30/09/2006

29/09/2006: Une honte pour la Belgique ! ...


De : Turquie Rebelle [mailto:turquie.rebelle@gmail.com]
Envoyé : vendredi 29 septembre 2006 16:26

Objet : Re: L'interview du JDM avec Özgüden sur l'affaire Kimyongür

 

"..Le comportement de la ministre de la Justice témoigne d'une adhésion irraisonnée au régime turc. Ses ambitions politiques y jouent un rôle prépondérant. Elle se présente aux élections communales de Schaerbeek, et je ne vois pas de grande différence entre le bourgmestre en place Bernard Clairfayt (MR) et elle. Sur les listes de tous les partis politiques, on retrouve des candidats d'origine turque qui se permettent de tenir des propos négationnistes. Quand je vois Madame Onkelinx accompagnée de ces mêmes candidats, dans les marchés aux puces, ou dans les rues de cette commune, car je suis aussi schaerbeekois, cela me fait mal !"


 Dogan Özgüden, rédacteur en chef d'"Info-Turk":
«L'affaire Kimyongür? Une honte pour la Belgique!»


par Faouzia Bensalem  

Monday, 25 September 2006

Rédacteur en chef du journal en ligne «Info-Turk» (*), et opposant de longue date au régime d'Ankara, Dogan Özgüden connaît bien le jeune Bahar Kimyongür, dont le procès défraye la chronique, depuis sa condamnation pour "terrorisme", devant le tribunal de première instance de Brugge, en février, jusqu'à son procès en appel, qui a débuté à Gand, le 11 septembre, en passant par son arrestation rocambolesque puis sa libération aux Pays-Bas, fin avril. «Tout cela s'inscrit dans le cadre des opérations répressives lancées contre les opposants au régime d'Ankara», estime l'auteur de «Turquie, fascisme et résistance» (**).

Comment réagissez-vous à la manière dont le gouvernement belge s'est comporté depuis la fuite de la militante du mouvement d'extrême gauche DHKP-C, Ferhiye Erdal jusqu'à l'arrestation aux Pays-Bas du sympathisant de ce même DHKP-C Bahar Kimyongür ?


Tout ce qui s'est passé autour du DHKP-C, qu'il s'agisse de la fuite de Ferhiye Erdal ou de l'arrestation arbitraire de Bahar Kimyongür, s'inscrit dans le cadre des opérations répressives lancées contre les opposants au régime turc. Depuis les attentats du 11 septembre 2001, perpétrés aux Etats-Unis, il existe une sorte de consensus international pour écraser les opposants aux régimes favorables aux Etats-Unis. La Turquie était déjà elle-même dans une logique de répression à l'encontre de ses opposants. J'en suis le témoin vivant puisque je suis journaliste depuis plus de 53 ans. J'ai vécu tous les événements répressifs du fait du gouvernement turc, mais aussi les emprisonnements, et la torture qui y étaient et qui y sont encore monnaie courante.

La Turquie n'a pas attendu l'après 11 septembre pour perpétrer des violations aux droits de l'homme…

Avant le 11 septembre, les pays occidentaux témoignaient d'un sens des responsabilités et d'une fidélité à leur histoire en tant que défenseurs des libertés individuelles, et des droits de l'homme. Ils adoptaient une attitude de sympathie, voire de neutralité vis-à-vis des opposants aux régimes dictatoriaux, comme le régime turc. Mais après le11 septembre, la donne a changé, et la Turquie s'est engouffrée dans la brèche pour s'attirer les faveurs des puissances occidentales, dans la lutte contre le terrorisme.

Le DHKP-C serait une organisation terroriste. Vous contestez ?

Le DHKC-P est évidemment une organisation terroriste pour la Turquie. Pour moi, il s'agit plutôt d'une organisation révolutionnaire. Ses méthodes de lutte restent discutables, mais j'ai vécu la naissance des organisations contestataires, ou de gauche, comme le DHKP-C, dans les années 60. La fin des années 60, la Turquie a connu la montée du fascisme. En 1971, un coup d'Etat militaire plonge le pays dans le chaos. A cette époque, les syndicalistes, les leaders de la Jeunesse progressiste étaient périodiquement visés par la répression étatique, et trois leaders furent exécutés par pendaison.

C'est après ce coup d'Etat militaire que vous avez fui la Turquie avec votre épouse. Vous avez vécu dans la clandestinité avant d'obtenir le statut de réfugiés politiques. Vous avez alors écrit «Turquie, fascisme et résistance»(*), un ouvrage sur ce putsch militaire…

Je l'avais écrit en 1973, juste après le coup d'Etat militaire, mais à l'occasion de la trente-cinquième année de l'anniversaire de ce putsch, j'ai publié une deuxième édition. Pour en revenir à ces associations, dont je parle aussi dans le livre, elles sont organisées pour contrer les attaques des forces fascistes, et parfois fondamentalistes. Et, le coup d'Etat militaire a écrasé tous ces mouvements-là. Les militaires ont effectué des centaines de milliers d'arrestations, ils ont perpétré des tortures sur les prisonniers, et des tribunaux d'exception ont condamné tous les leaders. Ces organisations ont alors choisi la clandestinité, jusqu'à maintenant.

Pourtant dans les années 70, ces organisations ont tenté de rentrer dans la légalité…

Ces associations ont effectivement essayé de se légaliser, sous différentes appellations, mais un autre coup d'Etat a frappé la Turquie, en 1980. Dès cet instant, la clandestinité est devenue la seule manière de combattre la répression. Nombre des militants et dirigeants de ces associations ont souffert dans les prisons turques, et ceux qui ont pu fuir essayent d'organiser la résistance contre le régime turc, de différentes manières. A cette époque, ces associations étaient acceptées par les gouvernements européens, sans problème. On ne les considérait pas comme terroristes.

Vous connaissez bien Bahar Kimyongür ?

Lorsque j'ai rencontré Bahar pour la première fois, c'était un jeune étudiant soucieux de la défense des droits de l'homme. Il vient souvent nous rendre visite pour nous apporter des informations très pointues sur le sort des prisonniers politiques, en Turquie. Plus de 120 d'entre eux sont morts, des suites de leur grève de la faim. Nous avons maintes fois publié des informations apportées par Bahar Kimyongür qui dispose d'un fameux carnet d'adresses. Il entretient des relations très privilégiées avec les associations turques de défense des droits de l'homme, mais aussi avec les avocats des prisonniers politiques. Notamment avec Tayad qui est une association de solidarité avec les prisonniers politiques, et qui possède un système personnel de diffusion d'informations.

Fin février, devant le tribunal de première instance de Brugge, Kimyongür a pourtant écopé de quatre ans de prison pour terrorisme, et appartenance au DHKP-C…

Quand j'ai appris que Bahar Kimyongür était condamné pour appartenance au DHKP-C, sans connaître ses accointances avec cette organisation, j'ai été abasourdi. Etant un journaliste contestataire et démocrate, je ne fais aucune différence entre les multiples organisations qui mènent une opposition déterminée contre le régime d'Ankara. Le DHKP-C ne représente que quelques milliers de militants engagés, mais le PKK, parti des travailleurs kurdes du Kurdistan et organisation de guérilla, est beaucoup plus important, et ses actions sont bien plus violentes. Toutefois, il représente une véritable résistance et un mécontentement de la population kurde par rapport au régime. Aujourd'hui, comment est-il encore possible pour la Turquie de nier l'existence de toutes ces forces politiques qui mènent un combat contre le régime en place, par n'importe quel moyen ? (ironiquement) Les terroristes seraient donc si nombreux en Turquie ? La semaine passée encore, les associations kurdes ont déposé, au Parlement européen, près de trois millions de signatures réclamant la légitimité du PKK, et de son leader Abdullah Oçalan. Les Etats-Unis et ses alliés voient en le PKK une organisation terroriste. Va-t-on poursuivre et condamner tous ces Kurdes signataires en tant que «terroristes» comme Kimyongür ?
 
Que pensez-vous des poursuites contre lui devant les tribunaux belges?

J'ai lu l'acte d'accusation contre Kimyongür devant la Cour d'appel. Pour moi, il s'agit d'une vaste mascarade, car les accusations formulées contre lui ne sont pas suffisamment tangibles. Je me souviens que, lors du vote pour l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne, la plupart des parlementaires européens ont ouvert des calicots, en signe d'acceptation. Pourquoi pas? Je mène un combat sur les plans médiatique, diplomatique, et politique contre le régime turc. J'ai souvent été présent lors des réunions internationales, mais quand je me trouve en face d'un représentant de ce régime répressif, je ne l'épargne pas. Et, ce n'est pas violence que de publier le résultat d'une interview à titre d'information. Il ne s'agit pas de terrorisme. Mais pour les alliés du régime turc, Bahar Kimyongür représente autre chose.

Serait-il plus dangereux que le résistant que vous êtes pour Ankara et ses alliés ?

Mon histoire est différente puisque je suis arrivé ici, il y a plus de trente ans. J'ai d'abord été réfugié politique avant de devenir citoyen belge. Mais l'histoire de Bahar Kimyongür est autre. Il est surtout né en Belgique ! Sa langue maternelle n'est pas le turc, et il est d'origine arabe. Sa famille fait donc partie d'une des nombreuses minorités vivant en Turquie. Au cours de ses études universitaires à l'ULB (ndlr : il est archéologue et historien de l'art), Bahar a pris conscience que la Turquie est incompatible avec les valeurs démocratiques. Dès cet instant, il a pris position pour la défense de toutes les minorités et pour l'émancipation sociale, en Turquie. Mais Kimyongür est une pure production de la société belge ! Il est né ici, il a grandi ici, il a été éduqué ici, et il a une formation extraordinaire puisqu'il a suivi ses études dans plusieurs disciplines. Kimyongür maîtrise plusieurs langues, et il jongle de l'une à l'autre avec facilité.

C'est incroyable de voir ce jeune homme attirer à lui autant de sympathie…

Kimyongür est talentueux, il est un produit de la société belge. C'est une personnalité que pourtant la Belgique veut étouffer. C'est scandaleux ! Tout cela parce que le 11 septembre a changé la donne, et que la Turquie est entrée dans l'antichambre de l'Union européenne, en devenant un candidat acceptable après l'abolition de la peine de mort, en 2002, malgré la poursuite des violations des droits de l'homme dans plusieurs domaines. La force de la Turquie se trouve dans les relations commerciales et économiques très lucratives qu'elle entretient notamment avec la Belgique. Donc, la position des dirigeants belges par rapport à la Turquie a consisté à satisfaire ces grands partenaires commerciaux, économiques, et même les militaires.

Et la population d'origine turque dans tout cela ?

Malheureusement, la population venue pour travailler dans les charbonnages a été bien récupérée par le régime en place pour constituer un véritable lobby afin de défendre les intérêts du régime d'Ankara. Depuis que la grande majorité des ressortissants turcs sont devenus des électeurs déterminants dans certains quartiers, comme Schaerbeek et Saint-Josse, nos hommes politiques se sont mis à lancer des déclarations favorables au régime turc.

Nos élus fermeraient donc les yeux sur les violations aux droits de l'homme de la Turquie pour des raisons économiques et électoralistes…

C'est évident ! Par exemple, on a tout à coup changé d'attitude par rapport à la négation du génocide perpétré par l'Empire ottoman contre le peuple arménien. Les hommes politiques progressistes belges ont d'abord mis un point d'honneur à mettre l'accent sur cette tragédie humaine, et tout à coup, sous la menace du lobby turc, de l'électorat turc, ou manipulé par l'ambassade de Turquie, ils ont changé de langage. Ils ne parlent plus de cette question.

En quoi Bahar constitue-t-il à lui seul un problème, si les lobbies turcs sont si puissants en Belgique ?
 
La lutte de Bahar consiste à offrir une voix aux prisonniers politiques maltraités et torturés dans les geôles de Turquie. Quelle que soit la couleur politique des élus belges, ils se plient aux exigences d'Ankara. Les pressions sur la Belgique sont devenues plus oppressantes après la fuite de Ferhiye Erdal. Les autorités et médias turcs ont alors mené une campagne très agressive contre la Belgique. C'est en tout cas, mon sentiment. Et, pour faire plaisir aux médias turcs, assujettis au pouvoir, qui réalisent un lavage de cerveau quotidien de leurs téléspectateurs, ils ont probablement fait un geste en conspirant sur l'arrestation et la possible extradition de Kimyongür. J'ai été atterré de lire les interventions des avocats de la partie civile qui font des éloges au régime d'Ankara.
 
Condamnée en même temps que Kimyongür et consors, à Brugge, Ferhiye Erdal a pris la fuite avant que le procès en appel n'ait eu lieu. Avez-vous connu cette jeune femme ?

Je ne l'ai jamais rencontrée parce qu'elle était toujours en clandestinité, ou sous la stricte protection de l'Etat belge. Si un jour, cette jeune femme venait frapper à ma porte, je ne la repousserais pas. Elle appartient à mon peuple, et j'ai envie de savoir ce qu'elle pense. Mais, pour des raisons de sécurité, sans doute, elle n'a jamais tenté d'établir le contact. J'ai suivi le procès par les médias, ou par les communiqués de presse.

Vous pensez qu'elle est vraiment à l'origine du meurtre de Özdemir Sabanci, ce riche industriel turc pour lequel elle travaillait, en Turquie ?

Selon les accusations portées sur elle, Ferhiye serait impliquée dans ce meurtre, mais il n'y a pas de certitude qu'il en soit ainsi. Si on en avait la preuve, la justice belge serait compétente pour la condamner.

Elle est ressortissante turque. Si elle est condamnée, elle risque d'être extradée. Puisque la Turquie est à nouveau en odeur de sainteté, chez nous…

Je suis contre toute extradition ! La justice hollandaise a heureusement réagi de manière correcte en n'extradant pas Kimyongür, après son arrestation le 28 avril dernier. Il y a quinze jours, la Cour suprême hollandaise a aussi annulé l'extradition d'une dirigeante du PKK, recherchée par la Turquie, et qui était réfugiée aux Pays-Bas. Parce qu'il est de notoriété publique que la torture est toujours d'application à Ankara.

Pourtant, une procédure d'extradition pèse-t-elle toujours comme une épée de Damoclès sur la tête de Kimyongür ?

Dernièrement, une journaliste d'opinion kurde a été arrêtée au Luxembourg, et malgré la volonté d'Ankara de la voir extradée, la justice luxembourgeoise lui a rendu sa liberté. Aux Pays-Bas, et au Luxembourg, la décision a été prise suite à une procédure judiciaire, mais en ce qui concerne Kimyongür et ses camarades, je crains que la justice belge ne soit «téléguidée». Tant que Madame Onkelinx (PS) reste à la tête de la justice belge, je n'espère pas que des décisions justes soient prises.

Notre constitution prévoit pourtant la séparation des pouvoirs, et l'indépendance des juges…

Bien sûr, mais certaines procédures juridiques se déroulent sous l'instruction du ministère de la Justice, comme on a pu le constater dans le dernier scandale politico-juridique. Pour ces raisons, je n'ai pas confiance en la manière dont les décisions pourraient être prises.

Vous n'avez pas confiance parce que c'est Laurette Onkelinx ?

Parce que le comportement de la ministre de la Justice témoigne d'une adhésion irraisonnée au régime turc. Ses ambitions politiques y jouent un rôle prépondérant. Elle se présente aux élections communales de Schaerbeek, et je ne vois pas de grande différence entre le bourgmestre en place Bernard Clairfayt (MR) et elle. Sur les listes de tous les partis politiques, on retrouve des candidats d'origine turque qui se permettent de tenir des propos négationnistes. Quand je vois Madame Onkelinx accompagnée de ces mêmes candidats, dans les marchés aux puces, ou dans les rues de cette commune, car je suis aussi schaerbeekois, cela me fait mal !

Quelle est votre réaction face à ces réunions «secrètes» où des hommes politiques, des agents de la police et de la Sûreté de l'Etat, et des magistrats se concertent sur la manière de remettre Kimyongür à la Turquie en passant par la Hollande ?


Bahar disait qu'il comparait ce qui lui arrivait au complot du Quai d'Orsay contre l'opposant marocain Ahmed Ben Barka, dans les années 60. Je pense effectivement que tous les opposants au régime turc se trouvent au centre d'un tel complot. Puisque Bahar Kimyongür est devenu une personne dérangeante pour la Turquie, il n'est pas étonnant que son nom se retrouve sur la liste rouge d'Interpol. Pour Ankara, Bahar est un terroriste qui se trouve à la tête d'une organisation terroriste.

La manière dont Kimyongür milite est à vos yeux pacifique ?

Je ne l'ai jamais vu, ni entendu impliqué dans une action violente. Il est injuste de le traiter de terroriste. Depuis l'adoption de la loi anti-terrorisme en Belgique, la Turquie a adopté juste après une loi similaire, c'est la porte ouverte à toutes les dérives. La définition même du terme «terrorisme» est très vague. Juste parce que l'on remet en cause un régime, on peut être accusé de terrorisme, et l'on peut traîner pendant des années dans les prisons. Depuis le coup d'Etat militaire de 1980, le procès de Dev-Sol, l'ancienne appellation du DHKP-C, se poursuit encore.

Les défenseurs de la théorie d'une Turquie démocratique avancent l'argument que le DHKP-C possède un journal qui est librement distribué en Turquie…

Ce journal «Yuruyus» existe, mais il est constamment sous la menace de poursuites judiciaires. D'ailleurs, les journaux d'opposition appartenant à des groupes radicaux ont souvent dû arrêter, ou changer de titre. Actuellement, 17 journalistes appartenant à ces médias contestataires se trouvent dans les prisons turques.
 
(*) www.info-turk.be
(**) Dogan Özgüden, Turquie, fascisme et résistance, 2e éd., Bruxelles 2006, Fondation Info-Turk

 

11:18 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles, Belgique dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire, imperialisme, liberte, otan, politique, presse, ps, romain, resistance, silence, solidarite, terrorisme, euro-dictature, injustice, oppression capitaliste, actualite, belgique, courcelles, democratie, europe, fascisme, turquie, usa | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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