16/02/2007

16/02/2007: Bientôt le 62e anniversaire de la Victoire sur le nazisme ... ! Et après ... ?

Les deux articles que je reprends ci-dessous sont sortis il va y avoir 2 ans, au moment de la célébration du soixantième anniversaire de la victoire sur le nazisme.

Malgré certaines outrances maladivement anti - staliniennes (l'Urss stalinienne, le pacte, etc ...) d' un de ses auteurs, ils gardent une valeur et une analyse historiques considérables et indéniables .

L' Euro-dictature capitaliste et l' Otan ne cessent d' étendre leurs tentacules vers l' Est à un point tel qu' elles touchent aujourd'hui aux frontières non pas de l' ex-Union soviétique (Ce que l'Urss ne pouvait plus accepter et ce que Poutine lui-même ne voit pas d' un très bon oeil non plus), mais de la Russie elle-même dans ses dimensions réduites.

L' encerclement, le contournement, de l' ex-Union soviétique se poursuit. La marche vers l' Est est reprise aujourd'hui par la plupart des gouvernants "démocrates" de l' Europe capitaliste qui apparaîtront bientôt, pour ce qu' ils sont réellement, de véritables émules d' un très grand européen : ... Adolphe HITLER, lui-même continuateur des gouvernants de l' empire romain-germanique, de Charlemagne et de Napoléon ! 

Au risque de me tromper, la contre-révolution qui a suivi la Révolution d' Octobre, en passant par la Guerre d' Espagne, la seconde guerre mondiale, la guerre froide et ses guerres chaudes, l' épopée gorbatchévienne, se poursuit.

Il est important de savoir d' où nous venons et surtout vers quoi nous allons de nouveau: vers un nouvel empire de conquêtes impérialistes et colonialistes qui tôt ou tard s' effondrera lui-aussi au prix de véritables catastrophes humaines. Le capitalisme n' est pas un ciment pour unir les peuples. Le capitalisme n' existe que pour conquérir, diviser les peuples pour mieux les exploiter, afin de générer d' immenses profits pour les possédants. (Je reproduis d' ailleurs progressivement un ouvrage intéressant de ce qu' était déjà la politique Us dès le lendemain de la Victoire et aide aussi à mieux comprendre les raisons de la guerre froide - Il suffit de cliquer !). Ces articles prouvent également à quel point le nazisme et le communisme ("stalinien" ou non) sont différents tant par leurs idéologies, leurs buts, leurs moyens, leurs méthodes, leurs langages, leurs essences, leurs origines de classe,... contrairement à ce que les médias et les dirigeants européens (instigués surtout par les nouveau venus de l' Est "libérés") tentent de faire entrer dans les esprits actuels et futurs pour asseoir leur nouvelle domination, consolider leur pouvoir.

RoRo

 

 

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From: Annie Lacroix-Riz

Sent: Saturday, May 07, 2005 9:08 AM

Subject: TR: EURASIE-BXL, nouvelle série. Il y a soixante ans ans, la Victoire. (1) le 3 mai 2005

 

Très bon article.

 


De : Chaulou [mailto:chaulou@skynet.be]
Envoyé : mardi 3 mai 2005 22:30
Objet : EURASIE-BXL, nouvelle série. Il y a soixante ans ans, la Victoire. (1) le 3 mai 2005

 

 

EURASIE-BXL, nouvelle série, 3 mai 2005.

Il y a soixante ans ans, la Victoire. (1)

Allemagne nazie- URSS
UNE GUERRE A TROIS DIMENSIONS

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Du 22 juin 1941 au 9 mai 1945, l'Allemagne hitlérienne et l'URSS stalinienne (???) sont en guerre. Jusqu'au débarquement anglo-américain du 6 juin 1944, sur les plages de Normandie, l'Armée rouge est pratiquement la seule à tenir le "premier front". Et ses victoires, de l'avis général à l'époque, ont déterminé l'issue finale, consacrée par la capitulation nazie les 8 et 9 mai 1945.
Ce que fut le rôle de l'URSS dans cette guerre n'est pas notre propos - la recherche sur ce chapître est loin d'être épuisée.  Ce qu'elle entraîna à l'intérieur de l'Union soviétique, comme violences, déplacements de populations, bouleversements sociaux et politiques est encore un autre domaine. Nous voudrions seulement fixer ici quelques repères sur ce qui a caractérisé la guerre hitlérienne faite à l'URSS. Une guerre dont on comprendra aisément qu'elle était indispensable à l'accomplissement du projet nazi. Et dès lors, inévitable, quelles que fussent les tentatives de Staline d'y échapper, de retarder l'échéance, ou encore de déjouer les tentatives occidentales d'orienter les foudres hitlériennes vers une Union soviétique mal préparée et affaiblie, en 1938, par les purges qui avaient décapité l'Armée rouge (???). C'est une guerre à trois dimensions: impérialiste, coloniale-raciste et politique anticommuniste. Autrement dit, elle participe à la fois du repartage des influences planétaires (et Staline ne se privera pas d'y participer, surtout après le victoire de 1945), de la conquête coloniale allemande "pimentée" par le racialisme nazi, et de la revanche de toutes les droites européennes contre la révolution bolchévique, à un moment où, pour un certain temps encore, "un spectre hante l'Europe, le communisme".

Une entreprise impériale moderne.

La guerre est d'abord "impérialiste" au sens classique. L'Allemagne, retardataire dans le partage colonial du monde, revient à charge après sa défaite de 1914-18, en rivalité avec la Grande-Bretagne et la France. En Extrême-orient, le Japon poursuit ses propres objectifs. Les Etats-Unis entreront dans la guerre lorsqu' en seront évidents les avantages, en termes de nouvelle hégémonie mondiale. Mais le paysage n'est plus celui de 1914. Les vieux empires ont disparu.  L'Europe, comme l'Amérique et le Japon, est emportée par les grands vents de l'industrialisation, du capitalisme et de la modernité. L'Allemagne se trouve désormais à la pointe, sinon en tête, de cette nouvelle civilisation. Elle entre cependant en rupture avec le libéralisme et professe un nationalisme ethniciste et un racialisme "aryen" dont la manifestation extrême - l'élimination des Juifs - est l'obsession de son nouveau leader nazi, Adolf Hitler. Le régime national-socialiste, porté au pouvoir en 1933 par les grandes entreprises et les classes moyennes, balaie les "obstacles" que constituent le mouvement ouvrier et les partis communiste et social-démocrate, sur la voie d'une "revanche" industrielle et guerrière. Elle se dote d'un système dirigiste et corporatiste, mais dans le respect de la propriété privée du capital. Les grandes firmes bénéficient d'un taux d'exploitation maximal y compris sous forme d'esclavagisme dans les camps de concentration. Elles auraient vocation à piloter l'intégration européenne dont l'économie capitaliste est déjà porteuse. Pour rappel: nombre d'entreprises européennes et américaines participent à l'effort industriel de guerre allemand. L'Occident libéral et l'Occident fasciste, en dépit de leurs divergences, sont imbriqués dans un même système socio-économique. Entre l'un et l'autre, entre forces conservatrices de type capitaliste (à l'Ouest) ou féodal-terrien (au Centre et à l'Est de l'Europe) se sont nouées des alliances. En 1918-20, aux côtés des forces contre-révolutionnaires en Russie, en Ukraine, en Pologne, en Allemagne, en Hongrie, en Roumanie, en Italie. En 1932-33, lorsque nationaux-socialistes, droite nationaliste et catholiques conservateurs, avec le grand capital allemand, se liguèrent pour hisser au pouvoir un Adolf Hitler qui, contrairement à la légende à nouveau répandue, n'eut jamais de majorité électorale en Allemagne, et encore moins d'adhésion massive du monde ouvrier. En Espagne, en 1936-39. Dans les pays baltes qui constituèrent, avec d'autres dictatures de droite d'Europe centrale et balkanique, le "cordon sanitaire" autour de l'URSS. En France en 1940, pour installer le régime de Vichy.
A l'Est, l'univers dont s'est emparé "la barbarie bolchévique" est très étranger au monde européen occidental. A la fois comme monde rural et civilisation "eurasienne", violentés par les transformations staliniennes (???), et comme système collectiviste encadrant l'industrialisation en dehors des normes du capitalisme marchand. Cet univers relativement autarcique, sans autres rapports avec les régimes allemands de Weimar et de Hitler que les accords bilatéraux d'états successifs de Rapallo en 1922, de la coopération militaire puis du Pacte (???) Molotov-Ribbentrop de 1939, aurait pu rester à l'écart du conflit européen si ce n'était, précisément dans cet immense espace, l'URSS, que l'Allemagne nazie entendait redéployer son vieux rêve impérial - la conquête d'un nouvel "espace vital". D'où la première spécificité de la guerre à l'Est: les peuples concernés ne connaîtront pas d'"occupants polis". Ce sera une guerre totale, à la vie et à la mort.

2. Une conquête coloniale et raciste.

Les chefs nazis (Hitler déjà dans "Mein Kampf" en 1923) ne dissimulent pas leurs objectifs coloniaux. Ceux-ci impliquent l'élimination de la Pologne en tant qu'état, de la "juiverie orientale" (qui n'est qu'une partie de la "question juive" à résoudre), de l'Union soviétique en tant qu'état fédératif de peuples d'"Untermenschen" (sous-hommes). Les Polonais et les Serbes entrent également dans cette catégorie. On notera que c'est lors de l'agression contre l'URSS le 22 juin 1941 et dans les premiers mois d'occupation, en Biélorussie, en Ukraine et en Russie que les "Einzatsgruppen" - bientôt relayés par la Werhmacht et les SS - procèdent aux premières éliminations massives de Juifs, de communistes, de prisonniers, de partisans et de villageois "complices" de la résistance. Autrement dit, le judéocide et l'extermination des populations slaves participent d'un seul et même processus. Dans la première année suivant l'invasion, quelque 3,5 millions de prisonniers soviétiques sont exterminés par les fusillades et la faim. Ultérieurement, dans les camps aménagés en Pologne et grâce aux nouvelles technologies (gaz), les Juifs "en tant que Juifs" seront la cible d'une destruction industrielle et systématique sans équivalent. Or, le projet nazi était gigantesque. Le "Plan de l'Est" conçu à Berlin par Göring et la fine fleur de l'intelligentsia scientifique envisage la mort de 30 millions de Soviétiques dans le conflit à venir, et la déportation vers l'Est (la Sibérie) d'un autre "contingent" de 30 millions. A la place des morts et des déportés devaient s'établir des colons allemands en nombre limité capables de développer une agriculture moderne. C'était donc une grande entreprise de modernisation du monde rural archaïque de l'Est.

3. Une guerre politique contre le communisme.

Dans la troisième dimension - la guerre politique, visant la destruction du système et de l'état (objectifs différents de ceux poursuivis à l'Ouest) le projet nazi apparaît, dès le départ, comme une radicalisation de l'anticommunisme. Il renoue avec le combat inachevé que les pays, tant de l'Axe que de l'Entente (les deux camps de 1914-18) avaient mené contre les Soviets en soutien à la contre-révolution en 1918-20. Pour une large fraction  de la bourgeoisie, des grands propriétaires et des clergés catholiques en Europe de l'entre-deux guerres, le fascisme en Italie, le franquisme en Espagne, le nazisme en Allemagne apparaissent comme des "remparts contre la barbarie judéo-bolchévique". A une époque où l'antisémitisme est de bon ton, l'association entre "Juifs" et "communistes" va de soi. Le théoricien Alfred Rosenberg a d'ailleurs mis au point une stratégie de dislocation de l'URSS jouant sur les nationalismes, notamment ukrainien et balte. Ce n'est pas seulement d'Allemagne - mais de toute l'Europe qu'ont afflué les armées, les légions et divisions SS "nationales" qui unirent leurs forces pour abattre le communisme athée.
Ces trois dimensions de la guerre hitlérienne contre l'URSS détermineront largement les types d'occupation, de collaborations, de résistances, le caractère même de la victoire et de ses prolongements, en URSS et en Europe, en ce compris la guerre froide qui devait succéder à la temporaire alliance "contre nature" qu'avaient nouée l'URSS et les démocraties (???) occidentales expliquent aussi les perceptions contradictoires qu'on peut avoir de "la Victoire" soixante ans plus tard. Le fait que l'entreprise nazie, produit de "notre" modernité ait été brisée par des "peuples inférieurs", menés à la victoire par l'URSS, a certes été reconnu en 1945, mais reste à ce jour insupportable aux Occidentaux bien-pensants. D'autant qu'après la guerre politique contre le communisme, perdue par Hitler mais finalement gagnée par le camp euro-atlantique, les vastes espaces "libérés" à l'Est sont promis à de nouvelles formes de colonisation. La Victoire de 1945, implicitement mais très logiquement, est remise en question.

Jean-Marie Chauvier
3 mai 2005

(version développée d'un article paru dans "Le Drapeau Rouge", Bruxelles, mai 2005)

----- Original Message -----

From: Annie Lacroix-Riz

Sent: Saturday, May 07, 2005 9:06 AM

Subject: TR: EURASIE-BXL. Il y a soixante ans ans, la Victoire ( 3)

 

Continuez l’indispensable lecture.

 

Amitiés,

 

Annie

 


De : Chaulou [mailto:chaulou@skynet.be]
Envoyé : mercredi 4 mai 2005 05:07

Objet : EURASIE-BXL. Il y a soixante ans ans, la Victoire ( 3)

 

EURASIE-BXL, nouvelle série,  

Il y a soixante ans ans, la Victoire. (2)

LE GENOCIDE NAZI EN URSS

Ou le grand média mensonge par omissions

 

Il y a volontiers "oubli" ou incrédulité du public lorsqu'on évoque les entreprises génocidaires nazies en territoires soviétiques occupés, du moins lorsque, outre les Juifs victimes d'un génocide dont on connaît les développements ultérieurs, on mentionne aussi les Slaves, les prisonniers soviétiques. Ces victimes-là de l'extermination NE SONT PRESQUE JAMAIS MENTIONNEES DANS LES MEDIAS. Comment caractériser cet "oubli", si ce n'est un "négationnisme" implicite ou, pire, une intériorisation du racisme nazi concernant les "UNTERMENSCHEN" slaves ? Nous dira-t-on encore qu'il s'agit de l'"incompétence" des journalistes, de leur "manque de moyens" ?

Cette occultation est désormais le fait, assez largement, de milieux de gauche qui, pour toutes sortes de raisons, éprouvent de la HONTE à encore parler de l'Union soviétique, de ses mérites ou de ses malheurs…sauf bien sûr lorsqu'il s'agit de dénoncer "le régime" et Staline. Y compris face à l'abomination nazie.
Voici de quoi rafraîchir un peu les mémoires.

Au sommaire:
1. La guerre contre l'URSS. Petit florilège nazi.
2. Guerre, alimentation, génocide : le travail de Christian Gerlach.

3. PLAN EST et génocide nazi. L'ouvrage de Dominique Vidal.
4. Connaissez-vous Khatyn ?
5. Connaissez-vous Rawa Ruska ?

6. EINZATSGRUPPEN. Documentation.
7. Suisse: les héritiers du génocide sont en bonne santé.

8. En annexe: docu photos sur les atrocités nazies en URSS.

 

1. LA GUERRE CONTRE L'URSS

"Une lutte raciale sans pitié"

petit florilège nazi.

 

"Nous devons coloniser l'Est sans pitié (…) Pensez aux déportations bibliques et aux massacres du Moyen-âge (…) et souvenez-vous de l'extermination des Arméniens. On en finit par conclure que les masses humaines ne sont que de la pâte à modeler biologique"

(Adolf Hitler)

"C'est une question de survie. Ce sera donc une lutte raciale sans pitié au cours de laquelle vingt à trente millions de Slaves et de Juifs périront par les actions militaires et les problèmes d'approvisionnement en nourriture"

(Heinrich Himmler)


Nous envisageons une sérieuse germanisation de la partie ouest des pays baltes et la régénération du sang. Entre l'Estonie proprement dite et la Russie sera créée une zone peuplée des Estoniens et des Lettons qui exécutent consciencieusement leurs obligations et dont les intérêts vitaux sont liés à l'Allemagne. (..) La Russie proprement formera un territoire de 2,9 millions de Km 2 avec une population de 50 à 60 millions d'habitants"

 (Alfred Rosenberg sur les plans de démembrement de l'URSS. 20 juin 1941)

(Sur les territoires conquis) "il restera 14 millions d'habitants locaux (…) il faudra déplacer 46 à 51 millions de personnes (…) le transfert des habitants locaux indésirables du point de vue racial en Sibérie occidentale (…) la destruction totale du peuple russe ou germanisation de la partie qui présente des signes certains d'appartenance à la race nordique (…) il sera possible de préserver la domination allemande à la condition de vaincre le danger biologique que présente l'énorme capacité de reproduction de ces hommes primitifs"

(Remarques de Wetzel, chef de service de colonisation. 27 avril 1942)

"Il faut avoir en vue que la vie humaine dans les pays intéressés n'a aucune valeur dans la majorité des cas et qu'un effet de terreur ne peut être obtenu qu'à l'aide des mesures d'une exceptionnelle cruauté"

(Ordre de Keitel, QG commandant en chef, 16 septembre 1941)

"Avec le Russe vous n'aurez jamais le dernier mot (….) Il sait mieux parler que vous (…) L'essentiel, c'est d'agir (…) Surtout ne soyez pas doux et sentimentaux (…) Étant féminin par sa nature, le Russe veut trouver un défaut même dans tout de qui est mâle (…Pour cette raison, soyez toujours mâle, gardez toujours votre fermeté nordique"

(Instruction du secrétaire d'état Backe. 1er juin 1941)

"J'ordonne de prendre dès maintenant pour règle que tous les prisonniers soviétiques inévitablement condamnés à mourir (…) ne soient plus amenés dans les camps de concentration où ils doivent être exécutés"

(Directive du chef de la police de sécurité et du SD du Reich aux chefs de camps sur l'exécution des prisonniers soviétiques. Signé: Müller. 9 novembre 1941.)


"Lors des opérations, les détachements ont brûlé vifs les habitants des villages du canton de Perchaie (suit la liste d'une dizaine de villages) Les détachements SS n'ont fait aucune enquête, mais enfermaient les habitants, surtout les vieillards, les femmes et les enfants dans des maisons qu'ils incendiaient ensuite. Dans le village de Dory, les habitants ont été enfermés dans l'église qui a été brûlée avec les personnes qui s'y trouvaient"

(Rapport de Kouchel, chef de police, 6 août 1943, un rapport parmi beaucoup d'autres semblables)

Les Finnois veulent la région de Léningrad. Le führer veut raser Léningrad pour le donner ensuite aux Finnois.


(PV de réunion d'Hitler avec les dirigeants du Reich, 16 juillet 1941)

Le führer a décidé de raser la ville de Petersbourg (…) On envisage de cerner la ville de près et de la raser complètement par pilonnage continu par canons de tous calibres et bombardements ininterrompus (…) Nous ne sommes pas intéressés à conserver même partiellement la population"


(Directive du chef d'état-major des forces navales sur la destruction de la ville de Léningrad. 29 septembre 1941)

Pour Léningrad, Moscou, Kiev et autres villes : "avant de les occuper on doit les détruire par le feu de l'artillerie et de l'aviation, afin d'obliger la population à fuir"


(Directive de l'EM des Forces Armées, 7 octobre 1941)

"En cas de retraite, il faut détruire sur le territoire abandonné tous les ouvrages et toutes les réserves qui peuvent être utiles à l'ennemi (…) Toutes les maisons sans exception doivent être incendiées"

(Ordre du commandement allemand. 1er septembre 1943)

2. Guerre, alimentation, génocide

 

La politique nazie d'extermination en URSS

Le titre de l'ouvrage d'un jeune historien berlinois, Christian Gerlach, affiche immédiatement l'angle sous lequel il veut étudier la politique de guerre nazie. Les premiers mois de la guerre contre l'URSS ont constitué, dit-il, le point de départ d'un assassinat de masse de proportions encore jamais vues: "Si le régime nazi avait connu en mai 1941 une fin brutale, il aurait surtout laissé le souvenir affreux de l'assassinat de 70.000 malades et handicapés du fait de la prétendue "euthanasie", de celui de dizaines de milliers de Polonais juifs et non juifs et de plusieurs milliers de détenus des camps de concentration dans le Reich. A la fin de l'année 1941, le chiffre des victimes de la politique allemande de violence avait augmenté de plus de trois millions d'individus (sans compter les tués de l'Armée Rouge) - ce chiffre comprenant environ 900.000 Juifs, dont les neuf-dixièmes tués dans les territoires soviétiques occupés, et près de deux millions de prisonniers de guerre soviétiques. C'est seulement dans le courant de 1942 que la population juive d'Europe devint le groupe le plus nombreux des victimes de la politique allemande d'extermination".

 

Plus de 3 millions de PG soviétiques assassinés

Un des facteurs fondamentaux de cette politique est constitué par l'effondrement des illusions nazies que la guerre à l'est serait brève. A l'automne 1941, d'énormes problèmes militaires, de ravitaillement alimentaire et de transports ont conduit les nazis à prendre des mesures drastiques, en particulier en ce qui concerne les ressources alimentaires. Pour nourrir les Allemands dans le Reich, il fallait réquisitionner et importer la production des pays vaincus et occupés. Pour la Wehrmacht occupante, il fallait trouver sur place l'essentiel de ce qui lui était nécessaire, évitant ainsi de bloquer des moyens de transport. Affamer les populations civiles devait naturellement en être le premier résultat, pris en compte par les responsables nazis sans grandes réticences pour les uns, et comme un résultat positif pour beaucoup. Pourtant, dans une large mesure, et tout au moins dans les régions agricoles les plus fertiles, le marché noir vint contrecarrer en partie ces plans homicides.

Par contre, la catégorie qui eut le plus à souffrir de la pénurie organisée fut celle des prisonniers de guerre soviétiques. Pas question pour eux, évidemment, de courir par exemple la campagne ukrainienne à la recherche de produits alimentaires. En France, qui a connu 1,5 million de prisonniers de guerre en Allemagne, on ignore souvent le sort des PG soviétiques, pourtant sans aucune comparaison: ce sont plus de 3 millions d'hommes (et de femmes) qui ont été assassinés, au mépris des conventions internationales censées les protéger.

Les nazis, comptant sur une victoire éclair, avaient apparemment dès le départ l'intention d'éliminer une bonne part des prisonniers qu'ils feraient. On connaît l'ordre d'élimination immédiate et sans jugement des "commissaires" soviétiques et des responsables communistes. Mais au-delà, des instructions précisaient qu'il ne fallait pas dresser de listes nominatives des prisonniers dans les camps de transit, mais enregistrer seulement ceux qui parviendraient jusqu'aux Stalag. Par ailleurs, c'est un nombre immense de prisonniers de l'Armée Rouge qui tomba aux mains de la Wehrmacht dès les premières semaines de la guerre. Les nourrir et leur fournir un abri contre les intempéries étaient le dernier des soucis des autorités allemandes. Les services de Göring avaient une position simple : pour alimenter les prisonniers, la Wehrmacht "n'était liée par aucune obligation internationale et (…) seul le travail qu'ils fournissaient en était la condition". Ainsi, le 21octobre 1941, les rations pour les PG ne travaillant pas furent abaissées de 27% à 1490 calories, avec la précision que "tout produit alimentaire donné à tort ou en trop à un prisonnier de guerre l'est au détriment de nos familles, à la maison, ou à celui du soldat allemand". Dans la partie de la Pologne dite "Gouvernement général", la réduction des rations pour les prisonniers soviétiques, dès fin septembre1941, entraîna la mort de près de 300.000 hommes jusqu'au mois de mars suivant.

Un autre facteur de surmortalité fut le froid. Rien n'étant prévu, les camps dans lesquels les soldats soviétiques furent enfermés ne comportaient aucune installation, aucune baraque pour les abriter. Dans nombre de ces "camps", ce sont les prisonniers eux-mêmes qui creusèrent des tranchées, des sortes de cavernes, pour s'abriter un peu du froid et du vent. Certains durent passer une partie de l'hiver, voire l'hiver entier dans ces conditions inhumaines. Trouver des matériaux de construction locaux pour des baraques, même primitives, aurait été facile. Mais la disparition massive des prisonniers était simplement bienvenue.

En effet, le IIIème Reich n'avait pas encore atteint le stade où un des facteurs dominants de l'économie de guerre était le besoin de main - d'oeuvre. Dans les territoires occupés, la question ne se posait pas encore. En Allemagne même, le manque de bras commença à se faire sentir dès l'été 1941. C'est pourtant seulement en octobre-novembre que cédèrent les réticences ("mauvaise influence politique sur les travailleurs allemands"). Les besoins en travailleurs avaient été chiffrés en juillet 1941 à 500.000 personnes, en octobre à 800.000, le manque de main - d' oeuvre à moyenne échéance étant estimé entre 1,5 et 2,5 millions.
Or en 1941, ce sont au total 3.350.000 Soviétiques qui furent faits prisonniers entre juin et octobre. Beaucoup étaient affaiblis par des marches forcées, la maladie et la sous-alimentation. Les remettre sur pied aurait nécessité soins et vivres en quantité. De plus, début novembre1941, Göring décida l'"importation" de civils soviétiques comme main-d' oeuvre. Le sort de centaines de milliers de prisonniers de guerre était scellé. A la famine, on ajouta l'assassinat de malades ("pour limiter les épidémies"), les mauvais traitements systématiques par les gardiens, etc. Selon C.Gerlach, des centaines de milliers de PG soviétiques, "un nombre qu'il n'est plus possible aujourd'hui de reconstituer même approximativement", ont été abattus par leurs gardiens, en majorité des membres de la Wehrmacht, indépendamment des SS et des policiers. Deux chiffres encore à titre d'illustration: entre le début de la guerre contre l'URSS et le printemps 1942, 47% des PG soviétiques se trouvant sur le territoire du Reich et 85% de ceux qui étaient internés dans le "Gouvernement général" sont morts.


L'accélération de l'extermination des Juifs

A ces données sur l'immense massacre des prisonniers de guerre soviétiques, qu'il n'est possible ici que de résumer brièvement, Christian Gerlach ajoute une réflexion d'importance fondamentale. Selon lui "le passage à des programmes considérables d'assassinats de masse a pris son essor dans les territoires soviétiques occupés. Avec les camps de prisonniers de guerre soviétiques, cette pratique s'est étendue à l'automne 1941 au-delà de ces régions, particulièrement dans le Reich et le Gouvernement général. Les informations sur le fait que dans les territoires soviétiques occupés les Juifs étaient assassinés en grand nombre se répandirent par l'intermédiaire de permissionnaires, de blessés et par d'autres voies encore. Certes d'autres avaient déjà, de façon plus ou moins indépendante, envisagé des moyens pour supprimer rapidement une partie de la population juive, par exemple dans  [une région de la Pologne occupée] le Warthegau. Pourtant, apprendre l'ampleur jamais vue des assassinats à l'Est agit en quelque sorte comme un catalyseur pour des plans nouveaux, de plus grande portée, contre les Juifs, et leur concrétisation et leur mise en oeuvre dans d'autres régions de l'Europe occupée par les Allemands. A la fin de 1941, l'idée de tels crimes était déjà admise par bien des administrations".
Le livre de Christian Gerlach n'est pas consacré uniquement au sort des prisonniers de guerre soviétiques. Il traite également, dans deux autres parties distinctes, de la Conférence de Wannsee et du sort des Juifs d'Allemagne, ainsi que de la décision fondamentale d'Hitler de faire assassiner tous les Juifs d'Europe. Pour lui, cette décision date exactement du mois de décembre1941, bien qu'il n'y ait (où qu'on n' en ait encore trouvé) aucune trace écrite, à part une note dans le carnet d'Himmler. Cette affirmation de Gerlach est controversée, et une partie de la dernière section de l'ouvrage porte trace des oppositions d'autres historiens à sa thèse. En fait, dans l'état actuel des choses, ce qui importe réellement est l'ampleur du génocide, et entre autres, ce que démontre Gerlach, l'accélération en 1942 de l'extermination des Juifs. En effet, plus de la moitié des Juifs assassinés le furent entre mars1942 et mars1943. Les camps d'extermination (Auschwitz, Belzec, Sobibor, Treblinka, entre autres) furent mis en service dans la première moitié de 1942.

 

On ne parvient toujours pas, il est vrai, à comprendre comment des avertissements comme ceux de l'industriel allemand Eduard Schulte, transmis en Suisse, apparus dans la presse américaine fin 1942, ont pu rester lettre morte. Il donnait des détails sur un plan du Secrétaire d' État nazi à l'alimentation et l'agriculture, Backe, expliquant que, pour celui-ci, "pour des raisons économiques, la situation alimentaire difficile pouvait être améliorée par l'extermination d'environ 4millions de personnes qu'il serait sans cela nécessaire de nourrir…"(texte d'une note provenant de la légation américaine à Berne du 22 octobre 1942, actuellement aux Archives Nationales US.)

 

La situation alimentaire de l'Allemagne devenait certes difficile. Pourtant, Backe restait optimiste, affirmant en mai 1942 devant Hitler et le responsable du "Gouvernement général", Frank, que bien d'autres peuples crèveraient de faim avant que ce soit le tour de l'Allemagne. De fait, en affament les populations, en exterminant des millions d'hommes et de femmes, les nazis parvinrent à maintenir le niveau alimentaire dans le Reich jusqu'en 1944-45 à un niveau acceptable, s'assurant ainsi contre un possible mécontentement de la population et conservant par là même son soutien. Il n'est pas question, bien entendu, de présenter les préoccupations de ravitaillement comme la cause des massacres de prisonniers soviétiques, comme des populations juives d'Europe. C'est pourtant, semble-t-il, un facteur qui a pesé dans la balance !

 

Jean-Luc Bellanger

 

Christian Gerlach : Krieg, Ernährung, Völkermord -Forschungen zur deutschen Vernichtungspolitik im Zweiten Weltkrieg (Guerre, alimentation, génocide — Recherches concernant la politique allemande d'extermination de la Seconde Guerre mondiale) - Hamburger Edition, 1998.

 

3. " Plan Est " et génocide nazi :
de nouveaux éclairages d’historiens allemands.

 

Il y a soixante ans, le 12 juin 1942, Himmler rendait public le " Plan général Est ". Ce projet gigantesque prévoyait la déportation en Sibérie de 30 millions de Slaves et la colonisation, par 5 millions d’Allemands " de souche " des territoires occupés de Pologne, d’Union soviétique, de Bohême-Moravie ainsi que de la Ruthénie (actuelle Transcarpatie, en Ukraine). Les dirigeants nazis – notamment le maréchal Göring, dès le 23 mai 1941- avaient  d’ailleurs prévu " la mort par la faim " de 20 à 30 millions de Soviétiques, soit des peuples slaves considérés comme " untermenschen ". Les juifs étaient tout spécialement visés. De fait, l’invasion de l’URSS avait commencé le 22 juin 1941 et, six mois plus tard, fin 1941, 2 millions de prisonniers soviétiques avaient été exterminés, ainsi que 900.000 juifs, sans parler des soldats de l’armée rouge tués au combat.

Les populations biélorusse, ukrainienne et russe allaient suivre, à la faveur de la répression des mouvements de partisans (résistants) – et des centaines de villages furent brûlés avec leurs habitants. Les mobiles et les " justifications " de ces massacres n’étaient pas de l’ordre de la " folie " criminelle ou du racisme exclusivement. Ils étaient multiples – économiques, politiques, racistes- ils évoluèrent  rapidement en fonction du déroulement de la guerre. La débâcle de l’armée rouge, en 1941, fut une divine surprise pour les dirigeants allemands, mais son redressement ultérieur et la résistance populaire soviétique n’en ont pas moins complètement bousculé les plans nazis.
Tel est le contexte des débuts du judéocide- autrement dit la destruction des juifs en tant que juifs- mis en œuvre dès l’opération " Barbarossa " (invasion de l’URSS) avant même que la conférence de Wannsee ne décide, en janvier 1942, de la " solution finale de la question juive ", soit  la liquidation envisagée de 11 millions de juifs. (Finalement, 5 à 6 millions seront mis à mort).
Explorer ce contexte encore mal connu, c’est ce qu’ont fait de jeunes historiens allemands à la faveur de l’ouverture des archives allemandes, polonaises et soviétiques ouvertes après la chute du mur en 1989.
Leurs ouvrages étant ignorés dans le monde francophone, Dominique Vidal, historien et journaliste au " Monde Diplomatique " a entrepris de les révéler dans un livre intitulé " Les historiens allemands relisent la Shoah ". Pour dissiper toute équivoque, précisons qu’il ne s’agit ni de " négationnistes ", ni de " nouveaux historiens " du genre d’Ernst Nolte qui, il y a une dizaine d’années, avaient entrepris de relativiser le nazisme comme " phénomène réactif " à la barbarie de la révolution bolchévique et du stalinisme en Russie.
Les idées fascistes et nazies, nées à la veille et dans le courant de la première guerre mondiale, le racisme et l’antisémitisme d’Adolf Hitler, son obsession du " judéobolchévisme ", évidents dès le début des années vingt et largement partagés en Europe par l’extrême-droite et une partie de la droite conservatrice, les projets hitlériens de conquête et de colonisation à l’Est impliquant la dislocation de l’URSS, l’engagement progressif dans les pratiques de l’extermination sont suffisamment connus pour ne plus devoir souffrir discussion. L’intérêt exceptionnel des travaux allemands que révèle Dominique Vidal est à la fois dans la mise en relief et en perspective des massacres perpétrés à l’Est, dont le judéocide, le démontage de leurs mobiles complexes et évolutifs, bref dans l’approche historique plutôt qu’idéologique ou morale de la genèse du génocide le plus délibéré, le mieux " pensé ", le plus industriel et le plus intensif de tous les temps. Sans doute la " surprise " des nouveaux ouvrages venus d’Allemagne tient d’abord, tout simplement, dans le rappel de faits connus des spécialistes mais de plus en plus ignorés du grand public et des nouvelles générations: l’existence même d’un génocide des peuples slaves !  Le fait, par exemple, que des millions de Russes, Biélorusses et Ukrainiens (et d’autres ressortissants soviétiques !) ont été exterminés en tant qu’ " untermenschen ", dont 3,5 millions de prisonniers de guerre soviétiques, les 600.000 victimes du blocus de Léningrad (St Petersbourg) une ville dont les nazis envisageaient la disparition, sans oublier les millions de partisans et de villageois massacrés pour leur implication réelle ou supposée dans la résistance. Ces faits sont parfois reconnus en tant que " crimes de guerre " et " crimes contre l’humanité ", mais non comme génocide. Des estimations récentes, russes et américaines, du bilan de la deuxième guerre mondiale attestent que plus de la moitié des victimes furent soviétiques : 26 à 27 millions. Mais les raisons des décès sont multiples, et depuis 1991, des historiens et journalistes russes soucieux d’instruire " le procès du communisme " insistent sur les responsabilités de Staline dans l’hécatombe et notamment la débâcle de 1941. Il reste qu’une grande partie des victimes est constituée de populations civiles et de prisonniers massacrés par les nazis. Or, il s’agit bien là- estiment les historiens allemands cités par Vidal- d’une extermination délibérée : " des dizaines de millions d’hommes devront sans aucun doute mourir de faim " explique le protocole final du 2 mai 1941 quant aux bases et modalités de l’invasion de l’URSS. L’objectif de 30 millions de morts soviétiques relève d’un " génocide planifié " obéissant pour une part, estiment les historiens allemands, à une " stratégie alimentaire " (éliminer les bouches inutilement nourries au profit de l’approvisionnement allemand) et, par ailleurs, à des considérations démographiques (l’excès de population rurale) et économiques à plus long terme (la nécessité de faire place aux colons allemands et de moderniser les industries). Simultanément, une partie des populations en voie ou non de liquidation physique sont réduites en esclavage pour les besoins de la grande industrie allemande, dont plusieurs firmes qui ont encore pignon sur rue aujourd’hui. Dès lors, les historiens contestent l’idée très répandue du caractère purement irrationnel ou exclusivement  antisémite du génocide, en ce compris le judéocide ou destruction du judaïsme, qui en est l’extrémité absolue. L’élimination, en Europe centrale et orientale, de vastes populations " encombrantes " relève d’une vision très élaborée, à laquelle participent d’éminents intellectuels de plusieurs disciplines, dont les démographes spécialistes de la surpopulation. Le racisme et spécialement la haine des juifs, associés au communisme, jouent bien entendu un rôle déterminant dans le judéocide, que la guerre à l’Est précipite et radicalise.
On observera, au passage, l’importance de la chronologie : l’invasion de l’URSS, entamée le 22 juin 1941, s’accompagne de nombreux pogromes " de juifs et de communistes ", dûment planifiés, et perpétrés par les einzatsgruppen allemands avec le concours parfois " spontané " des groupes nationalistes locaux (notamment baltes et ouest-ukrainiens). Des massacres de dizaines milliers de juifs ont lieu en septembre, notamment à Baby Yar (Kiev). A la même époque le Zyklon B est utilisé pour la première fois pour gazer 900 prisonniers soviétiques, en novembre-décembre des unités mobiles de gazage se répandent (y compris en Serbie) et des chambres à gaz fixes sont installées en Pologne, où le premier gazage de juifs a lieu le 8 décembre à Chelmno, l’endroit même où sont gazés 5000 tsiganes à la mi-janvier. La solution finale est décidée à Wannsee le 20 janvier, le " Plan général Est " est révélé  le 12 juin, le gazage généralisé à Auschwitz commence en juillet…C’est l’époque où la France de Vichy rafle et livre aux nazis des milliers de juifs. En août-septembre commencent les déportations de Belgique et de Croatie. Mais une autre date importe, quelques mois plus tard : le 2 février 1943, c’est la capitulation allemande à Stalingrad, la bataille-pivot de la deuxième guerre mondiale, et la contre-offensive soviétique devient irréversible. Il est déjà clair, à ce moment-là, sept mois après sa proclamation, que le " Plan général  Est " ne sera pas réalisé, que les projets de colonisation avec tout ce qu’ils impliquent de déportations et d’extermination en URSS ne seront jamais réalisés.
En revanche, le judéocide s’accélère avec la liquidation des ghettos juifs et l’extrême rentabilisation des chambres à gaz.
Dominique Vidal retient aussi, des nouvelles recherches allemandes, la confirmation du rôle joué, dans le génocide, par les non-allemands des Etats alliés de Hitler (notamment roumain et croate), des légions SS de divers pays d’Europe, des milices auxiliaires recrutées dans les milieux nationalistes. Un chapître d’une précision terrifiante à cet égard est consacré à la " solution finale " en Galicie orientale, autrement dit à cette région de l’Ouest ukrainien qui fut le bastion de l’OUN (Organisation des nationalistes ukrainiens). C’est dans ce contexte que " la police auxiliaire ukrainienne représente la moitié des forces de répression en Galicie orientale. Répartie dans tout le district, elle assume toutes les phases des persécutions antisémites, des arrestations aux exécutions, en passant par le creusement des fosses. "
Des complicités au sein des élites allemandes aux collaborations policières et populaires dans de nombreux pays d’Europe , des plus " civilisés " aux plus " arriérés ", le génocide aura été , plutôt que le délire d’un homme ou d’une seule nation, l’œuvre collective et combinée de forces diversément intéressées à l’accomplissement du crime et cependant  disposées à le pousser jusqu’aux pires extrémités.
Explicitant sa démarche, Dominique Vidal suggère que la Shoah ne soit pas sacralisée au point de devenir extraterrestre et inintelligible: " Ce qui a été conçu et perpétré par des hommes peut être compris par les hommes. Sauf à capituler devant l’effrayant bulldozer de l’oubli et les médiocres querelles des négationnistes, nous n’avons d’autres choix que d’encourager la recherche historique comme l’effort pédagogique.. ". Avec d’autres, il veut " rapatrier la planète Auschwitz dans le monde des hommes "..

Jean
-Marie Chauvier

2002, paru dans "Espace de Libertés" et "Archipel".

Dominique Vidal

Les historiens allemands relisent la Shoah

Editions Complexe, 2002, 288pp

4. Connaissez-vous KHATYN ?

 

mais d'où saurions-nous qu'existe ce Khatyn là ?


KHATYN, L’UN DES 700 VILLAGES BÉLARUSSES BRÛLÉS AVEC TOUS LEURS HABITANTS...

Le 22 mars 1943 - 2005 (Dossier spécial)

Le nom du village ’Oradour-sur-Glane’ se trouve dans toutes les encyclopédies. Le monde entier connaît le nom de ce petit village du sud-ouest de la France, où le 10 juin 1944 les nazis massacrèrent toute la population du village. La Biélorussie, quant à elle, a connu des milliers de cas semblables. Le village de Khatyn n’existe plus. A cet emplacement se trouvait jadis un petit village biélorusse de 161 habitants massacrés en mars 1943...


  

Le Mémorial de Khatyn se trouve à 54 km de Minsk sur la route de Logoisk. A cet emplacement se trouvait jadis un petit village biélorusse de 161 habitants, massacrés en mars 1943.

Le 22 mars 1943, le village fut cerné par des troupes SS. Ils parqueront toute la population - femmes, vieillards, enfants, ’coupable’ d’avoir aidé les partisans, dans une grange en bois au centre du village qu’ils incendièrent, ainsi que les 26 maisons de la localité.
Au cours de l’occupation hitlérienne, 2.230.000 personnes, un quart de la population, ont péri en Biélorussie. La Flamme éternelle brûle en souvenir de chaque quatrième citoyen disparu de la Biélorussie héroïque !...

Le Mémorial de Khatyn


mardi 22 mars 2005
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5. Connaissez-vous Rawa Ruska ?

 

Le Rapport de la commission d'enquête soviétique envoyée en septembre 1944 dans le district de Rawa-Ruska
 

Ce rapport, qui nous a été communiqué à la suite d'une mission en Pologne, a été remis à l'Union Nationale de "Ceux de Rawa-Ruska" par le Professeur Pilichowski, Directeur de la Commission Principale d'Enquête sur les crimes hitlériens commis en Pologne, qui en avait demandé communication aux autorités soviétiques (la première page est la page d'envoi du rapport au Pr Pilichowski par les dites autorités). Ce rapport a été traduit par D. Dowojna Bienaimé, expert traducteur assermenté près la cour d'appel et le tribunal de grande instance de Paris (traduction n° 28981, du 27 juin 1968) et déposé par le Président A. Guerlain au Ministère des Anciens Combattants fin mai 1968.

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La première page du rapport proprement dit mentionne la date de l'enquête (du 24 au 30 septembre 1944), et la composition de la commission d'enquête (un président, une secrétaire et trois membres), avec la participation d'un commandant, d'un instituteur, de deux curés de l'église catholique-romaine, du substitut au procureur de la région de Lwow, l'adjoint du président de la commission régionale des députés du Soviet suprême, du représentant de la commission extraordinaire d'Etat.

Quarante-deux témoins oculaires des atrocités hitlériennes perpétrées dans le district et la ville de Rawa-Ruska ont été interrogés.

Au cours de l'enquête, il a été découvert des grandes "tombes collectives", aux abords de Rawa-Ruska, dans lesquelles il a été dénombré environ 37 000 cadavres d'hommes, de femmes ou d'enfants, torturés, fusillés, etc...

Le rapport décrit l'extermination de militaires soviétiques, les atrocités commises dans le ghetto juif, avant l'envoi à "l'usine de mort" de Belzec (20 km environ de Rawa-Ruska), (2 000 en mars, 2 000 en juillet 1942, etc...). Il y est noté qu'en décembre 1942 et en janvier 1943, 800 hommes de la police hitlérienne ont participé à l'opération d'extermination de plus de 14 000 personnes et 2 000 autres envoyées à Belzec... les rues étaient jonchées de cadavres, le sang coulait à flots, etc...

Quant au camp de prisonniers, il y est mentionné que ses installations, son régime, ses conditions étaient calculés pour exterminer systématiquement les prisonniers.

Un témoin a relaté qu'ayant travaillé au camp des prisonniers de guerre soviétiques du mois de décembre 1941 au mois d'avril 1942, il y avait eu, durant cette période, 15 000 exterminations par la faim, le froid, les fusillades,... des prisonniers mangeaient de la chair humaine...

La commission a établi qu'on y entretenait les maladies épidémiques dont 50 hommes au moins mouraient chaque jour, qu'on y établissait un régime de conditions inhumaines, par les massacres, la faim et le froid. Sur les 18 000 prisonniers de guerre qui se trouvaient au camp, seuls 180 hommes, atteints du typhus, furent dirigés sur le camp de Lwow, quant aux autres, ils furent exterminés au camp de Rawa-Ruska.

Ce rapport arrive à sa conclusion par :

"Après l'extermination de tous ceux qui se trouvaient au camp de prisonniers de guerre, dans ces mêmes bâtiments, écuries, au mois d'avril 1942, on plaça des prisonniers de guerre français qu'on amena au nombre de 20 000 hommes environ. Les prisonniers de guerre français se trouvaient également dans de mauvaises conditions et mouraient souvent de faim et de froid. En fait foi le cimetière de Wolkowice où de nombreux prisonniers de guerre ont été inhumés.

"Les envahisseurs fascistes allemands obligeaient les prisonniers de guerre français à un travail au-dessus de leurs forces, les faisaient mourir de faim, les tenaient dans des bâtiments, écuries, non chauffés et les punissaient pour la moindre infraction au règlement du camp.

Avant de citer le nom des coupables ayant sévi à Rawa-Ruska, le rapport signale que la commission a établi l'extermination de 41 500 personnes dans le district de Rawa-Ruska durant l'occupation.

6. EINSATZGRUPPEN.

LES EINSATZGRUPPEN SS

 

| Nicolas BERNARD | en ligne depuis : Avril 2000 | © www.1939-45.org |

 La guerre à l'Est ne doit pas, pour Hitler, se limiter à la destruction de l'Armée rouge et la conquête de territoires. Il s'agit aussi de mener une croisade contre les grands fléaux des temps modernes que sont le bolchévisme et le judaïsme. Cette guerre, le Führer l'a juré, sera une guerre d'anéantissement. Les armées du Reich devront se mettre au service de l'idéologie nationale-socialiste en vue de la destruction de l'adversaire.

Cette radicalisation de la guerre est marquée par l'entrée en action de groupes mobiles de tuerie, les Einsatzgruppen, chargées de "nettoyer" les arrières de l'armée allemande, avec la coopération de cette dernière. Ces unités spéciales relevant de l'Office Central de la Sécurité du Reich (RSHA), la haute direction SS de Heydrich et Himmler massacreront les Commissaires politiques soviétiques, ainsi que les membres de l'intelligentsia orientale, et surtout les juifs. Mais ce programme d'extermination sera mené dans des conditions chaotiques, chaque groupe de tueurs interprétant à sa manière les directives, il est vrai assez vagues, émises par les dirigeants nazis. Il faudra attendre le mois d'août pour qu'un semblant de cohésion intervienne dans les exécutions, les Einsatzgruppen recevant la confirmation de la nécessité d'éliminer, outre les juifs de sexe masculin, les femmes et les enfants.

Ces exécutions vont aboutir à la mort de plus d'un million de victimes juives, avec la bénédiction de certains hauts-responsables de la Wehrmacht. Mais les exécutions ont beau être nombreuses, elles ne vont pas assez vite. Et ces fusillades à répétition, d'une barbarie sans précédent, finissent par éprouver le moral des bourreaux, qui recrutent souvent leurs sbires parmi les nationalistes locaux, en Lituanie, en Lettonie, en Ukraine. De sorte qu'il faut trouver de nouveaux modes d'exécution (notamment les camions à gaz), d'autant que le Führer a donné l'ordre à la fin de l'été de procéder à l'éradication de la race juive en Europe.

A bien des égards, les Einsatzgruppen vont constituer le franchissement d'un seuil de violence encore jamais atteint contre les juifs. Les nazis seront dès lors engagés dans un processus d'extermination qui aboutira à la mise au point des camps de la mort.

 

APPARITION

Les Einsatzgruppen font leur apparition en Tchécoslovaquie et en Pologne en 1939. Ils suivent les arrières de l'armée allemande et massacrent, pillent, torturent les membres de l'intelligentsia locale afin d'empêcher un redressement futur des pays occupés. "Qui se souvient du massacre des Arméniens ?" fera remarquer Hitler après avoir donné ses directives à Heydrich et Himmler ?

A l'issue de l'effondrement de la France, de l'occupation de l'Europe de l'Ouest, le Führer a enfin les mains libres (ou presque - l'Angleterre résiste encore) pour accomplir son vieux rêve : conquérir la Russie pour y constituer un Lebensraum, l'espace vital de la plus grande Allemagne. Le 18 décembre 1940, il appose sa siganture au bas de la directive 21, le plan Barbarossa, l'invasion de l'URSS.

L'invasion de la Russie ne sera pas une guerre classique. Le 30 mars 1941, Hitler, dans son discours prononcé devant plus de 200 officiers de haut rang, explique que la guerre qui est sur le point de se déclencher doit être comprise comme l'affrontement entre "deux conceptions du monde opposées", "la conception nationale-socialiste et la conception judéo-bolchévique". Ordre a été donné de procéder à la liquidation des Commissaires politiques de l'Armée rouge, qui risquent de poursuivre leur propagande dans les camps de prisonniers, ainsi que de l'intelligentsia "judéo-bolchévique." Quant aux actes délictueux commis par les soldats de la Wehrmacht à l'égard des civils ennemis, ils ne seront pas obligatoirement passibles de sanctions, même s'ils constituent un crime militaire. Les chefs militaires ont reçu pour instruction d'être cléments à l'égard de ces soldats. Ils ne seront traduits en Conseil de Guerre que "si le maintien de la discipline ou la sécurité des forces armées nécessitent cette mesure" (ordre du 23 juillet 1941). Les massacres planifiés, les excès autorisés, oui, l'enfer va se déchner à l'Est.

Comment mettre en œuvre ce programme ? Dès le début du mois de mars, l'armée et les SS s'engagent dans des négociations qui visent une espèce de "partage des tâches" : le 13 mars, les "missions spéciales en vue de la préparation d'une administration politique dans la zone de combat de l'armée " sont confiées à Himmler, qui " agira en toute indépendance et sous sa propre responsabilité". Le 26, le général Wagner, représentant de la Wehrmacht, et Heydrich, conviennent que "les Sonderkommandos sont autorisés, dans le cadre de leur mission et sous leur propre responsabilité, à prendre des mesures exécutives contre la population civile". L'armée fournira l'infrastructure (locaux, essence, ravitaillement, moyens de communications). Si besoin est, il sera procédé à des échanges d'informations entre les forces militaires et les Einsatzgruppen, mais leurs sphères de compétence restera exclusive. Les kommandos spéciaux resteront sous la tutelle de Heydrich. En mai, le général Wagner et le chef du contre-espionnage nazi Walter Schellenberg parviennent à un accord définitif qui reprend ce qui a été déjà dit, mais qui permet en outre aux unités spéciales d'opérer sur les arrières des corps d'armées, c'est-à-dire sur le front lui-même. Avantage non négligeable : les SS pourront avancer le plus loin possible en vue de capturer un maximum d'ennemis politiques. Et de juifs. Le tout avec le soutien plein et entier de l'armée. Heydrich l'a rêvé, Wagner l'a signé.

 

FORMATION

Quatre Einsatzgruppen sont créés et chacun devra agir sur une zone délimitée :

Einsatzgruppe A
Einsatzgruppe B
Einsatzgruppe C
Einsatzgruppe D


> Prendre connaissance de la composition exacte de ces groupes.

Chaque Einsatzgruppe est composé d'environ un millier d'hommes (au total, les quatre groupes alignent 3.000 personnes).

Voici par exemple la composition de l'Einsatzgruppe A (990 hommes) : 340 Waffen SS, 172 chauffeurs, 18 employés de l'administration, 35 membres du SD (Sicherheitsdienst : Services de Sécurité de la SS), 41 membres de la police criminelle, 89 de la Gestapo, 87 de la police auxiliaire, 133 de l'Ordnungspolizei (Police d'Ordre, ou Orpo), 13 auxiliaires féminins, 51 interprètes, 3 télétypistes, 8 opérateurs radio.

Les dirigeants des Einsatzgruppen sont pour certains des juristes (Ohlendorf est Docteur en Jurisprudence, Nosske a travaillé pour un tribunal avant d'entrer au Ministère de l'Intérieur, Nebe est le chef de la Police Criminelle), ou issus d'autres professions libérales (Blobel était architecte, Weinmann médecin) voire religieuses (Bilberstein a été pasteur protestant) ou artitistiques (Klingelhöfer a été chanteur d'opéra). Loin d'être des sadiques (sauf certains comme Blobel ou Stahlecker), ce sont surtout des carriéristes pour qui la vie humaine n'a plus guère de sens, sensibles à l'obéissance, voire le zèle. Cela étant dit, si Heydrich a choisi ces hommes, c'est aussi par calcul politique, en vue d'éloigner des SS qui pouvaient porter atteinte à son autorité sur le RSHA. Ainsi Ohlendorf, et surtout Nebe, qu'il déteste.

 

INSTRUCTIONS

Ces tueurs, quelle est l'étendue de leur mission ? On a longtemps pensé qu'ils ont reçu l'ordre d'exterminer les juifs soviétiques peu avant le déclenchement de la campagne. En réalité, cette version résulte des aveux faits par certains dirigeants de ces unités spéciales, dont Ohlendorf, à Nuremberg ; or l'on sait aujourd'hui que ces déclarations entraient dans le cadre d'une stratégie juridique menée par les accusés pour rejeter le blâme sur Hitler, Himmler et Heydrich et se décharger de leur responsabilité en invoquant l'obéissance aux ordres. Quelques SS, comme Bruno Streckenbach (chef du personnel au R.S.H.A.), qui, selon Ohlendorf, aurait remis l'ordre d'extermination à la mi-juin 1941, ont nié avoir émis ou reçu l'ordre en question avant l'invasion. Mais lorsque Ohlendorf a fait cet aveu, Streckenbach était donné pour mort en Russie ; or il reviendra de l'archipel du goulag dans les années 50...

Toujours est-il que des briefings préparatoires ont lieu à Berlin et à Pretzsch (lieu de constitution des groupes) en juin 1941. Le 17 juin, notamment, Heydrich insiste sur la nécessité de prendre des mesures préventives contre des "ennemis potentiels" : commissaires politiques, partisans, juifs. Certains commandants SS, comme Rudolf Lange (Einsatzkommando 2) , ont interprété ces ordres de manière large et ont estimé que les ordres d'exécutions concernaient la population juive dans son ensemble. D'autres, comme Erwin Schulz, de l'Einsatzkommando 5, n'ont pas été de cet avis, mais ont fini par l'admettre en juillet-août.

Ainsi les ordres donnés sont ils assez vagues et donnent toute latitude d'action aux membres des unités spéciales. Mais en l'état actuel de la documentation, il est impossible de se faire une idée exacte des instructions données par Heydrich.

Le 22 juin 1941, Barbarossa se déclenche. La Wehrmacht pulvérise l'Armée Rouge et commence sa foudroyante avance qui la mènera aux portes de Leningrad, de Moscou et du Caucase. Les Einsatzgruppen SS suivent immédiatement les armées allemandes et se mettent au travail. Il s'agit de faire vite, avec des effectifs somme toute limités : Heydrich a insisté pour qu'un maximum d'ennemis politiques soient saisis, ce qui implique d'être en permanence sur les talons de la Wehrmacht.

Au départ, les SS exécutent prioritairement les membres de l'intelligentsia soviétique (fonctionnaires, commissaires politiques, intellectuels) ainsi que les partisans et la population masculine juive. Des pogroms sont même organisés en Lituanie et en Lettonie, avec moins de succès en Ukraine et ailleurs. Le 03 juillet, 1.160 juifs de sexe masculin sont exécutés à Luzk, mais de la propre initiative du commandant du Einsatzkommando, en vue d'asseoir son autorité sur la ville. D'autres chefs SS usent de motifs semblables pour accomplir des exécutions massives de juifs. Preuve qu'à la direction centrale nazie, les violons ne sont pas accordés. Le 2 juillet 1941, Heydrich adresse aux Chefs de la Police et des SS en URSS l'ordre de procéder à l'élimination des "élements radicaux" des populations conquises, dont les "Juifs occupant des fonctions dans le parti et l'Etat". Il faut " frapper de la façon la plus efficace possible la couche dirigeante judéo-bolchévique, tout en ne gênant pas plus qu'il n'est strictement nécessaire la mise de l'économie russe au service de l'effort de guerre allemand".

Le 16 juillet 1941, Hitler déclare qu'il est heureux que Staline ait lancé la guerre de partisans, car "cela nous donne l'occasion d'exterminer tous ceux qui nous sont hostiles. Naturellement, ce vaste pays doit être pacifié au plus tôt ; ce que nous ferons au plus vite en tirant sur quiconque osera ne serait-ce que nous regarder de travers". Le lendemain, Heydrich ordonne à ses tueurs de saisir à même les camps de prisonniers les personnes qui correspondent aux critères de l'extermination.

Les Einsatzgruppen doivent faire vite tout en suivant l'armée. De sorte que des zones entières de juifs restent épargnées provisoirement (les SS y créent des ghettos, des conseils juifs, prennent des mesures discriminatoires comme le port de l'étoile jaune) tandis que d'autres font l'objet de massacres. En juillet, Himmler envoie quelques milliers de SS de plus dans les zones de la Russie occupée et soumises à l'autorité des Reichskommissäre et des Chefs de la Police et des SS ; soit 11.000 hommes qui seront chargées du nettoyage de ces régions. En outre, une douzaine de bataillons de l'Ordnungspolizei, la Police d'Ordre, autrement dit près de 5.500 policiers SS, sont confiés à l'autorité de ces derniers. Les SS peuvent aussi compter sur un certain nombre d'auxiliaires, majoritairement des Lituaniens et des Lettons, ainsi que quelques Ukrainiens, pour organiser les pogroms ou participer aux fusillades.

Au même moment, les exécutions se poursuivent. Au mois de juillet, l'Einsatzkommando 3 de Jäger a déjà exécuté 4.239 juifs dont 135 femmes. Les fusillades se font à un rythme effréné. Ce déchaînement de violence finit par s'étendre à tous les juifs en août, y compris les femmes et les enfants. La tâche des Einsatzgruppen va s'élargir en vue de l'accomplissement d'un véritable génocide.

7.Suisse :
les héritiers du génocide sont en bonne santé.

 

Le chapitre le plus sombre de l'entreprise "Ems-Chemie"

 

Le 26 septembre, une majorité des électeurs suisses suivait les consignes de l'UDC et rejetait deux projets de loi concernant la simplification de la naturalisation d'étrangers de deuxième et troisième génération. Plutôt que d'analyser ce comportement, nous préférons revenir sur l'origine de la fortune de l'entreprise Ems-Chemie de Christophe Blocher, leader de l'UDC. L'article ci-après est paru en 2002 sur OnlineReports, un magazine internet, peu avant l'élection du député Blocher au gouvernement fédéral.
 
Depuis 5 ans, le député UDC Christoph Blocher se bat contre toute excuse ou compensation de la Suisse pour son rôle durant le nazisme. Mais on apprend aujourd'hui, grâce aux recherches de OnlineReports, que c'est précisément l'entreprise Ems-Chemie de Blocher – ex Holzverzuckerungs AG (HOVAG) – qui a largement profité après la seconde guerre mondiale du savoir-faire d'un homme, Johann Giesen, qui était directeur à Auschwitz à l'époque nazie.
Selon un ancien employé d'Ems-Chimie, Johann Giesen se comportait "comme un général" dans l'entreprise. Un autre employé le décrit comme un homme "très éduqué, cultivé et très comme il faut". En tous cas, tous les interlocuteurs sont unanimes: baroudeur ou capitaine d'industrie respectable, le chimiste allemand a joué, après la guerre, un rôle central à Ems-Chemie en tant que directeur de recherche.
 
Giesen, directeur à Auschwitz
Johann Giesen était venu en Suisse avec Werner Oswald, fondateur d'Ems-Chimie et père spirituel de Blocher, et l'avait aidé à transformer l'usine de carburants à usage militaire d'Ems en une entreprise chimique moderne. Son expérience auprès d'IG Farben l'avait beaucoup aidé dans cette tâche. Pendant la guerre, sa fonction la plus importante était la planification et le contrôle des nouvelles chaînes de production d'Auschwitz où IG Farben construisait une nouvelle et gigantesque entreprise de chimie. Dans ce lieu d'extermination, le plus grand de ceux construits par les Nazis, l'entreprise marchait sur les cadavres durant les travaux: plus de 30.000 prisonniers du camp de concentration trouvèrent la mort sur ce chantier.
Directeur de l'usine IG Farben Leuna, en Allemagne de l'Est, Giesen visita souvent Auschwitz dans les années 1941-1944 et assista à de nombreuses réunions de chantier sur place. Il était expert de la production du méthanol qui était utilisé par l'armée allemande pour la fabrication de carburant pour les avions et comme produit de base des explosifs. Les chimistes et ingénieurs de Leuna étaient responsables de cette unité dans la nouvelle usine.
 
Höss, commandant d'Auschwitz, invité à la fête
Pendant l'été 1942, Johann Giesen s'engagea fortement pour la mise en route accélérée de la production de méthanol à Auschwitz en demandant aux autorités nazies une augmentation en matériel de construction et en main-d'œuvre. Voici un extrait du compte-rendu de la réunion de chantier du 24 août 1942: "Selon le vœu du Dr Giesen, il faut voir s'il est possible qu'Auschwitz puisse produire du méthanol dès le milieu de l'an prochain avec une unité, et deux mois plus tard avec une seconde unité. Si ceci est possible, une très fort soutien des plus hautes instances serait assuré". Mi-octobre 1943, le premier wagon de méthanol quittait Auschwitz. C'était pour IG Farben une occasion pour organiser une fête à laquelle fut convié le commandant du camp de concentration d'Auschwitz Rudolf Höss. Au même moment, à quelques kilomètres de là, dans le camp de concentration de Auschwitz-Birkenau, la machine à exterminer des Nazis fonctionnait à plein régime. Jusqu'à l'évacuation du camp en janvier 1945, au moins 1,1 million de personnes – juives, pour la plupart – y ont été exécutées. Lors de ses visites à Auschwitz, Johann Giesen ne pouvait pas ne pas sentir lui aussi l'odeur sucrée de la fumée des crématoires qui couvrait toute la région de Birkenau. Il le déclara même après la guerre au procès de Nuremberg, lorsqu'il fut interrogé par un tribunal militaire américain, lors du procès d'IG Farben. Mais Giesen certifia qu'il n'avait jamais rien su des activités criminelles des Nazis: "Je n'ai jamais entendu parler d'extermination ou de tels forfaits commis sur des prisonniers du camp de concentration d'Auschwitz, que ce soit directement ou par les témoignages d'autres personnes". Giesen avait toutes les raisons de jouer les ignorants: depuis 1944, il était responsable du chantier et du fonctionnement de l'ensemble de la production de carburants à Auschwitz. Il était entre autre responsable de l'embauche des prisonniers du camp de concentration pour le chantier d'IG Farben.
L'entreprise de méthanol construite par Giesen était très importante pour l'économie de guerre: pendant sa retraite après le tournant de la guerre, l'armée allemande avait un besoin urgent de carburant et de munitions. En 1944, IG Farben produisit à Auschwitz environ 29.000 tonnes de méthanol, environ 15% de la production totale allemande. Le succès de Giesen fut récompensé: en septembre 1944, il reçut la proposition de diriger toute la production de méthanol dans l'organisation nazie d'économie de guerre. Il déclara qu'il était "évidemment prêt" à assumer cette charge. Il continua sa carrière sous le Troisième Reich, même lorsque la fin d'Hitler n'était plus qu'une question de temps.
 
La "Leuna-Connection"
Giesen réussit sans problème sa reconversion après la capitulation allemande en mai 1945. Les Alliés le considéraient comme politiquement non coupable et lui confièrent la direction de l'ex-IG Farben à Uerdingen près de Düsseldorf qui était alors sous contrôle britannique. C'est à ce titre que Giesen rencontra pour la première fois en février 1947 le Suisse Werner Oswald, fondateur en 1936 de la Holzverzucherungs AG (HOVAG) qui deviendra plus tard Ems-Chemie.
Oswald était à la recherche du savoir-faire technique nécessaire pour moderniser son entreprise de production aux Grisons. Giesen procura non seulement les connaissances en chimie pour la production de plastiques mais aussi une série de grands spécialistes d'IG Farben Leuna. Il n'informa pas de ces transactions les autorités d'occupation britanniques.
Fin 1949, les Britanniques eurent vent des contacts de Giesen avec la HOVAG. L'affaire fut découverte car Giesen avait envoyé à Ems deux techniciens qui y mirent en route une unité de production "sans aucune contrepartie". Giesen fut licencié immédiatement pour faux en bilan et divulgation de secrets de fabrication. Mais tout était prêt pour l'industriel de 53 ans: il s'installa bientôt en Suisse et fut accueilli comme un prince par Oswald au château Haldenstein, propriété de l'entreprise près de Coire. En 1952, Giesen était élu au conseil d'administration de l'entreprise qui devint Emser Werke en 1960 puis plus tard Ems-Chemie Holding. Ce n'est qu'en 1967 que Giesen se retira du conseil d'administration, deux ans avant que le jeune juriste Christoph Blocher ne rejoigne l'entreprise.
 
Le savoir-faire nazi sauve Ems-Chemie
La coopération avec Giesen fut fructueuse pour l'entreprise d'Oswald. La production de carburants était devenue superflue et non rentable après la guerre. En se reconvertissant dans la fabrication de nouveaux produits, l'entreprise d'Ems réussit à survivre. Un élément très important fut la mise en route de la production de fibres synthétiques Perlon, produit concurrent du nylon, avec l'aide des anciens chimistes de Leuna. En référence à son lieu de création, les Grisons, cette fibre polyamide "pur produit Suisse" fut appelée "Grilon". A ce jour, Ems-Chemie vend encore différentes matières plastiques à base de polyamide sous la marque Grilon. Grâce au soutien de Giesen et des autres spécialistes formés par l'économie de guerre nazie, l'entreprise d'Ems réussit sa mutation, d'une entreprise de carburants étatique subventionnée en une entreprise moderne de chimie. En 1983, l'entreprise fut acquise par Christoph Blocher, depuis longtemps homme de confiance d'Oswald. Une des rares publications sur l'histoire de l'entreprise mentionne également la "fructueuse contribution" de Johann Giesen à la reconversion de l'entreprise et ses qualités de "praticien né et d'homme qui mène à bien tous ses projets".
Sur ses activités au sein d'IG Farben, l'entreprise de Blocher n'a à ce jour pas soufflé mot.
Lukas Straumann, Florian Schmaltz*
 
* Lukas Straumann est historien et journaliste free-lance à Berne. Il est co-auteur du rapport Bergier "Les entreprises suisses de la chimie dans le Troisième Reich". Florian Schmaltz est historien à Berlin et auteur de diverses publications sur IG Farben. Il travaille aujourd'hui à l'institut Max Planck à un projet de recherches sur la "Kaiser-Wilhelm Gesellschaft" sous le nazisme.
 
 
 
IG Farben à Auschwitz
La construction d'une usine chimique, dont le coût est estimé à 776 millions de marks de l'époque, en plein cœur d'Auchwitz symbolise jusqu'à nos jours la participation active de l'économie allemande aux crimes nazis. Pour construire sa gigantesque usine destinée à produire du combustible, le caoutchouc synthétique "Buna" et des gaz toxiques, l'entreprise IG Farben a collaboré étroitement avec les SS. IG Farben  a été la première entreprise allemande à employer des détenus comme force de travail. Pour loger ses "employés", le trust avait financé la construction d'un camp de concentration sur son terrain: le camp de Monowitz (Auschwitz III).
La famine chronique, les conditions de travail extrêmement dures et le manque total de soins médicaux faisaient de la vie à Monowitz un véritable enfer. Plus de 30.000 détenus ont payé de leur vie leur exploitation par IG Farben. Leur durée de survie moyenne n'excédait pas quelques mois, voire quelques semaines. Sur ordre d'IG Farben, les SS triaient régulièrement les prisonniers pour écarter ceux dont le rendement n'était pas suffisant, ce qui était synonyme d'une mort certaine. Ils étaient alors amenés à Auschwitz Birkenau et éliminés dans les chambres à gaz.
Lorsque l'armée rouge libère Auschwitz en janvier 1945, la construction de l'usine d'IG Farben n'est toujours pas terminée. En effet, seul le méthanol connut une production importante dans cette usine; le chimiste Johann Giesen, qui devait devenir directeur de recherche à Ems, était le responsable de ce département.
A la fin de la guerre, le tribunal de Nuremberg demanda des comptes à la direction générale d'IG Farben concernant les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité. L'un des chefs d'accusation principaux concernait la responsabilité de l'entreprise dans la mort des détenus du camp de concentration, lors de la construction de l'usine d'Auschwitz.
Le 30 juillet 1948, plusieurs directeurs d'IG Farben, dont Heinrich Bütefisch, supérieur direct de Giesen, furent condamnés à plusieurs années de réclusion.
LS et FS
 
 
 

"C'était avant mon temps"

Christophe Blocher, le propriétaire de Ems-Chemie, est rarement si avare de paroles. Interrogé sur la carrière à Auschwitz de l'ex-directeur de recherche à Ems, le Dr Johann Giesen, Blocher ne se laisse arracher que cette réponse lapidaire: "Le Dr Giesen a travaillé à Ems avant mon temps, dans le secteur chimie des polymères qui fabriquait la matière première pour des fils de synthèse et les fils eux-mêmes. Je suis entré à l'Usine d'Ems en 1969 en tant qu'employé à mi-temps. C'est pourquoi je ne suis pas en mesure de vous répondre".
Par ailleurs, Blocher rétorque que tous les faits reprochés à Giesen lui sont inconnus. Blocher a manifesté substantiellement plus de penchant pour l'histoire lors du débat en mars 1997 sur les biens juifs en déshérence et sur les relations commerciales entre la Suisse et l'Allemagne Nazie. A cette époque, il avait déclaré devant le Parlement: "Je me réjouis que les politiques trouvent enfin nécessaire de discuter sur le passé". Il s'agirait "d'une époque si exceptionnelle" qu'il serait difficile "de ne pas s'en préoccuper en permanence". Blocher a également laissé entendre qu'en tant qu'industriel, il s'intéresserait à l'histoire de l'économie. On cherche pourtant en vain chez Blocher le moindre début de commencement de préoccupation auto-critique concernant l'histoire de sa propre entreprise.
Dans son discours "La Suisse pendant la deuxième guerre mondiale – une clarification", Blocher vitupérait contre "le soi-disant travail sur l'histoire", contre ces "prétentieux, hypocrites et autres moralistes", il entendait par là les intellectuels critiques et "les organisations juives qui nous réclament de l'argent". Il s'est opposé au "Fonds Holocauste" en faveur des victimes des persécutions nazies.
Pendant la campagne électorale pour le Conseil National de 1999, la publication d'une lettre de remerciement de Blocher pour l'envoi de la publication révisionniste "Du déclin de la liberté Suisse" avait créé des remous. Blocher commentait ainsi l'ouvrage du négationniste Jürgen Graf: "Mais, comme il a raison!".  Il s'est par la suite défendu en prétendant ne pas avoir lu le livre en question et s'est ultérieurement distancé publiquement du révisionnisme. Le représentant de l'UDC en a rajouté dans son brûlot: "La liberté plutôt que le socialisme", en reprochant à la social-démocratie d'avoir des affinités idéologiques avec le nazisme.
Christoph Blocher refuse de reconnaître toute dette de la Suisse pour son rôle durant le nazisme, et donc toute indemnisation financière, ce qui explique son opposition à la Fondation de Solidarité créée en 1997 par l'ex-président de la Suisse, Arnold Koller.
Lukas Strauman
 

       


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21:26 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles, Belgique dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer | | |

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