03/01/2008

De nouvelles révélations sur l’assassinat de Julien Lahaut

Pour remettre une fois de plus les choses à leur place, je rappelle toutefois que le cri de "Vive la République" ne venait pas de Julien Lahaut, mais de Georges Glineur, député communiste de Charleroi pendant plus de 25 ans ...

RoRo

Julien Versteegh
12-12-2007

Cinquante-sept ans après, l'assassinat du communiste Julien Lahaut est toujours impuni. Mais une équipe de la VRT vient de retrouver un homme qui affirme avoir tenu l'arme du crime. (Photo archives)

« L’homme qui avait le soleil dans sa poche »

Julien Lahaut naît en 1884 dans une famille ouvrière. À 21 ans, il participe à la fondation du premier véritable syndicat belge du métal.

En 1914, la première guerre mondiale éclate. Comme beaucoup, Julien Lahaut s’engage comme volontaire et est expédié en Russie. Il y sera le témoin de la Révolution d’Octobre qui le marquera pour le restant de sa vie et déterminera son engagement politique.

Communiste et dirigeant ouvrier

En 1921, il dirige une grève de neuf mois de 9 000 travailleurs d’Ougrée-Marihaye à Liège. Si les grévistes tiennent si longtemps, c’est grâce à la méthode deJulien Lahaut qui fait transférer les enfants des grévistes dans des familles ouvrières flamandes. Pas de division Nord-Sud pour Lahaut. La solidarité des travailleurs prime sur tout.

Parlementaire antifasciste

En 1932, il est élu au Parlement belge pour le Parti Communiste. Sa voix se fait celle des travailleurs du pays à la Chambre.

Quand en 1933 Hitler arrive au pouvoir en Allemagne, Lahaut organise à Liège une manifestation en direction du consulat nazi. Le drapeau est arraché et Lahaut ira le déchirer en plein Parlement en déclarant : « Voilà ce que les travailleurs pensent du fascisme, quoi que vous tous au Parlement décidiez de faire ». En 1941, Lahaut dirige une grève de 100 000 personnes le jour du premier anniversaire de l’occupation. Il est arrêté et passera 48 mois dans les camps nazis. Incarcéré dans un premier temps au Fort de Breendonck près d’Anvers, il est torturé impitoyablement pour le forcer à adhérer à la trahison de trois dirigeants du Parti communiste. Il refuse et continue sa résistance dans les différents camps où il est déporté, organise un service de ravitaillement et recevra son surnom : « l’homme qui avait le soleil dans sa poche et en donnait un morceau à tous ». Le 13 juin 1944, les nazis le condamnent à mort et le transfèrent à Mauthausen convaincus qu’il n’y survivra pas. Mais le 28 avril 1945, le camp est libéré. Lahaut déclare à ses camarades rassemblés sur la sinistre place d’appel : « Voilà mes camarades, ils ne nous ont pas eus. Plus que jamais, la lutte continue. » Après 1945, il reprend ses anciennes fonctions au sein du PCB, dont il deviendra également président.

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Le 18 août 1950, le président du Parti communiste Julien Lahaut est assassiné devant chez lui à Seraing par un commando. Un mystère judiciaire qui reste impuni depuis 57 ans. Après 20 ans d’enquêtes, il y eut prescription en 1970 avant que le dossier soit classé en 1972. Aujourd’hui, un voile semble se lever. Le 17 décembre prochain, le magazine Keerpunt de la chaîne néerlandophone Canevas, donnera la parole à un homme qui affirme avoir tué Julien Lahaut. Il serait le second tireur d’un commando de quatre hommes et non de trois comme on le prétendait jusqu’à présent. Une bombe dans l’affaire criminelle la plus célèbre du demi-siècle passé.

L’assassinat de Julien Lahaut intervient lors d’une des crise les plus graves de l’histoire belge d’après-guerre : la Question Royale. Le roi Léopold III a activement collaboré avec l’occupant nazi pendant la seconde guerre mondiale avant d’être emmené en captivité dorée en Allemagne. Après la guerre, il reste en exil en Suisse. Une grande partie de la population s’oppose à son retour : 700 000 travailleurs, antifascistes et républicains partent en grève. Les relations sont à couteau tiré entre Républicains et Monarchistes. Finalement en 1950 Léopold III abdique au profit de son fils Baudouin.

C’est dans ce contexte que Julien Lahaut lance son célèbre « Vive la République » lors de la prestation de serment de Baudouin le 11 août 1950. Pour la bourgeoisie, l’extrême droite et les services secrets c’en est trop. Il y a trop longtemps que « le vieil agitateur bien connu de nos services » selon les rapports de police « est l’obstacle à abattre ». Ce sera chose faite sept jours plus tard.

Selon Hans Depraete et Jenny Dierickx, auteurs de La Guerre froide en Belgique, le meurtre de Julien Lahaut « avait une signification politique tant nationale qu’internationale. Le président du PCB personnifiait la tradition de lutte ouvrière dans ce qu’elle a de plus dur et de plus révolutionnaire ». L’assassinat de Julien Lahaut intervient en outre dans un contexte de tentative d’assassinats des principaux dirigeants communistes européens. Le leader italien Togliatti et le président du Parti communiste français Duclos échappent de peu à la mort.

Des pistes qui mènent à l’extrême droite et aux services secrets

Diverses pistes ont été suivies par la justice. Sans succès. Sans doute par manque de zèle des enquêteurs. Les mouvements de gauche évoquèrent un lien avec l’organisation anticommuniste « Paix et Liberté ». En tout cas il faut chercher dans les milieux léopoldistes de droite. Ces pistes ne seront jamais explorées.

En 1958, un simple procès pour détournement de fonds révèle des pistes nouvelles. Le principal prévenu, Emile Delcourt, prétendit détenir des renseignements quant aux assassins de Julien Lahaut. Delcourt était un anticommuniste qui collaborait avec les services de renseignement de l’armée. Afin de financer son combat anticommuniste, Delcourt rentra en contact avec Paul Calmeyn, un curé bruxellois chargé de la gestion du Fonds Cardinal Mercier. Delcourt affirma que le meurtre de Julien Lahaut a été financé par ce fonds. Il parla d’exécutants corses et évoqua un certain Jean-Robert Debbaudt, ancien de la légion SS Wallonie comme conducteur de la voiture des assassins. Delcourt ne fut jamais inquiété pour ces révélations. Et les enquêteurs ne suivirent pas les pistes évoquées.

En 1970, c’est la prescription et le dossier est classé en 1972. Il faut attendre le début des années 1980 et les travaux des historiens Rudi Van Doorslaer et Etienne Verhoeyen pour faire un peu la lumière sur l’enquête. Les deux historiens retracent le parcours d’un certain « Adolf » et d’un certain Verbruggen, tous deux signalés dès septembre 1950 comme suspects par la Sûreté de l’Etat. Mais encore une fois, ils ne furent jamais interrogés par les enquêteurs. Les deux historiens parviennent à définir que le commando fatal serait parti de Hal. Un commando de trois hommes selon toute vraisemblance.

Le nouveau témoin, originaire de Hal, et qui s’exprimera le 17 décembre sur la VRT parle d’un commando de quatre hommes et affirme avoir lui-même tiré.

Alors l’émission de Canvas lèvera-t-elle le voile sur le mystère Lahaut ? Beaucoup l’espèrent comme beaucoup demandent à réouvrir l’enquête. Plusieurs députés Ecolo-Groen demandent l’ouverture d’une enquête parlementaire se basant sur une pétition lancée à l’initiative du Parti Communiste1.

1 Appel pour la création d’une commission parlementaire sur l’assassinat de Julien Lahaut, sur www.resistances.be

Sources :www.solidaire.org, La libre Belgique 5/12/2007, la Dernière Heure 5/12/2007, Le Soir 6/12/2007, www.resistances.be (qui a assassiné l’antifasciste Julien Lahaut, article de Simon Harys)

Le 17 décembre à 20 h 50: Keerpunt sur Canvas, la deuxième chaîne de la VRT.

> Julien Lahaut :: Rectificatif
> Julien Lahaut (1884-1950) «Un homme qui portait le soleil dans sa poche et en donnait un morceau à chacun»


20:50 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles, Belgique dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : romain, courcelles, histoire, actualite, presse, silence, liberte, justice, politique, capitalisme, belgique, communisme, repression, democratie | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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