11/07/2006

10/07/2006: Histoire : Occupation et Résistance - L'affiche rouge - Aragon



De : Antonio Artuso [mailto:pueblo@sympatico.ca]
Envoyé : lundi 10 juillet 2006 19:59
À : 00-artusoantonio
Objet : Histoire : Occupation et Résistance - L'affiche rouge - Aragon


 
Histoire : Occupation et Résistance - L'affiche rouge - Aragon
 
1940 - Invasion et occupation nazie de la France :
 
En 1940, la France est envahie par les troupes nazies.  Le gouvernement collaborateur de Pétain appuie l'occupation.
 
1940 - Naissance de la Résistance française :
 
Dès 1940, la résistance intérieure se développe en France : Elle est d'abord le fait de personnes isolées, et se manifeste par la distribution de tracts, des inscriptions murales antiallemandes, des manifestations, mal coordonnées, comme celle des étudiants parisiens sur la tombe du Soldat incon N u le 11 novembre 1940.  Des «réseaux» s'installent, pour faire évader de France les personnes recherchées par les Allemands ou procurer des renseignement aux Anglais.  Mais très vite la résistance intérieure prend une signification politique, se dresse aussi bien contre le régime de Vichy que contre l'occupant et s'organise.
 
En zone non occupée, trois mouvements ne tardent pas à dominer :
 
1) le «Mouvement de Libération nationale», plus tard dénommé «Combat», réorganise sous une forme très hiérarchisée une «armée secrète», sans d'ailleurs envisager une reprise immédiatede la lutte;
 
2) «Libération» groupe surtout des socialistes et des syndicalistes soucieux de constituer les cadres d'un futur soulèvement populaire;
 
3) «Franc-Tireur» organise les premiers maquis importants.
 
Les conditions de la résistance sont, jusqu'à la fin de 1942, infiniment plus périlleuses en zone occupée.  Les premiers groupes, isolés, sans expérience de la clandestinité, sont décimés.  Ensuite, apparaissent des mouvements plus amples, aux ramifications nombreuses, parmi lesquels :
 
1) «Libération-Nord», à clientèle socialiste et syndicaliste chrétienne;
 
2) l'«Organisation civile et militaire», qui noyaute les administrations et se spécialise dans le renseignement.
 
3) Le «Front national» est dominé par les communistes : bénéficiant d'une pratique de l'action clandestine, mais aussi particulièrement visés par la répression tant allemande que vichyssoise, ils jouent, surtout à partir de 1941, un rôle déterminant dans la résistance.  Leurs groupes de choc, les «Francs-tireurs et partisans français» (FTPF) sont les premiers à organiser systématiquement sabotages et attentats contre les Allemands.  Mais les communistes veulent surtout donner à la résistance un sens politique et la transformer en mouvement de masses; ils s'efforcent à cet effet d'organiser des grèves ouvrières et de coordonner les mouvements de protestation populaire suscités par les difficultés de la vie quotidienne.
 
Chacun de ses mouvements, mais aussi les partis politiques d'avant-guerre, diffusent u N e presse clandestine : au début de 1944, on évalue à plus d'un million et demi le nombre mensuel d'exemplaires imprimés et distribués clandestinement, sans compter les innombrables tracts.
 
Novembre 1942 : la France entière est occupée :
 
La répression nazie, organisée par la Gestapo et les S.S. se fait très dure, appuyée par une police supplétive et paramilitaire française, la «milice», créée par Darnand en janvier 1943.

 

Février 1944 - L'affiche rouge :
 
En février 1944, la propagande pro nazie du gouvernement de Vichy, publie une affiche rouge en 150 000 exemplaires, après l'arrestation de membres de la Résistance française.
 
L'affiche associe la Résistance française à une "armée du crime" et indique que les résistants sont des juifs, des communistes, des étrangers : un Arménien, un Espagnol, un Hongrois, un Italien, des Polonais.  Elle vise à créer un état de panique dans la population française.
 
Le 21 février 1944 - Exécution des membres du groupe Manouchian par les nazis au Mont-Valérien.
 

 
Voir ci-dessous :
 
1) L'affiche rouge
2) Le poème d'Aragon;
3) Une biographie de Missak Manouchian;
4) La dernière lettre de Manouchian à sa femme.
 
Ces quatre documents viennent d'être diffusés par le Mouvement démocratique arabe «Al-Oufok».
 
Ils rappellent le devoir de résistance et de solidarité internationale de toutes les personnes et de tous peuples envers les envahis et occupés par des forces étrangères.
 


L'affiche rouge, qui inspira à Aragon son célèbre poème, présente, dans sa partie supérieure, les visages des dix partisans. Les traces de trois mois de tortures n'arrivaient pas à effacer l'expression de fierté dans leurs yeux.

Voici les noms des partisans figurant sur l'affiche et les « légendes »
accompagnant la photo de chacun d'eux :

Fingercwajg, juif polonais, 3 attentats, 5 déraillements ;
Boczow, juif hongrois, chef dérailleur, 20 attentats;
Witchitz, juif polonais, 15 attentats;
Wajsbrot, juif polonais, 1 attentat, 3 déraillements,
Elek, juif hongrois, 8 déraillements,
Grzywacz, juif polonais, 2 attentats,
Fontanot, communiste italien, 12 attentats;
Rayman, juif polonais, 13 attentats;
Alfonso, Espagnol rouge, 7 attentats;
Manouchian. Arménien, chef de la bande, 56 attentats, 150 morts, 600 blessés.
(A Manouchian on attribua toutes les actions de son détachement.)

Sous les photographies des « terroristes » figurent, à côté d'images de catastrophes ferroviaires et d'un arsenal d'armes des partisans, des corps criblés de balles : les « victimes » des « terroristes ». Le texte ne comporte que quelques mots : en haut : « DES LIBERATEURS? »,
En bas : « La Libération! par l'armée du crime ».

 

L'affiche rouge

Vous n'avez réclamé ni gloire ni les larmes
Ni l'orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servis simplement de vos armes
La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L'affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE

Et les mornes matins en étaient différents
Tout avait la couleur uniforme du givre
A la fin février pour vos derniers moments
Et c'est alors que l'un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient le coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant

Poème de Louis Aragon, chanté par Léo Ferré


Le 21 février 1944, les membres du groupe Manouchian étaient éxécutés par les nazis au Mont-Valérien.

Missak Manouchian, de la poésie à la lutte armée

Missak Manouchian, responsable des FTP-MOI de Paris (été 1943), est né le ler septembre 1906 dans une famille de paysans arméniens du petit village d’Adyaman, en Turquie.

Il a huit ans lorsque son père trouvera la mort au cours d’un massacre par des militaires turcs. Sa mère mourra de maladie, aggravée par la famine qui frappait la population arménienne.

La résistance arménienne à la domination turque accentuée par le conflit religieux opposant les deux nations, les premiers étant chrétiens orthodoxes entraîne de terribles massacres par le gouvernement turc. Près de deux millions d’arméniens, hommes et femmes, y ont trouvé la mort (1915-1918).

Agé de neuf ans, témoin de ces atrocités qu’on qualifie aujourd’hui de génocide par référence à celui des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale Missak Manouchian en restera marqué pour la vie. De nature renfermée, il deviendra encore plus taciturne ce qui le conduira, vers l’âge de douze ou treize ans, à exprimer ses états d’âme en vers : "Un charmant petit enfant /A songé toute une nuit durant/ Qu’il fera à l’aube pourpre et douce / Des bouquets de roses". Recueilli comme des centaines d’autres orphelins par une institution chrétienne après avoir été hébergé dans une famille kurde, Missak gardera toujours le souvenir du martyre arménien mais aussi de la gentillesse des familles kurdes, ce qui le rapprochera, 25 ans plus tard, de ses camarades juifs de la résistance en France, eux-mêmes confrontés au génocide de leur peuple.

Arrivé en 1924 avec son jeune frère à Marseille, Missak apprendra la menuiserie et s’adonnera à des métiers de circonstance. Il consacrera les journées de chômage aux études, fréquentant les "universités ouvrières" créées par les syndicats ouvriers (CGT). Il fonde successivement deux revues littéraires, Tchank (Effort) puis Machagouyt (Culture). Dès 1937, on le trouvera en même temps à la tête du Comité de secours à l’Arménie, et rédacteur de son journal, Zangou (nom d’un fleuve en Arménie).

Le tragique rendez-vous du 16 novembre 1943 à Évry Petit-Bourg Rien à signaler sur les divers fronts. Mais ce matin-là, sous un ciel lourd, aux environs immédiats de la gare d’Évry Petit-Bourg (Essonne), va se jouer un épisode dramatique du " front invisible " où s’affrontent, à armes inégales, les Francs-Tireurs et Partisans immigrés (FTP-MOI) et les Brigades Spéciales de la police française aux ordres de la Gestapo.

" Filé " à partir de son domicile parisien, Missak Manouchian devait rencontrer, sur les berges de la Seine, Joseph Epstein, responsable des Francs-Tireurs Français pour l’Ile-de-France. Ils seront capturés sur la rive gauche après avoir tenté d’échapper aux policiers en civil lancés à leurs trousses. Ainsi a pris fin l’une des plus grandes opérations de police contre la résistance, notamment la formation militaire des volontaires immigrés d’origines juive, italienne, espagnole, arménienne... dont les faits d’armes, dans la capitale même, furent autant de coups portés au prestige de l’occupant. Ce qui leur valut la colère de Berlin qui exigeait de mettre rapidement les "terroristes juifs et étrangers hors d’état de nuire".

Missak Manouchian tombera au Mont-Valérien, avec vingt-et-un de ses camarades, sous les balles de l’ennemi, le 19 février 1944. Également condamnée à mort, la jeune femme, Olga (Golda) Bancic, sera décapitée en Allemagne. Joseph Epstein et vingt-huit autres partisans français seront fusillés le 11 avril 1944. Louis Aragon a écrit sur cet épisode un poème magnifique, chanté avec beaucoup d’émotion par Léo Férré.


 
Dernière Lettre de Missak Manouchian
Mont-Valérien, le 19 février 1944.
dimanche 31 août 2003.

Ma Chère Mélinée, ma petite orpheline bien-aimée,

Dans quelques heures, je ne serai plus de ce monde. Nous allons être fusillés cet après-midi à 15 heures. Cela m’arrive comme un accident dans ma vie, je n’y crois pas mais pourtant je sais que je ne te verrai plus jamais.

Que puis-je t’écrire ? Tout est confus en moi et bien clair en même temps.

Je m’étais engagé dans l’Armée de Libération en soldat volontaire et je meurs à deux doigts de la Victoire et du but. Bonheur à ceux qui vont nous survivre et goûter la douceur de la Liberté et de la Paix de demain. Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoire dignement. Au moment de mourir, je proclame que je n’ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit, chacun aura ce qu’il méritera comme châtiment et comme récompense. Le peuple allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité après la guerre qui ne durera plus longtemps. Bonheur à tous... J’ai un regret profond de ne t’avoir pas rendue heureuse, j’aurais bien voulu avoir un enfant de toi, comme tu le voulais toujours. Je te prie donc de te marier après la guerre, sans faute, et d’avoir un enfant pour mon bonheur, et pour accomplir ma dernière volonté, marie-toi avec quelqu’un qui puisse te rendre heureuse. Tous mes biens et toutes mes affaires je les lègue à toi à ta sœur et à mes neveux. Après la guerre tu pourras faire valoir ton droit de pension de guerre en tant que ma femme, car je meurs en soldat régulier de l’armée française de la libération.

Avec l’aide des amis qui voudront bien m’honorer, tu feras éditer mes poèmes et mes écrits qui valent d’être lus. Tu apporteras mes souvenirs si possible à mes parents en Arménie. Je mourrai avec mes 23 camarades tout à l’heure avec le courage et la sérénité d’un homme qui a la conscience bien tranquille, car personnellement, je n’ai fait de mal à personne et si je l’ai fait, je l’ai fait sans haine. Aujourd’hui, il y a du soleil. C’est en regardant le soleil et la belle nature que j’ai tant aimée que je dirai adieu à la vie et à vous tous, ma bien chère femme et mes bien chers amis. Je pardonne à tous ceux qui m’ont fait du mal ou qui ont voulu me faire du mal sauf à celui qui nous a trahis pour racheter sa peau et ceux qui nous ont vendus. Je t’embrasse bien fort ainsi que ta sœur et tous les amis qui me connaissent de loin ou de près, je vous serre tous sur mon cœur. Adieu. Ton ami, ton camarade, ton mari.

Manouchian Michel.

P.S. J’ai quinze mille francs dans la valise de la rue de Plaisance. Si tu peux les prendre, rends mes dettes et donne le reste à Armène. M. M.


 
Ces documents sont diffusés par le Mouvement démocratique arabe «Al-Oufok» :

19:36 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles, Belgique dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : romain, fascisme, france, guerre, histoire, occupations, politique, resistance | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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