14/10/2005

12/10/2005: Le Vlaams Belang choisit le camp des patrons

Le Vlaams Belang choisit le camp des patrons

«La grève est inacceptable», s'est écrié Gerolf Annemans à la VRT1. Depuis 20 ans déjà, son parti, le Vlaams Belang, a une proposition de loi contre de telles grèves et il entend allonger la carrière: «de 37 à 40 ans».

Peter Mertens
12-10-2005

Cela fait vingt ans que le Vlaams Belang a introduit la proposition de loi Dillen, qui veut museler les syndicats et empêcher les grèves comme celle du 7 octobre. (Photo Solidaire, Tom Demeester)

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Lors de l'émission De Zevende Dag (VRT), Gerolf Annemans a été bref mais virulent, à propos de la journée de grève de vendredi: «La grève est inacceptable, inutile et ne débouche sur rien.» Inacceptable, dit-il, car «s'il y a 600000 chômeurs, il ne faut pas empêcher ceux qui en ont envie de travailler». Si le Belang avait réellement à coeur les besoins des 600000 chômeurs, il aurait dû soutenir la grève. Dans notre pays, ce ne sont pas les non-grévistes de vendredi qui ont été privés du «droit au travail», mais les 600000 chômeurs à qui on le refuse. C'est d'ailleurs un des points centraux de la journée de grève. À tous les piquets, on entendait la même chose: «Nous n'acceptons pas que les gens doivent travailler encore plus longtemps alors qu'il y a des dizaines et des dizaines de milliers de jeunes sans travail.»

S'il ne tenait qu'au Vlaams Belang, c'en serait terminé des grèves (générales). Quand, au studio de De Zevende Dag, Rik Daems du VLD avait annoncé qu'il allait introduire une proposition de loi pour limiter le droit de grève, Annemans s'en était montré particulièrement enchanté. «Je suis très content de voir qu'aujourd'hui le VLD reprend une proposition de loi que nous présentons depuis 20 ans déjà. Cette proposition de loi veut rendre les syndicats responsables de leurs débordements. Le VLD dispose donc déjà du soutien des 18 députés et 7 sénateurs du Vlaams Belang», avait-il ajouté. Depuis 1983, où il s'appelait encore le Blok, et à chaque nouvelle législature, le Belang réintroduit en effet la proposition de loi de Karel Dillen. Cette proposition ne s'en prend pas aux excès qui peuvent se produire durant une grève, mais considère la grève elle-même comme un excès. C'est pourquoi elle réclame que l'on dote les syndicats d'une responsabilité juridique et que l'on rende publiques les caisses de grève et les cotisations des membres, de sorte que le mouvement syndical (et pas seulement la FGTB, mais aussi la CSC et la CGSLB) soit muselé lors de toute action collective. Ce sont presque mot pour mot les exigences de l'organisation patronale flamande VOLA.

Annemans veut une carrière d'au moins 40 ans

Annemans n'a pas eu un mot favorable non plus pour les revendications des grévistes. «La prépension n'est pas l'essentiel. Ce que le gouvernement fait aujourd'hui, ce sont des broutilles. Il ne va pas assez loin et pas assez en profondeur. Nous en sommes à une carrière de 37 ans, alors qu'elle doit être de 40 ans au moins.» Pas la moindre compréhension, donc, pour tous les travailleurs de ce pays qui aspirent à la prépension parce qu'ils sont au bout du rouleau, las d'être flexibilisés, ou qu'ils ne supportent plus leur travail. Pas la moindre compréhension non plus pour l'état de santé des travailleurs quinquagénaires de notre pays. Pas plus qu'il n'en a eu pour les 135000 jeunes chômeurs qui restent sans emploi alors que leurs parents doivent travailler plus longtemps2.

Ç'a toujours été le point de vue du Vlaams Belang. Au printemps 2004, j'ai été l'invité des sessions de forum de politics.be, entre autres, pour défendre les revendications du PTB concernant le droit à la prépension à 55 ans avec embauche d'un jeune à la clé. Après moi, ç'avait été le tour du président du Vlaams Belang, Van Hecke: «Il est absolument indispensable que les gens travaillent plus longtemps. 65 ans, tel est le but visé et, ici, il est évident que la prépension va devoir être méchamment détricotée3 Cela figurait également noir sur blanc dans le programme électoral du VB pour le Parlement flamand: «La carrière des travailleurs doit être allongée, au lieu d'être systématiquement raccourcie4 Et, le 5 août dernier, Gerolf Annemans écrivait encore dans un édito sur son site: «La carrière moyenne de 37 ans actuelle doit être portée à 40 ans5 Une fois de plus, à peu près les mêmes termes que l'organisation patronale flamande, la VOKA.

Le Vlaams Belang: liquidation des «prétendus droits acquis»

Le Belang est hostile aux grèves et à la prépension. L'idée sous-jacente, c'est qu'il faut en terminer avec les «prétendus droits acquis». Un mois avant la journée de grève, le Vlaams Belang avait déjà la FGTB et la CSC dans son collimateur. À l'époque, il avait emboîté le pas de Johan Vande Lanotte (SP.a) pour fulminer contre les syndicats: «Dernièrement, Johan Vande Lanotte a agité un doigt accusateur en direction de l'attitude "conservatrice et défensive de ceux qui se cramponnent à ce que nous avons, les droits acquis". Le message était clair, aussi pour ceux à qui il s'adressait. "Le mouvement syndical doit évoluer avec son temps et renverser les tabous" (). Pour une fois, nous devons donner raison à Vande Lanotte. Alors que les entreprises ferment par dizaines ou font leurs valises pour des pays à bas salaires, les directions syndicales sont toujours à la traîne des faits établis. Souvent, elles se pointent encore avec d'absurdes revendications salariales et se cramponnent à ces prétendus "droits acquis"6

Que certains aspirent à la prépension à 58 ans, après 25 ans de service, c'est, aux yeux du Belang, un «prétendu droit acquis» auquel on n'a pas le droit de se «cramponner». Récemment encore, lors d'un colloque du Vlaams Belang, on pouvait entendre que «la Flandre doit suivre l'exemple des Etats-Unis», où les travailleurs font des heures supplémentaires et travaillent le week-end «sans murmurer» et, surtout, «sans supplément de salaire», où «les fusions sont possibles et les licenciements bon marché7».

Quel intérêt le Vlaams Belang défend-il? En tout cas, pour commencer, pas ceux d'un grand nombre de ses électeurs. Une enquête a révélé que 54,75% des électeurs du VB étaient opposés à l'augmentation de l'âge de la prépension à 60 ans8. Mais avec son point de vue en faveur de l'allongement de la carrière, le Belang devient ainsi le parti qui dit le contraire de ce que pensent ses électeurs. Le Belang ne dit pas ce que pensent ses électeurs, il répète le langage des patrons de la VOKA. Croyez-vous que c'est un hasard si 1288 chefs d'entreprises9 reconnaissent être membres de ce parti? Croyez-vous que c'est un hasard si le Belang ne rend visite à aucun piquet de grève, mais veut le faire chez 224 directeurs et cadres supérieurs d'entreprises? Pensez-vous que c'est un hasard si, récemment, le Belang a été l'invité d'honneur de la petite fête très privée de Fernand Huts, patron de Katoen Natie, et de ses copains, les gros pontes de Barco, Agfa-Gevaert, ING, etc.?

1 De Zevende Dag, dimanche 9 octobre 2005, 11 heures sur la Eén (VRT). · 2 Ceux qui pensaient, à l'instar de la journaliste Frieda Van Wijck (De Zevende Dag), que le Vlaams Belang aurait modifié son point de vue le jeudi 6 octobre en défendant le maintien de la prépension, se sont manifestement mis le doigt dans l'il. Annemans a été clair: le Belang est partisan d'une carrière plus longue, jusque 40 ans. · 3 Forumsessies (Forums): De burger sprak met Frank Vanhecke (Vlaams Blok) (Le citoyen s'est entretenu avec FV), sur www.politics.be/interviews/443/, mai 2004. · 4 Vlaams Blok, Verkiezingsprogramma voor de Vlaamse Raad (Programme électoral pour le Conseil flamand), 2004. · 5 Gerolf Annemans, 2004-2005: Het paarse einde kwam eindelijk in zicht (La fin de la coalition violette est proche, manifestement), 5 août 2005. Depuis, Annemans a écarté cet article de son site. Mais on peut encore le retrouver via le moteur de recherche de Google. · 6 Missen de vakbonden de trein? (Les syndicats vont-ils rater le coche?), 12 septembre 2005, www.vlaamsbelang.org/ · 7 Alain Mouton, lors du colloque du Vlaams Belang-colloquium «Werkend Vlaanderen, zelfstandig Vlaanderen» (Une Flandre active, une Flandre indépendante). Cité dans: De Morgen, 19 avril 2004 · 8 www.stemmenkampioen.be/. · 9 Service d'études du Vlaams Belang, Financieel-Economische Commentaren (Commentaires financiers et économiques), 3e année, n° 3, juillet 2005, p.2.


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20:30 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles, Belgique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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