25/01/2006

25/01/2006: la presse ou le coup d'Etat permanent

 
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From: Combat
Sent: Wednesday, January 25, 2006 9:43 AM
Subject: TR: la presse ou le coup d'Etat permanent

 
 
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De : bleitrach.danielle [mailto:bleitrach.danielle@wanadoo.fr]
Envoyé : mercredi 25 janvier 2006 08:19
À : combat
Objet : la presse ou le coup d'Etat permanent

LA PRESSE OU LE COUP D'ETAT PERMANENT

Quand nous en sommes à être en tant que citoyens manipulés de manière permanente au point de confondre informations et campagnes de haine contre des peuples, quand nous ne percevons plus aucun des enjeux vitaux au profit de ragots calomnieux, qu'en est-il de la démocratie ?

Aucun des aspects de notre vie n'y échappe et certains événements récents illustrent assez bien le cauchemar d'un occident assiégé dans lequel on prétend nous faire vivre et ce cauchemar serait dans nos murs. La situation telle qu'elle nous est décrite, nous paralyse, nous interdit d'intervenir. Mieux ceux qui résistent, comme en a témoigné la couverture des grèves marseillaises cet automne sont stigmatisés, isolés. Un autre événement comme la révolte des banlieues donne lieu de la part du ministre de l'intérieur a une manipulation qui contredit toutes les analyses y compris celle de ses propres services, sur l'éthnicisation de bandes criminelles. Tout ce que fait et dit ce ministre est complaisamment relayé, devient vérité à force d'être répété.

La presse de masse, radios, télévisions présentent un front unanime de désinformation et une autre caractéristique de la période est que dans cette presse désormais, celle qui est censée être d'opposition comme l'humanité parce qu'elle n'a plus de relais militant, parce qu'elle n'a plus comme objectif que des jeux politiciens, est contrainte de manifester ses critiques à l'intérieur du "politiquement correct" médiatique.

Cela a abouti à cette extraordinaire situation d'un président de la République français qui fait une intervention sur le nucléaire qui laisse un pays entier dans l'incapacité de se prononcer.

LE POLITIQUEMENT CORRECT

Il en est des propos les plus a contrario de ce politiquement correct comme du récent discours d'Al Gore contre le viol des libertés par le gouvernement de G.W.Bush. Pour ceux qui l'ont lu, c'est quasiment la description d'une dictature où sous couvert de préserver le pays du danger terroriste, l'exécutif viole la Constitution, met sous surveillance les citoyens, bref attaque tous les fondements démocratiques des USA. Notons tout de suite que jamais la presse française n'oserait aller aussi loin dans la caractérisation du gouvernement des Etats-Unis. Les pires forfaits de ce gouvernement sont toujours assortis chez nous du constat que les Etats-Unis sont une démocratie et que les adversaires qu'il attaque sans le moindre prétexte légal, sont d'horribles dictatures. (1) Donc si l'on considère le débat tel qu'il a lieu aux Etats-Unis sur la nature réelle du gouvernement Bush, nous sommes loin de ce qui se dit et dont témoigne le discours d'Al Gore.

Pourtant toujours à partir de ce discours, on peut constater qu'il a son propre politiquement correct, qui en réduit considérablement la portée aux yeux des citoyens. Il y a deux non-dits : le premier est de ne pas mettre en lumière le système qui fait que le gouvernement Bush n'est pas un simple accident de l'histoire, mais un donné structurel du fonctionnement de la Démocratie US, qui a toute chance de se perpétuer. Le fait que les Etats-Unis sont un impérialisme, qui impulse en suivant le seul intérêt de ses multinationales, le primat du marché, le pillage de la planète et à terme une catastrophe d'une grande ampleur est nié. Le second non-dit est l'existence d'une menace terroriste venant de l'extérieur, jamais n'est dévoilé le fait que les Etats-Unis sont un Etat terroriste, qui a eu recours systématiquement au terrorisme en Amérique latine, en particulier contre l'île voisine Cuba. Sans parler du fait que, sans donner dans la théorie du complot, on peut s'interroger sur la manière dont les actes terroristes interviennent toujours pour fournir le prétexte à une politique décidée bien avant.

A partir du moment où ces deux points essentiels, le vecteur du profit et l'existence réelle d'une menace terroriste, ne sont jamais élucidés, le discours des démocrates comme celui d'Al Gore qui dénonce la dictature de G.W.Bush peut être contourné par l'idée qu'il faut ce qu'il faut pour protéger le citoyen. Et de surcroît prononcé par une élite, ce discours  n'élucide jamais ce qui fonde les peurs du citoyen, l'insécurité de sa propre vie, le chômage, le pouvoir d'achat, l'absence de soins digne de ce nom, etc... il est d'autant moins crédible.

C'est un non-dit non seulement pour les démocrates nord-américain, mais pour l'ensemble du politico-médiatique dominé à 98%, y compris en France, par un système de concentration de la presse et des annonceurs, dont le moins que l'on puisse dire que jamais il n'élucide le problème.

Certes des nouvelles peuvent apparaître comme celle qui vient de tomber : "la planète compte un nombre record de Chômeurs selon le BIT dans son rapport annuel sur les tendances de l'emploi dans le monde et le fait que la moitié des chômeurs sont des jeunes de 15 à 24 ans alors qu'ils représentent le quart de la population". Mais le politiquement correct consiste à isoler ce type d'information de toute réflexion du phénomène appelé terrorisme, de la montée de la délinquance et encore plus de l'analyse des gouvernants.

Les deux ordres sont soigneusement isolés l'un de l'autre et la question de la démocratie ou de la dictature n'apparaît que comme un débat sur "les valeurs".

En France c'est peu dire que le politico-médiatique pratique de la sorte, avec quelques particularités locales, qui reviennent au fait qu'il suffit de prononcer le mot "voile" ou "antisémitisme" pour que le débat parte la stratosphère. Ce qui conduit à des folies irrationnelles la quasi-totalité de la gauche. Non seulement on est arrivé à isoler les victimes du génocide nazi, de la longue chaîne des crimes contre l'humanité, mais encore les propos plus que contestables d'un dirigeant iranien sont censés justifier le fait que son peuple doit recevoir en réponse une bombe nucléaire. Ou encore que quand intervient une manipulation évidente du discours de Chavez, la caste politico-médiatique à quelques rares exceptions près soit se tait, soit appuie sans le moindre état d'âme, comme l'ont fait les Echos la manipulation grossière. Même l'humanité qui se décide après plusieurs jours à rétablir les faits, a du mal à rompre la solidarité. Parler de caste ne signifie pas que nous mettions tous les journalistes dans le même panier, mais bien que nous mettons l'accent sur système dans lequel ils sont pris et qui contraint l'exercice de leur profession. Le silence embarrassé, là encore à de rares exceptions près, des politiques de gauche est également notable et témoigne du fait qu'au meilleur des cas nul n'ose affronter ce consensus médiatique dont il pense que son élection dépend plus que du citoyen. On attend encore une intervention de la direction du PCF pour dénoncer ce montage du journal Libération. Si je prend cet exemple ce n'est pas en vue d'un acharnement particulier contre le PCF et son journal, mais parce que leur positionnement témoigne de la clôture du système.

Pour être plus complet, il faudrait sans doute aller plus au fond sur les conditions réelles de la presse et des journalistes. Sur le fait par exemple que cette presse est soumise à une situation générale de pression sur l'emploi et sur les coûts de production. Non seulement sont réduits au maximum les enquêtes sur le terrain dans des délais raisonnables, mais "les spécialistes" des questions n'en sont plus, et la simple reproduction des dépêches d'agence constituent l'ordinaire, sans parler de la reproduction d'articles de la presse étrangère. Il faudrait également aborder la formation des journalistes. Toutes choses sans lesquelles on ne peut pas percevoir l'ignorance dans laquelle sont concoctées la plupart des informations. Mais attribuer à la seule ignorance, l'orientation de cette presse n'est pas suffisant. Elle n'expliquerait en rien la censure, y compris sur le courrier des lecteurs, de toute opinion qui sur certains sujets vont a contrario de la vulgate.

LA CENSURE ET LA DECONTEXTUALISATION

Parce que nous avons étudié Cuba (2) et ce d'une manière que l'on peut qualifier de "sérieuse" sans avancer aucune idée qui ne s'appuie sur des faits, nous avons été confrontés à ce phénomène de censure et de décontextualisation. Quand les "faits" apparaissaient dans la presse, ils étaient systématiquement présentés hors de leur contexte, celui d'un petit pays sous-développé qui subissait depuis plus de quarante ans une guerre terroriste de la part des Etats-Unis, un terrible blocus. La presse se devait de brosser le tableau d'une dictature faisant le malheur de son peuple par un choix socialiste qui l'entraînait dans la misère. On se disait que parler du "blocus" relevait d'un sacrilège comparable aux affirmations de Galilée devant l'inquisition, la vie n'était pas en jeu, mais le fait que vous étiez nié... La censure hermétique, à l'exception du Monde Diplomatique, sur le contexte qui mettait en cause les Etats-Unis est allé jusqu'à la censure de livres d'articles, qui osaient aller a contrario du mensonge sur lequel reposait l'ensemble des productions de la presse française sur le sujet. On ne peut que constater là encore que l'humanité, la direction du PCF contribue largement à bétonner.

Aujourd'hui alors que pratiquement un million et demi de Cubains défilent pour exiger que soit extradé et jugé Posada Carriles, un des plus grands terroriste, que le Venezuela dont il s'est échappé le réclame, le gouvernement Bush s'apprête à le libérer de la prison où il est détenu "pour être entré clandestinement aux Etats-Unis", la presse française organise le silence sur ce fait ou ne laisse filtrer qu'une information incompréhensible, comme d'ailleurs sur l'affaire des 5. Ces 5 Cubains qui ont infiltré les filières terroristes contre leur pays et qui sont maintenus en prison aux Etats-unis dans des conditions inhumaines alors même qu'un tribunal d'Atlanta a dénoncé l'inanité des charges, et les conditions de leur procès. Ces deux faits non seulement rétabliraient le contexte réel de ce que subit Cuba, mais risquent surtout de nous faire nous poser des questions sur l'origine réelle de la menace terroriste qui pèse sur le monde. Si dans l'état de nos informations, nous pouvons tout au plus dire que le réseau terroriste d'Al quaida, a été créé, entretenu dans le contexte de la guerre froide, et qu'il fonctionne de fait comme un allié objectif du gouvernement de G.W.Bush, chacune de ses interventions justifiant une politique décidée de longue date, l'analyse de la politique des Etats-Unis sur l'Amérique latine depuis de nombreuses décennies démontre que les Etats-unis n'ont cessé de s'y conduire directement ou par le biais d'hommes de main, comme Posada Carriles, comme un Etat terroriste.

Nous renseigner sur ces faits serait mettre en évidence la réalité à laquelle nous sommes confrontés : la montée en puissance d'une dictature qui pour s'assurer le pillage de la planète institue un état de guerre généralisé et produit sous développement, détruit l'environnement et les êtres humains.

INVENTER LA MENACE ET DONC LA RIPOSTE :

On peut s'interroger sur ce qui fonde cette volonté manifeste du système médiatique et dont le politiquement correct n'est que la traduction de nous imposer la plus gigantesque manipulation qui soit non seulement sur un petit pays , mais comme nous le verrons,sur qui concerne la bagatelle qu'est l'avenir de la planète et celle de l'humanité ? Certes il y a comme nous venons de l'esquisser la nature du système médiatique, la concentration de la presse, le poids des annonceurs autant que le système quasi-dictatorial que finit par représenter une rédaction... sans parler de la pression sur l'emploi comme dans toutes les professions. Mais sur le fond outre l'illusion démocratique, n'y a-t-il pas ce refus de reconnaître que c'est tout le mode de vie occidental, basé de plus en plus sur un consumérisme de marché, un gaspillage des ressources qui s'épuisent qui devrait être mis en cause. Certains expliquent gravement que "le progrès" est une valeur qui a fait son temps, mais ne songent même pas à voir que pour conserver "l'accumulation de la marchandise" qui est aussi un rapport social comme l'a expliqué en son temps Marx, le vecteur du progrès occidental, base du profit, ils sont prêts à envisager à terme la fin de l'humanité. Et peuvent de ce fait très bien concilier les horreurs que ne cesse d'engendrer le gouvernement des Etats-Unis avec l'affirmation que c'est une grande démocratie. Jadis l'Europe, le Japon et d'autres se sont frileusement rassemblées sous le parapluie nord-américain pour faire face à la menace qu'aurait fait peser l'URSS. Cette menace a été exagérée, gonflée, au point que l'effondrement a surpris au premier chef les croisés de l'équipe Reagan, qui sont encore aujourd'hui au pouvoir et dont on peut dire que leur capacité d'auto-intoxiquation se confond avec leur propagande. Aujourd'hui, toujours selon la même logique, la croisade à laquelle ils nous convient et que relaie complaisamment le système politico-médiatique est encore plus folle: transformer l'exigence des peuples de la planète à maîtriser leurs ressources pour un développement endogène en une agression généralisée contre le monde libre et son mode de vie. Si l'URSS pouvait apparaître comme une autre superpuissance, qui peut croire que Cuba ou même la Chine soit aujourd'hui en état d'attaquer les Etats-Unis ?

Et pourtant le politiquement correct tel qu'il fonctionne nous construit ce théâtre d'ombre.

 

TRANSFORMER LA NATURE DES RESISTANCES :

Face à la montée planétaire des résistances et singulièrement en Amérique latine, il faut occulter la question posée par les peuples, ne plus même laisser la place pour la réforme, celle qui permettrait à des nations de faire le choix d'un développement endogène, basé sur la maîtrise de leurs ressources et tablant sur la consommation intérieure, sur le développement par exemple de la santé et de l'éducation au lieu de tout sacrifier au marché extérieur. Questions notons-le qui ne concerne pas que les pays sous-développés, mais les pays occidentaux eux-mêmes et que "le politiquement correct" nous interdit de poser. Ou alors cela devient un discours vague et généreux, des dossiers plus ou moins technocratiques, mais jamais la base d'un réel débat public.

La situation en Iran illustre assez bien ces interdits médiatiques. Ce pays prétend se doter d'une énergie nucléaire, cette volonté est réduite alors à la question des "armes de destruction massive". Est complètement occulté le fond du problème, un pays ayant pour le moment des ressources pétrolières, mais sachant que celles-ci s'épuisent à un rythme accéléré n'a-t-il pas le droit et même le devoir de prévoir une énergie de substitution durable ? sauf à accepter dans l'avenir une crise majeure ?

Notons que l'antagonisme entre l'Iran et les multinationales du pétrole avec leur Jockey, le gouvernement des Etats-Unis, est très ancien puisque ce pays est parmi les premiers avec Mossadegh à exiger la maîtrise nationale de la manne pétrolière. L'arrivée de Khomeyni et la fuite du Shah , un pion occidental, n'a été que la résurgence de cette revendication, de même l'élection récente d'un nouveau dirigeant doit être interprétée non comme une concrétisation des fantasmes occidentaux, mais comme la poussée populaire contre une classe dirigeante corrompue et prête de ce fait à rentrer dans le jeu occidental. Il est à noter à quel point quand l'on veut ignorer cette donnée fondamentale, toute analyse, toute prévision devient impossible. Comme la presse occidentale s'obstine à nous décrire depuis plus de quinze ans un régime cubain condamné, comme on nous décrit un Chavez honni par le peuple vénézuélien, les commentateurs "avertis" sur les élections iraniennes nous avaient prédit la victoire d'un "réformateur". Il y a là un trait commun entre le poltico-médiatique français et les néo-conservateurs qui entourent Bush, isolés, coupés de la réalité, en proie aux illusions d'une pensée dogmatique qui se substitue aux faits, ils s'auto-intoxiquent à leur propagande. Et sitôt passé l'événement ils reviennent au dogme, car la réalité ne peut rien contre une pensée dogmatique entretenue par un intérêt personnel puissant.

Donc, en ce qui concerne l'iran qui veut se doter de l'énergie nucléaire, le champ du politiquement correct fonctionne selon son modèle habituel : une société basée sur le fanatisme nous menace, elle s'apprête à se doter d'une arme de destruction massive dirigée contre nous, innocentes victimes. Ce qui permet d'occulter le fait que la seule puissance menaçante, dotée d'armes de destruction massive dans la Région est Israël. Mieux , le scénario de l'intervention nucléaire ciblée d'Israël est clairement exposé par les Etats-Unis. Un propos du président iranien qui a remis en cause l'extermination nazie devient un casus belli, qui justifie le recours d'Israël à la bombe nucléaire.

Par parenthèse, qu'il faille combattre le racisme et donc l'antisémitisme dans l'oeuf paraît une nécessité, surtout pour l'Europe, à qui l'on peut signaler que c'est chez elle que sont toujours apparu les crimes racistes les pires et pas chez les peuples du Moyen Orient, mais que l'accusation d'antisémitisme devienne le prétexte de toutes les interventions impérialistes contre les peuples, ne peut que nuire et au premier chef aux citoyens de confession ou de famille juive, qu'entretenir l'amalgame entre la politique de l'Etat d'Israël et des citoyens français, étasuniens ou autres, à leur dépends.

Le fait essentiel est qu'à travers ce théâtre d'ombre sur le fanatisme des peuples musulmans, ou sur "le populisme" dictatorial de leurs dirigeants, on nous interdit de nous interroger sur les questions fondamentales sur lesquelles devraient porter le débat citoyen.

LE DISCOURS DE JACQUES CHIRAC:

L'intoxication médiatique est telle qu'elle nous interdit d'exercer nos choix citoyens dans notre propre pays. Quand dans un tel contexte de menace d'intervention sur l'Iran, Jacques Chirac fait un discours à Brest sur la force de frappe française, en change de fond en comble la doctrine et propose qu'elle soit utilisée pour répondre aux menaces d'un Etat terroriste, en prenant bien garde de ne citer personne. La France entière va être paralysée, incapable de réagir.

Pourtant ce discours est la proclamation la plus éhontée du droit du plus fort, il balaye tous les prétextes invoqués jusqu'ici pour les interventions, abolit la légalité internationale et démontre clairement que les références morales ou légales (TPE) n'ont aucune importance, les puissances occidentales possédant l'arme atomique se réservent le droit d'intervenir si leurs "intérêts vitaux" sont menacés.

En France, la faiblesse des réactions est extraordinaire. L'humanité se contente de noter que Chirac "banalise" le recours à l'arme atomique, pas la moindre mobilisation. Toujours à gauche, certains montent au créneau pour approuver parce que même si le président français n'a pas prononcé le mot Iran, il ne peut s'agir que d'un alignement sur les Etats-Unis et Israêl. Là encore le théâtre d'ombre médiatique qui a choisi Sarkozy, ne cesse de nous dépeindre un président sénile, complètement impuissant depuis le Non français, dans une Europe où de surcroît l'élection d'une chancelière allemande l'a définitivement isolé.

A l'extérieur au contraire, c'est un véritable tollé, l'opposition en Europe monte des rangs les plus atlantistes, de droite ou de gauche, en revanche en Iran même la réaction est extraordinairement modérée, on se contente de souligner le fait que ce discours révèle le fond de la stratégie impérialiste et la manière dont les grandes puissance prétendent utiliser les Institutions internationales pour interdire à des pays de s'équiper en matière nucléaire comme ils le font eux-mêmes.

Peu à peu, on découvre le fond de la manoeuvre chiraquienne, celui-ci utilisant le fait que la France s'est préparé à cette éventualité en matière nucléaire, offre à ses partenaires européens sa protection et reprend donc le leadership sur ce continent, et endigue la volonté d'intervention des Etats-Unis et d'Israël. Le discours officiel de téhéran ne s'y trompera pas, qui à de nouvelles menaces d'Israël rétorque que cela déplairait à l'Europe, et à d'autres puissances de la région. Car Moubarak, le président egyptien est également intervenu pour expliquer à Dick Cheney que la seule puissante possédant des armes de destruction massive est israël.

Il semble d'ailleurs que le discours sur l'utilisation de la force de frappe française contre la menace terroriste qui frapperait "les intérêts vitaux" de la France ou de ses alliés, soit assorti d'une proposition d'aide au développement du nucléaire civil en Europe.

Il faut encore noter que ces jeux de couloir, s'expliquent par un contexte de montée des résistances. Hier, face à l'invasion de l'irak, le Président français a du se contenter d'un baroud d'honneur au Conseil de sécurité. Aujourd'hui, il ne peut mener cet isolement des Etats-Unis et d' Israël , grâce à la bombe mais aussi à l'énergie nucléaire, que parce qu'au plan mondial la montée des résistances a fragilisé à l'extrême Bush, y compris aux Etats-Unis mêmes. On peut dire que Chirac n'a eu qu'a envoyer un coup de poing à un paralytique qui se trouvait déjà bien embarrassé pour étendre le conflit à l'Iran. Mais il y a plus, comment se fait-il que les gouvernements les plus contestés au plan interne comme Moubarak, Berloscuni et Chirac lui-même aient été ceux qui aient été les plus actifs? Si ce n'est parce que justement la pression des peuples a encore un effet déterminant...

On perçoit bien à quel point le politicien politico-médiatique démunit jusqu'à ceux qui croient le maîtriser, les journalistes et surtout les politiciens qui sont à la dérive face à leur base de classe... Et on pourrait rire de cela si alors que montent les résistances, la consciences des enjeux fondamentaux, le citoyen français ne se trouvait pas complètement dépolitisé et condamné donc à approuver des stratégies impérialistes, qu'elles soient celles d'une dictature unique mondiale ou celles d'impérialismes locaux portant encore plus haut la concurrence généralisée et donc la guerre avec le recours aux moyens les plus extrêmes.

Il n'y a plus d'alternative quand face à une stratégie impérialiste, et celle de Jacques Chirac l'est incontestablement, même si elle donne un espace d'indépendance plus grand aux intérêts européens et français, les citoyens n'ont plus aucun moyen d'envisager une stratégie alternative concrète sur des questions aussi fondamentale que la défense, le choix de l'énergie nucléaire, et dans ce contexte là la privatisation. La gauche n'est plus alors que discours confus, impuissant . L'extraordinaire paralysie qui a frappé les esprits à cette occasion montre jusqu'où, jusqu'à quel degré d'aliénation est arrivé notre "démocratie"... Alors même que si l'on mesure qu'il ne s'agit plus seulement d'exploitation mais de mise en danger de l'humanité par une dictature de fait, non seulement la "conciliation" n'est pas le meilleur choix, mais les bases de résistances s'élargissent, c'est d'ailleurs ce que semblent avoir compris beaucoup de peuples du sud...

 Les dirigeants politiques de gauche incapables d'envisager l'horizon du problème se contentaient donc face à la déclaration de Chirac de poursuivre leur bonhomme de chemin. Le PCF se réunissait dans une cabine téléphonique avec la fondation Copernic pour décider du parti communiste dont "ils" avaient besoin, et  ne pensait plus que par additions de petits problèmes associatifs qu'il fallait ménager. Le PS se faisait duper par le mépris d'un Chirac isolé, déchiré par les rivalités de sa majorité (comme lui-même) et qui ne pouvait donc que se rallier à l'atlantisme. Sarkozy remettait ça sur l'ethnicisation de la délinquance organisée, bref chacun suivait son train train ordinaire. L'inénarrable Alexandre Adler intervenait pour nous expliquer que les mollahs réformateurs avaient décidé de pousser jusqu'à l'irréalisme total le nouveau président. Les progressistes de tout poil menaient oeuvre salubre contre le montage de Libération sur "l'antisémitisme" de Chavez.

Pendant ce temps là d'un côté une crise majeure était endiguée mais au prix de conséquences non moins majeures : une doctrine d'une extrême dangerosité, la rupture avec l'hypothèse d'un désarmement généralisé, un mépris encore plus grand de toute légalité internationale. Chirac était devenu le jockey de quelques multinationales bien de chez nous et qu'il s'emploie à privatiser quand comme Dassault ou Lagardère - par parenthèse les principaux patrons de presse en même temps qu'industriels de l'armement - ce n'est pas déjà fait...

On avait assisté également à un renforcement de l'intégration européenne sous l'égide des mêmes en violation du vote des Français... Sans qu'il se soit trouvé une seule force à gauche capable d'intervenir au niveau où l'impérialisme français se situait tant au plan international qu'au plan national.

 

Qu'il me soit permis cette petite pointe d'ironie... Pendant que la direction du PCF s'avère incapable d'intervenir sur la guerre et la paix, sur la défense, la politique énergétique de la France et de mobiliser le pays contre les dangers terribles qui nous menacent, son journal l'humanité, à qui rien de ce qui est secondaire n'est désormais étranger, pratique la même censure, la même désinformation que les autres au nom d'un ralliement récent à cette démocratie là...

Danielle Bleitrach

(1) Danielle Bleitrach , Viktor Dedaj, Maxime Vivas. Les Etats-Unis DE MAL EMPIRE. Ces leçons de résitance qui nous viennent du Sud. Aden 2005.

(2) Danielle Bleitrach, Viktor Dedaj. Cuba est une île. Le temps des cerises. 2004

 

 

 

 

 

 

LA PRESSE OU LE COUP D'ETAT PERMANENT

Quand nous en sommes à être en tant que citoyens manipulés de manière permanente au point de confondre informations et campagnes de haine contre des peuples, quand nous ne percevons plus aucun des enjeux vitaux au profit de ragots calomnieux, qu'en est-il de la démocratie ?

Aucun des aspects de notre vie n'y échappe et certains événements récents illustrent assez bien le cauchemar d'un occident assiégé dans lequel on prétend nous faire vivre et ce cauchemar serait dans nos murs. La situation telle qu'elle nous est décrite, nous paralyse, nous interdit d'intervenir. Mieux ceux qui résistent, comme en a témoigné la couverture des grèves marseillaises cet automne sont stigmatisés, isolés. Un autre événement comme la révolte des banlieues donne lieu de la part du ministre de l'intérieur a une manipulation qui contredit toutes les analyses y compris celle de ses propres services, sur l'éthnicisation de bandes criminelles. Tout ce que fait et dit ce ministre est complaisamment relayé, devient vérité à force d'être répété.

La presse de masse, radios, télévisions présentent un front unanime de désinformation et une autre caractéristique de la période est que dans cette presse désormais, celle qui est censée être d'opposition comme l'humanité parce qu'elle n'a plus de relais militant, parce qu'elle n'a plus comme objectif que des jeux politiciens, est contrainte de manifester ses critiques à l'intérieur du "politiquement correct" médiatique.

LE POLITIQUEMENT CORRECT

Il en est des propos les plus a contrario de ce politiquement correct comme du récent discours d'Al Gore contre le viol des libertés par le gouvernement de G.W.Bush. Pour ceux qui l'ont lu, c'est quasiment la description d'une dictature où sous couvert de préserver le pays du danger terroriste, l'exécutif viole la Constitution, met sous surveillance les citoyens, bref attaque tous les fondements démocratiques des USA. Notons tout de suite que jamais la presse française n'oserait aller aussi loin dans la caractérisation du gouvernement des Etats-Unis. Les pires forfaits de ce gouvernement sont toujours assortis chez nous du constat que les Etats-Unis sont une démocratie et que les adversaires qu'il attaque sans le moindre prétexte légal, sont d'horribles dictatures. (1) Donc si l'on considère le débat tel qu'il a lieu aux Etats-Unis sur la nature réelle du gouvernement Bush, nous sommes loin de ce qui se dit et dont témoigne le discours d'Al Gore.

Pourtant toujours à partir de ce discours, on peut constater qu'il a son propre politiquement correct, qui en réduit considérablement la portée aux yeux des citoyens. Il y a deux non-dits : le premier est de ne pas mettre en lumière le système qui fait que le gouvernement Bush n'est pas un simple accident de l'histoire, mais un donné structurel du fonctionnement de la Démocratie US, qui a toute chance de se perpétuer. Le fait que les Etats-Unis sont un impérialisme, qui impulse en suivant le seul intérêt de ses multinationales, le primat du marché, le pillage de la planète et à terme une catastrophe d'une grande ampleur est nié. Le second non-dit est l'existence d'une menace terroriste venant de l'extérieur, jamais n'est dévoilé le fait que les Etats-Unis sont un Etat terroriste, qui a eu recours systématiquement au terrorisme en Amérique latine, en particulier contre l'île voisine Cuba. Sans parler du fait que, sans donner dans la théorie du complot, on peut s'interroger sur la manière dont les actes terroristes interviennent toujours pour fournir le prétexte à une politique décidée bien avant.

A partir du moment où ces deux points essentiels, le vecteur du profit et l'existence réelle d'une menace terroriste, ne sont jamais élucidés, le discours des démocrates comme celui d'Al Gore qui dénonce la dictature de G.W.Bush peut être contourné par l'idée qu'il faut ce qu'il faut pour protéger le citoyen. Et de surcroît prononcé par une élite n'élucide jamais ce qui fonde les peurs du citoyen, l'insécurité de sa propre vie, le chômage, le pouvoir d'achat, l'absence de soins digne de ce nom, etc... il est d'autant moins crédible.

C'est un non-dit non seulement pour les démocrates nord-américain, mais pour l'ensemble du politico-médiatique dominé à 98%, y compris en France, par un système de concentration de la presse et des annonceurs, dont le moins que l'on puisse dire que jamais il n'élucide le problème.

Certes des nouvelles peuvent apparaître comme celle qui vient de tomber : "la planète compte un nombre record de Chômeurs selon le BIT dans son rapport annuel sur les tendances de l'emploi dans le monde et le fait que la moitié des chômeurs sont des jeunes de 15 à 24 ans alors qu'ils représentent le quart de la population". Mais le politiquement correct consiste à isoler ce type d'information de toute réflexion du phénomène appelé terrorisme, de la montée de la délinquance et encore plus de l'analyse des gouvernants.

Les deux ordres sont soigneusement isolés l'un de l'autre et la question de la démocratie ou de la dictature n'apparaît que comme un débat sur "les valeurs".

En France c'est peu dire que le politico-médiatique pratique de la sorte, avec quelques particularités locales, qui reviennent au fait qu'il suffit de prononcer le mot "voile" ou "antisémitisme" pour que le débat parte la stratosphère. Ce qui conduit à des folies irrationnelles la quasi-totalité de la gauche. Non seulement on est arrivé à isoler les victimes du génocide nazi, de la longue chaîne des crimes contre l'humanité, mais encore les propos plus que contestables d'un dirigeant iranien sont censés justifier le fait que son peuple doit recevoir en réponse une bombe nucléaire. Ou encore que quand intervient une manipulation évidente du discours de Chavez, la caste politico-médiatique à quelques rares exceptions près soit se tait, soit appuie sans le moindre état d'âme, comme l'ont fait les Echos la manipulation grossière. Même l'humanité qui se décide après plusieurs jours à rétablir les faits, a du mal à rompre la solidarité. Parler de caste ne signifie pas que nous mettions tous les journalistes dans le même panier, mais bien que nous mettons l'accent sur système dans lequel ils sont pris et qui contraint l'exercice de leur profession. Le silence embarrassé, là encore à de rares exceptions près, des politiques de gauche est également notable et témoigne du fait qu'au meilleur des cas nul n'ose affronter ce consensus médiatique dont il pense que son élection dépend plus que du citoyen. On attend encore une intervention de la direction du PCF pour dénoncer ce montage du journal Libération. Si je prend cet exemple ce n'est pas en vue d'un acharnement particulier contre le PCF et son journal, mais parce que leur positionnement témoigne de la clôture du système.

Pour être plus complet, il faudrait sans doute aller plus au fond sur les conditions réelles de la presse et des journalistes. Sur le fait par exemple que cette presse est soumise à une situation générale de pression sur l'emploi et sur les coûts de production. Non seulement sont réduits au maximum les enquêtes sur le terrain dans des délais raisonnables, mais "les spécialistes" des questions n'en sont plus, et la simple reproduction des dépêches d'agence constituent l'ordinaire, sans parler de la reproduction d'articles de la presse étrangère. Il faudrait également aborder la formation des journalistes. Toutes choses sans lesquelles on ne peut pas percevoir l'ignorance dans laquelle sont concoctées la plupart des informations. Mais attribuer à la seule ignorance, l'orientation de cette presse n'est pas suffisant. Elle n'expliquerait en rien la censure, y compris sur le courrier des lecteurs, de toute opinion qui sur certains sujets vont a contrario de la vulgate.

LA CENSURE ET LA DECONTEXTUALISATION

Parce que nous avons étudié Cuba (2) et ce d'une manière que l'on peut qualifier de "sérieuse" sans avancer aucune idée qui ne s'appuie sur des faits, nous avons été confrontés à ce phénomène de censure et de décontextualisation. Quand les "faits" apparaissaient dans la presse, ils étaient systématiquement présentés hors de leur contexte, celui d'un petit pays sous-développé qui subissait depuis plus de quarante ans une guerre terroriste de la part des Etats-Unis, un terrible blocus. La presse se devait de brosser le tableau d'une dictature faisant le malheur de son peuple par un choix socialiste qui l'entraînait dans la misère. On se disait que parler du "blocus" relevait d'un sacrilège comparable aux affirmations de Galilée devant l'inquisition, la vie n'était pas en jeu, mais le fait que vous étiez nié... La censure hermétique, à l'exception du Monde Diplomatique, sur le contexte qui mettait en cause les Etats-Unis est allé jusqu'à la censure de livres d'articles, qui osaient aller a contrario du mensonge sur lequel reposait l'ensemble des productions de la presse française sur le sujet. On ne peut que constater là encore que l'humanité, la direction du PCF contribue largement à bétonner.

Aujourd'hui alors que pratiquement un million et demi de Cubains défilent pour exiger que soit extradé et jugé Posada Carriles, un des plus grands terroriste, que le Venezuela dont il s'est échappé le réclame, le gouvernement Bush s'apprête à le libérer de la prison où il est détenu "pour être entré clandestinement aux Etats-Unis", la presse française organise le silence sur ce fait ou ne laisse filtrer qu'une information incompréhensible, comme d'ailleurs sur l'affaire des 5. Ces 5 Cubains qui ont infiltré les filières terroristes contre leur pays et qui sont maintenus en prison aux Etats-unis dans des conditions inhumaines alors même qu'un tribunal d'Atlanta a dénoncé l'inanité des charges, et les conditions de leur procès. Ces deux faits non seulement rétabliraient le contexte réel de ce que subit Cuba, mais risquent surtout de nous faire nous poser des questions sur l'origine réelle de la menace terroriste qui pèse sur le monde. Si dans l'état de nos informations, nous pouvons tout au plus dire que le réseau terroriste d'Al quaida, a été créé, entretenu dans le contexte de la guerre froide, et qu'il fonctionne de fait comme un allié objectif du gouvernement de G.W.Bush, chacune de ses interventions justifiant une politique décidée de longue date, l'analyse de la politique des Etats-Unis sur l'Amérique latine depuis de nombreuses décennies démontre que les Etats-unis n'ont cessé de s'y conduire directement ou par le biais d'hommes de main, comme Posada Carriles, comme un Etat terroriste.

Nous renseigner sur ces faits serait mettre en évidence la réalité à laquelle nous sommes confrontés : la montée en puissance d'une dictature qui pour s'assurer le pillage de la planète institue un état de guerre généralisé et produit sous développement, détruit l'environnement et les êtres humains.

INVENTER LA MENACE ET DONC LA RIPOSTE :

On peut s'interroger sur ce qui fonde cette volonté manifeste du système médiatique et dont le politiquement correct n'est que la traduction de nous imposer la plus gigantesque manipulation qui soit non seulement sur un petit pays , mais comme nous le verrons,sur qui concerne la bagatelle qu'est l'avenir de la planète et celle de l'humanité ? Certes il y a comme nous venons de l'esquisser la nature du système médiatique, la concentration de la presse, le poids des annonceurs autant que le système quasi-dictatorial que finit par représenter une rédaction... sans parler de la pression sur l'emploi comme dans toutes les professions. Mais sur le fond outre l'illusion démocratique, n'y a-t-il pas ce refus de reconnaître que c'est tout le mode de vie occidental, basé de plus en plus sur un consumérisme de marché, un gaspillage des ressources qui s'épuisent qui devrait être mis en cause. Certains expliquent gravement que "le progrès" est une valeur qui a fait son temps, mais ne songent même pas à voir que pour conserver "l'accumulation de la marchandise" qui est aussi un rapport social comme l'a expliqué en son temps Marx, le vecteur du progrès occidental, base du profit, ils sont prêts à envisager à terme la fin de l'humanité. Et peuvent de ce fait très bien concilier les horreurs que ne cesse d'engendrer le gouvernement des Etats-Unis avec l'affirmation que c'est une grande démocratie. Jadis l'Europe, le Japon et d'autres se sont frileusement rassemblées sous le parapluie nord-américain pour faire face à la menace qu'aurait fait peser l'URSS. Cette menace a été exagérée, gonflée, au point que l'effondrement a surpris au premier chef les croisés de l'équipe Reagan, qui sont encore aujourd'hui au pouvoir et dont on peut dire que leur capacité d'auto-intoxiquation se confond avec leur propagande. Aujourd'hui, toujours selon la même logique, la croisade à laquelle ils nous convient et que relaie complaisamment le système politico-médiatique est encore plus folle: transformer l'exigence des peuples de la planète à maîtriser leurs ressources pour un développement endogène en en agression généralisée contre le monde libre et son mode de vie. Si l'URSS pouvait apparaître comme une autre superpuissance, qui peut croire que Cuba ou même la Chine soit aujourd'hui en état d'attaquer les Etats-Unis ?

Et pourtant le politiquement correct tel qu'il fonctionne nous construit ce théâtre d'ombre.

 

TRANSFORMER LA NATURE DES RESISTANCES :

Face à la montée planétaire des résistances et singulièrement en Amérique latine, il faut occulter la question posée par les peuples, ne plus même laisser la place pour la réforme, celle qui permettrait à des nations de faire le choix d'un développement endogène, basé sur la maîtrise de leurs ressources et tablant sur la consommation intérieure, sur le développement par exemple de la santé et de l'éducation au lieu de tout sacrifier au marché extérieur. Questions notons-le qui ne concerne pas que les pays sous-développés, mais les pays occidentaux eux-mêmes et que "le politiquement correct" nous interdit de poser. Ou alors cela devient un discours vague et généreux, des dossiers plus ou moins technocratiques, mais jamais la base d'un réel débat public.

La situation en Iran illustre assez bien ces interdits médiatiques. Ce pays prétend se doter d'une énergie nucléaire, cette volonté est réduite alors à la question des "armes de destruction massive". Est complètement occulté le fond du problème, un pays ayant pour le moment des ressources pétrolières, mais sachant que celles-ci s'épuisent à un rythme accéléré n'a-t-il pas le droit et même le devoir de prévoir une énergie de substitution durable ? sauf à accepter dans l'avenir une crise majeure ?

Notons que l'antagonisme entre l'Iran et les multinationales du pétrole avec leur Jockey, le gouvernement des Etats-Unis, est très ancien puisque ce pays est parmi les premiers avec Mossadegh à exiger la maîtrise nationale de la manne pétrolière. L'arrivée de Khomeyni et la fuite du Shah , un pion occidental, n'a été que la résurgence de cette revendication, de même l'élection récente d'un nouveau dirigeant doit être interprétée non comme une concrétisation des fantasmes occidentaux, mais comme la poussée populaire contre une classe dirigeante corrompue et prête de ce fait à rentrer dans le jeu occidental. Il est à noter à quel point quand l'on veut ignorer cette donnée fondamentale, toute analyse, toute prévision devient impossible. Comme la presse occidentale s'obstine à nous décrire depuis plus de quinze ans un régime cubain condamné, comme on nous décrit un Chavez honni par le peuple vénézuélien, les commentateurs "avertis" sur les élections iraniennes nous avaient prédit la victoire d'un "réformateur". Il y a là un trait commun entre le poltico-médiatique français et les néo-conservateurs qui entourent Bush, isolés, coupés de la réalité, en proie aux illusions d'une pensée dogmatique qui se substitue aux faits, ils s'auto-intoxiquent à leur propagande. Et sitôt passé l'événement ils reviennent au dogme, car la réalité ne peut rien contre une pensée dogmatique entretenue par un intérêt personnel puissant.

Donc, en ce qui concerne l'iran qui veut se doter de l'énergie nucléaire, le champ du politiquement correct fonctionne selon son modèle habituel : une société basée sur le fanatisme nous menace, elle s'apprête à se doter d'une arme de destruction massive dirigée contre nous, innocentes victimes. Ce qui permet d'occulter le fait que la seule puissance menaçante, dotée d'armes de destruction massive dans la Région est Israël. Mieux , le scénario de l'intervention nucléaire ciblée d'Israël est clairement exposé par les Etats-Unis. Un propos du président iranien qui a remis en cause l'extermination nazie devient un casus belli, qui justifie le recours d'Israël à la bombe nucléaire.

Par parenthèse, qu'il faille combattre le racisme et donc l'antisémitisme dans l'oeuf paraît une nécessité, surtout pour l'Europe, à qui l'on peut signaler que c'est chez elle que sont toujours apparu les crimes racistes les pires et pas chez les peuples du Moyen Orient, mais que l'accusation d'antisémitisme devienne le prétexte de toutes les interventions impérialistes contre les peuples, ne peut que nuire et au premier chef aux citoyens de confession ou de famille juive, qu'entretenir l'amalgame entre la politique de l'Etat d'Israël et des citoyens français, étasuniens ou autres, à leur dépends.

Le fait essentiel est qu'à travers ce théâtre d'ombre sur le fanatisme des peuples musulmans, ou sur "le populisme" dictatorial de leurs dirigeants, on nous interdit de nous interroger sur les questions fondamentales sur lesquelles devraient porter le débat citoyen.

LE DISCOURS DE JACQUES CHIRAC:

L'intoxication médiatique est telle qu'elle nous interdit d'exercer nos choix citoyens dans notre propre pays. Quand dans un tel contexte de menace d'intervention sur l'Iran, Jacques Chirac fait un discours à Brest sur la force de frappe française, en change de fond en comble la doctrine et propose qu'elle soit utilisée pour répondre aux menaces d'un Etat terroriste, en prenant bien garde de ne citer personne. La France entière va être paralysée, incapable de réagir.

Pourtant ce discours est la proclamation la plus éhontée du droit du plus fort, il balaye tous les prétextes invoqués jusqu'ici pour les interventions, abolit la légalité internationale et démontre clairement que les références morales ou légales (TPE) n'ont aucune importance, les puissances occidentales possédant l'arme atomique se réservent le droit d'intervenir si leurs "intérêts vitaux" sont menacés.

En France, la faiblesse des réactions est extraordinaire. L'humanité se contente de noter que Chirac "banalise" le recours à l'arme atomique, pas la moindre mobilisation. Toujours à gauche, certains montent au créneau pour approuver parce que même si le président français n'a pas prononcé le mot Iran, il ne peut s'agir que d'un alignement sur les Etats-Unis et Israêl. Là encore le théâtre d'ombre médiatique qui a choisi Sarkozy, ne cesse de nous dépeindre un président sénile, complètement impuissant depuis le Non français, dans une Europe où de surcroît l'élection d'une chancelière allemande l'a définitivement isolé.

A l'extérieur au contraire, c'est un véritable tollé, l'opposition en Europe monte des rangs les plus atlantistes, de droite ou de gauche, en revanche en Iran même la réaction est extraordinairement modérée, on se contente de souligner le fait que ce discours révèle le fond de la stratégie impérialiste et la manière dont les grandes puissance prétendent utiliser les Institutions internationales pour interdire à des pays de s'équiper en matière nucléaire comme ils le font eux-mêmes.

Peu à peu, on découvre le fond de la manoeuvre chiraquienne, celui-ci utilisant le fait que la France s'est préparé à cette éventualité en matière nucléaire, offre à ses partenaires européens sa protection et reprend donc le leadership sur ce continent, et endigue la volonté d'intervention des Etats-Unis et d'Israël. Le discours officiel de téhéran ne s'y trompera pas, qui à de nouvelles menaces d'Israël rétorque que cela déplairait à l'Europe, et à d'autres puissances de la région. Car Moubarak, le président egyptien est également intervenu pour expliquer à Dick Cheney que la seule puissante possédant des armes de destruction massive est israël.

Il semble d'ailleurs que le discours sur l'utilisation de la force de frappe française contre la menace terroriste qui frapperait "les intérêts vitaux" de la France ou de ses alliés, soit assorti d'une proposition d'aide au développement du nucléaire civil en Europe.

Il faut encore noter que ces jeux de couloir, s'expliquent par un contexte de montée des résistances. Hier, face à l'invasion de l'irak, le Président français a du se contenter d'un baroud d'honneur au Conseil de sécurité. Aujourd'hui, il ne peut mener cet isolement des Etats-Unis et d' Israël , grâce à la bombe mais aussi à l'énergie nucléaire, que parce qu'au plan mondial la montée des résistances a fragilisé à l'extrême Bush, y compris aux Etats-Unis mêmes. On peut dire que Chirac n'a eu qu'a envoyer un coup de poing à un paralytique qui se trouvait déjà bien embarrassé pour étendre le conflit à l'Iran. Mais il y a plus, comment se fait-il que les gouvernements les plus contestés au plan interne comme Moubarak, Berloscuni et Chirac lui-même aient été ceux qui aient été les plus actifs?

On perçoit bien à quel point le politicien politico-médiatique démunit jusqu'à ceux qui croient le maîtriser... Et on pourrait rire de cela si alors que montent les résistances, la consciences des enjeux fondamentaux, le citoyen français ne se trouvait pas complètement dépolitisé et condamner donc à approuver des stratégies impérialistes, qu'elles soient celles d'une dictature unique mondiale ou celles d'impérialismes locaux portant encore plus haut la concurrence généralisée et donc la guerre avec le recours aux moyens les plus extrêmes.

Il n'y a plus d'alternative quand face à une stratégie impérialiste, et celle de Jacques Chirac l'est incontestablement, même si elle donne un espace d'indépendance plus grand aux intérêts européens et français, les citoyens n'ont plus aucun moyen d'envisager une stratégie alternative concrète sur des questions aussi fondamentale que la défense, le choix de l'énergie nucléaire, et dans ce contexte là la privatisation. La gauche n'est plus alors que discours confus, impuissant . L'extraordinaire paralysie qui a frappé les esprits à cette occasion montre jusqu'où, jusqu'à quel degré d'aliénation est arrivé notre "démocratie"... Alors même que si l'on mesure qu'il ne s'agit plus seulement d'exploitation mais de mise en danger de l'humanité par une dictature de fait, non seulement la "conciliation" n'est pas le meilleur choix, mais les bases de résistances s'élargissent, c'est d'ailleurs ce que semblent avoir compris beaucoup de peuples du sud...

 Les dirigeants politiques de gauche incapables d'envisager l'horizon du problème se contentaient face à la déclaration de Chirac de poursuivre leur bonhomme de chemin. Le PCF se réunissait dans une cabine téléphonique avec la fondation Copernic pour décider du parti communiste dont "ils" avaient besoin, et donc ne pensait plus que par additions de petits problèmes associatifs qu'il fallait ménager. Le PS se faisait duper par le mépris d'un Chirac isolé, déchiré par les rivalités de sa majorité et qui ne pouvait donc que se rallier à l'atlantisme. Sarkozy remettait ça sur l'ethnicisation de la délinquance organisée, bref chacun suivait son train train ordinaire. L'inénarrable Alexandre Adler intervenait pour nous expliquer que les mollahs réformateurs avaient décidé de pousser jusqu'à l'irréalisme total le nouveau président. Les progressistes de tout poil menaient oeuvre salubre contre le montage de Libération sur "l'antisémitisme" de Chavez.

Pendant ce temps là d'un côté une crise majeure était endiguée mais au prix de conséquences non moins majeures : une doctrine d'une extrême dangerosité, la rupture avec l'hypothèse d'un désarmement généralisé, un mépris encore plus grand de toute légalité internationale. Chirac était devenu le jockey de quelques multinationales bien de chez nous et qu'il s'emploie à privatiser quand comme Dassault ou Lagardère - par parenthèse les principaux patrons de presse en même temps qu'industriels de l'armement - ce n'est pas déjà fait...

On avait assisté également à un renforcement de l'intégration européenne sous l'égide des mêmes en violation du vote des Français... Sans qu'il se soit trouvé une seule force à gauche capable d'intervenir au niveau où l'impérialisme français se situait tant au plan international qu'au plan national.

 

Qu'il me soit permis cette petite pointe d'ironie... Pendant que la direction du PCF s'avère incapable d'intervenir sur la guerre et la paix, sur la défense, la politique énergétique de la France et de mobiliser le pays contre les dangers terribles qui nous menacent, son journal l'humanité à qui rien de ce qui est secondaire n'est désormais étranger pratique la même censure, la même désinformation que les autres au nom d'un ralliement récent à cette démocratie là...

Danielle Bleitrach

(1) Danielle Bleitrach, Viktor Dedaj. Cuba est une île. Le temps des cerises. 2004

(2) Danielle Bleitrach , Viktor Dedaj, Maxime Vivas. Les Etats-Unis DE MAL EMPIRE. Ces leçons de résitance qui nous viennent du Sud. Aden 2005.

11:53 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles, Belgique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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