29/03/2006

29/03/2006: la grève des femmes à la Fn de Herstal: "A travail égal, salaire égal", il y a quelque 40 ans...

BELGIQUE: la grève des femmes à la Fn de Herstal: "A travail égal, salaire égal", il y a quelque 40 ans...

 

C' était il y a quelque 40 ans, lorsque je faisais mes premières armes en tant que permanent administratif de la Fédération de Charleroi du Parti communiste de Belgique (Pcb): les femmes de la Fabrique Nationale de Herstal (armes de guerre!) se mettent en grève.

Pour la revendication encore révolutionnaire à l' époque: "A travail égal, salaire égal !".

Les femmes de la FN se montrent déterminées à gagner. Si elles gagnent, leur victoire prendra des dimensions européennes, tenant compte qu' à l' époque, il était déjà question de la fameuse "construction européenne" et que l' on avait déjà à affronter les premières multinationales et transcontinentales capitalistes qui s' installaient partout ...

Pour que les femmes de la Fn puissent gagner, elles avaient absolument besoin de la solidarité agisssante des travailleurs des autres entreprises pour faire céder le patronat (en cela rien n' a donc changé depuis lors !). Pour cela, le déclenchement de la grève de solidarité des femmes des Acec de Charleroi (quelque 7.000 travailleurs à l' époque!) était indispendable (comme en 1960 - 1961!) pour entraîner d' autres travailleuses, d' autres entreprises, dans la lutte: le président et 25% des délégués syndicaux Fgtb étaient communistes et l' entreprise comptait quelque 300 adhérents. La section communiste avait un journal d' entreprise, né dans la clandestinité: "Dynamo !".

Hélas, la Fgtb liégeoise était contre la grève "sauvage" des femmes de la Fn. Et à la remorque de la Fgtb, la Fédération liégeoise du Parti communiste de Belgique lui emboîtait le pas, à travers certains permanents. En plus, un journaliste de service à la Rédaction du Drapeau Rouge (Dr), quotidien du Pc était plus soucieux de répandre dans les pages du journal le point de vue des deux fédérations (Fgtb et Pcb), que celui des femmes en grève et en lutte. Ne parlons même pas évidemment de la position du Parti "socialiste" ... d' où rien n' était à espérer.

A Charleroi  cependant, le staff des principaux permanents de la Fédération communiste est solidaire de la grève des femmes de la Fn, ayant convenablement évalué l' enjeu. Ensemble le député-président Georges Glineur (également membre du Bureau politique du Parti), le secrétaire politique fédéral Félicien Niéson, et moi-même, tirons un tract appelant les Acec de Charleroi à la grève de solidarité. Le Président "communiste" (qui ne bougeait et ne se manifestait pas!) de la délégation syndicale des Acec en est consulté et informé...

Le lendemain-matin, les permanents et d' autres militants communistes sont en place, à l' entrée de l' entreprise, pour distribuer le tract.

Mais remis entre-temps sur "la bonne voie" par quelques éléments opportunistes de la Fédération du Parti, arrive évidemment le Président "communiste" de la délégation syndicale de l' entreprise. Face aux divergences et pour ne pas mettre en péril l'unité et les structures de la Fédération communiste, les quelque 3.000 tracts tirés rejoindront les poubelles ... du réformisme et de la collaboration syndicale.

Les femmes grévistes de la Fn de Herstal et les travailleuses des Acec de Charleroi ignoreront absolument tout de ces confrontations en coulisses. La grève des femmes de la Fn s' épuisa donc. Une occasion manquée et une trahison de plus pour le monde du travail, même si la première réunion du Comité fédéral du Parti fut très chaude...

C' est ce qui justifie que quelque 40 ans après, "Solidaire", hebdomadaire du Ptb, puisse publier, avec raison, l' article ci-dessous, dans ses pages.

Personnellement, j' ai toujours gardé cet épisode sur la patate ...

Roger Romain,

permanent fédéral du Pcb (1965-1990)

 

 

mardi, 28 mars 2006, 11h09


«Les femmes gagnent 24% de moins que les hommes: une honte!»
Equal Pay day: entretien avec Gitta Vanpeborgh, responsable du gendermainstreaming de l'ABVV (FGTB)

C'est pour cette raison que les femmes de l'ABVV et Zij-kant, un mouvement de femmes social et progressiste, organisent le 31 mars la journée Equal Pay Day (journée du salaire égal).

An Lenaerts
29-03-2006

Gitta Vanpeborgh, responsable du gendermainstreaming pour l'ABVV (FGTB flamande), déclare à propos du fossé salarial entre hommes et femmes : «J'ai parfois l'impression qu'il existe un véritable refus de la part des politiques de combler ce fossé». (Photo Solidaire, An Lenaerts)

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Solidaire a rencontré Gitta Vanpeborgh, 39 ans et responsable depuis près de deux ans du gendermainstreaming pour l'ABVV.

Etre responsable du gendermainstreaming, qu'est-ce que cela veut dire exactement ?

Gitta Vanpeborgh. Garantir l'égalité entre hommes et femmes, tant sur le marché du travail qu'au sein même du syndicat. Le premier objectif est d'augmenter la participation syndicale des femmes. Nous voulons des femmes syndicalistes plus actives mais aussi un plus grand nombre de femmes aux postes de direction dans le syndicat. Le second objectif est d'augmenter la dimension de genre dans le syndicat. Cela signifie que nous voulons que les mesures et décisions prises soient systématiquement étudiées sous l'angle de leurs conséquences pour l'égalité entre hommes et femmes.

Pourquoi avoir choisi la date du 31 mars pour la journée du Equal Pay Day?

Gitta Vanpeborgh. Nous avons choisi cette date pour mettre en évidence l'écart salarial permanent entre hommes et femmes. Le fait que les femmes gagnent 24% de moins que les hommes signifie que les femmes doivent travailler en moyenne trois mois de plus que les hommes pour avoir le même salaire annuel. C'est comme si vous, messieurs, étiez payé le 31 mars.

En Europe, la Belgique est toujours présentée comme le bon élève alors qu'il n'y a eu aucune amélioration depuis 1995. Nous voulons tirer la sonnette d'alarme. Cette année, nous organiserons des actions dans toute la Belgique. Cette année notre message est «Les femmes gagnent 24% de moins que les hommes: une honte!».

Quel est l'objectif de cette campagne ?

Gitta Vanpeborgh. Sensibiliser les gens sur le fait que les écarts de salaire ont des conséquences pour les femmes et leur pension . Nous voulons par la même occasion lancer un signal aux responsables politiques qui sont chargés de prendre les mesures nécessaires.

Mais nous ne nous limitons pas à l'organisation de cette journée. Nous analysons systématiquement les statistiques salariales. L'année passée, nous avons examiné les résultats de toute une série de petites enquêtes. Par exemple, une étude réalisée par Dexia sur l'argent de poche des jeunes, un rapport de Randstad sur les salaires des jobs étudiants. Et nous avons constaté qu'il existait des différences manifestes entre les garçons et les filles. C'est aussi le cas pour les personnes hautement qualifiées: les femmes juristes d'entreprise ou journalistes gagnent clairement moins que leurs collègues masculins.

Il y a quarante ans, les ouvrières de la FN à Herstal se mettaient en grève et réclamaient «A travail égal, salaire égal». Un loi a été votée il y a près de trente ans. Comment expliquez-vous que l'écart salarial soit toujours là ?

Gitta Vanpeborgh. Durant les premières années qui ont suivi l'approbation de la loi, on a effectivement fait des progrès. Mais depuis 1995, on fait du surplace. Au cours de ces deux dernières années, on a même vu l'écart salarial augmenter. L'augmentation de la flexibilité et de la pression au travail joue en défaveur des femmes. Il est devenu pratiquement impossible pour les familles qui ont des enfants d'avoir deux temps plein. La plupart du temps c'est la femme qui opte pour le travail à temps partiel ou l'interruption de carrière. Les facteurs qui interviennent ici sont le rôle traditionnel de la femme et le fait que le travail des femmes n'est toujours pas considéré comme un travail à part entière (financièrement). Beaucoup de femmes n'ont d'ailleurs pas le choix. Dans un grand nombre de secteurs typiquement féminins, il n'est possible de travailler qu'à temps partiel et les horaires sont à ce point flexibles qu'il leur est impossible de prendre un second emploi à mi-temps. Les conséquences pour les revenus de la femme sont très sérieuses.

Quelles sont les actions prévues pour ce 31 mars?

Gitta Vanpeborgh. Nous organiserons dans diverses grandes villes du pays des actions ludiques. Nous parlerons aussi de tous les mécanismes directs et indirects qui font que les femmes gagnent moins que les hommes. Le besoin de garderies de qualité à prix raisonnable. Les emplois à temps partiel obligatoires dans certains secteurs. Nous distribuerons également ce jour-là dans diverses grandes entreprises des tracts, nous collerons des autocollants et nous porterons des T-shirts spéciaux. Dans certaines entreprises, les syndicalistes auront une entrevue avec les patrons au conseil d'entreprise.

Selon vous, que faudrait-il faire pour combler le fossé salarial?

Gitta Vanpeborgh. Lors de la journée Equal Pay Day, nous ferons diverses propositions aux politiques. Nous sommes aussi pour les campagnes de sensibilisation dans l'enseignement. Il faut améliorer les conditions salariales dans les secteurs où travaillent beaucoup de femmes. Mais le plus important c'est qu'une loi-action soit votée comme en Suède. C'est vrai, nous avons nous aussi une loi qui garantit «à travail égal, salaire égal» mais cette loi est plutôt théorique. Au contraire, une loi-action renferme des règles très concrètes que les employeurs doivent observer pour empêcher la discrimination lors du recrutement, la formation, l'instruction, la rémunération, etc.

Et les politiques, pensez-vous qu'ils vous écouteront?

Gitta Vanpeborgh. Un grand nombre de responsables politiques reconnaissent qu'il y a effectivement un problème. La première journée Equal Pay Day organisée en 2005 y a certainement contribué.

Le problème du fossé salarial c'est que souvent on l'envisage uniquement du point de vue d'une soi-disant liberté de choix individuelle. Nous avons du mal à accepter les arguments du style «si les femmes gagnent moins c'est parce qu'elles ont moins bien négocié leur salaire» ou «elles ont tout de même choisi de travailler à temps partiel». Les causes structurelles et d'ordre social sont balayées. J'ai parfois l'impression qu'il existe un véritable refus des politiques de combler le fossé salarial. Bien entendu, pour augmenter le salaire des femmes il faut de l'argent. Et pour moi, ils peuvent sans problème toucher aux gros salaires.


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19:36 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles, Belgique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : belgique, charleroi, communisme, courcelles, democratie, histoire, politique, pt, romain, solidarite, europe | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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