11/01/2007

11/01/2007: Lu dans "Le Soir", à propos du Ptb ...

De : Marc van Campen [mailto:marc_vancampen@skynet.be]
Envoyé : jeudi 11 janvier 2007 13:40
Objet : Fw: Bonne lecture

 

 

 

Lu dans "Le Soir"

 

Marx attaque

 


Vingt ans après la chute du Mur, le communisme serait-il devenu le nouvel espoir d'un électorat déçu par les partis traditionnels ? Photo solidaire.org.

 

 

Herstal, banlieue ouvrière de l'agglomération liégeoise, célèbre pour son usine d'armes et de munitions. Comme au temps des cités grecques, un petit groupe d'une vingtaine de personnes improvise une assemblée politique place Jean-Jaurès, sur les marches de la maison communale. « Ce soir encore, le conseil communal s'apprête à voter des taxes qui frapperont vos revenus, et ceux des habitants les plus pauvres de la commune. Nous allons nous opposer à chacune d'entre elles, à l'exception de celles que nous estimons équitables. Nous allons aussi plaider pour l'intervention du fonds des communes. La solidarité entre les communes riches et pauvres n'est plus une réalité aujourd'hui ! » Tonnerre d'applaudissements pour Nadia Moscufo et Johan Vandepaer, les deux orateurs, qui pénètrent ensuite dans la salle du conseil accompagnés de leurs sympathisants et de leurs calicots « Herstal moins cher est possible ». Elle est caissière chez Aldi et déléguée syndicale FGTB. Lui est « Médecin pour le peuple ». Tous deux sont les deux premiers conseillers communaux PTB (Parti du travail de Belgique) à avoir été élus, en 2000, dans une commune wallonne.

 

Longtemps perçu comme marginal, le dernier reliquat communiste du paysage politique belge cherche aujourd'hui à se créer une nouvelle image. « Il faut reconnaître que nous avons été beaucoup trop sectaires par le passé, avoue Raoul Hedebouw, porte-parole du parti. Notre message passait mal et notre programme n'était clairement pas adapté à son époque. » Depuis sa création en 1979 par des militants d'obédience maoïste, le PTB ne faisait en effet guère parler de lui qu'à travers quelques coups d'éclat parfois douteux. On se souvient par exemple de son alliance, en 2003, avec la liste du libano-anversois Abou Jahjah ou de la publication par son président Ludo Martens d'un ouvrage négationniste sur les crimes du stalinisme.

 

Force est aussi de constater que la « révolution » et l'avènement de la « dictature du prolétariat » n'ont pas été, ces dernières années, des concepts très porteurs sur le plan électoral. Se voulant révolutionnaire et non désireux de gouverner, le parti proposait aux électeurs, jusqu'à la fin des années 90, un programme essentiellement fondé sur la contestation du système et les préceptes du marxisme. Il n'était donc pas rare de retrouver la « libération du tiers-monde » sur un programme électoral pour un scrutin communal. Depuis lors, c'est à une profonde remise en question que se sont attelées les forces vives du parti.

 

Sans renier ses origines ni ses ambitions révolutionnaires, le PTB a entamé un important travail de rapprochement avec la population pour se préoccuper davantage des problèmes quotidiens de son électorat potentiel. « Même si nous savons que le système dans lequel nous vivons ne peut pas garantir le progrès et le bien-être de la population, nous avons compris que pour être efficaces, il était nécessaire pour nous d'accepter de jouer le jeu », poursuit Raoul Hedebouw.

 

Ainsi à Herstal, à l'approche du dernier scrutin communal, des équipes de militants ont sillonné les différents quartiers à la rencontre des habitants et de leurs préoccupations quotidiennes. Après avoir constaté que les taxes, comme dans beaucoup de communes défavorisées et en manque de rentrées financières, y étaient élevées et que les habitants exprimaient de plus en plus de craintes par rapport à leur pouvoir d'achat, la campagne du PTB dans la commune fut basée sur la gratuité du sac-poubelle.

 

Stratégie payante puisqu'après avoir remporté 5 sièges en 2000, ce ne sont pas moins de 15 conseillers dans huit communes du pays que le parti d'extrême gauche remporta le 8 octobre dernier, dont 6 dans la seule entité de Zelzate, en Flandre-Orientale (1 électeur sur 5 !). « Un succès extraordinaire que nous devons au travail exceptionnel de nos militants », se félicite-t-on du côté du parti. Un succès, certes, que l'on ne peut s'empêcher de comparer aux résultats remportés aux Pays-Bas par le SP ou encore au capital sympathie en hausse dont jouissent, chez nos voisins du sud, la syndicaliste Arlette Laguiller ou le postier Olivier Besancenot.

 

Vingt ans après la chute du Mur, le communisme que l'on croyait mort serait-il devenu, après l'extrême droite, le nouvel espoir d'un électorat déçu par les partis traditionnels ? Pascal Delwit, professeur de sciences politiques à l'ULB, nuance. S'il est vrai que l'on observe partout en Europe un regain d'intérêt pour l'extrême gauche, il ne faut pas négliger la présence d'un électorat volatil qui a pu cette fois bénéficier au PTB. « Ce genre de parti peut connaître des pics de voix, mais il est peu probable qu'ils viennent à se stabiliser. »

 

Cheville ouvrière du parti : le programme « Médecine pour le peuple » et son réseau de maisons médicales, créés à l'origine par une poignée de médecins ayant renoncé à l'appât du gain. Au coeur du « prolétariat urbain » et à proximité des grands centres industriels, les maisons médicales proposent, à côté de soins médicaux gratuits, une multitude d'autres services à la population allant de la consultation juridique aux conseils pour bien choisir son futur fournisseur d'électricité. Autant d'occasions de garantir une visibilité sans égale au parti dans les quartiers défavorisés, où il puise l'essentiel de son électorat. Est-ce un hasard si l'on recense ce type de maison médicale dans toutes les communes où le parti compte des élus ? Mais plus que les maisons médicales, la force du PTB reste son vivier de militants dont l'engagement et le dévouement feraient pâlir d'envie certains partis traditionnels.

 

Il fait encore nuit noire devant le tri postal d'Anderlecht mais Gérard Mugemangange bat déjà le pavé avec deux camarades pour distribuer des tracts contre le « pacte des générations » aux travailleurs qui viennent prendre leur service. Régulièrement, cet expert-comptable de 32 ans, membre du PTB depuis dix ans, se lève dès potron-minet pour distribuer des tracts aux postiers. Bien que n'ayant jamais travaillé dans l'entreprise, il coordonne la cellule du PTB au sein de la Poste qui compte plusieurs dizaines de membres. « C'est parfois très difficile de se lever à pas d'heure juste pour aller donner des tracts, avoue-t-il. Mais à 6 h 30, quand c'est fini, tu es content parce que tu sais que, quelque part, tu permets de faire avancer les choses. »

 

A la Poste en effet, la communication est rendue extrêmement difficile entre les très nombreux membres de l'entreprise, notamment par le fait qu'il leur est interdit de s'adresser à la presse. Se sentant à la fois ignoré des partis traditionnels et dépourvu de moyens d'action devant la détérioration des conditions de travail que subissent, selon lui, les travailleurs de l'entreprise, Jan, postier à Bruxelles depuis douze ans, a rejoint les rangs du PTB il y a deux ans. « Il y a toujours plus de travail avec de moins en moins de personnel. On oublie notre qualité d'être humain. Le PTB est la seule structure politique à s'intéresser vraiment aux problèmes des gens ». Comme le PS autrefois, le parti marxiste essaie d'être présent dans toutes les grandes entreprises du pays : Arcelor, FN, SNCB, Stib, Aéroport... Les militants du PTB actifs au sein de cellules d'entreprise se réunissent plusieurs fois par mois pour évoquer ensemble les problèmes internes rencontrés par eux et leurs collègues et élaborer des stratégies communes. C'est au premier étage du centre culturel « La Braise », au coeur du quartier Saint-Léonard, que nous retrouvons les membres de la cellule « Arcelor ». La plupart des travailleurs assis autour de la table, devant la fresque de Lénine et des affiches faisant l'apologie de l'intifada, sont aussi délégués syndicaux.

 

Comme à la Poste, ils militent le plus discrètement possible au sein de l'entreprise pour éviter les représailles patronales.

 

Avec ses 15 nouveaux conseillers communaux et ses 600 nouveaux membres enregistrés l'année dernière, l'ancien parti maoïste a le vent en poupe et se sent pousser des ailes. « Le système montrera un jour ses limites et se détruira de lui-même, explique Raoul Hedebouw. Mais plus question d'attendre le Grand Soir. Nous avons compris que la révolution se construit tous les jours, à travers des actions concrètes comme la médecine gratuite, le combat pour la réduction du prix du sac-poubelle ou des propositions pour un achat groupé d'électricité au niveau communal. »

 

Le plus grand des petits partis est-il en passe de trouver sa place parmi les grands ? « Nous sommes au contraire le plus petit des grands partis », rectifie-t-il en plaisantant, regrettant néanmoins l'impossibilité qui lui est faite d'accéder aux médias au même titre que les partis traditionnels. « Donnez-moi un micro, je fais 10 % sans problème ! » En attendant, six nouvelles communes de Flandre et de Wallonie vont faire l'expérience de la méthode PTB dans leur maison communale et leurs quartiers. Certains se prennent déjà à rêver du temps où Ecolo aussi était composé de doux rêveurs.

22:16 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles, Belgique dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, hainaut, belgique, charleroi, courcelles, ptb, communisme, presse, silence, romain, histoire, actualites, elections, resistance, capitalisme, oppression capitaliste, solidarite, social, syndicats | |  Imprimer | | |

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