du CSO a apporté son soutien par une délégation porteuse d’un message de solidarité.

Par un message vidéo, Tadatoshi Akiba, maire d’Hiroshima, a exprimé sa tristesse face à cette menace de destruction insensée qui plane, de nouveau, sur toute l’humanité.

Evo Morales, président de la Bolivie, a tenu a envoyé un message de soutien par la voix de Giorgio Schultze. Le porte-parole le nouvel humanisme en Europe, Giorgio Schultze, exigeait, "l'élimination de toutes les armes nucléaires dans les bases militaires US et l'OTAN en Europe, la destruction et l'élimination des arsenaux en France et Grande-Bretagne, comme les premiers pas pour un désarmement nucléaire global sous la surveillance des Nations Unies."

Ken Livingstone, maire de Londres a également envoyé un message de soutien.

Jan Neoral a soulevé des vagues d’applaudissement quand il a exprimé l’indignation et la colère de millions de gens pris en otages dans cette nouvelle course à l’armement. (d’armes nucléaires de nouvelles générations.) Il a aussi tenu, au nom des 86 maires présents, à remercier les 13 délégations des partis humanistes européens, pour leur campagne contre la diffusion des armes nucléaires sur le continent.

Les déclarations de Kate Hudson, (CND), Bruce Gagnon (Global Networks against Weapons and and Nuclear Power in Space), Pol D'Huyvetter (des Maires pour la Paix, Abolition 2020) dans leur engagement ferme en faveur du désarmement, ont également déclenché des tonnerres d’applaudissements.

L'après-midi, six ateliers thématiques ont permis aux participants d’élaborer des plans communs pour des actions futures. L'atmosphère d'espoir et l'unité qui s'est répandue dans le hall, ont renforcé la détermination de tous les participants dans leur engagement pour un démantèlement global de l’arsenal nucléaire.

Martine De Henau

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Kosovo : Un simulacre d’indépendance menaçant la stabilité mondiale

Ainsi, en dépit du manque d’accord au Conseil de sécurité de l’ONU, les Etats-Unis et les principaux Etats européens ont décidé d’octroyer un statut d’« indépendance supervisée » au Kosovo, province de Serbie, peuplée d’une majorité d’albanophones.

QUELLES CONSEQUENCES ?

Les conséquences de cette reconnaissance unilatérale d’une prochaine proclamation d’indépendance – qui pourrait intervenir dès le lendemain du deuxième tour des élections présidentielles serbes, prévu au début février – risquent de laisser longtemps leurs marques sur l’évolution des relations internationales.

Il s’agit tout d’abord d’une nouvelle violation du droit international par les grandes puissances occidentales. La Charte de l’ONU et celle de l’OSCE, garantissant toutes deux l’intégrité territoriale de leurs membres, sont ouvertement bafouées, tout comme la résolution 1244, prise en juin 1999 par le Conseil de sécurité pour faire cesser les bombardements de l’OTAN sur la Serbie. Si cette dernière consacrait la perte de contrôle de Belgrade sur le Kosovo, en y autorisant le déploiement d’une force de l’OTAN et d’une mission de l’ONU, elle se fondait sur l’inviolabilité des frontières serbes. Or, non seulement on s’apprête à amputer la Serbie de son berceau historique, mais l’Union européenne (UE) se prétend habilitée à y déployer sa propre mission civilo-policière de « surveillance, encadrement et conseil » en remplacement de celle de l’ONU, il est vrai totalement discréditée par des affaires de corruption particulièrement graves. Malgré l’opposition de Moscou et de Belgrade, et l’absence de mandat du Conseil de sécurité, un semblant de légalité pourrait être donné par le Secrétaire général de l’ONU, mis sous pression pour produire une déclaration recommandant la substitution des deux missions.

D’autre part, une reconnaissance de l’indépendance kosovare dégraderait encore plus les relations entre l’Occident et la Russie, déjà mises à rude épreuve par le bouclier antimissile et le dossier iranien. Les nombreux pays du Sud opposés à cette indépendance, dont les plus vocaux au Conseil de sécurité ont été la Chine, l’Afrique du Sud et l’Indonésie, se considèrent eux-mêmes menacés par l’unilatéralisme occidental, décidant de créer de nouveaux Etats là où il l’estime utile à ses intérêts. A contrario, l’Occident ne s’est guère soucié d’autres territoires, comme le Sahara occidental, pourtant destiné à l’indépendance après le départ des colons espagnols en 1976. Mais comme l’envahisseur était le fidèle régime marocain, l’Occident a fermé les yeux et continue de le faire plus de trente ans plus tard. Relevons aussi que plusieurs Etats de l’UE, Espagne en tête, sont farouchement opposés à une reconnaissance unilatérale, tout en semblant plus accommodants à l’égard de la mission à déployer au Kosovo.

Enfin, il est encore difficile de mesurer les effets d’une reconnaissance d’indépendance sur la stabilité de régions plus ou moins éloignées du Kosovo. Sur place, la population albanophone a tout intérêt à se montrer « digne » de son indépendance, en ne réitérant pas à l’encontre des minorités les exactions de l’été 1999 ou les pogroms de mars 2004. Les Serbes dans la principale enclave, au nord du Kosovo, devraient manifester leur intention de rester en Serbie en proclamant leur sécession du reste du territoire kosovar. Belgrade pourrait promulguer un embargo économique, alors que le Kosovo est fortement dépendant de l’énergie et des produits de consommation courante provenant ou transitant par la Serbie. La Macédoine voisine – jamais vraiment pacifiée depuis la guerre civile de 2001 – devrait connaître un regain d’activisme de la part de militants albanophones réclamant davantage d’autonomie ou le rattachement au Kosovo. En Bosnie-Herzégovine, les Serbes risquent de mettre à exécution leur menace de référendum sur l’indépendance de leur entité, alors que les Musulmans bosniaques, majoritaires et soutenus par l’UE qui gouverne le pays, souhaitent au contraire abolir la décentralisation garantie par l’accord de Dayton.

Au-delà, pour illustrer le précédent que ne manquera pas de créer la manière de résoudre le problème du Kosovo choisie par les Occidentaux, Moscou pourrait reconnaître l’indépendance de diverses régions sécessionnistes d’ex-URSS, appartenant à Moldavie, la Géorgie et l’Azerbaïdjan. D’autres, du Tibet au Pays basque, ne manqueraient d’y voir un encouragement à leurs propres aspirations indépendantistes. Est-ce un hasard, ou une manifestation de la fable de l’arroseur arrosé, si les Indiens Lakota viennent de proclamer l’indépendance de leur territoire usurpé naguère par les colons états-uniens ?

QUELLE INDEPENDANCE ?

Les principaux partis albanais et les Occidentaux se sont ralliés au plan mis au point par l’envoyé de l’ONU Ahtisaari, présenté en mars 2007 au Conseil de sécurité, mais non adopté en raison de l’opposition russe. Ce plan prévoit une indépendance du Kosovo « sous supervision » de la mission de l’UE, qui sera chargée d’encadrer le gouvernement de Pristina, ainsi que la justice et la police locales. En outre, les aspects militaires resteront le monopole de la KFOR, la force de l’OTAN, comptant actuellement 18.000 hommes. Ce schéma reproduit la mise sous tutelle de la Bosnie-Herzégovine, à l’exception que l’UE y fournit également le gros des effectifs militaires étrangers, bien qu’une force de l’OTAN réduite continue à y être présente.

Dans un territoire géré et contrôlé par des fonctionnaires et des policiers de l’UE, sur fond d’occupation par des troupes de l’OTAN, l’indépendance des autorités kosovares risque d’être bien théorique. Et encore, puisque en raison du blocage au Conseil de sécurité, le Kosovo restera très vraisemblablement longtemps privé d’un siège à l’ONU, symbole suprême de l’indépendance d’une entité. Il rejoindra ainsi les quelques territoires reconnus seulement par une poignée d’Etats, comme Taiwan ou la République turque de Chypre.

Sur le plan économique, la plupart des experts doutent que le Kosovo soit viable, surtout après la désastreuse gestion internationale de ces dernières années. Autrefois exportateur net d’électricité dans toute la région grâce à deux grosses centrales thermiques, le Kosovo importe maintenant l’essentiel de son énergie, non sans que les habitants, et particulièrement dans les enclaves serbes, connaissent des coupures de courant quasi-quotidiennes. Le plus grand complexe minier des Balkans, à Trepca (zinc, plomb, argent, bismuth, cadmium, or…), a été mis à l’arrêt dès l’arrivée de l’administration de l’ONU, les ouvriers serbes désirant continuer leur travail se faisant brutalement expulser par les troupes françaises de la KFOR. Il en résulte un taux de chômage dépassant largement les 50 % et, selon un haut responsable de l’ONU une situation « comparable à celle de certains des pays les plus pauvres d’Afrique ».

Par ailleurs, le Kosovo est devenu un bastion du crime organisé et de la contrebande la plus diverse : cigarettes, véhicules volés, héroïne, blanchiment d’argent, prostitution, à usage local ou destinée à l’exportation vers l’ouest. L’Armée de libération du Kosovo (UCK) a, outre ses appuis allemands et états-uniens, grandement compté sur ces trafics pour renforcer sa puissance. Avec le déclin de la Ligue démocratique suite à la mort de son fondateur Rugova, les deux derniers Premiers ministres du gouvernement intérimaire kosovar, ainsi que celui-ci qui est largement pressenti pour leur succéder au début janvier, sont tous trois issus de l’UCK. Tous trois, ils sont accusés d’avoir commis des crimes de guerre au cours de la dernière décennie. Thaci, PM entrant, aurait lui-même liquidé des opposants, Ceku, PM sortant, a été impliqué dans des tueries de Serbes alors qu’il servait dans l’armée croate et Haradinaj, le prédécesseur de ce dernier, est actuellement jugé à La Haye pour avoir fait exécuter des civils serbes, roms et albanais en 1998.

Concernant ce procès, une majorité d’observateurs s’attend à une peine extrêmement légère à l’encontre de Haradinaj, voire à un acquittement, par manque de preuves. En effet, la quasi-totalité des témoins à charge se sont rétractés, quand ils n’étaient simplement pas assassinés. Notons qu’un ministre du gouvernement sortant doit se présenter au Tribunal de La Haye ce 10 janvier pour « intimidation de témoin » dans le cadre de ce procès. Le courageux témoin, un albanophone exilé en Norvège, avait enregistré les menaces faites par un envoyé du ministre.

Tandis que les minorités ont été victimes d’un sévère nettoyage ethnique, expulsées ou enfermées dans des ghettos, le Kosovo est devenu un enfer même pour les albanophones s’inquiétant de la criminalité, de la corruption ou de l’impunité. Ainsi, un député de la Ligue démocratique et sa famille ont demandé en septembre dernier l’asile en Belgique suite à des menaces de mort reçues au Kosovo. Quant aux députés serbes, désignés selon le système des quotas, ils ont le privilège d’être convoyés au parlement par des blindés de la KFOR !

Le Kosovo indépendant s’annonce donc comme le dernier et plus grotesque avatar des plans de découpage des Balkans par les puissances occidentales. Il doit montrer au reste du monde que leurs intérêts et la force de leurs armées priment sur le droit international et la souveraineté des nations. En bonus, un Etat fantoche, avec en son cœur la méga-base états-unienne de Camp Bondsteel, peut s’avérer bien utile dans une région instable, traversée par d’importants pipe-lines et à portée de missile du Proche-Orient et de la Russie.

Georges Berghezan

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L’expansion de l’OTAN avant et après l’effondrement de l’URSS

1.- L’expansion de l’OTAN avant l’effondrement de l’URSS.

L’organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) a été créée le 4 avril 1949. Les préliminaires des cette organisation ont été complexes.

L’idée d’une alliance défensive fut lancée par Winston Churchill dans sont discours alarmiste de Fulton en mars 1946 ; elle fut reprise quelques jours plus tard par Harry S. Truman et en septembre 1947 par le secrétaire d’Etat canadien aux Affaires étrangères. Des pourparlers ultra-secrets eurent lieu en mars 1948 au Pentagone entre les Etats-Unis, la Grande Bretagne et le Canada en vue de créer les statuts de l’Alliance. Au cours de l’été 1948 la France et le Benelux rejoignirent les trois leaders.

Il est intéressant de signaler qu’en novembre 1941 différents ministres réfugiés à Londres firent la promotion d’une alliance atlantique. Il s’agit, entre autres, des ministres norvégien et néerlandais des Affaires étrangères (T. Lie et E.N. Van Kleffens) auxquels s’associa le ministre belge C. Gutt.

Cette idée sera reprise le 22 octobre 1942 par le Conseil des ministres de Belgique présidé par H. Pierlot. Rappelons également le Traité franco-britannique de Dunkerque de mars 1947 ainsi que le Traité de Bruxelles signé le 17 mars 1948 par la Belgique, la France, le Luxembourg et le Royaume Uni qui stipulait, entre autres, qu’en cas d’agression armée d’un de ces Pays les autres signataires du Traité lui porteraient aide et assistance.

Pendant la guerre froide l’histoire de l’OTAN fut marquée par plusieurs évènements importants qu’il est bon de rappeler. Le 10 mai 1966 le gouvernement français fait part aux 14 membres de l’Alliance de sa décision de se retirer de l’organisation militaire de l’OTAN. Cette décision entraîna le transfert hors de France des quartiers généraux qui s’établirent en Belgique, à Casteau, près de Mons. Cette décision française se caractérisait par le retrait de l’Organisation sans pour cela rompre avec le Traité de l’Alliance ; elle était justifiée par la volonté du général de Gaulle de se détacher des Etats-Unis tout en essayant d’être le troisième « grand » suite à la mise sur pieds d’une force nucléaire nationale.

D’autres crises ont marqué l’histoire de l’OTAN, notamment le 21 septembre 1964 avec l’accession à l’indépendance de l’Ile de Malte, où se trouvaient des forces et des installations de l’OTAN. En effet, en juin 1971 des élections parlementaires dans cette île amenèrent au pouvoir un gouvernement qui demanda le départ du quartier général de l’OTAN (Narsouth fut transféré à Naples). Ce coup porté à la défense du flanc sud de l’OTAN sera neutralisé par l’adhésion de l’Espagne en 1981-82.

Toujours en Méditerranée après l’invasion , en juillet 1973, des troupes turques à Chypres, la Grèce se retire de l’Organisation estimant n’avoir pas été soutenue par les membres de l’OTAN et en 1962, suite à l’accession de l’Algérie à l’indépendance, l’Alliance ne bénéficiera plus de cette zone stratégique.

En 1976-1980 l’OTAN déclencha une crise grave dans la société européenne avec l’installation de missiles de moyenne portée, Cruise et Perching 2, auprès de certains de ses membres. Ces missiles à moyenne portée devaient en principe répondre aux équivalents soviétiques, les SS20 mobiles.

Signalons aussi que l’OTAN a participé avec la CIA à la déstabilisation de plusieurs pays européens et à la préparation d’une résistance en cas d’une invasion de l’Europe occidentale par l’Armée rouge. La « Commission Church » du Sénat américain avait révélé en 1976 l’existence de groupes « stay behind » afin d’organiser un réseau pour combattre le communisme en Europe Occidentale et spécialement en Italie, France, Belgique, Grèce, etc.
En Italie le réseau connu sous la dénomination Gladio a collaboré avec les Services secrets de l’OTAN à l’aide de groupes d’extrême droite ou d’extrême gauche. Citons l’assassinat de trois carabiniers le 31 mai 1972 à Peteano (Frioul). Ils avaient été appelés par un coup de téléphone anonyme pour inspecter une Fiat 500 blanche ; au moment où les carabiniers ouvraient le coffre de la voiture ils ont été tués par la déflagration d’un explosif T4 utilisé par l’OTAN (instruction du juge Casson en 1984). De nombreux autres attentats ont eu lieu, rappelons, entre autres, l’attentat de la gare de Bologne en 1980 qui a fait de très nombreuses victimes (85 morts et 200 blessés). L’instruction judiciaire a encore prouvé que le T4 avait été utilisé par les terroristes.

On pourrait citer des dizaines d’exemples de déstabilisation en Italie, en Belgique et dans d’autres pays. Il n’est pas exclu que les tueurs du Brabant, en Belgique, n’aient pas été commandités par les Services secrets de l’OTAN. En outre des centaines de caches ont été découvertes lors d’instructions judiciaires, dans tous les pays de l’Europe occidentale contenant des armes, des munitions programmées par l’OTAN, en vue d’une résistance à l’occupation des territoires par les Soviétiques.

2.- La mutation de l’OTAN après l’effondrement de l’Union Soviétique et l’effacement du Pacte de Varsovie.

La politique de l’OTAN, après l’effondrement de l’URSS et l’effacement du Pacte de Varsovie (conclu en 1955 et rompu le 1er juillet 1991), a été non seulement de se maintenir et de ne pas baisser la garde mais au contraire de s’étendre vers l’Est malgré les accords de Mikhaïl Gorbatchev avec Helmut Kohl. Rappelons les conventions prises par les quatre puissances occupantes de Berlin – Etats-Unis, Grande-Bretagne, France et URSS – et les deux Allemagnes, connues sous le nom de « Deux plus quatre », et stipulant que les troupes américaines ne s’étendraient pas dans l’ex-RDA. Le 12 septembre 1990 la négociation « Deux plus quatre » stipulait que l’Allemagne retrouvait sa souveraineté, garantissait le respect des frontières, renonçait aux armes de destruction massive, s’engageait à ne pas permettre l’extension de l’OTAN et le stationnement d’armes nucléaires sur le territoire de l’ex-RDA.

Dès 1992 on observe déjà une dégradation dans les relations entre les Etats-Unis et la Russie. En 1993 sous l’administration Clinton la décision de procéder à l’élargissement de l’OTAN à l’Est de l’Europe est déjà prise à l’instigation de Henry Kissinger, Zbignev Brzezinski et Helmut Kohl.

La mutation brutale aura lieu avec l’intervention militaire de l’OTAN, sans mandat du Conseil de Sécurité des Nations Unies, en Serbie avec des moyens absolument disproportionnés et des infractions au droit international, en bombardant les infrastructures de la région de Belgrade et le Kosovo qui provoquèrent la fuite de dizaines de milliers d’habitants. Cette guerre a été rendue nécessaire suite aux exigences de dernière minute proposées à la réunion de Rambouillet qui stipulaient que la Yougoslavie serait occupée militairement et dans sa totalité par des troupes de l’OTAN. A l’heure actuelle il y a toujours 17.000 Américains au Kosovo et des bases militaires extrêmement importantes. D’autre part, aidée par plusieurs membres (Allemagne, Belgique, Hollande, Canada, Grande-Bretagne), l’Alliance développe avec des moyens de plus en plus puissants la guerre en Afghanistan dont on ne voit pas la fin et dont les civils sont les principales victimes (bombes à uranium appauvri et à fragmentation).

Actuellement l’OTAN regroupe 29 membres et des nombreux pays opérant dans le cadre du Partenariat pour la Paix. Même des pays comme la Finlande, la Suède, l’Irlande et l’Autriche font partie de ce dernier. Les responsables de l’OTAN envisagent même de faire entrer l’Albanie, l’Ukraine et la Georgie dans leur organisation à l’occasion du prochain sommet à Bucarest, l’année prochaine, ce qui pourrait renforcer le projet d’indépendance du Kosovo soutenu par le ministre albanais des Affaires étrangères, Monsieur Bacha et son homologue français Monsieur Koushner.

Le comble est que les Etats-Unis ont passé des accords bilatéraux avec la Pologne et la République Tchèque pour y installer des infrastructures d’un bouclier anti-missiles, à savoir, une dizaine d’intercepteurs de missiles en Pologne et des radars très puissants à une vingtaine de kilomètres à l’Ouest de Prague. Ces accords se sont faits sans l’avis de l’Union Européenne et de ses membres qui ferment les yeux sur cette situation inadmissible.

Ce projet d’installation d’un bouclier anti-missiles en Europe centrale par les Américains ne fera qu’aggraver le régime de nucléarisation de l’Europe. Le ministère des Affaires étrangères russe par la voie de son ministre a déclaré à plusieurs reprises qu’il arrêtait les programmes START I et START II, c’est-à-dire le démantèlement des armes nucléaires et même conventionnelles, tant que les Américains, l’OTAN, l’Allemagne, la Belgique, l’Italie et les Pays-Bas ne se décidaient pas à retirer les centaines de bombes nucléaires à gravité déployées en Europe, c.-à-d. en dehors du territoire national américain.

L’OTAN est devenue une véritable pieuvre qui étend ses tentacules autour de la Russie et de la Chine et même autour de l’Afrique où se déroulent des manœuvres navales de l’Alliance. Le secrétaire américain à la Défense Robert Gates a de nouveau insisté pour que les Etats membres de l’OTAN engagent plus de moyens et de troupes dans la guerre en Afghanistan qui tourne à la catastrophe. Il y a déjà 37.000 soldats dans la Force d’assistance à la sécurité (Isaf) sous commandement de l’OTAN dans ce pays.

La situation en Afghanistan est devenue épouvantable, la misère s’est installée à Kaboul et dans de nombreuses provinces. Les principales victimes sont souvent des orphelins qui sont livrés à eux-mêmes pour survivre, qui sont kidnappés par des organisations criminelles et vendus dans le monde entier à des pédophiles mais aussi à des entreprises militaires américaines (Blackwater, Brown and Root, etc.). De nombreux réfugiés au Pakistan et en Iran ont été contraints de revenir en Afghanistan où ils se retrouvent dans une situation encore plus terrible qu’avant. L’aide humanitaire devient de plus en plus difficile à cause des opérations militaires. Comme au Kosovo les bombardiers utilisent des quantités énormes de bombes à uranium appauvri, de nombreux cancers sont déjà apparus. Quant à Monsieur de Hoop Scheffer, secrétaire général de l’OTAN, il a le culot de déclarer que l’Alliance n’est pas une organisation de développement mais qu’elle se contente de créer un milieu dans lequel la reconstruction et le développement sont possibles. Cela le conduit à demander à l’OTAN et à l’Union Européenne de redoubler leurs efforts pour développer un partenariat stratégique efficace.

En conclusion il n’est pas inutile de rappeler le message de George Kennan, célèbre diplomate américain, né en 1904 et qui vient de mourir en 2005, bien connu pour sa doctrine du « containment » publiée en 1947 et qui proposait une diplomatie et une stratégie militaire très souple. Récemment il avait déclaré que l’extension de l’OTAN vers l’Est serait la plus grande erreur politique des Etats-Unis depuis la 2ème guerre mondiale. Les prédictions de George Kennan se révèlent une réalité, l’Afghanistan en constitue un exemple, probablement plus effarant que ce qu’il avait prévu. Il est grand temps que les responsables européens prennent des mesures efficaces pour mettre un terme à cette situation inadmissible.

Pierre Piérart

Pour en savoir plus :

- Gilbert Achcar – La nouvelle Guerre froide – Le Monde après le Kosovo – Presses
Universitaires de France, 1999.
- Claude Delmas – l’OTAN – Presses Universitaires de France, 1981.
- Daniel Ganser – NATO’s secret Armies – Frank Cass-London and New York, 2005.
- Jan Willems (ouvrage collectif) – Gladio – éditions EPO.
- Charles Zorgbibe – L’Après-guerre froide en Europe – Presses Universitaires de France, 1993.
- Charles Zorgbibe – Histoire de l’OTAN – Editions Complexe, 2002.

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21:01 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles, Belgique dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : romain, imperialisme, otan, usa, euro-dictature, belgique, courcelles, histoire, actualite, politique, presse, silence, democratie, liberte, guerre | |  Imprimer | | |

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