26/12/2007

25/12/2007: Vu sur le forum du journal Libération : la Belgique expliquée aux Français ...



-------- Message original --------

Sujet: [Fwd: Interlude : journal Libération]
Date: Tue, 25 Dec 2007 14:24:11 +0100
De: André Despontin <andna@skynet.be>


"Nous", vus avec réalisme, par un journal français.

Vu sur le forum du journal Libération : la Belgique expliquée aux Français
 


Imaginez que de l'autre côté du périphérique parisien, l'on parle flamand
et qu'à Boulogne-Billancourt, qui compterait 80% de Francophones, il serait
interdit à ces derniers de parler le français au conseil municipal, sous
peine de poursuites. Imaginez que les Francophones de Boulogne n'auraient
le droit d'aller dans une école francophone de Boulogne qu'en maternelle
et en primaire. Que ces écoles seraient gérées par le gouvernement des
Flamands, et qu'il serait interdit au maire, sous peine de suspension,
d'adresser la parole à un instituteur francophone en... français (sauf
hors du cercle professionnel). Imaginez que les Flamands y auraient coupé
Arte, FR3 et TF1 au profit de chaînes anglophones. Imaginez qu'il y serait
interdit d'envoyer des convocations électorales en français aux
Francophones, sous peine de suspension. Et que l'on appellerait
Boulogne-Billancourt une «commune à facilités». C'est cela, la question
linguistique en Belgique aujourd'hui. Ah oui. Imaginez enfin que les
Francophones aux droits si limités seraient installés là depuis deux,
trois, quatre ou cinq générations. De vrais immigrés, en quelque sorte.
Mais dans leur propre pays.

Oiges nous donne un bel exposé, où le mot «racisme» apparaît plusieurs
fois. Il s'agirait du racisme des Francophones envers les Flamands. C'est
étrange, parce que les seuls Flamands qui font état de ce racisme
habitent... en Flandre. Je n'ai jamais entendu un Flamand habitant la
Wallonie se plaindre d'une telle chose. C'est étrange, parce que les
Francophones ont été sortis de Flandre (notamment de l'Université de
Louvain) sous le slogan «Walen Buiten», que l'on trouve aujourd'hui encore
sur beaucoup de murs en Flandre. C'est étrange, parce qu'en réponse à
cela, j'ai lu, pour la première fois, le tag «Flamands dehors» voici un
mois, sur le parlement flamand, situé à Bruxelles, à 85% francophone, mais
capitale de la Flandre. Un tag, aussitôt effacé par un ouvrier flamand.
Les tags «Wallons dehors» ne sont, eux, presque jamais effacés. Efficacité
avant tout. Quant aux panneaux «Là où les Flamands sont chez eux» qui
ornent l'entrée de plusieurs communes flamandes, quelquefois même des
ponts entiers, et ce, sur les ordres de l'autorité locale, il ne sont pas
racistes. C'est une simple précision.

Vous sortez du périph pour aller à Asnières, et à la sortie, on vous
assène «Asnières, là où les Flamands sont chez eux». Et ce n'est pas
raciste. Ensuite, sur un blog, on vous dit : vous, les Francophones, vous
êtes des racistes. Ce n'est pas du surréalisme belge, c'est tout
simplement la vision flamande d'aujourd'hui, et c'est tout simplement
atterrant.

Raciste, le wallon?

C'est bizarre, parce que le site
Wallonie.be existe en 6 langues, alors
que le site
Flandres.be n'existe qu'en néerlandais et en... anglais. SI on
veut la version francophone, on tombe sur une page qui dit que c'est en
construction, et qu'en attendant, on doit aller sur l'une des deux autres
versions.

C'est même très bizarre, parce que pour qui parle couramment le
néerlandais (ce qui est mon cas), il y a sur le site
Vlaanderen.be tout un
chapitre qui explique aux habitants de Flandre quand ils ont le droit (ou
pas) de parler une autre langue que le néerlandais, alors que sur le site
wallon, rien de tel. Pourtant, il y a des communes à facilités en Wallonie
aussi, et là, il n'y a pas de loi antiflamands.

C'est même terriblement bizarre, quand on sait que l'extrême-droite,
ouvertement raciste, est le premier parti au gouvernement flamand, que
celui-ci assimile les francophones aux «autres allochtones» : paresseux,
profiteurs, étrangers. Alors qu'en Francophonie, le FN doit se contenter
d'un siège, obtenu tout juste.

Bien sûr, il y a l'histoire. Bien sûr, il y a cent ans de domination
francophone, mais cette discrimination tenait avant tout de la ségrégation
de classe : ces Francophones qui ont brimé les Flamands étaient en réalité
des bourgeois et des nobles... flamands. La preuve? Ils portaient des noms
flamands. N'allez pas me dire que Woeste ou Van de Berghe sont des noms
français!

Bien sûr, les Wallons ont eu un sort plus confortable que les Flamands
pendant la grande guerre... c'est dans une langue proche de leur dialecte
qu'on leur expliquait comment se faire charcuter sur le champ de bataille.
Alors que les Flamands sont morts pour n'avoir pas compris les ordres.
Tout de même, après 3 ou 4 ans de guerre, on peut supposer que la plupart
d'entre eux étaient suffisamment intelligents pour comprendre le français?
Mais plus sérieusement, oui, il faut le reconnaître, impérativement : il y
a eu de graves injustices envers les soldats flamands pendant la grande
guerre, comme avec les Bretons bretonnants, les Germanophones ou les
Corses en France, comme avec les Harkis plus tard, comme avec les
tirailleurs sénégalais. Et évidemment, les épitaphes en français pour des
soldats flamands étaient une infamie.

Mais c'était en 1914.

De 1940 à 1945, bien des nationalistes flamands se sont associés aux nazis
pour défendre leur «cause» (alors que depuis 1930, il y avait des
bataillons flamands et des bataillons francophones). Bien des Francophones
sont morts en stalag ou sous la torture de ces gens. De cela, les Flamands
ne vous parleront jamais. Pire : très récemment, le patron de la NVA
(nationaliste de droite non extrémiste), Bart De Wever a cru nécessaire de
faire un tout petit peu de révisionisme en critiquant les excuses que le
maire d'Anvers venait de faire aux Juifs pour les exactions de sa police,
de 1940 à 1945. (Bart de Wever s'en est excusé en petit comité devant les
Juifs d'Anvers, mais a «oublié», comme il l'avait promis, de diffuser ces
excuses dans la presse, suite à quoi les Juifs d'Anvers, très modérés, ont
dit refuser ces excuses si privées.)

L'histoire n'est pas simple. L'histoire de Belgique moins encore. Alors
revenons à l'actualité : il y a quelques signes qui ne devraient tromper
personne, et qui sont autant de signaux d'alarme que l'ambiance complexe du
pays et le double langage de certains rendent presque imperceptibles, au
point qu'aucune presse ne les relève. Il y a de quoi s'alarmer.

Oui : s'alarmer ! Quand tous les partis flamands, socialistes inclus
votent, avec les néo-nazis antifrancophones du Vlaams Belang, un projet de
loi visant à supprimer la possibilité pour les Francophones de «Boulogne»
ou d' «Asnières» d'être jugés dans leur langue ou de voter pour des partis
francophones - eux qui sont installés là depuis quelquefois quatre ou cinq
générations. (je précise toutefoisque les verts flamands se sont
abstenus... mais n'ont pas voté contre) S'alarmer, quand les
sociaux-chrétiens applaudissent avec les néo-nazis, se félicitent
ensemble, pour le bon tour qu'ils ont joué aux Francophones. Ce n'est pas
Sarkozy serrant la main de Le Pen, non. En Belgique, c'est carrément Bayrou
qui danse la gigue avec Mégret ou Golnisch.

S'alarmer! Quand le Vlaams Belang, toujours lui, veut mettre une loi à
l'agenda de la chambre. Cette loi exige la séparation immédiate du pays.
Le préambule de 30 pages est une véritable diatribe antifrancophone. Dans
tout pays occidental, tous les partis démocrates voteraient contre. En
Belgique, non : même des chrétiens démocrates flamands, des libéraux
flamands, des indépendantistes démocrates flamands se croient obligés, en
pleine négociation gouvernementale avec les Francophones, de s'abstenir,
plutôt que de se lever d'une voix contre l'extrême-droite. On vous
expliquera que la démocratie, en Flandre, c'est de laisser libre cours à
l'expression des idées fascistes (et authentiquement fascistes) de
l'extême-droite au nom de la liberté d'expression. Ce sont ces mêmes partis
qui, interrogés par une presse étrangère, affirment haut et fort qu'ils
sont absolument contre une éventuelle séparation du pays.

S'alarmer, donc, quand la complaisance envers les idées du parti néo-nazi
le plus puissant d'Europe (qui n'est rien de moins que le premier parti au
parlement flamand...) a inondé les cénacles et la presse. Non pas par peur
de leur violence, mais par peur de l'opinion publique. S'alarmer quand un
membre de ce parti diffuse sur son site la liste des «Mauvais Flamands»,
soit celle des signataires d'une pétition pour la solidarité entre les
deux communautés, nom, prénom, adresse.

Celui qui a connu Vichy devrait, à la lecture de cette dernière phrase,
commencer à trembler. Mais bien sûr, c'est du passé, tout ça!

Noir tableau que celui que je dresse là? Oui, noir, à dessein, ET par la
force des choses. Mais ce sont des faits que je reprends ci-dessus, pas des
discours, des simples faits, vérifiables, précis.

Autre fait : en 1999, le Parlement flamand a voté une série de lois qui
définissaint l'avenir de la Belgique. Ceci devrait convaincre : 60% de la
population a décidé de l'avenir de 100% de la population, sans consulter
les 40% restants. C'est comme si les Suisses allemands décidaient de tout
et imposaient ensuite leurs décrets aux Suisses francophones.

Pardon, ce n'est pas «comme si», c'est «exactement comme si».

Aujourd'hui, les représentants de ce parlement «négocient» avec les
francophones pour faire passer leurs décrets unilatéraux, qui comprennent
notamment la scission de la sécurité sociale. Et pour mieux faire
«accepter» ces idées, ils expliquent à qui veut l'entendre (et l'écrire)
que c'est à l'avantage des francophones, que ceux d'entre ces derniers qui
disent «non» les «humilient» (c'est le terme exact utilisé par Bart de
Wever, président d'un des partis qui négocient le futur gouvernement avec
les Francophones«.) Ils disent aussi que le Francophone est un profiteur
et que Bruxelles s'enrichit de l'argent flamand. Bruxelles? 85% de
Francophones, un PIB par habitant proche du double de celui de la Flandre.
La seule vraie région très riche du pays. A qui l'on ne rend qu'un quart
des produits fiscaux qu'elle génère. Mais cela, on oubliera de vous le
dire, parce que pour tous les partis flamands, Bruxelles, 1.200.000
personnes, dont un million de francophones, est la capitale de la...
Flandre.

Ceux qui n'auront pas compris que la Flandre veut prendre tout ce qui
l'intéresse et abandonner tout ce qui n'est pas assez riche pour elle sont
aveugles. Ceux qui n'auront pas considéré le décalage entre l'électeur
flamand, qui se dit modéré, Belgicain, non-séparatiste, et le même, qui a
voté à 65% pour des partis ouvertement confédéralistes (qui voient la
future Belgique comme l'association de deux états) et à 30% nationalistes
purs et durs (dont 20% d'extrême-droite), ceux-là sont des utopistes.

Mais le problème de l'extrême droite est soigneusement laissé de côté dans
la presse flamande autant que dans la politique. Mauvaise image. Oulah! La
mauvaise image! Pourtant, en Flandre, c'est avéré, Le Pen fait mieux que
Sarko. Et ça ne dérange personne.

Tache d'huile : le journal le plus lu de Flandre n'utilise déjà plus le
terme »Régions«, qui correspond à la définition légale (on peut penser que
cela intéresse les journalistes). Elle utilise plus généralement le terme
»états fédérés«, qui correspond à sa vision et à celle des partis. Or deux
états fédérés sont bien deux états distincts.

Une presse qui se détache à ce point de la sémantique nationale
(belgicaine) ne fait plus du journalisme, elle fait du militantisme.

J'ai bien dit »militantisme«, pas »propagande«. Je n'ai pas écrit
»propagande«, parce que seuls 80% des journaux flamands en sont vraiment
déjà là.

Et pour cette dernière phrase, je reconnais que j'ai pêché : ce chiffre
n'est pas vérifiable.

14:33 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles, Belgique dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire, romain, courcelles, belgique, actualite, presse, silence, democratie, liberte, racisme, fascisme, politique | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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