27/04/2006

27/04/2006: Le génocide des Arméniens: point de vue de deux communistes

 
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Sent: Thursday, April 27, 2006 11:38 AM
Subject: Le génocide des Arméniens: point de vue de deux communistes


Le génocide des Arméniens: point de vue de deux communistes

Le 24 avril 1915 marque le premier génocide du XXe siècle : le massacre de centaines de milliers d'Arméniens d'Anatolie par l'armée régulière et les bandes commandées par le gouvernement ottoman, Ittihat ve Terakki. C'est la date d'une catastrophe humaine, culturelle et historique d'une envergure sans précédent pour des peuples qui ont vécu ensemble durant des siècles : d'abord pour les Arméniens, mais aussi pour les Kurdes et pour les Turcs.

Ce génocide n'est toujours pas reconnu par l'État turc, et toujours nié par une idéologie nationaliste et xénophobe, responsable de bien d'autres méfaits contre les progressistes, les démocrates et les humanistes de Turquie. Or des voix s'élèvent aujourd'hui en Turquie pour refuser le négationnisme, pour dire ce qui s'est passé en 1915 et pour défendre la cause des peuples. Elles sont de plus en plus nombreuses, de plus en plus écoutées.

La grande catastrophe du 24 avril doit être reconnue pour ce qu'elle est par l'État de la République de Turquie. Cette reconnaissance, cet acte politique et juridique sera, certes, un pas important pour l'établissement des responsabilités et pour avancer sur le chemin difficile de l'accomplissement d'un authentique devoir de mémoire.

Pour nous, communistes d'origines arménienne et turque, ce devoir de mémoire implique, bien sûr et en premier lieu, que les responsabilités des autorités ottomanes dans ce génocide soient officiellement et publiquement reconnues par l'État turc qui doit en tirer les conséquences en vue d'une réconciliation historique.

Il implique en second lieu que les complicités actives et permissives des puissances impérialistes de l'époque soient établies, celles notamment de l'Allemagne, de la Grande-Bretagne, des États-Unis, de la France et de la Russie tsariste. Car le génocide de 1915 n'est pas simplement le fait isolé de quelques dirigeants voyous et d'un appareil d'État dévoyé et criminel : nous ne devons pas oublier qu'il s'est déroulé dans le contexte d'une guerre mondiale, conséquence des menées prédatrices des forces capitalistes contre les peuples.

Pour nous, communistes, ce devoir de mémoire consiste à voir l'histoire du point de vue de la fraternité des peuples, à la juger avec les yeux des victimes ; c'est refuser la parole de haine des nationalismes et des fanatismes religieux de tous bords. Ces idéologies de mosquée, d'église et de caserne sont encore aujourd'hui vivantes et agissantes, elles sont à l'origine de renfermements et de comportements communautaristes violents : elles doivent être encore aujourd'hui combattues avec fermeté.

Pour nous, communistes, ce devoir de mémoire consiste à rappeler les noms de ceux qui ont résisté, de ceux qui se sont sacrifiés, de ceux qui ont espéré, de ceux qui ont désobéi avec courage au moment du choix, de ces Turcs et de ces Kurdes qui ont tendu la main aux victimes et ont sauvé des vies en risquant les leurs. Ces noms sont les oubliés, les effacés et les refoulés de l'histoire car, par leur existence même, ils réfutent les discours de désespérance.

Ce devoir de mémoire, ce sont tout ensemble les oeuvres du poète turc Nazim Hikmet et celles du compositeur arménien Komitas. Ce devoir de mémoire, c'est le lien qui unit les noms de Mustafa Suphi, fondateur du Parti communiste de Turquie, tué au moment de débarquer sur les rives de la mer Noire pour combattre les forces impérialistes qui occupaient son pays en 1920, et de Missak Manouchian, communiste arménien, survivant du génocide de 1915, et mort sous les balles nazies avec ses 22 autres camarades des FTP-MOI.

Hier comme aujourd'hui, ce devoir de mémoire est indissoluble de l'esprit de la Résistance : résistance aux oppressions, aux injustices, aux inégalités, résistance au capitalisme, aux guerres et aux violences contre les peuples.

À l'heure où la mémoire des peuples est de plus en plus accaparée par des politiques d'État au nom d'intérêts bien compris et par des réflexes communautaristes d'un autre âge, à l'heure où le libéralisme tente d'étendre sa domination partout dans le monde, les communistes ne doivent pas se lasser de rappeler ces vérités élémentaires. Nous devons continuer à parler haut et fort le langage de la fraternité humaine. C'est notre conviction : conviction de deux communistes qui ont un même combat, celui pour l'émancipation des peuples.

En ce jour de souffrance mais aussi d'espoir, nous voulons partager cette conviction avec tous ceux, notamment les jeunes, pour qui ces vers de Nazim Hikmet disent avec force l'horizon indépassable du monde que nous voulons construire :« Vivre seuls et libres comme un arbre / Fraternels comme une forêt / Telle est notre nostalgie. »

Par Taylan Coskun et Roland Vartanian
(L'Humanité, 24 avril 2006)

15:26 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles, Belgique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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