25/04/2007

24/04/2007: L'ambassadeur turc, un gouverneur colonial en Belgique? ...

De : collectif1971@scarlet.be [mailto:collectif1971@scarlet.be]
Envoyé : mardi 24 avril 2007 10:54
À : COMMUNIQUE
Objet : L'ambassadeur turc, un gouverneur colonial en Belgique?

 


L'ambassadeur turc, un gouverneur colonial en Belgique?


Si ses ingérences continuent de manière incendiaire, l'émissaire du
régime d'Ankara à Bruxelles doit être déclaré "persona non grata"



Depuis l'incendie criminel d'un local kurde et l'agression d'un jeune Kurde à Saint-Josse, il règne un véritable climat de malaise et d'insécurité notamment chez les familles kurdes, arméniennes, assyriennes ainsi que chez les démocrates turcs.

Alors que les associations démocratiques, oeuvrant pour une cohabitation harmonieuse parmi les communautés en provenance de Turquie, et le bourgmestre de Saint-Josse prennent des initiatives pour empêcher à l'avenir de pareils incidents, l'ambassadeur turc à Bruxelles, en réagissant comme un gouverneur colonial, continue  de menacer la paix communautaire dans les communes de Saint-Josse et Schaerbeek.

Tout récemment, après la diffusion, le 17 avril 2007,  par l'Agence Belga, d'une dépêche intitulée "Un Kurde sérieusement blessé par un Turc à Saint-Josse", l'Ambassadeur turc Fuat Tanlay a adressé, le 18 avril 2007, aux rédacteurs en chef de cette agence, des quotidiens De Morgen et La Libre Belgique, une lettre arrogante pleine de déformations.

En effet, la dépêche de Belga faisait état d'une agression raciste, rendue publique le 16 avril 2007 par un communiqué d'Info-Türk. Il s'agissait effectivement d'une agression raciale établie par le PV de la police locale.

L'ambassadeur, incapable de réfuter ce fait précis, utilise la démagogie habituelle du régime qu'il représente: "…fort heureusement ni ségrégation, ni haine ethnique ou raciale n'existe dans la culture des citoyens en Turquie, nous avons du mal à comprendre pourquoi vous essayez ici en Belgique, d'accentuer les différences ethniques."

"Son excellence", dans une interview accordée plus tard à un journal turc, est allé encore plus loin en niant carrément cette agression: "L'agence nationale belge a passé cette dépêche sur base d'une information diffusée par le site Internet Info-Türk, site qui est reconnu hostile à la République turque et qui mène, depuis des années en Belgique, des activités contre la Turquie. Nous avons effectué une recherche concernant cette affirmation. Il n'y a pas eu un tel incident." (Hürriyet, 21 avril 2007)*

L'ambassadeur turc ment. L'agression du jeune Kurde par des nationalistes turcs a été enregistrée par trois PV de la Police bruxelloise. De plus, un certificat médical délivré par l'Hôpital Saint-Pierre fait état des blessures dont souffre la victime.

L'attaque de l'ambassadeur ne se limite pas à l'agence Belga et à Info-Türk. Dans l'interview qu'il a accordée au quotidien Hürriyet, il prend comme cible également le bourgmestre de Saint-Josse, Jean Demannez,  qui s'efforce de contribuer à la cohabitation pacifique parmi les communautés en provenance de Turquie. Voici comment il s’adresse au bourgmestre:

"Hé toi! Qui es-tu? Qui t'a donné cette mission? Comment se fait-il que tu puisses qualifier mes compatriotes comme Turcs, Kurdes, Arméniens, Assyriens? Comment peux-tu inviter leurs représentants et te mettre avec eux à une négociation? Personne ne peut soumettre mes compatriotes à une telle division ethnique. Dire 'Je viens de parler aujourd'hui avec les Kurdes. Demain, je vais recevoir les Turcs, et le lendemain les Arméniens et Assyriens', cela est, à nos yeux, un séparatisme évident. Nous ne permettons jamais de diviser ainsi nos compatriotes!"

Dans la même interview, Fuat Tanlay est allé encore plus loin en provoquant des associations ultranationalistes turques en Belgique: "Il se passe des choses bizarres en Belgique. Mais il n'y a pas de réactions de la part des associations civiles. Tout est clair. Combattre contre tout cela, ce n’est pas seulement la tâche de Fuat Tanlay en tant qu'ambassadeur. Nous devons combattre tous ensemble contre la terreur et les terroristes et contre des informations mensongères et calomnieuses. Malheureusement je me trouve tout seul dans ce combat. Je souhaite voir des organisations civiles à mes côtés dans ce combat." (Hürriyet, 21 avril 2007)


Le djihad nationaliste de l'ambassadeur turc ne s'est pas limité à cette affaire.

En une semaine, c'est la seconde fois que l'ambassadeur turc réagit comme un gouverneur colonial contre les publications des médias belges.

En effet, le 10 avril, Tanlay avait envoyé une lettre arrogante au rédacteur en chef du quotidien De Standaard en raison d'une mise au point de Bahar Kimyongür paru dans ce journal. Dans sa lettre de protestation, largement diffusée par les médias turcs, l'ambassadeur turc disait:

"Est-ce que l'intention de votre journal est de servir de plateforme pour les groupes terroristes? Publieriez-vous aussi, par exemple, un article d'un terroriste d'Al Qaida expliquant les « raisons » des attaques perpétrées par ses camarades à New York, à Madrid, à Londres ou à Istanbul?"

De Standaard a publié la lettre de Tanlay en excluant ce paragraphe accusateur.

L'ambassadeur a réagi à nouveau le 18 avril en envoyant une deuxième lettre au rédacteur en chef en l'accusant d'avoir censuré sa première lettre.

"Son excellence", dès le début de sa carrière diplomatique à Bruxelles, s'est distingué par son ingérence dans le fonctionnement du régime parlementaire de Belgique.

Le 24 janvier 2006, le journaliste Mehmet Koksal diffusait l'information suivante à propos du nouvel ambassadeur turc Fuat Tanlay:

"C'est probablement l'une des toutes premières lettres officielles du nouvel ambassadeur de Turquie à Bruxelles (Fuat Tanlay) et déjà une gaffe monumentale de l'intéressé qui tentait de museler en coulisses le Parlement de la Communauté Française de Belgique (Wallonie-Bruxelles). Arrivé en Belgique à peine le 24 décembre dernier, son excellence a eu le temps de sortir sa plus belle plume pour se plaindre en français auprès du socialiste Jean-François Istasse, président du Parlement francophone, à propos d'une proposition de résolution de Christine Defraigne (MR) qui vise à inscrire dans les manuels scolaires la mémoire du génocide arménien. (…) Il demande directement au Président du Parlement de proclamer un signal fort pour qu'à l'avenir de telles initiatives ne puissent trouver écho parmi les représentants de la Communauté Française." (www.suffrage-universel.be)


Vu ces faits, les questions suivantes se posent:

•    L'ambassadeur Fuat Tanlay se considère-t-il comme un "gouverneur colonial" en Belgique?

•    A-t-il le droit de gérer la Belgique, avec le soutien des organisations ultranationalistes turques, comme une province de la Turquie?

•    Comment ose-t-il dire "…fort heureusement ni ségrégation, ni haine ethnique ou raciale n'existe dans la culture des citoyens en Turquie" alors que les dirigeants du parti pro-kurde et des bourgmestres kurdes subissent chaque jour des pratiques ségrégationnistes et répressives?

•    N'est-il pas honteux de parler de cette façon tout en sachant que le journaliste arménien Hrant Dink a été assassiné, il y a trois mois, et trois personnes viennent d'être égorgées en raison de leur appartenance ethnique et religieuse?

•    Ne sait-il pas que la Belgique est un pays tri-communautaire et que chaque communauté utilise librement ses droits communautaires, linguistiques et culturels, notamment dans une commune comme Saint-Josse?

•    Comment ose-t-il attaquer un bourgmestre pour avoir reconnu l'identité ethnique des citoyens de sa commune?

•    N'est-il pas déplorable pour un diplomate de déclarer inexistante une agression certifiée par les rapports policiers et médicaux?

•    Comment ose-t-il discréditer une institution démocratique turque qui, depuis plus de 30 ans, défend les droits des immigrés quelle que soit leur origine et lutte pour une véritable démocratisation en Turquie?

•    N'est-il pas alarmant qu'un ambassadeur désigne les institutions et personnes insoumises au régime d'Ankara comme cibles d'attaques ultranationalistes? S'il arrive encore une attaque ou agression criminelle contre une de ces cibles, l'ambassadeur turc ne sera-t-il pas le premier responsable?

•    Enfin, un tel ambassadeur ne mérite-il pas d'être déclaré "persona non grata" par l'Etat belge?

 

L'Association des Arméniens Démocrates de Belgique
Les Associations des Assyriens de Belgique
L'Institut Kurde de Bruxelles
(http://www.kurdishinstitute.be)
La Fondation Info-Türk
(http://www.info-turk.be)

Contact:
collectif1971@scarlet.be, tél: 02-215 35 76 (F)
kib@skynet.be, tél: 02-230 89 30 (N)



*) Le journaliste  qui est privilégié par l'ambassadeur turc pour faire cette interview est un des serviteurs du lobby turc. En 1999, il avait publié illégalement (sans mentionner l'éditeur responsable, ni le numéro de dépôt légal) un livre intitulé "Les dimensions belges de la terreur du PKK" qui a été diffusé à toutes les associations et tous les commerces dans les quartiers turcs par l'intermédiaire de la Fondation des affaires religieuses, liée à l'Ambassade de Turquie. Dans ce livre étaient qualifiés comme "supporteurs du PKK" plusieurs hommes politiques belges comme Frank Vandenbroucke, Johan Vande Lanotte, Hugo Van Rompaey, Willy Kuijpers, Jef Sleeck, Paul Pataer, Germain Dufour, Martine Devos, D. Van der Maelen, J. De Bremaecker, S. Verhaven, D. Grimberghs,  M. Vogels, M. Martens, Ph. de Feyt, E. Van Voerenbergh, J.M. Delizee, M. Harmegnies, Y. Ylieff, A. De Maght-Albrecht, W. Draps, J. Gossens.

11:56 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles, Belgique dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer | | |

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