03/05/2006

03/05/2006: Meurt oubliée l’auteur- interprète de l’hymne de la Résistance contre les nazis

A l' approche du 8 Mai: un excellent texte mémoire envoyé par notre ami Michel Porcheron: que je remercie chaleureusement : Anna Marly RoRo !


 
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Sent: Wednesday, May 03, 2006 4:59 PM
Subject: Anna Marly

Ami Ro-Ro, je ne sais plus avec laquelle de vos pages, j’ai entendu la mélodie du Chant des Partisans.

Voici ce que je viens d’écrire. Mp  

 

 

Meurt oubliée l’auteur- interprète de l’hymne de la Résistance contre les nazis

 

Par Michel Porcheron

Que faisait-elle en Alaska cette grande dame de 88 ans, Anna Betoulinsky, née en 1917 à Saint-Pétersbourg, grecque par sa mère, russe par son père aristocrate, exilée toute jeune en France (Menton, sud-est), puis danseuse aux Ballets russes à Paris avant de devenir la chanteuse Anna Marly - pseudonyme choisi au hasard dans l’annuaire téléphonique- qui se produit dès 1935 au Shéhérazade, le cabaret parisien de la jeunesse dorée ?

La petite histoire ne le dit pas. Anna Marly y est décédée en ce début d’année. Elle avait fait le choix d’y résider…On dit qu’elle continuait d’y composer des chansons, des fables, des poèmes. 

La grande Histoire l’a inclut dans ses pages depuis 65 ans : c’est elle qui composa « Le Chant des Partisans », hymne de ralliement de la Résistance contre les nazis.

En 1940, la guerre, l’exode, la jeta sur les routes, l'Espagne, le Portugal, Londres enfin, d’où s’organisait la résistance. Elle y chanta avec sa guitare, au théâtre des Armées et à la BBC. « Un soir - raconte (dans le quotidien français Libération,16 février 2006) Annick Peigne-Giuly, une journaliste qui connaît son sujet sur le bout des doigts - y apprenant que Smolensk, ville de l’URSS européenne, est pilonnée par les nazis, le mot «partisans» (partisanski) lui traverse l'esprit. D'un jet le rythme vient, un poème mélancolique qu'elle chante en russe, s'accompagnant du seul bruit de ses doigts frappant les cordes.C'est la Marche des partisans (en russe) destinée aux partisans soviétiques, qui deviendra Guerilla Song pour la BBC, puis le Chant des partisans pour les Français ».

La dernière grande apparition publique d’Anna Marly date de 2000. Elle avait chanté à Paris, avec le Chœur de l'Armée française, son « Chant des Partisans » le jour du 60 ème anniversaire de l'Appel de Londres du 18 Juin 1940 du général de Gaulle. Elle a écrit une autobiographie « Anna Marly, troubadour de la Résistance»" (Editions Taillandier/Historia, 2000). Elle composa 300 chansons dont  « Une chanson à trois temps »  pour Edith Piaf. 

Elle fit partie de ces artistes qui, face à l’ennemie nazi, choisirent l’exil et l’engagement personnel, alors que d’autres, du monde de la chanson ou du cinéma,    composèrent avec l'occupant, en n’hésitant pas à participer à des réceptions de propagande à Paris ou en acceptant même de se déplacer en Allemagne.

 

Au tout début, la composition d’Anna Marly, diffusée deux fois par jour n’est que sifflée sur les ondes courtes de Radio- Londres destinée aux Résistants (1) et    qu’héberge la BBC. Elle devient vite un signe de reconnaissance dans les maquis. Son rythme lent, lancinant lui donna une puissance hors du commun.    

                                   

A la fin de la guerre, Le Chant des Partisans devint un succès mondial et « la troubadour de la Résistance » le chanta dans le monde entier, notamment en Amérique du sud, car en 1947 elle avait choisi de débarquer au Brésil. En 1954, l'hymne de la Résistance française pendant l'Occupation fut aussi un chant que les soldats du Viet-minh entonneront face à l'armée française à Dien Bien Phu.  
La Complainte du partisan, composée par elle aussi dans la même période, avec des paroles d'Emmanuel d'Astier de la Vigerie, un haut dirigeant de la Résistance, sera interprétée dans les années 60 par Joan Baez et Léonard Cohen.

En France, le Chant des Partisans fut chantée plus tard en plusieurs versions, variétés (certains auraient mieux fait de s’abstenir) rock, hip-hop, on pourra retenir celles des groupes Noir Désir ou Zebda, mais c’est Yves Montand qui « lui donnera une version inspirée et magnifique, qui, dans l'esprit du grand public, reste la version de référence (faute, le plus souvent, de connaître celle de sa créatrice) » (Encarta 2005).  

En effet, pour le grand public français, et jusqu’à aujourd’hui, Le Chant des Partisans est associé aux deux auteurs des paroles françaises, l’écrivain Joseph Kessel (1898-1979, alors déjà auteur de L’Equipage, Belle de Jour, Fortune carrée et La Passante du Sans-Souci) et son neveu (2) Maurice Druon (1918), également exilés en Angleterre, qui le 30 mai 1943 après avoir entendu la chanson d’Anna Marly rédigèrent, en quelques heures, dit la légende, des paroles en français. De la version originale en russe, il ne restait que la musique, heureusement, et le mot « corbeau »…(3) 

De l’autre côté de la Manche, les maquisards qui écoutaient la radio de Londres découvrent le Chant des Partisans, alors chanté par une Française, également résistante en armes, Germaine Sablon. Vient de naître « la Marseillaise de l’armée des ombres », comme l’a appelée Joseph Kessel. 

« La jeune femme était brune, grande, solide, éclatante de vitalité, d'amitié. Sa guitare avait pris l'allant, l'exaltation de celle qui en jouait», écrira l’écrivain quand il la connut en 1943.

Mais Le Chant des Partisans allait échapper à son auteur Anna Marly. « Confisqué par l'Histoire, il le sera aussi par les deux adaptateurs français », a écrit A. Peigne-Giuly. Que pouvait faire la frêle Anna Marly face à ces deux imposantes personnalités ? S’éclipser et choisir une vie proche de l’anonymat.

Encore l’année dernière Maurice Druon tint à affirmer que « nous n'avons jamais eu connaissance de paroles qu'elle aurait écrites » en russe du Chant des Partisans et qu’il fut le seul co-auteur des paroles.   

Le nom d'Anna Marly se perdit dans l’indifférence. Ce n’est que l’annonce de sa mort qui l’a sortie un instant de l’oubli. Dans son livre de mémoires elle avait écrit : «On nous oubliera/Nous rentrerons dans l'ombre ».

Mais c’est en pleine lumière qu’elle rejoint dans la légende des chants révolutionnaires, les Rouget de Lisle avec sa Marseillaise et les ouvriers Eugène Pottier et Pierre Degeyter pour l’Internationale.       

 

(1)- A quelques heures près, est décédé à Paris Jacques Baumel, résistant de la première heure lui aussi, et dernier élu de la République issu de la Résistance. Il avait vécu les quatre années d'occupation dans la clandestinité à un haut niveau de responsabilité. Il disait récemment encore : « Quelque chose est mort chez ceux qui ont survécu ».

 

(2) – Maurice Druon, romancier, est surtout connu pour sa série des « Rois Maudits » (1955-1957). Il occupa une année le poste de ministre des Affaires culturelles (1973-1974) et est depuis 1966 membre de l’Académie française.

 

(3)- « Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ? / Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu'on enchaîne ?/ Ohé Partisans, ouvriers et paysans à vos armes » (consulter http://www.paroles.net., section chansons populaires). 

19:15 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles, Belgique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : communisme, fascisme, guerre, histoire, politique, ptb, romain, solidarite, resistance | |  Imprimer | | |

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