12/01/2007

11/01/2007: Honte à ceux qui ont obéi !

Honte à ceux qui ont obéi !

Carte blanche parue dans « Le Soir » du mardi 24 octobre 2006

 

Il y eut Semira, étouffée par les pandores chargés de l’expulser par tous les moyens. D’autres morts encore et des gens molestés, restés anonymes parce que les victimes n’avaient ni identité ni soutien. Et puis il y a Tabitha, une petite fille de 5 ans traitée comme une criminelle parce qu’elle voyageait « sans papiers », en compagnie de son oncle, pour rejoindre sa maman au Canada. Elle dut faire escale à Zaventem. Mauvais plan pour elle : ce fut un peu comme si un Juif fuyant l’Allemagne nazie tombait en parachute au milieu du camp de Bierkenau.

 

Pour avoir jeté en prison - car les centres fermés ne sont rien d’autre que des prisons - puis expulsé comme une pestiférée et renvoyé vers le pays qu’elle fuyait la petite Tabitha, la Belgique vient d’être quasiment mise au ban des nations civilisées par la Cour européenne des droits de l’homme. La gifle flanquée par la Cour de Strasbourg à l’État belge est sévère et cinglante. À juste titre !

 

C’est « la Belgique » qui a été condamnée à Strasbourg. C’est loin d’être la première fois... Vu de l’étranger, la honte retombe sur tous les Belges puisque le camouflet est administré à leur pays. C’est ainsi que fonctionne la justice internationale.

Ce n’est pourtant pas « la Belgique » qui a terrorisé une fillette de cinq ans ; ce sont des fonctionnaires de l’Office des étrangers, des gardiens et, peut-être, des policiers, sur ordre - ou avec la couverture... d’un ministre de l’Intérieur.

 

Le ministre responsable et ses collègues du gouvernement qui l’ont soutenu devraient à jamais être déshonorés. Mais ils parviendront sans doute à se trouver des excuses (ils n’ont fait qu’appliquer la « loi », on connaît la rengaine...) et à faire oublier « l’incident », bref : à noyer le poisson.

 

Quant aux agents de l’Office des étrangers, aux gardiens ou policiers qui ont scellé, dans les faits, le sort épouvantable de Tabitha, un anonymat pépère leur permettra d’éviter le mépris public qu’ils méritent pourtant. Les gendarmes qui, naguère, ont étouffé Semira sont toujours en fonction, que je sache, et je ne serais pas étonné d’apprendre qu’ils ont été promus.

 

Lorsque sévit la barbarie, l’histoire ne retient souvent que le nom des tyrans : tout le monde connaît Néron, Attila, ou Hitler. L’opprobre et le dégoût focalisés sur les dictateurs laissent dans la nuit et le brouillard les agissements ou les lâchetés de toutes les « petites mains » sans lesquelles la machine à réprimer, à humilier ou à tuer ne pourrait pas fonctionner.

 

Les simples exécutants ne doivent pourtant pas pouvoir se dédouaner en douce sous prétexte qu’ils n’étaient que des maillons du système. Au lieu d’être des maillons, ils auraient pu être des grains de sable qui enraient les processus délétères.

Sans doute Jean-Jacques Goldman a-t-il mille fois raison de se demander si, « né en dix-sept à Leidenstadt », il aurait été « meilleur ou pire que ces gens » qui, au jour le jour, ont fait fonctionner et prospérer l’hydre totalitaire : pareille quête de lucidité doit éviter que chacun puisse trop facilement se délivrer à soi-même un brevet de héros.

Mais il faut espérer que l’universalisme des droits de l’homme ou, si nécessaire, la crainte de la réprobation collective et de la sanction pénale amène le plus grand nombre à s’imaginer sinon résistants, à tout le moins réfractaires ou déserteurs, plutôt que complices d’actes abjects.

 

Les crimes collectifs ou les lâchetés démultipliées appellent des réactions globales. C’est dès l’école primaire qu’il faut apprendre aux enfants à refuser de se plier à ce qui heurte la morale et choque les consciences pour nourrir l’esprit critique et faire de l’empathie pour les faibles un réflexe naturel.

Certes, les expériences de Milgram ont démontré que la soumission à l’autorité était un atavisme solide puisqu’une forte majorité des quidams testés ont infligé des tortures à des inconnus sur une simple injonction du personnel d’encadrement. Mais ces tests ont tout de même permis de trouver pas mal d’insoumis et c’est à la proportion de ceux-ci qu’il convient, par tous les moyens, de donner de l’ampleur.

 

Si l’enseignement des valeurs humanistes et la promotion de la désobéissance civique ne suffisent pas, que l’on sorte alors de l’anonymat et que l’on traîne en justice tous ceux qui ont prêté la main à des ignominies sans autre excuse que celle d’avoir obéi !

Dans l’affaire Tabitha, je veux me persuader que tous les Belges n’auraient pas agi comme le ministre de l’Intérieur et ses sbires. Ces derniers devraient être identifiés et poursuivis, même si l’on sait qu’ils invoqueront illico l’alibi des lâches : « Nous n’avons fait qu’obéir aux ordres ! » Mais, bon sang, l’obéissance n’est pas une valeur morale ! Tout juste une règle utilitaire.

 

On oublie souvent que l’article 1er de la Déclaration universelle des droits de l’homme impose à tous les êtres humains un devoir d’« agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité » et que son ancêtre de 1789 faisait figurer dans les « droits naturels et imprescriptibles » la « résistance à l’oppression » !

Plus récemment, les pénalistes ont élaboré la théorie de la résistance légitime à l’autorité qui justifie les refus d’obéissance, voire la violence exercée pour se soustraire aux abus flagrants d’autorité. Même si beaucoup de gouvernants, de juges et de policiers vivent avec l’idée, inconsciente chez la plupart, qu’« une injustice vaut mieux qu’un désordre », selon la formule de Goethe, il faut, si l’on veut éviter de nouvelles dérives fascisantes - comme faire d’une fillette de cinq ans une brebis galeuse instiller, chez tous les citoyens, un réflexe de refus, voire de désobéissance.

 

Toutes les lois ne se valent pas et celles qui protègent la dignité humaine, les libertés individuelles et l’intégrité physique ou morale d’un enfant, priment les lois scélérates comme celles qui permettent d’emprisonner et d’expulser une « étrangère » de cinq ans ou les lois stupides comme celles qui obligent un fonctionnaire, un policier ou un militaire à toujours obéir à son chef...

 

Jean-Marie Dermagne
Avocat, bâtonnier du barreau de Dinant

 

 


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21:52 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles, Belgique dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : belgique, courcelles, romain, europe, euro-dictature, democratie, liberte, capitalisme, oppression capitaliste, actualite, histoire, presse, silence, repression, politique, racisme, colonialisme, sans-papiers, 127bis, immigres, solidarite, resistance | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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