14/10/2005

12/10/2005: N'arrêtez pas vos histoires!

N'arrêtez pas vos histoires!

Après la grève de vendredi dernier, des centaines de personnes ont posté leur(s) réaction(s) sur le site de Solidaire1. Avec les témoignages rassemblés dans tout le pays par des dizaines de reporters de ce journal, ils donnent une image unique de ce qui vit parmi les gens. Un aperçu.

12-10-2005

«La grève, une affaire d'homme? Et ta sur!»,
semble dire cette travailleuse.
(Photo Solidaire, Lusn Vandenheede)

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C'est le dos

Je travaille à Viangros depuis 5 ans et je le sens déjà maintenant. C'est le dos, je suis fatiguée. Je ne me vois pas travailler ainsi jusqu'à 50 ans.

Une travailleuse de Viangros, Bruxelles

Pression insupportable

Chez nous à FlightCare, c'est pas possible de travailler jusqu'à 65 ans. La pression est insupportable. La charge de travail est très forte. On charge des tonnes et des tonnes. On est parfois en train de courir d'un avion à un autre. On a parfois deux ou trois avions à faire en même temps. Et il arrive que ces avions se trouvent éloignés l'un de l'autre. Même la sécurité des passagers n'est plus garantie. On nous promet du personnel depuis trois ans, on attend toujours. On fait entre 5 et 10 kilomètres par jour. Et, sur nos 36 minutes de pause, on a pas le temps de vraiment manger sinon, on n'arrive pas à faire tout ce qu'il y a à faire.

Un travailleur de FlighthCare, Zaventem

Qui?

Impossible de travailler plus longtemps. Qui travaille jusqu'à 65 ans? Des cadres qui ont beaucoup de pognon et un travail de bureau.

Un travailleur de VW, Bruxelles

Même si j'aime mon boulot

J'ai 35 ans. Je viens de Nalines, près de Charleroi. L'entreprise c'est notre gagne-pain. Nous travaillons en deux équipes toute la semaine, samedi compris. L'équipe du matin commence souvent à quatre heures du matin. Je ne me vois pas travailler jusqu'à 65 ans même si j'aime bien mon boulot.

Un travailleur de Viangros, Bruxelles

Chercher le pognon où il est

Le problème de la prépension est très vivant parmi les militants et les travailleurs de la STIB ; je connais le cas de plusieurs travailleurs plus âgés qui sont morts quelques mois seulement après avoir pris leur retraite ; les jeunes doivent travailler, il n'y a pas de raison de les en priver alors que les vieux se crèvent. Tout cela est une question de pognon, mais le pognon il y en a, on n'a qu'à aller le chercher là où il est.

Zakkaria Moktar, 1er délégué CGSP
au dépôt Delta de la STIB, Bruxelles

Le contraire de ce qu'il faut faire

Le gouvernement fait le contraire de ce qu'il faudrait faire: il retire maintenant du travail aux jeunes. Ici, avec les cadences, les gens meurent parfois à 45, 50 ans. Pourquoi ne pas diminuer le travail des plus âgés à partir de 50 ans et donner ce travail aux jeunes.

Eric, Volkswagen, Bruxelles

Plus de respiration

J'ai commencé à travailler dans le bâtiment à l'âge de 14 ans. Ceux qui ne sont pas d'accord avec la grève d'aujourd'hui n'ont jamais rien foutu. A 55 ans on ne peut plus travailler. J'ai 38 ans de travail et 22 ans de pauses. J'ai attrapé une maladie professionnelle aux poumons, j'ai été un an en invalidité, j'ai été attaqué par le phosphate et un jour je n'avais vraiment plus de respiration. Devant tout le monde, le chef de service m'a demandé:«Pourquoi tu ne veux pas travailler?» mais je n'avais plus de respiration. Tous les jours, je dois prendre des médicaments. Ma femme a 51 ans, elle est institutrice. On travaille tous les deux. J'ai deux garçons de 20 et 25 ans qui n'ont pas de travail. Pourquoi c'est pas eux qui travaillent?

Un travailleur au piquet de Prayon

Pire sans mur

Maintenant que le mur est tombé, il n'y a plus de frein au capitalisme sauvage. A ce moment-là, en 1989, je me suis dit que c'était bien pour les gens. Maintenant, je me demande si c'était une bonne affaire!

Un délégué de Techspace Aero Liers (Liège)

Contre le VB

L'alliance socialistes-libéraux est intolérable. Les socialistes servent à arrondir les angles. Si les gens votent Vlaams Belang, c'est par dégoût pour les autres partis et parce qu'ils ne voient pas d'autre alternative. Mais il faudrait faire savoir massivement que Van Hecke, président du parti fasciste Vlaams Belang, a dit qu'il faut travailler jusque 65 ans. C'est ça qui faut utiliser contre le VB.

Karel Meganck et Robert Pardon
de la CNE, Fortis

Cumul

Di Rupo dit qu'il va mettre de l'ordre mais c'est le premier voleur. Regarde, il cumule déjà deux boulots. Si nous on se permet de faire deux boulots, on a des problèmes. Je crois qu'il va falloir continuer la grève car Verhofstadt a déjà dit qu'il ne voulait pas écouter.

Eric, travailleur de Volkswagen

Durcissement

Si les choses ne bougent pas, nous devons aller vers un durcissement des actions. Aujourd'hui, les travailleurs ont raison de faire grève. Il n'y a pas de divergences entre la CSC et la FGTB sur le fond du dossier. Nous devons maintenir le front commun.

Roger Lenoble, délégué CSC
à Caterpillar Gosselies

«Le véritable enjeu des plans gouvernementaux, c'est que jeunes et vieux se battent pour les mêmes boulots», affirme un ouvrier d'Opel. Photo: un jeune «Diable rouge» au piquet. (Photo Solidaire, Peter Van Loffelt)

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Comme en France

Si le gouvernement décidait quand même d'imposer ses mesures, il faudrait faire comme en France. Ils sont peut être moins syndiqués que nous, mais ils sont quand même plus d'un million en rue!

Un travailleur de Techspace Aero Liers, Liège

Jeune syndicat

Nous sommes 800 sur le site, dont 550 De Viangros, (100 employées, 450 ouvriers, des bouchers, des opérateurs), 250 sont des intérimaires, des Français, des sous-traitants. Avant 1998, il n'y avait pas de syndicats. Jusqu'en 2004 il y avait une minorité de CSC, depuis 2004 seulement FGTB. Nous n'avons pas de prépensions. Les lois disent que le patron doit donner son accord et il ne le donne pas, il trouve qu'il ne faut pas payer les gens pour ne rien faire. Nous sommes surtout occupés de ce qui se passe dans l'usine, il y a encore beaucoup à faire, vu que le syndicat est encore très jeune dans l'entreprise. Mais c'est important de s'occuper de ce qui se passe à l'extérieur. Pour nous, cette grève est une première, c'est donc important que participent beaucoup de gens de l'usine. Nous avons beaucoup de membres, 60% d'entre eux doivent venir d'en dehors de Bruxelles, il y en a qui étaient ici déjà très tôt. Ils ont fait des assemblées dans l'entreprise hier. Le but de l'action: laissez voir que le syndicat est quelques chose.

Un délégué FGTB de Viangros, Bruxelles

Continuer

Si le gouvernement maintient ses positions, il faut durcir le mouvement. Continuer, faire des manifs, paralyser le pays et aller à Bruxelles. Je suis membre de la CNE et je fais grève. Franchement, je ne comprends pas Josly Piette. Ces gens n'écoutent pas assez la base. On doit tenir ensemble, CSC et FGTB. Ils doivent plus prendre l'avis de la base.

Un travailleur d'Electrabel, Liège

Notre dû

Il ne faut quand même pas oublier que c'est notre salaire indirect qui compose l'essentiel de la prépension. C'est nous qui cotisons pour cela! Nos parents se sont battus pour cela, dommage que les gens ont parfois des mémoires de poisson!

Jeune militant FGTB d'Icarus, Liège

Le nombre de chômeurs va augmenter

Le problème, c'est que le gouvernement ne pense pas à long terme. Car s'ils continuent à faire travailler les gens plus longtemps, le nombre des chômeurs va augmenter. Combien ça va coûter à la sécurité sociale?

Délégué CGSP au CPAS d'Anderlecht, Bruxelles

Riches plus riches

L'avenir, ce sera comme le passé, une question de classe. Les riches deviennent plus riches, les pauvres plus pauvres. Avant, je travaillais à Charleroi comme animatrice avec des enfants. Dans les quartiers riches de Charleroi l'accueil des enfants est bien, mais dans les quartiers plus pauvres pas. Il y a des enfants qui viennent sans chaussettes. Et il n'y pas d'argent pour le social. Il y a des contrats de un, deux ans et puis on est jeté à la poubelle.

Une travailleuse de Viangros, Bruxelles

Des cours aux jeunes

Si quelqu'un veut arrêter à 50 ans, il peut. S'il reste cinq ans de plus, il doit donner des cours à un jeune pour le former et continuer à être payé pour ce travail. Il y a assez de monde sans travail pour remplacer tous les candidats à la prépension. Verhofstadt a promis 200000 emplois et il y a de plus en plus de chômeurs. Voilà la réalité

Un travailleur de Flightcare, Zaventem

Empêcher les restructurations

On a un gros problème: on parle d'empêcher les prépensions, mais jamais d'empêcher les restructurations. Nous avons connu une grosse restructuration en 2003. Nous avons perdu 49 postes, rien qu'à la centrale électrique des Awirs. Sans les prépensions, ces gens auraient été licenciés tout court. Il faut faire grève au finish. Ici, la CSC est solidaire, la CNE est venue avec ses couleurs.

Michel Pirotte, délégué FGTB,
centrale électrique des Awirs.

Allemand solidaire

Nous soutenons les revendications des syndicats belges. En Allemagne, la pension est à 65 ans et, dans le gouvernement, ça discute pour rehausser jusqu'à 67 ans! Nous croyons qu'ils peuvent se le permettre parce que les travailleurs ont oublié de mener une lutte. Ce qui se passe en Belgique est une tendance européenne. Il y a eu le Portugal, l'Espagne et en Grèce il y a eu plusieurs grèves générales. Nous sommes solidaires parce que si on arrête cette évolution, comme en Grèce, ça peut profiter à toute l'Europe. En Allemagne, les deux grands partis qui ont proposé des restrictions sociales ont été punis aux dernières élections. En Europe, les gens en ont marre. Il faut continuer la grève, les syndicats doivent s'unir pour une grande grève générale.

Gaëtan Kayitare, syndicat NGG (Allemagne), au piquet de Belgacom, Liège

Au Carrefour d'Hasselt, les caddies sont restés au parking. (Photo Solidaire, Peter Van Loffelt)

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Précarité des jeunes

Ce n'est pas acceptable. La prépension est à 58 ans. Pour les restructurations, ça permet de trouver des solutions acceptables. Aujourd'hui, les jeunes sont de plus en plus pris dans du travail précaire, des intérims. La prépension permet justement de faire accéder au travail tous ces jeunes qui ont besoin de travailler pour leur avenir.

Johan Lievens, secrétaire FGTB UBOT

Répartir le travail

Y a-t-il quelque chose de pire que d'enfoncer les jeunes dans le chômage? La prépension, c'est essentiel pour répartir le travail, pour donner des emplois aux jeunes et permettre à ceux qui ont plus de 50 ans d'espérer qu'ils auront encore quelques années à vivre en soufflant un peu. Dans notre travail, la prépension à 55 ans ­ volontaire ­ c'est plus que nécessaire. Ceux qui veulent s'arrêter doivent en avoir la possibilité. Car quel est le futur que nous réserve le gouvernement? C'est travailler jusqu'à être cassé à 65 ans et mourir à 67 ans.

Militant FGTB, Viangros, Bruxelles

Même couleur

Le taux de chômage est effrayant. Nous avons la preuve tous les jours à l'usine que des dizaines de jeunes demandent à être engagés. A 58 ans, après une vie de travail, la prépension est bien méritée. Il faut faire grève au finish, jusqu'à ce que le gouvernement tombe. Tous les partis politiques sont de la même couleur. Nos politiciens ne connaissent plus la réalité dans les usines et sur le terrain.

Jean Schifano, délégué FGTB Prayon, Liège

Un an de prépension pour 100.000 emplois

Le manque de travail pour les jeunes, ce n'est pas possible. A mon avis, ce n'est pas le but, le gouvernement nous cache quelque chose. Je serais prêt à lâcher un an de prépension, mais en contre-partie, je veux 100000 nouveaux emplois. Et ils doivent être là avant que moi je parte.

Luc Nicolas, délégué FGTB
chez Collignon Electricité, Liège

Front commun

Normalement, on est plus ou moins 25 délégués pour Fortis AG dans le pays (donc avec Liège et Charleroi) pour les 3 syndicats. Depuis toujours, on travaille en front commun parce que c'est la seule manière d'obtenir quelque chose. J'ai reçu deux mails de la direction du syndicat. Le premier disant qu'ils seraient soutenus par leur syndicat même si celui-ci n'a pas signé pour la grève. Le deuxième disant qu'ils ne seraient pas soutenus financièrement. Or le syndicat est obligé de payer les jours de grève. Selon nous, ils ont fait ça pour créer la confusion et décourager les syndicalistes de faire grève tout de même.

Un délégué du syndicat libéral
de Fortis, Bruxelles

Aucun travailleur n'est rentré! C'est dommage que la CSC ne nous ait pas suivis aujourd'hui mais, regarde, les délégués CSC sont là! Donc, comme tu vois, à la base, on reste unis.

Un délégué FGTB ESCO, Liège

Je suis contente, on a montré que la FGTB est un syndicat de combat. Mais à la SNCB et au TEC, les verts et les rouges ont lutté ensemble, en front commun. C'est dommage que cette situation ne soit pas plus étendue.

Martine, permanente CSGP à la STIB

En tant que délégué et militant de la CSC, j'ai mon opinion. On a eu une discussion avec les affiliés et on a décidé de faire grève aujourd'hui, en front commun avec la FGTB. On n'est pas là pour notre plaisir. On veut défendre nos droits. On veut nous faire travailler plus longtemps alors que les jeunes sont au chômage. Une grève générale, c'est pour l'ensemble du pays. Il faut défendre le droit à la prépension, surtout pour les travaux lourds, 52 ans ou 53 ans maximum ça suffit. Si on continue comme ça, on pourra encore attendre longtemps les 200000 emplois que le gouvernement allait créer. Ça me dégoûte. S'il n'y a pas d'avancée dans le bon sens, il faudra faire encore des grèves générales. J'espère que ça ne sera pas encore des grèves gentilles. S'il le faut, on fera comme en 58 quand les ouvriers avaient démonté la gare des Guillemins. Il faut que le mouvement soit plus rude.

Lehance Raymond, délégué CSC à Tec, Liège

Pas un petit boulot de bureau

Travailler plus longtemps? Pour les gens avec un petit boulot de bureau, peut-être, mais pas pour les ouvriers. Si le gouvernement met les syndicats sur la touche, nous devrons poursuivre les actions et ne pas faire de concessions. L'attitude des partis gouvernementaux est tout bonnement scandaleuse. S'il n'y avait que peu de chômeurs en Belgique, on pourrait encore le concevoir Mais ce n'est pas le cas du tout.

Roger, Agfa Gevaert

Sur la mutuelle

Le gouvernement prétend que les Suédois travaillent déjà beaucoup plus longtemps aujourd'hui. Mais, ce qu'il ne dit pas, c'est qu'il y a beaucoup plus de travailleurs suédois sur la mutuelle à partir de 50 ans. C'est tout simplement déplacer le problème.

Ouvrier, ALV

À bout de forces

Quand on a travaillé 30 ou 35 ans en continu, on est à bout de forces. Chez les collègues plus âgés, on rencontre beaucoup de malades. À partir de 45 ans, ça commence: hyper-fatigue, troubles du sommeil et difficultés de digestion. Regardez le journal de Sidmar et les photos des décès. Nombreux sont ceux qui meurent très vite après leur prépension.

Militant CGSLB, Sidmar

Les ministres à la chaîne

Ils veulent nous faire travailler jusqu'à 60 ans et plus. Mais, après 25 ans de travail à la chaîne ou dans la construction, tu as le dos foutu ou les genoux en compote. Qu'eux, les ministres, aillent donc bosser quelques semaines chez nous, après ça, ils causeront sans doute autrement.

Militant du textile, Genk

Zakkaria Moktar, délégué principal CGSP au dépôt Delta de la STIB: «Il faut prendre l'argent où il se trouve.»
(Photo Solidaire, Vinciane Convens)

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Chauffeur de bus à 60 ans

Chauffeur de bus, voilà un boulot stressant: garder de l'argent, les horaires, arriver aux arrêts à temps, le trafic toujours plus intense et des prestations irrégulières. Je ne puis m'imaginer qu'un chauffeur de 60 ans doive encore se mettre en route dès 4 heures du matin et que, le même soir, il finisse son service parfois à minuit. Cela ne se justifie pas.

Un chauffeur de bus, De Lijn

36 secondes par siège

En janvier 2005, je devais sortir un siège terminé toutes les 56 secondes. Maintenant, c'est un toutes les 36 secondes. Qu'est-ce que ça va donner si nous devons travailler à cette cadence (ou plus élevée encore) après 58 ans? Ici, il n'y a pas de travail adapté, c'est la chaîne ou rien.

Une ouvrière de Ford, Genk

Charlie Chaplin

À la chaîne jusqu'à 60 ans? Impossible! La pression est trop élevée. Si seulement nous pouvions boire un coup ou aller à la toilette quand nous le voulons, comme les employés, ce serait peut-être faisable. Mais, aujourd'hui, nous sommes des robots humains, comme dans le film de Chaplin. Retirez nos vêtements et vous ne verrez plus aucune différence.

Un délégué de Ford, Genk

Sourd

Nous voulons garder la prépension. Dans certaines sections, ici, on est sourd après 40 ans de travail. Il y a tant de jeunes chômeurs. Qu'ils les embauchent.

Jeune délégué, Domo

À la seconde

Ici, on nous suit à la seconde près. Et, chaque année, ils examinent qui fait partie des 3% les moins productifs et peut donc être viré. C'est ce qu'ils appellent le «bottom three».

Militant FGTB, Vynckier

Du travail pour les jeunes

Aujourd'hui, nous pouvons prendre notre prépension à 56 ans. Si nous travaillons deux ans de plus, nous prenons deux ans de travail d'un jeune. 180000 jeunes sont chômeurs. Je connais des gars qui sont intérimaires depuis des années. Ou alors, ils ont un contrat FPI (Formation professionnelle individuelle). Après deux évaluations, on te refile soi-disant un contrat définitif. Mais que se passe-t-il? La première évaluation est brillante et, à la seconde, il s'avère brusquement que tu ne conviens plus et tu voles dehors. Au suivant! Et une prime de plus pour le patron. Est-ce ainsi que le gouvernement va résoudre le chômage des jeunes?

Militant FGTB, Solutia

Lumières éteintes

Rien qu'organiser la grève n'a pas été facile, mais ça a quand même bien marché. À l'intérieur, les lumières sont éteintes et le parking est vide. Dans les autres entreprises aussi, on fait grève: Crown Cork, Chicago Metalic, Atlas Copco, Ford. Le maintien de la prépension est important aussi pour les jeunes. Si les plus âgés travaillent plus longtemps, ils auront encore moins de possibilités. Je ne m'exprime pas sur les autres syndicats. Je dis seulement que si nous ne faisons pas grève, nous ne pèserons pas un gramme dans la concertation. Le fait que l'action a bien été suivie par tout le monde renforce notre position. La direction de la CSC dit par exemple que la prépension à 58 ans est toujours possible à l'avenir, mais tant que ça ne sera pas écrit noir sur blanc, on n'a rien en main. Et ils ne disent rien des conditions, mais c'est de cela qu'il s'agit. Combien d'années va-t-il falloir travailler pour avoir droit à la prépension?

Rudi Kennes, délégué principal FGTB, Opel/General Motors

Dresser les jeunes et les plus âgés les uns contre les autres

Le véritable enjeu des plans gouvernementaux, c'est que jeunes et vieux se battent pour les mêmes boulots, de façon à pouvoir réduire les salaires. Ils nous comparent toujours avec l'Amérique. Mais les salaires, là-bas, sont si bas que les gens doivent faire plus d'heures, voire exercer deux boulots. Je le sais parce que je collabore à un forum de discussion sur la musique country, sur le net. Récemment, nous parlions d'un CD. Une prof américaine est intervenue pour dire qu'elle ne pouvait pas se l'acheter ce mois-ci.

Paul, Opel

La prépension donne leur chance aux jeunes

Nous devons considérer le débat sur la fin de carrière dans un cadre élargi. Le grand nombre de chômeurs doit avoir accès au travail. La prépension est nécessaire pour donner un emploi aux jeunes. On ne peut pas toucher à l'âge de la prépension. La proposition d'utiliser le temps de préavis, en cas de licenciement, pour le financement de la cellule emploi, existe déjà à Alcatel sous le nom de programme HOP.

Eric Schiets, BBTK, délégué principal,Alcatel Bell Anvers

Inquiet pour la Sécu

Je suis surtout inquiet pour le maintien du financement de la sécurité sociale. Quand on voit les réductions de charges qu'ont obtenues les entreprises ces dernières années, et que, maintenant, il cherchent des compensations à cela, qu'ils aillent donc chercher chez ceux et non chez les travailleurs. Je suis pour le maintien de la prépension dans tous ses aspects, et cela vaut aussi pour les entreprises en restructuration. La différenciation entre travail lourd et travail léger est également importante. Quelqu'un qui travaille dans la construction ou à la chaîne depuis l'âge de 18 ans, souffrira plus tard de maladies chroniques, de stress, comme vous le dites aussi (dans l'étude de Médecine pour le Peuple, NdlR). Quelqu'un de ce genre doit pouvoir arrêter les frais à 58 ans. Et l'obligation de disponibilité pour les prépensionnés, ça ne peut pas passer non plus, pour moi. Car, dans ce cas, le stress du boulot se poursuit. Je me demande d'ailleurs où ils veulent en venir exactement, avec cette disponibilité, car il est évident que, de la part des entreprises, il n'y a pas de demande en faveur du maintien au travail des travailleurs plus âgés.

Pierre Vrancken, délégué principal FGTB, Ford

Un autre débat

Le débat sur les carrières doit en premier lieu tourner autour des jeunes qui quittent l'école et des 140000 jeunes chômeurs, pas sur la fin de carrière. Le gouvernement prétend que nous devons travailler plus longtemps afin de sauver la sécurité sociale, mais je ne suis pas d'accord avec ce raisonnement. Les cotisations sociales que les plus âgés doivent payer en plus parce qu'ils travaillent plus longtemps passent quand même dans les allocations de chômage des jeunes qui doivent donc chômer plus longtemps, oui ou non? Et que peuvent encore faire les plus âgés dans l'usine? Ils ne peuvent pas faire le travail le plus lourd et, dans l'automobile, le travail adapté, ça n'existe nulle part. Les sous statuts, les boulots autres qu'à la chaîne, le triage des gants, le travail de cantine, tout ça, c'est terminé

Eddy Verbraecken, délégué principal FGTB, DAF-Oevel.

Et l'obligation d'embauche compensatoire?

Les patrons ont inventé la prépension afin de pouvoir faire partir les travailleurs plus âgés. Dans le temps, il était question d'une obligation d'embauche de remplacement, mais on n'en parle plus depuis longtemps. Et maintenant, c'est la prépension même qu'on veut liquider

Chez nous, à la raffinerie, personne n'est d'accord avec les plans gouvernementaux. Les jeunes disent plutôt: «C'est encore loin de nous concerner.» Mais ils savent bien de quoi il retourne: dans 30 ans, ce sera leur tour.

Gilbert Haghebaert, BBTK, délégué principal, ESSO

La CSC et la CGSLB à la VRT

Les hautes instances de la CSC ne soutiennent pas la grève. Mais la base de la CSC ne pense manifestement pas la même chose. Voyez, ici, vous avez la FGTB, la CSC et la CGSLB: nous sommes tous unis fraternellement dans notre lutte pour le maintien de la prépension. À la VRT aussi. Avec une minute de silence avant le JT, toutes les sections syndicales de la VRT ont témoigné leur solidarité avec les grévistes. Et ça, le lendemain du cinéma scandaleux de Cortebeeck durant les infos.

Thomas, employé, Alost

Les chèques repas

L'impôt sur les fortunes et la Cotisation sociale généralisée en vue de financer la sécurité sociale doivent rester à l'ordre du jour. La sécurité sociale doit également être expliquée plus clairement pour les jeunes; les gens demandent par exemple des chèques repas, mais ils ne se rendent pas compte qu'ils ne paient pas de sécurité sociale, sur ces chèques repas, et qu'ils n'en auront pas, en cas de maladie.

Marc Staelens, secrétaire FGTB, PMB

Confrontation entre des conceptions différentes de la société

Il y a un an, nous voulions ancrer la prépension à 58 ans: on a appelé ça une stratégie offensive. Aujourd'hui, nous annonçons la même chose et les médias et les hommes politiques disent que nous sommes cinglés. Cette discussion concerne bien plus que la prépension, c'est une confrontation entre des visions différentes de la société. Pour certaines personnes de ce pays, les travailleurs ne sont que des torchons sur lesquels ils s'essuient les pieds. Et bien, nous, nous voyons les choses d'une tout autre façon.

L'attitude du SP.a est absolument déplorable. Au lieu de considérer cette grève comme un soutien aux travailleurs, ils qualifient les actions de hooliganisme pur et simple. Ce n'est pas ce qu'on attend de la part de partis véritablement socialistes. Mais nous devons hélas constater que la voix des travailleurs, dans ces partis, est devenue pratiquement inaudible.

Bruno Verlaeckt, président
de la Centrale générale, Anvers

Cette société n'a rien de logique

Les hommes qui font les pauses comptent pouvoir débrayer à 56 ans. Il ne faut pas sous-estimer le côté physique du travail, dans la pétrochimie. Nous devons grimper au sommet de tours de 50 ou 60 mètres de haut le long de cages d'échelles. Et ce, par tous les temps: en été, on sue par 30°, en hiver, on caille par ­ 5°. Et nous devons tourner de lourdes manivelles à la main. C'est absolument intenable quand vous avez 60 ans. Mentalement aussi, c'est très dur: différents systèmes informatiques, plusieurs programmes, ils faut se former en permanence. Et on ne peut se permettre la moindre erreur. Nous travaillons avec des gaz liquides: de vraies bombes C'est une société assez illogique. La sécurité sociale, c'est nous qui la payons. Le grand capital n'y ajoute pas un centime. C'est le travailleur qui doit tout payer. Le profit passe avant tout.

Peter Konings, FGTB, délégué principal, Fina Antwerp Olefins

Les patrons avantagés une fois de plus

Vous savez, les dockers sont toujours présents quand il le faut. Je trouve que c'est impensable que les patrons reçoivent toutes ces réductions sur leurs charges alors que les versements pour la sécurité sociale n'auront pas lieu avant 2008. Et qu'en est-il du financement alternatif? Pour les ports, nous avons maintenant la prolongation de la VA (adaptation réduite au travail) jusqu'en 2009. Pour les syndicats, c'est clair: il faut que les VA continuent d'exister! C'est un point de rupture, pour nous.

Rik Lubben, FGTG-BTB Ports, délégué

Continuer la grève

Nous, ici, chez Crown Cork, nous sommes partisans qu'ils continuent à faire grève. Mais je doute que notre direction syndicale partage cet avis. Quand j'ai commencé ici, en 69, nous étions encore plus de 1 000. Mais, restructuration après restructuration, ils ont détricoté l'emploi. La dernière, c'était il y a deux ans. À l'époque, nous étions encore 273 ouvriers. Aujourd'hui, 250 et 93 employés. Il a encore fallu en licencier 23

Un ouvrier, Crown Cork

Propos trompeurs de la CSC et de la presse

Cette grève est un succès gigantesque. Tous les points d'action ont été occupés. Les mots d'ordre syndicaux ont été bien suivis partout. Et tout ça, malgré l'attitude des employeurs et de la CSC. Je pèse bien mes mots: la CSC a menti à ses propres affiliés. Pourtant, il y a une énorme unité à la base, dans toutes les centrales. Cela s'explique par l'importance du dossier. La prépension, ça interpelle tout le monde. Les jeunes disent: «Un jour, ce sera mon tour.» Et un très grand nombre de travailleurs plus âgés ne sont tout simplement plus en état de travailler plus longtemps. Un glissement du problème vers les mutuelles, ce n'est pas non plus une solution. Nous défendons les trois points de rupture de la FGTB. C'est tout bonnement scandaleux, la façon dont la presse en parle. Comme Yves Desmet, dans un journal progressiste, en plus, comme De Morgen. Selon moi, la presse a un agenda caché. Il n'y a rien de choquant, dans nos revendications. Elles sont évidentes et honorables.

Camiel Stoop,secrétaire FGTB-Métal, Nord-Limbourg

Forts tous ensemble

J'ai l'impression qu'on perd de vue le débat de fond sur la fin de carrière à cause des contradictions entre les deux syndicats. En les opposant l'un à l'autre, le gouvernement a gagné Il n'y a qu'ensemble que nous pouvons être forts.

Wout Delen, BBTK, délégué principal, DAF

De nombreux affiliés de la CSC participent

Nous voyons une importante envie de faire grève. Même parmi la base de la CSC, il y a peu de réticences. Bien des délégués de la CSC participent, mais sans leurs vareuses vertes. C'était l'exigence de la direction de la CSC.

René Stabel, secrétaire national,
Textile/Vêtements/Diamant

Succès chez Fortis

Je vois deux raisons au succès de cette action de grève. Primo, nous avons une longue tradition de fonctionnement en front commun syndical. Et, secundo, nous avons eu hier une excellente assemblée syndicale avec des explications sur les mesures du gouvernement. Au total, 800 personnes présentés, en quatre tranches.

Karel Meganck, secrétaire BBTK, Fortis

Nouvelle grève en compagnie de la CSC

Nous avons obtenu la mise à l'arrêt bien plus facilement que prévu. Nos affiliés étaient euphoriques à propos de ce résultat. Le succès d'aujourd'hui est une leçon pour la CSC et pour le patronat. Le gouvernement va désormais y réfléchir à deux fois. Et, à la CSC, je m'attends à une grosse pression de la base sur le sommet. Jusqu'à présent, ç'a toujours été une infime minorité en haut de la CSC qui décidait. Ce mécontentement des membres de la CSC, nous l'avons vu de près. Pour les cinq piquets, j'estime qu'ils étaient une centaine à rallier aujourd'hui les gens de la FGTB. Je m'attends à ce que sous la pression de la base, la CSC appelle à la grève avec participation de la FGTB. Ainsi, nous pourrons écarter les derniers points indigestes de la note gouvernementale. Un, la prépension à 56 et 58 ans doit rester. Deux, en cas de restructurations, il ne peut pas y avoir de sanction et les prépensionnés ne doivent pas être disponibles sur le marché de l'emploi. Trois, le gouvernement promet aujourd'hui 15% du précompte immobilier pour le financement de la sécurité sociale, mais cet argent, il va venir le barboter chez nous d'une façon détournée ou l'autre. C'est non! Pour moi, la cotisation de l'employeur à la sécurité sociale doit augmenter. On dit toujours, «quand ça va bien pour les entreprises, ça va bien aussi pour les gens.» Mais, aujourd'hui, tout le monde voit que bien des entreprises s'en tirent très bien, qu'elles font des bénéfices colossaux. Et les travailleurs, eux, n'ont rien.

Rob Urbain, secrétaire général, Centrale générale, Limbourg

Cortebeeck sous son vrai jour

Je suis pour l'unité entre la FGTB et la CSC et je déplore ce qui se passe. Il faut faire attention à ne pas devenir antisyndicaliste. Nous restons des syndicalistes et ce n'est pas parce que les dirigeants de la CSC s'expriment de cette façon que nous, à la base, devons les suivre. Cortebeek s'est d'ailleurs révélé sous son vrai jour dans l'émission Ter Zake, dans laquelle il a annoncé la couleur. Pour lui, l'affaire ne tourne absolument pas autour de la limite d'âge de 58 ans.

Patrick Mertens, CMB, Vynckier

1 Vous pouvez encore envoyer votre histoire sur www.ptb.be/prepension/monhistoire.php, et vous pouvez bien sûr aussi y lire les nombreuses histoires qui s'y trouvent déjà.


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Réactions

1.Misson Jean-Pierre (11 octobre 2005)

Je ne comprend pas la position du gouvernement et encore moins la position de la tête de la CSC, mais bien entendu on parle là de financier, de personnes qui n'ont jamais mis les pieds dans une entreprise. Comment dès lors peuvent t'ils parler à la place des travailleurs qui eux sont tous les jours confrontés à des termes comme: productivité, flexibilité, qu'ils viennent à 56 ans sur une ligne de production avec de jeune cadre qui eux ont des objectifs à réaliser et n'ont rien à foutre que le travailleur qui est face de lui est user par le travail. Il est grand temps que la base se réveil et fasse comprendre à la tête que nous avons besoin d'eux, mais qu'ils ne sont pas indispensable.
Jean-Pierre, Saint-Gobain Glass Benelux

e-mail Misson Jean-Pierre


12:01 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles, Belgique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer | | |

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