19/05/2006

19/05/2006: BELGIQUE : La communauté maghrébine injustement accusée de meurtre

 
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Sent: Friday, May 19, 2006 4:54 PM
Subject: [Transfer_info] BELGIQUE : La communauté maghrébine injustement accusée de meurtre

Les écrans de la rumeur

La Belgique après le meurtre de Joe Van Holsbeeck. Le 12 avril, un lycéen de 17 ans est tué en pleine journée par un autre mineur qui veut son MP3. Le lendemain, le parquet de Bruxelles affirme, à tort, que le crime a été commis par un Nord-Africain. L'affaire est reprise en boucle par les médias belges, qui renforcent ou dénoncent la stigmatisation de la communauté musulmane.
 
Par Hélène DESPIC-POPOVIC
jeudi 11 mai 2006


Bruxelles envoyée spéciale

a gare centrale, bâtisse sobre des années 30 en plein coeur de la ville, a repris son allure affairée. Les voyageurs s'y bousculent. Les jeunes y ont des rendez-vous. Certains, casque sur les oreilles, trompent le temps en écoutant de la musique. C'est là, le 12 avril dernier, que Joe Van Holsbeeck, un lycéen de 17 ans, a été tué en plein jour par un autre mineur qui cherchait à lui arracher son MP3. Le lendemain, le parquet de Bruxelles publiait un communiqué dans lequel il affirmait que le crime aurait été commis par des Nord-Africains.
 
«Il y a eu alors une sorte d'emballement médiatique», raconte Bruno Clément, chroniqueur judiciaire à la RTBF, la télévision publique belge. D'abord ignoré, le meurtre de Joe est venu au-devant de l'actualité. «Le 12, on n'en a même pas parlé. Le 13, on a couvert l'extraordinaire opération de police d'une centaine d'hommes déployés à la gare centrale. D'abord, on n'a pas évoqué le communiqué du parquet. On ne dit jamais l'origine des gens, même quand cela se trouve dans les PV de police. Par autocensure sans doute. Cette fois-ci pourtant, on l'a fait. Parce que l'affaire était devenue un événement. Mobilisation des camarades d'école de Joe et de ses parents, déclaration du Premier ministre. Cela n'était pas arrivé depuis l'affaire Dutroux. Les journaux sérieux comme le Soir ou la Libre Belgique se sont mis à faire jusqu'à six ou huit pages sur le meurtre de Joe. L'histoire est passée dans les mains des journalistes politiques, et ce sont eux, à la télé, qui ont jugé nécessaire de mentionner l'origine présumée des agresseurs. Et puis il y a eu la large diffusion d'images de vidéosurveillance, ce qui était une première. Le fait que nous ayons tous pensé en les voyant qu'il s'agissait de Nord-Africains dévoile nos préjugés.» Une partie de la presse ­ principalement néerlandophone ­ s'emballe. En pays wallon, les journaux mettent l'accent sur la violence et l'impunité. D'autres relaient la rumeur. Dans le courrier de Ciné Télé Revue, hebdomadaire francophone, un lecteur se dit «très surpris que personne n'évoque la possibilité d'un crime raciste». «Si la victime avait été nord-africaine, le ministère de la Justice et même certainement le Premier ministre auraient parlé d'un acte raciste», écrit-il le 20 avril. «Ce qu'il nous manque en Belgique, c'est un monsieur comme Sarkozy qui dit tout haut ce que les gens pensent tout bas», ajoute un autre courrier. Plus violente encore, la blogosphère s'affronte aux modérateurs. «Avis : Toutes les personnes ayant tenu des propos racistes sont passibles de poursuites judiciaires», prévient ainsi le serveur du blog PourJoe01.
 
Objet d'une diffusion sans précédent dans les médias, pratiquement en boucle sur toutes les chaînes de télévision, les images recueillies par les caméras de vidéosurveillance montraient deux jeunes gens bruns attaquant le lycéen. «Le problème est que cela s'était passé devant des milliers de gens et qu'il n'y avait pas d'indices et pas de témoins. La diffusion des photos prises à la gare, puis lors de la fuite des meurtriers, près du casino, n'a rien donné non plus. Nous n'avons progressé que lorsque nous avons eu celles du métro et que nous les avons montrées dans les écoles», raconte Glenn Audenaert, directeur judiciaire du Service judiciaire d'arrondissement (SJA) de Bruxelles.
 
Un Polonais présumé meurtrier en fuite
 
Le 24 avril au soir, la police annonçait avoir arrêté un suspect polonais, complice du meurtrier présumé, polonais lui aussi, en fuite vers son pays. Et Glenn Audenaert présentait ses excuses à la communauté nord-africaine, geste qu'il dit avoir fait «en tant qu'être humain». «La police ne peut renoncer à faire le descriptif des suspects. Mais l'autorité publique doit faire preuve d'une extrême prudence dans ses propos car le risque de stigmatisation est toujours présent.»
 
«Il faudrait bien donner un peu de savon à certains politiques pour qu'ils nettoient leurs bouches après leurs déclarations sur le danger "des bandes de Nord-Africains"», soulignait Yves Desmet, rédacteur en chef du journal flamand De Morgen. «Nous avions bien l'impression de voir des Nord-Africains», ajoutait-il à propos de la vidéo, affirmant encore que «la généralisation est devenue un mode de fonctionnement». «Nous avons dit qu'il s'agissait de Nord-Africains en nous basant sur les éléments contenus dans les premiers témoignages, explique aujourd'hui Estelle Arpigny, porte-parole du parquet de Bruxelles. Le témoin principal, c'est-à-dire le jeune qui accompagnait la victime, avait parlé de deux personnes de type nord-africain. Ce n'était pas le cas. C'était une erreur. Les images de vidéosurveillance que l'on a diffusées dans la presse ne nous contredisaient pas trop. Les auteurs ne ressemblaient pas à deux Suédois. Ils ne sont pas nord-africains, mais ils sont quand même de type assez basané. Nous n'avions aucune volonté de mettre en exergue une communauté, nous voulions simplement découvrir les auteurs.» Les proches de ce témoin refusent qu'il paie pour d'autres. «S'il a dit cela, répond l'un d'entre eux, c'est qu'on lui a demandé. En aucun cas il n'est mû par des considérations de type racial ou ethnique.»
 
Marche silencieuse sans banderole, sans slogan et sans haine
 
En fait, ce sont les parents de Joe et ses amis, élèves d'une institution catholique qui, en se mobilisant pour que le crime ne soit pas relégué au rang de fait divers, ont lutté contre tout débordement et toute récupération politique. Le 23 avril, emmenée par la famille de la victime, une marche silencieuse rassemblant plus de 80 000 personnes a convergé vers la gare de Bruxelles, sans banderole, sans slogan et sans haine. «Pour moi, ce ne sont pas deux Nord-Africains, ce sont deux crapules», répétait dans la presse le père de Joe Van Holsbeeck, petit artisan vitrier. Après l'identification des meurtriers présumés, il dira de la même manière : «Ce ne sont pas deux Polonais, mais deux criminels.» «Nous avions le sentiment qu'il y avait un risque de récupération très malsaine. Et avant les funérailles, nous avons voulu marquer le coup en appelant les chefs de parti à veiller à ce que leurs ouailles ne versent pas dans la surenchère. Nous demandions à ce qu'on ne tire pas de conclusions hâtives et les événements nous ont donné raison», dit aujourd'hui l'un de ses proches. «Personne n'a dit qu'il fallait balayer au Kärcher, insiste aussi Laurette Onkelinx, ministre de la Justice. Il a été dit que oui, il faut plus de présence policière, il faut que les jeunes puissent aller et venir dans les gares et les rues, mais aussi il faut s'occuper du parcours des jeunes délinquants.» «On demande plus de policiers, mais aussi plus d'éducateurs, de médiateurs. Le gouvernement ne doit pas entendre que la moitié de notre appel», a répondu la délégation de jeunes venue remettre, le 2 mai, une pétition de 250 000 signatures au Premier ministre, au ministre de l'Intérieur et au ministre de la Justice.
 
Des excuses qui peinent à laver la blessure
 
Dans la communauté musulmane, forte d'un million de personnes, dont 400 000 d'origine marocaine, excuses et explications peinent à laver la blessure. Le 21 avril, neuf jours après le drame, les imams et les administrateurs des mosquées avaient dit qu'ils appelleraient leurs fidèles à dénoncer les coupables lors de la prière du vendredi. «Nous avions voulu montrer que nous sommes une institution citoyenne, explique le président de l'Union des mosquées de Bruxelles, Saïd Dakkar, Belge d'origine marocaine. Si le parquet disait en toute responsabilité que les criminels étaient des Nord-Africains, la nôtre était de dénoncer le crime. Les conclusions hâtives ont poussé les gens à faire une lecture collective fausse. L'erreur collective, c'est grave. Avant cela, nous ne voulions pas croire qu'il existait des gens qui en veulent à la communauté musulmane. Ce qui s'est passé est la preuve qu'il y en a. Comment dialoguer avec ces gens-là ? Les membres de notre communauté subissent des injustices. Ils sont privés de travail, maltraités à l'école, mis à l'écart de la société, et on leur demande d'être des citoyens modèles. Ce n'est pas possible. Les excuses ont un peu apaisé les esprits, mais elles sont insuffisantes. Le mal est fait.» Coskun Beyazgül, président de l'Exécutif des musulmans de Belgique ­ une institution qui représente l'islam officiel sous la tutelle du ministère de la Justice ­ se félicite pour sa part de ne pas s'être associé aux condamnations des imams. «Ils se sont autoproclamés coupables d'un meurtre dont les auteurs n'avaient pas été identifiés. Nous avons préféré la prudence, considérant qu'il s'agissait d'une affaire criminelle sans rapport avec une communauté. Le parquet avait affirmé qu'il s'agissait de Nord-Africains sur la base de leur apparence physique. J'espère qu'ils feront plus attention à l'avenir. La meilleure leçon est celle qu'ont donnée les parents de Joe en réclamant qu'on ne stigmatise aucune communauté. C'est une gifle pour l'extrême droite.» Les injustices en Belgique sont «insidieuses», se plaint un jeune chauffeur de taxi d'origine marocaine. Il raconte qu'au sortir de l'enseignement primaire, il a été placé d'office en lycée professionnel où il n'a retrouvé que des jeunes d'origine étrangère. Il explique aussi que pour échapper à ce sort, des familles marocaines envoient désormais leurs enfants passer leur bac dans leur pays d'origine. Pour lui, les lycées techniques, fréquemment comparés à des ghettos, seraient pourvoyeurs de jeunes délinquants. «80 % des jeunes mineurs placés au centre fédéral fermé d'Everberg sont d'origine nord-africaine», concède son directeur pédagogique Jean-Pierre Depas. Une donnée pas forcément significative car «les magistrats placent plus facilement en institution un jeune nord-africain qui n'a pas d'appui familial qu'un jeune belge qui a fait une très grosse connerie mais qui est soutenu par sa famille».
 
Meurtrie, la Belgique est désormais entrée dans l'après-Joe. «Nous avons dégagé des mesures budgétaires pour mettre plus de policiers dans les rues et voté une loi pour reprendre très vite le jeune qui dévie», explique Laurette Onkelinx. En souffrance depuis deux ans, cette loi a été votée par les principaux partis, y compris ceux de l'opposition. Mais les leçons de la crise ne sont pas seulement sécuritaires, et la ministre n'a pas manqué d'interpeller le parquet en lui demandant publiquement «d'aller à l'amende jusqu'à bout». «C'était aller très loin, explique-t-elle. Toute une communauté s'est sentie mal. Elle a d'abord pensé : "C'est un des nôtres." Puis : "Ce sont toujours les mêmes qu'on montre du doigt." Les excuses sont certainement insuffisantes. Il va falloir beaucoup travailler.»
 
 
 http://www.liberation.fr/page.php?Article=381085



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18:50 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles, Belgique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer | | |

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