17/10/2005

12/10/2005: La carrière des femmes: dur labeur, bas salaires et pension misérable

La carrière des femmes: dur labeur, bas salaires et pension misérable

Actuellement, 46% des femmes n'ont pas droit à la pension minimum. En effet, les femmes n'ont souvent pas une carrière complète: elles connaissent de longues périodes de chômage ou des interruptions de carrière. De plus, elles perçoivent un salaire et des indemnités inférieurs, et un grand nombre d'entre elles ont un emploi à temps partiel. Quelques femmes membres de Marianne nous parlent de leur carrière.

An Lenaerts
12-10-2005

Travailler toute une vie pour une pension de 925 euros

Mieke a 62 ans, elle est pensionnée. A l'âge de 14 ans, elle a dû arrêter l'école pour rester à la maison et s'occuper du ménage. Mieke est en effet l'aînée de la famille, elle a sept frères et sa mère était gravement malade. «Je travaillais très dur à l'époque et j'étais toujours seule.» A 18 ans, elle obtient son diplôme de l'enseignement secondaire en passant un examen devant un jury et elle entame une formation d'infirmière. Elle travaille en même temps pour payer ses études. Elle obtient son diplôme en 1965 et commence immédiatement à travailler. A la naissance de son second fils, elle arrête de travailler pendant deux ans et en profite pour fonder une pouponnière.

Elle décide plus tard de ne plus travailler dans le milieu hospitalier. Elle trouve alors un emploi dans un Nopri. «Un véritable travail d'esclave. Et comme je ne me laissais pas faire, ils m'ont mise à la porte au bout d'un mois.»

Mieke retourne donc travailler dans un hôpital. Durant trois ans, elle ne fera que les nuits pour pouvoir s'occuper de ses enfants le jour. Mais ce rythme est insoutenable. «Je ne parvenais pas à dormir la journée.» Elle change alors d'équipe mais avec un horaire de 12 heures. En travaillant 12 heures par jour durant plusieurs jours d'affilée, elle a droit à quelques jours de congé et peut ainsi rester à la maison avec les enfants. Mais ce rythme-là aussi est insoutenable.

Mieke trouve alors un emploi au service médical de Belgacom. Fini les nuits. Elle a enfin un horaire fixe. Elle y travaillera durant 25 ans.

C'est alors que la santé de Mieke se dégrade. Ses problèmes d'hypertension l'obligent à arrêter le travail. Elle a la «chance» de faire partie de ceux qui ont droit à la prépension. A 58 ans, elle arrête de travailler. «Lorsque le service social m'a annoncé que je ne toucherais que 925 euros à la pension, je suis sortie en pleurant.»

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Travailler à temps partiel parce que c'est trop dur à temps plein

Pourrons-nous encore profiter de la vie à l'âge de la pension? Ou serons-nous tellement anéanties par le travail à 65 ans que nous serons juste bonnes à mourir? Quelle belle économie pour la sécurité
sociale! (Photo Solidaire, An Lenaerts)

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Moniqu a 47 ans. Elle est allée à l'école jusqu'à 18 ans. Pour fuir les problèmes familiaux, elle se marie à l'âge de 19 ans et très vite, elle a quatre enfants. Elle fait quelques petits boulots par-ci par-là : garderie d'enfants dans une école, assistante dans un magasin. Lorsque le plus jeune de ses enfants est en âge d'aller à l'école, elle décide de suivre une formation d'aide familiale. Elle commence ensuite à travailler à temps partiel, toujours avec un contrat à durée déterminée. Quinze jours au début, puis un mois, ensuite trois mois et enfin un contrat renouvelable tous les six mois. Au bout de deux ans et demi, elle obtient un contrat à durée déterminée mais toujours à mi-temps. Faire ce travail à temps plein des années durant est impossible d'autant plus qu'elle est seule pour élever ses quatre enfants. Elle défend en outre les intérêts de ses collègues et devient déléguée syndicale.

et ça vous anéantit

En 1995, l'établissement change de direction. La nouvelle direction veut «faire du profit» à tout prix et les conditions de travail se dégradent très rapidement. Les collègues de Monique tombent comme des mouches. Avec 40 autres aides familiales, elle rédige une lettre pour négocier de meilleures conditions de travail. Monique est alors convoquée dans le bureau du chef. Là, elle est insultée par lui ainsi que par tous les autres employés et assistants sociaux présents. «Vous êtes tous des cas sociaux. On vous donne un travail et vous voudriez en plus faire grève. Il y a suffisamment d'autres personnes qui ont envie de travailler.»

C'est à ce moment-là qu'ont commencé les brimades. On a mené une enquête sur son travail. On a téléphoné à tous les clients pour savoir si elle faisait correctement son travail. On ne la remplaçait plus les jours de congé avec toutes les conséquences que cela implique. Lorsqu'une vieille dame lui fait cadeau d'une robe, elle est accusée de vol. Plus le temps passe, plus le travail devient dur. A la maison, elle est seule et ne s'en sort pas financièrement avec son salaire de 28 à 30.000 francs et quatre enfants à élever. Insomnies, dépression, finalement elle s'effondre. Elle séjournera dans un établissement psychiatrique durant deux ans et demi où elle sera bourrée aux médicaments. Elle rencontrera également d'autres femmes dont la plupart sont des femmes seules, anéanties par des conditions de travail impossibles.

Suite à un mauvais traitement dans l'établissement, elle ne peut plus se servir de sa main droite. Il lui faudra plus d'un an pour remonter la pente. Finalement, elle prend la décision de suivre un programme de désintoxication pour ne plus être dépendante des médicaments. Elle parvient à témoigner et à parler avec ses compagnons d'infortune. Physiquement, elle reste anéantie et se retrouve en invalidité. «J'ai commencé à travailler dans les années 90, j'ai donc une carrière professionnelle de 15 ans mais jamais à temps plein. Mon travail m'a détruite. Et je sais très bien qu'à ma pension, je vivrai dans une grande pauvreté.»

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Plus qu'un an à tenir

Liza a 62 ans. A l'âge de 18 ans, elle a obtenu son diplôme de l'école d'hôtellerie et a commencé à travailler en cuisine. Après plusieurs maternités, elle restera dix ans à la maison pour s'occuper des enfants. Elle reprendra un emploi de chef de cuisine durant trois ans et ouvrira son propre restaurant par la suite. Durant sept ans, elle travaille donc comme indépendante. Mais son restaurant ferme. Elle retrouve un emploi en cuisine dans un atelier pour handicapés.

En 2000, elle subit une grave opération du cur. Selon le médecin, elle peut continuer à travailler mais elle doit absolument éviter tout stress. Or, le métier de chef de cuisine est un métier stressant. Les clients affluent et veulent être servis dans la demi-heure qui suit. La situation est très pénible. «En principe, je ne devrais plus travailler à temps plein mais il faut que je tienne un an encore.»

En effet, comme l'âge de la pension a été relevé, Liza devra travailler jusqu'à 63 ans. «J'ai aujourd'hui 62 ans mais seulement 24 ans de carrière donnant droit à la pension. J'ai six petits-enfants. L'an prochain, je pourrai enfin leur consacrer plus de temps et faire un tas de choses avec eux. Enfin, si ma situation financière le permet.»

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Travailler jusqu'à 68 ans?

Maria a 48 ans. Après ses études secondaires, elle est allée à l'université, mais elle n'a pas terminé ses études. Elle a trouvé un emploi dans l'Horeca et y est resté un an. Ensuite, elle s'est inscrite en sciences familiales et a travaillé en même temps comme éducatrice. Une fois ses études terminées, elle a continué à travailler comme éducatrice. Elle est passée éducatrice principale puis responsable de service.

A 48 ans, elle comptabilise 25 années complètes de carrière. Avant d'avoir droit à la pension, il lui faudra encore travailler 20 années supplémentaires pour avoir une carrière complète. Devra-t-elle travailler jusqu'à 68 ans?

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Pour les jeunes, il ne reste plus que les emplois intérimaires et le travail à temps partiel. Une pension complète: ils peuvent faire une croix dessus. (Photo Solidaire, An Lenaerts)

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Une pension décente: les jeunes peuvent faire une croix dessus!

Myriam a 23 ans et est maman d'un petit garçon de 2 ans. Après ses études secondaires, elle a entamé une formation supérieure. Elle a raté la première année et n'a pas continué car elle a rencontré celui qui est devenu son mari. Elle tombe alors enceinte. A la naissance de l'enfant, elle reste une petite année à la maison pour s'en occuper. Mais comme ils ne s'en sortent pas financièrement, elle décide de trouver du travail. Elle remplit sur Internet un formulaire de recrutement pour un poste de caissière dans une grande surface. Elle est engagée. Comme le magasin n'est pas encore ouvert, il y a un boulot monstre. Le travail des nouvelles recrues consiste à placer les rayons et les remplir.

A l'ouverture, on les met à la caisse sans aucune formation et avec un minimum d'explications. Le soir, elle a un trou de 2,30 euros dans sa caisse. La direction qualifie cette erreur de vol. On lui donne alors le choix entre donner son préavis ou être licenciée pour faute grave. Dans les deux cas, elle perd ses droits au chômage. Elle se tourne alors vers le syndicat qui menace de faire un procès. C'est ainsi qu'elle obtient son C4 et conserve ses droits mais perd tout de même un mois de chômage.

Elle trouve directement un nouvel emploi à La Poste comme facteur. Il s'agit d'un contrat d'une semaine. Renouvelé de semaine en semaine. Durant huit mois, elle terminera la semaine avec toujours la même incertitude: vais-je travailler la semaine prochaine ? En effet, régulièrement on licencie. Sur les 15 femmes engagées au départ, il n'en reste plus que trois au bout de huit mois. Et puis ça arrive, un vendredi elle est convoquée par le chef: «Lundi, tu ne devras par revenir.»

Pendant un mois, elle recherche activement du travail mais ne trouve rien. Et puis la chance lui sourit. La Poste la rappelle. Nous sommes en avril 2005. Elle obtient un contrat de six mois qui prend fin en novembre. On lui a promis un contrat de 18 mois par la suite. Myriam a du mal à imaginer que toute sa carrière sera probablement faite de petits contrats provisoires.

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Certains emplois sont tout simplement impossibles à exercer à temps plein toute une carrière durant. (Photo Solidaire, An Lenaerts)

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120 années de travail

Jacqueline, 50 ans, considère la chose très sèchement: «Une femme doit exercer trois professions différentes: son métier proprement dit, elle doit travailler comme femme de ménage à la maison et comme baby-sitter. Elle doit en outre aider ses enfants à faire leurs devoirs et bichonner son mari. 40 années x 3. Ce qui fait 120 années de travail! Quel homme est capable de faire ça sans se plaindre? Où est passée l'égalité des droits?»

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Comment est calculée votre pension?

Le montant de votre pension dépend de divers facteurs:

Une pension de ménage est égale à 75% de votre ancien salaire tandis qu'une pension d'isolé est égale à 60%. Mais 75 et 60% de quoi exactement?

Ce pourcentage est calculé sur le salaire moyen que vous avez perçu tout au long de votre carrière professionnelle en tant que salarié. Il va de soi que le travail mi-temps et les périodes de chômage font chuter le montant de la pension.

Mais la principale cause du faible montant des pensions reste la carrière incomplète. A l'heure actuelle, une femme doit travailler durant 43 ans pour avoir une carrière complète. En 2009, ce chiffre passera à 45. Cela signifie que la pension est actuellement calculée en 43e de votre ancien salaire moyen ou indemnités. Si vous avez travaillé durant 43 ans ­ ce qui est le cas de très peu de femmes ­ vous aurez alors droit à 43/43e. Celles qui n'auront travaillé que 30 ans, ne recevront que 30/43e.

Qu'entend-t-on par jours assimilés?

Les jours assimilés sont des jours non prestés, considérés comme des jours prestés pour le calcul de la carrière («assimilés»). Ainsi les périodes de chômage, de maladie et d'invalidité sont assimilées. Le congé de maternité également. Il importe que la prépension reste également une période assimilée.

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22:29 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles, Belgique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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