01/11/2005

01/11/2005: L’ouragan Katrina : une véritable leçon de logique impérialiste et d’humanité

De : Jean Marie Flemal
Date : 11/01/05 15:16:49
A : Jean Pestieau; Roger Romain; Michel COLLON; Roland Marounek; stopusa
Sujet : Katrina (bilan)

 
Chers camarades,
 
Voici un article de conclusions de Joti Brar (la fille de Harpal) sur l'ouragan Katrina. Ci-dessous en clair.
Avis aux amateurs.
 
A bientôt,
 
JMF
 
OOOOO
 

L’ouragan Katrina : une véritable leçon de logique impérialiste et d’humanité

 

Joti Brar

 

Article tiré de Proletarian, organe bimestriel du CPGB-ML, n° 8 (octobre 2005).

http://www.cpgb-ml.org

 

Dans le sillage du récent ouragan, la nation la plus riche et la plus puissante du monde s’avère absolument incapable de couvrir les besoins les plus élémentaires de sa population.

 

L’ ouragan Katrina, le cyclone le plus dévastateur à avoir jamais touché les États-Unis, a frappé l’État de Louisiane le 29 août. En quelques heures, les digues de La Nouvelle-Orléans, très négligées, cédaient et la ville était inondée, ce qui provoquait des destructions sans précédent, le déplacement de plus d’un million de personnes et un tribut en vies humaines qui, finalement, s’élèvera sans doute à plusieurs milliers de morts.

Au moment de mettre Proletarian sous presse, il n’y avait toujours aucune certitude à propos du nombre de victimes de l’ouragan, des inondations et des conditions endurées par ceux qui sont restés en ville. Les chiffres des médias bourgeois des deux côtés de l’ Atlantique, varient tellement qu’ils n’ont plus aucun sens. Y a-t-il eu 347 victimes (BBC) ou des « milliers » (Sky News) ? Le 9 septembre, la FEMA (Federal Emergency Management Agency – Agence fédérale de gestion de l’état d’urgence) commandait 50 000 suaires en plastique, laissant donc supposer que, jusqu’à présent, les chiffres officiels (moins de mille victimes) sont trompeurs. La FEMA a également demandé que les journalistes cessent de prendre des photos des cadavres.

Une chose est claire, c’est que la quasi-totalité des victimes étaient des Noirs et des gens d’une pauvreté extrême. Le Bureau américain du recensement estime que la population de La Nouvelle-Orléans (2004) compte 20 % de Blancs et 67,9 % de Noirs. Plus de 25 % de cette population vit autour ou en dessous du seuil de pauvreté. Dans la ville même, les plus démunis vivent généralement dans les quartiers situés le plus bas et, partant, les plus vulnérables aux inondations.

 

La réponse d’une superpuissance ?

 

À la veille du passage de l’ouragan, tous les résidents ont été pressés d’évacuer. Toutefois, aucune évacuation digne de ce nom n’a été organisée. On s’est contenté de dire aux gens de quitter leur domicile et de s’en aller. Ceux qui ne disposaient pas de moyens de transport appropriés – ou qui n’avaient nulle part où aller – n’avaient guère d’autre choix que de rester chez eux et d’espérer que tout irait pour le mieux. Plusieurs milliers de personnes ont été parquées au Louisiana Superdome, mais des dizaines de milliers d’autres s’ en sont également vu refuser l’accès. Il a fallu attendre plusieurs jours avant l’arrivée de l’aide alimentaire et les sinistrés sont donc restés désespérément sans nourriture.

Plusieurs jours après le début de la situation de crise, la majorité des gens n’avaient toujours pas été évacués. Comme l’a déclaré Ray Nagin, maire de La Nouvelle-Orléans : « Imagineriez-vous que, cinq jours après le pire désastre naturel de l’histoire des États-Unis et peut-être du monde, nous attendons toujours les troupes et les cars ? » (The Observer, 4 septembre 2005)

Paul Craig Roberts, sur le site d’informations www.creators.com, faisait remarquer : « Il a fallu attendre trois jours après le passage de l’ouragan pour que la FEMA [l’agence nationale officiellement chargée de réagir à tous les événements du type Katrina] passe à l’action et elle a retardé l’arrivée de toute aide efficace de cinq jours encore, alors que 80 pour-cent de La Nouvelle-Orléans était déjà sous eau. (…) Comparez ce retard inexplicable à la rapidité de l’intervention contre les ouragans de Floride, l’an dernier. »

Une personne encline au soupçon et au cynisme pourrait supposer que l’administration américaine a estimé que les existences de centaines de milliers de Noirs démunis ne valaient pas la peine d’être sauvées.

La Garde nationale de Louisiane (en gros, l’équivalent de l’Armée territoriale) n’a pas remarqué ce qui se passait chez elle, même si elle est censée participer aux secours en cas de catastrophe, pour la simple raison qu’elle est trop occupée à tenter de mener les guerres de conquête de l’impérialisme américain en Irak et en Afghanistan.

Et les hélicoptères de l’armée qui auraient pu secourir tant d’Américains au cours des premiers jours de la crise à La Nouvelle-Orléans ont été engagés dans la bataille perdante contre la résistance irakienne.

George W., le président que vous aimez haïr, a tardivement décidé de faire une apparition sur les lieux afin d’assurer à ses électeurs que tout allait pour le mieux. Toutefois, et c’était prévisible, ses visites avaient plus à voir avec son souci de sauver la face qu’ avec celui de remédier à la situation sur les lieux mêmes. Même la sénatrice de Louisiane, Mary Landrieu, était bien obligée d’admettre que la façon de réagir à la catastrophe laissait honteusement à désirer : « En visite sur ce site critique en compagnie du président, hier, j’ai vu ce que je croyais être un effort véritable et significatif pour prendre à bras le corps une cause majeure de cette catastrophe. Ce matin, soit moins de 24 heures plus tard, en survolant une nouvelle fois cet endroit critique, il s’est révélé que, hier, nous avions assisté à une rapide mise en place des décors pour une séance de photos présidentielles; et l’aide dont nous avions si désespérément besoin s’était réduite, ce matin, à un seul et unique élément de matériel. » (« Landrieu implores President to ‘relieve unmitigated suffering’ » (Landrieu implore le président de soulager toute cette horrible souffrance), www.landrieu.senate.gov)

Ray Magin, le maire de La Nouvelle-Orléans, était plus explicite et plus désespéré encore : « J’ai besoin de renforts, j’ai besoin de troupes, j’ai besoin de 500 autocars, mon gars ! (…) Ne viens pas jouer avec mes pieds. C’est un désastre national. Mets la main sur chacune de ces foutues lignes de bus Greyhound du pays et dis-leur d’amener leur cul à La Nouvelle-Orléans. (…) Le fait est – ils ont les vues trop étroites ! Et ceci, c’est une affaire majeure, majeure, majeure !!! Je ne puis insister assez là-dessus ! C’est dingue ! (…) J’ai 15 à 20 000 personnes en plus au centre de la convention. Ça déborde de tous les côtés. Les pauvres gens de la commune de Plaquemines… Nous n’avons rien et nous partageons avec nos frères de Plaquemines ! (…) »

« C’est ridicule. Et je ne veux plus voir personne faire d’autres satanées conférences de presse. Mettez un moratoire sur les conférences de presse. Ne faites plus une seule conférence de presse tant que les secours ne seront pas arrivés en ville. Et ensuite, descendez sur cette ville et restez avec nous, alors qu’il y a des camions de l’armée et des troupes au point qu’on ne peut même plus les compter. Ne me dites pas que 40 000 hommes vont venir ici ! Ils ne sont pas ici ! Il est sacrément trop tard ! Maintenant, remuez vos culs et faisons quelque chose ! Et arrêtons la plus grosse saloperie de crise de l’histoire de ce pays ! » (Interview à la radio WWL)

Pendant ce temps, les médias s’occupaient activement à décrire la population noire de La Nouvelle-Orléans comme des criminels violents. Comme le fit remarquer Workers World : « Toute l’hystérie raciste à propos des ‘pillards’ est une couverture pour masquer que le gouvernement n’a pris aucune disposition pour nourrir le peuple, alors que tant de Noirs vivent dans une pauvreté très grave. » (« Hurricane Katrina: US gov’t guilty of criminal neglect » (Ouragan Katrina : le gouvernement américain coupable de négligence criminelle), www.workers.org, 1er septembre 2005)


Des offres d’aide venues d’endroits insoupçonnés

 

Bien que le gouvernement américain n’ait nullement semblé désireux d’aider au sauvetage de la population de La Nouvelle-Orléans, des offres d’aide ont été proposées par bon nombre de pays, dont Cuba, le Venezuela et la Chine. La petite république de Cuba, par exemple, a proposé l’envoi d’un millier de médecins bénévoles. Toutefois, et c’est malheureux pour la population de La Nouvelle-Orléans, cette proposition a été rejetée en tant que telle. Rappelons que le système de santé de Cuba n’est surpassé nulle part dans le monde, mais que la détermination de ce pays à vouloir poursuivre une trajectoire indépendante et socialiste constitue un camouflet cinglant pour la classe dirigeante américaine et, de ce fait, aucun médecin cubain ne sera autorisé à entrer en Louisiane, en dépit des besoins urgents de la population de La Nouvelle-Orléans et des environs. 

De même, Venezuelanalysis.com a rapporté qu’en sus d’une aide monétaire d’un million de dollars, le Venezuela proposait également « deux unités mobiles d’hospitalisation, dont chacune pouvait secourir 150 personnes, 120 spécialistes des opérations de sauvetage, 10 installations d’épuration des eaux, 18 générateurs électriques de 850 kW chacun, 20 tonnes d’eau en bouteilles et 50 tonnes de conserves de nourriture ».  De son côté, le Washington Times a rapporté qu’un haut fonctionnaire du département d’État avait déclaré « ne pas avoir été informé » de l’offre, mais qu’il avait ajouté que de telles propositions pouvaient être « contre-productives ». Ainsi donc, ni les unités d’hospitalisation ni les spécialistes des secours vénézuéliens n’auront pu entrer en Louisiane non plus.

La nature anti-humanitaire du capital monopoliste n’a pas de bornes !


Un désastre naturel inévitable ?

 

Le secrétaire à la Sécurité intérieure, Michael Chertoff, a prétendu que le désastre était « à vous couper le souffle par sa soudaineté ». Les comparaisons avec le tsunami qui a frappé l’océan Indien en décembre 2004 n’ont pas manqué d’affluer.

Quelques commentateurs, toutefois, ont eu le courage de faire remarquer que Katrina n’aurait absolument pas dû constituer une surprise et qu’il n’y avait nullement lieu de le comparer avec un phénomène aussi inhabituel qu’un tsunami. « Un tsunami se produit rarement. Les ouragans viennent dans la région du delta presque chaque année. Ce désastre était non seulement prévisible mais également prévu. Ce qui semble une tragédie inévitable provoquée par la nature était prévue de longue date par les scientifiques, les ingénieurs, les agences du gouvernement, les environnementalistes et les experts en gestion des catastrophes. »  (Workers World)

Voici plus de quatre ans déjà, la FEMA avait émis une mise en garde contre le fait qu’un désastre de ce type était susceptible de se produire et, pourtant, elle n’a quasiment rien fait pour qu’on s’en protège.

La CNN faisait remarquer, le 5 septembre : « Reuters rapporte qu’en 2004, plus de 40 organisations volontaires, locales ou de l’État ont mis en pratique un scénario dans lequel un énorme ouragan frappait et un scénario avec un énorme ouragan, des ruptures de digues laissant l’eau inonder La Nouvelle-Orléans. Dans la simulation, baptisée ‘Ouragan Pam’, les autorités ‘devaient affronter une tempête imaginaire qui détruisait plus d’un demi-million de bâtiments et immeubles à La Nouvelle-Orléans et qui provoquait l’évacuation forcée d’un million de résidents’, précisait le rapport de Reuters.

« En 2002, le New Orleans Times-Picayune publiait une série en cinq volets examinant la vulnérabilité de la ville. Le journal, ainsi que d’autres médias d’information, s’intéressait spécifiquement à la possibilité d’inondations massives noyant les habitants, détruisant les habitations et libérant des substances chimiques toxiques à travers la ville. » (‘Chertoff: Katrina scenario did not exist’ (C. : le scénario Kkatrina n’existait pas),

www.cnn.com)

La Nouvelle-Orléans est entourée d’eau de trois côtés – le golfe du Mexique, le lac Pontchartrain et le puissant fleuve Mississippi. Une grande partie de la ville est également en dessous du niveau de la mer, de sorte que le contrôle d’éventuelles inondations – et de leurs conséquences – était à la fois évident et nécessaire.

Néanmoins, il apparaît que les mises en garde de scientifiques respectés, dès 2001,  contre une inondation catastrophique, furent traitées à coups de réduction dans le budget de la FEMA et de l’Army Corps of Engineers (Corps du Génie de l’armée).

Le régime Bush savait que les digues de La Nouvelle-Orléans allaient finir par céder, mais il refusa de financer leur renforcement.

Il ne fit rien pour secourir les victimes avant qu’il ne soit trop tard et il leur refusa l’aide humanitaire de deux pays très peu éloignés, dont l’un – Cuba, pays socialiste – a une faible mortalité infantile et un taux d’alphabétisme plus élevés que ceux de la Louisiane même.

Selon Paul Craig Roberts (op. cit.) :

« Le financement des digues de La Nouvelle-Orléans et du SELA [Southeast Louisiana Urban Flood Control Project – Projet de contrôle des inondations urbaines dans le sud-est de la Louisiane] a été réduit de façon draconienne en dépit des protestations et des avertissements des experts, y compris le projet de simulation d’ouragan (Hurricane Pam) mené en juillet 2004, lorsque 270 experts ont passé huit jours à évaluer l’impact du passage d’un ouragan majeur sur La Nouvelle-Orléans.

« La simulation prédisait que les instances officielles de l’État et locales allaient être submergées, que les vagues allaient déborder les digues et couvrir la majeure partie de la ville, que plus d’un million de personnes allaient être déracinées durant une année, voire plus, et que les morts se compteraient par dizaines de milliers.

« Le rapport disait encore : ‘La FEMA et le LOEP (Louisiana Office of Emergency Preparedness – Bureau des alertes préventives pour la Louisiane) croient que la gravité de la situation requiert un niveau extraordinaire dans le planning anticipatif visant à améliorer l’empressement du gouvernement à régir efficacement à ce genre d’événement.’  

« Malgré les avertissements de ces experts, l’administration Bush a décidé de réorienter le financement de la protection contre les ouragans vers la ‘guerre contre le terrorisme’. Comme le déclarait Walter Maestri, responsable de la gestion des urgences de Jefferson Parish dans les colonnes du New Orleans Times-Picayune, le 8 juin 2004 : ‘Il s’avère que l’argent a été transféré sur le budget présidentiel pour la sécurité nationale et la guerre en Irak.’

« Puisque les décisions de refuser le fincancement des projets de digues du Corps des Ingénieurs et du SELA, de même que le report de la réaction fédérale à Katrina sont inexplicables, l’administration Bush, comprenant sa négligence criminelle, a rapidement pris des mesures pour blâmer les autorités de l’État et les autorités locales. »

En résumé, l’argent qui aurait dû être dépensé dans la prévention des désastres nationaux comme Katrina avait en fait été détourné pour mener la « guerre contre le terrorisme », c’est-à-dire le désastre – commandé par l’homme – qui allait s’abattre sur le peuple irakien.


Un bon argument en faveur du socialisme


On ne peut s’empêcher d’établir des parallèles avec la petite île de Cuba, pauvre en ressources, qui a été frappée plus tôt, au début de cette année, par un ouragan de force 4. « Cuba (…) ne s’épargne aucune peine quand il s’agit d’évacuer des gens de l’itinéraire des tempêtes tropicales, ouragans et autres phénomènes naturels. Cette année, Cuba a été frappé par l’ouragan Dennis, de catégorie 4. En mobilisant ses Comités de défense de la révolution et l’armée populaire et en étant préparé à couvrir les besoins de son peuple, Cuba a été en mesure d’évacuer 1,5 million de personnes.

« L’ouragan Dennis a frappé l’île, ravageant La Havane, et, bien que 16 personnes aient été tuées, ce nombre aurait été bien plus important s’il n’y avait eu cette réaction socialiste de Cuba la révolutionnaire et d’un chef d’État qui utilise son influence pour mobiliser le peuple cubain. » (Larry Hales, ‘Relief for the rich, disaster for the poor’ (Secours pour les riches, désastre pour les pauvres), Workers World, 1er septembre 2005)

Quelle différence avec une société mobilisée pour les besoins du peuple et non pour les exigences du profit ! À Cuba, des quartiers entiers sont évacués en même temps, accompagnés par les médecins de famille, de sorte qu’il n’est pas question de problèmes médicaux non abordés ou mal diagnostiqués en raison du manque de connaissance du dossier médical d’un individu. Les services d’urgence cubains évacuent même les appareils électriques onéreux, comme les réfrigérateurs, par exemple, afin d’éviter pertes et frais inutiles.


Des manœuvres sinistres

 

Un aspect encore plus sinistre de cette histoire se fait lentement jour au fur et à mesure que le temps passe. Un nombre considérable d’habitants de La Nouvelle-Orléans ont prétendu que les inondations avaient été sciemment détournées sur les quartiers noirs, plus pauvres, de la ville. Ce détournement servait deux buts, disent-ils : primo, protéger les quartiers les plus habités, comme le Quartier Français et, secundo, écarter la communauté noire, installée là de longue date, mais très appauvrie, de toute propriété immobilière hautement « désirable ».

Le Washington Post du 4 septembre interviewait un respectable professeur de La Nouvelle-Orléans : « Mullen a l’attitude aimable d’un enseignant et ce fut donc peu agréable de l’entendre dire qu’il soupçonnait que les brèches dans les digues avaient été orchestrées d’une façon ou d’une autre afin de garder les riches Quartier Français et Garden District au sec au détriment des quartiers pauvres des Noirs, comme Lower Ninth Ward – et c’est un soupçon que j’ai entendu de la bouche de maints autres survivants noirs. »

Il est certainement vrai que les zones les plus peuplées ont échappé aux dévastations qui ont frappé les quartiers pauvres. USA Today  publiait le rapport que voici : « ‘C’est comme si une main géante était descendue pour protéger les bâtiments historiques’, déclare Stephen Perry, président du New Orleans Metropolitan Convention and Visitors Bureau.

« Alors qu’il va sans doute falloir des mois avant que les services de la ville soient rétablis et que La Nouvelle-Orléans soit à même d’accueillir des visiteurs, ‘l’infrastructure touristique la plus populaire et la plus importante a survécu et reste dans un très bon état si on la compare à d’autres parties de la ville’, déclare Perry.

« Le pittoresque Quartier Français a ‘presque complètement été préservé’, dit Perry. Bourbon Street n’a pas été inondée. Preservation Hall, un temple des fanas de jazz, est toujours debout, bien qu’il soit désormais fermé pour une durée indéterminée.

« Le Café du Monde — célèbre pour son café au lait et ses beignets rappelant des doughnuts – a survécu à la tempête. Le fameux restaurant Brennan's situé Royal Street ‘s’en est bien tiré’, a déclaré Jimmy Brennan au journal The Australian.

Le Johnny White's Sports Bar, un endroit à la mode du quartier, s’est ouvert aux affaires depuis que l’ouragan a frappé. Parmi les autres bars restés ouverts, le Molly’s au Market.  (‘Big Easy spots prove resilient’ (Les endroits en vogue ont bien tenu le coup), USA Today, 8 septembre)

Néanmoins, tout le monde a vu les images de survivants des inondations forcés par les militaires américains – et à la pointe du fusil – de quitter leurs domiciles, même si leur quartier ne semblait apparemment pas en danger. Rufus Johnson, l’un de ces survivants, déclarait dans une interview : « L’armée m’a donné un ultimatum, m’en aller ou pâtir des conséquences d’une expulsion forcée. Je ne comprends pas. Toute ma famille et moi avons survécu à Katrina et maintenant, ils veulent m’expulser de la maison que nous possédons depuis des générations. » (Cité dans ‘The great New Orleans land grab’ (La grande rafle sur les terrains à La Nouvelle-Orléans, www.aztlan.net)

The Observer du 4 septembre contenait le rapport suivant : « Williams n’a quitté son appartement qu’après que les autorités eurent pris la décision d’inonder son district, apparemment, dans une tentative d’écluser une partie de l’eau qui avait submergé un district voisin. Comme des centaines d’autres, il avait appris à la radio la nouvelle à propos de la décision d’immerger son district. Les autorités avaient donné aux gens du district jusqu’à 5 heures du soir pour s’en aller – après quoi elles allaient ouvrir les vannes.

« ‘Nous pensions pouvoir vivre sans électricité durant quelques semaines parce que nous avions de la nourriture. Mais, alors, ils nous ont dit qu’ils allaient ouvrir les vannes’, dit Arineatta Walker, qui a quitté la zone avec sa fille et deux de ses petits-enfants.

« ‘Ainsi, vers deux heures, nous sommes descendus dans la rue et nous avons demandé aux militaires : ‘Où pouvons-nous aller ?’ Et ils nous ont dit, ‘Contentez-vous de filer, parce qu’il n’y aura pas de retour, pour vous.’ Ils ont chassé ma famille d’ici. Si je savais tripoter l’allumage d’une voiture, je l’aurais fait’, dit encore Walker. »

Une résidente bien décidée à retourner chez elle écrivit ce qui suit sur son weblog :

« C’est ici l’un des quartiers les plus pauvres, mais proches du Quartier Français – nous savons depuis quelque temps qu’il est susceptible de recevoir plus de standing – aujourd’hui, il est désert – pas de police, pas de garde nationale, personne – il a donc été choisi et il attend que les promoteurs s’amènent et construisent de nouvelles bicoques pour les riches blancs. Et qui se soucie de l’endroit où se trouvent aujourd’hui les gens qui vivaient là ou de savoir s’ils ont un endroit où revenir ?

« Il y a beaucoup de craintes quant aux intentions à l’égard des quartiers pauvres – y a-t-il des plans prévoyant de les raser à coups de bulldozers de sorte qu’on pourra établir en lieu et place une Nouvelle-Orléans plus nouvelle encore, plus propre, ‘disneyisée’, maintenant que les pauvres ont été liquidés ou forcés de s’en aller. » (http://getyouracton.com)

Il est clair que les militaires tentent désespérément de chasser les habitants restants de leurs domiciles, allant même jusqu’à décrire les survivants comme des « rebelles ».

Aussi tiré par les cheveux que cela puisse paraître, il y a un précédent historique.

« En 1927, le Mississippi est sorti de son cours, déposant ses eaux jusqu’à 30 pieds [9 mètres] de profondeur et sur une superficie de 27.000 milles carrés de terres [70.000 kilomètres carrés].

« La classe des affaires de La Nouvelle-Orléans (principalement blanche) exerça des pressions sur l’État afin qu’il dynamite une digue en amont, afin de libérer l’eau du côté des régions (surtout noires) du delta. Des travailleurs noirs furent obligés de travailler à la pointe des fusils, comme des esclaves, pour lutter contre les inondations.

« Deux communes, St. Bernard et Plaquemines, qui avaient une population combinée de 10 000 habitants, furent détruites. Juste avant Katrina, ces deux communes comptaient environ dix fois la population de 1927. Aujourd’hui, toutes deux sont sous plusieurs mètres d’eau. » (Posté sur www.libertyforum.org)

À tout le moins, nous pouvons dire avec certitude que les autorités n’ont en aucun cas été proactives, puisqu’elles n’ont ni protégé ni renforcé les digues. Les actions de l’État pour limiter le désastre pour la population pauvre de La Nouvelle-Orléans ont été étrangement lentes et tout aussi étrangement d’une ampleur limitée. Lors de son interview par la radio WWL, Ray Nagin a déclaré : « Ensuite, ils m’ont dit qu’ils y avaient passé la nuit et qu’ils avaient construit 17 structures en béton et qu’ils y avaient installé les palans pour les larguer. (…) J’ai survolé la chose hier et elle est dans le même état qu’après que la tempête l’a frappée. Rien ne se fait. Et ils abreuvent les gens d’un tas de conneries et ils tirent sur la ficelle, alors qu’ici, il y a des gens qui meurent. »

De toute évidence, on peut faire remarquer qu’il y a eu un détournement délibéré des inondations en direction des zones les plus pauvres et que, tout aussi délibérément, on a traîné un maximum avant d’aller secourir ces mêmes zones.

Alors que les monopolistes salivent sur l’immobilier et sur les contrats de reconstruction, leurs porte-parole politiques travaillent 24 heures sur 24 à attribuer la responsabilité des décès aux victimes elles-mêmes. Ceux qui n’ont pas pu quitter la ville sont blâmés pour leur pauvreté. Ceux qui ont été forcés de visiter des magasins pour trouver un peu de nourriture sont blâmés pour leur mépris des lois. Ceux qui ont assuré une mort rapide à des patients en état critique plutôt que de les laisser à une mort lente et pénible dans les hôpitaux abandonnés vont être poursuivis en tant que meurtriers. Ceux dont les budgets ont subi des coupes sombres sont à blâmer pour n’avoir pas maintenu en état les protections contre les inondations et les tempêtes. En bref, rien ni personne n’échappe au blâme, hormis le coupable – le système capitaliste monopoliste, dont le seul intérêt réside dans la poursuite du profit maximal.

 

Et la morale de l’histoire est la suivante…


La principale leçon à tirer de tout ceci, c’est que l’impérialisme se soucie comme d’une guigne de la qualité de la vie de la classe ouvrière. Il lâche des aumônes çà et là quand elles sont nécessaires afin d’éviter la confrontation mais, en analyse finale, le seul intérêt de l’impérialisme, c’est le profit et toutes les autres considérations doivent lui être inféodées. Par conséquent, l’armée américaine, au lieu d’être sur place, au pays, prête à réagir contre les désastres naturels, mène une guerre prédatrice et illégale de pillage de la richesse du peuple irakien, et l’État américain, au lieu de lancer une mobilisation nationale pour la défense des communautés pauvres de La Nouvelle-Orléans, est occupé à tirer des plans en vue d’une régénération (lisez « embourgeoisement ») des lieux et à jouer des coudes à la poursuite de lucratifs contrats de démolition et de « reconstruction ».

La classe ouvrière doit tirer cette leçon une fois pour toutes. Elle doit comprendre que l’avenir ne consiste pas à grapiller quelques miettes tombées de la table impérialiste (à la façon honorée par le temps de l’opportunisme et du révisionnisme qui a été tellement néfaste pour le mouvement ouvrier en Grande-Bretagne et aux États-Unis), mais en menant un combat révolutionnaire contre le capital et en organisant la société selon des lignes socialistes.

Plus vite nous tirerons ces leçons, plus rapidement le jour viendra où les travailleurs seront libres d’organiser la société afin qu’elle réponde aux besoins des gens. Ce n’est qu’à ce moment que nous mènerons une existence réellement digne et civilisée.



19:03 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles, Belgique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer | | |

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