14/10/2005

12/10/2005: Deux tiers des plus de 50 ans ont une maladie chronique

Une étude scientifique de Médecine pour le Peuple le prouve
Deux tiers des plus de 50 ans ont une maladie chronique

Gaston Van Dyck
12-10-2005

«Notre recherche montre qu'en faisant travailler les gens plus longtemps, le gouvernement compromet leur santé», affirme le médecin du peuple Harrie Dewitte. (Photo Solidaire, Dirk H.)

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Tout généraliste le sait: les travailleurs de 50 à 55 ans ont très souvent des difficultés à assumer pleinement leur travail. Et les docteurs de Médecine pour le Peuple l'ont confirmé de façon scientifique: au moins 65,5% d'entre eux souffrent d'une maladie chronique.

Harrie Dewitte. Dans le débat sur la fin de carrière, personne, manifestement, ne se pose la question de savoir si les travailleurs de 50 à 55 ans sont vraiment aptes à travailler plus longtemps. Quel est l'état de santé de ces travailleurs? L'image d'un travailleur un peu plus âgé qui éprouve plus de difficultés à assumer pleinement son travail est-elle correcte? C'est ce qu'on entend souvent et c'est ce que les médecins constatent dans leur pratique quotidienne. Mais peut-on le prouver scientifiquement? C'est que nous, à Médecine pour le Peuple, avons voulu vérifier.

Parce que c'est le groupe de travailleurs de 50 à 55 ans qui va subir le premier les mesures du gouvernement Verhofstadt. Mais aussi, parce que les travailleurs plus jeunes, une fois qu'ils auront atteint cet âge, connaîtront à peu près le même état de santé.

Sept maisons médicales de Flandre, Wallonie et Bruxelles ont participé à l'enquête. Ensemble, elles comptent 17493 patients, dont 1150 dans la tranche d'âge 50-55 ans. Nous avons parcouru leur dossier médical et nous nous sommes posé la question: ce patient a-t-il une maladie chronique et cette maladie lui rend-elle son travail plus pénible. Les résultats sont sidérants.

On peut consulter les résultats complets de l'enquête sur www.mplp.be

Deux tiers des patients ­ 67,3% des femmes et 63,5% des hommes ­ souffrent d'une ou plusieurs maladies chroniques. Cette constatation à elle seule devrait déjà faire réfléchir nos hommes politiques: si, à cet âge, les travailleurs ont déjà de sérieux problèmes de santé, qu'est-ce que ça va être quand ils auront entre 60 et 65 ans? Dans mon cabinet, j'entends souvent des gens dire: «Entre 50 et 55 ans, on est encore en relativement bonne santé pour profiter un peu de la vie mais quand on arrive à 60 ou 65, ça devient plus difficile.» Notre enquête révèle que ces gens ont raison. Parmi les femmes de 50 à 55 ans, quatre sur dix ont déjà deux ou plusieurs maladies. Travailler plus longtemps affecte encore plus les femmes.

Piquet de grève devant une banque Fortis à Bruxelles. Une femme âgée apporte une tasse de café en solidarité, «parce que j'ai entendu chanter l' Internationale». Et bien sûr aussi parce qu'elle ne veut pas que les gens doivent travailler plus longtemps. (Photo Solidaire, S. R.)

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Seconde conclusion de ces chiffres: le gouvernement prétend que travailler plus longtemps peut résorber le déficit chronique de la sécurité sociale. S'il oblige les gens à travailler plus longtemps, ceux qui éprouvent à ce moment le plus de difficultés ­ à 55 ans, cela concerne déjà plus de deux tiers des personnes ­ vont chercher une autre issue. Ils vont tomber malades ou deviendront invalides. Pas besoin d'être devin, c'est déjà la réalité en Suède. Dans ce pays, le gouvernement a obligé les gens à travailler jusqu'à 65 ans. En réalité, 30% des plus de 50 ans restent chez eux: malades ou invalides. Depuis 1998, l'année où les Suédois ont été forcés de travailler plus longtemps, le nombre d'invalides de plus de 50 ans a plus que doublé! Un calvaire interminable pour les gens et absolument aucune solution pour la sécurité sociale, parce qu'une grande partie de ces travailleurs passe du chômage à l'assurance maladie.

Harrie Dewitte. Quelles sont les maladies dont souffrent les gens de 50 à 55 ans? Notre recherche en renseigne un éventail surprenant: des 753 personnes présentant une ou plusieurs affections, il y en a au moins 503 avec une maladie du système osseux ou musculaire. Autrement dit, 43,7% des 1150 patients de notre étude souffrent de douleurs dans le dos, d'arthrose, de rhumatismes. Des affections qui transforment parfois le travail de certaines personnes en véritable calvaire. Essayez pour voir d'avoir des douleurs dorsales et de travailler à la chaîne à GM, Caterpillar ou Volvo. Ou comme ouvrier du bâtiment, facteur, infirmière, technicienne de surface Ou comme employé qui, après des années passées devant un ordinateur, a des douleurs dans toutes ses articulations.

Puis ajoutez à cela le risque de lésions musculaires et articulaires persistantes qui augmente vite avec l'âge, surtout au-delà de 50 ans. Tus les médecins le voient. Le gouvernement et les patrons ont beau vouloir faire travailler les gens plus longtemps, ils n'ont rien fait pour les conditions de travail des personnes plus âgées. Au contraire, l'Union européenne montre que les conditions de travail ont empiré. De l'enquête, nous tirons aussi que la cause des maladies osseuses et musculaires se situe souvent dans les conditions de travail. Ces maladies constituent entre 40 et 50% de toutes les maladies liées au travail.

Les souffrances psychiques forment le second groupe de maladies les plus fréquentes. Et celles-ci aussi ont souvent trait au travail. Le gouvernement et les patrons veulent non seulement faire travailler les gens plus longtemps, mais encore accroître la flexibilité, la pression du travail, le travail en équipes et le travail de nuit. Le stress va encore augmenter

D'après le ministère de l'Emploi, le travailleur moyen de Belgique produit 20% de plus que la moyenne européenne. Il sera également usé plus vite.

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Nombre de patients avec une ou plusieurs maladies*

 
Hommes

Femmes

Total

Aandoening
nombre
%
nombre
%
nombre
%
1 ou plus
357
63,5
396
67,3
753
65,5
2 ou plus
187
33,3
233
39,6
420
36,5
3 ou plus
88
15,7
125
21,3
213
18,5

Nombre de patients, sur les 1150, avec

 
Score*
Nombre de patients
Maladies du système osseux et musculaire
709
503
Douleurs physiques
199
181
Maladies cardio-vasculaires
146
131
Maladies hormonales, de l'alimentation et du métabolisme
124
121
Maladies du système respiratoire
119
111
Maladies de la digestion
69
64
Maladies du système nerveux
68
67

* Certains patients souffrent de plusieurs maladies d'un même groupe. Par exemple, une tension artérielle élevée et une sténose carotidienne (rétrécissement de la section de l'artère carotide). Ce patient «score» à deux reprises dans le groupe des maladies cardio-vasculaires.

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Une étude concluante

L'idée de Médecine pour le Peuple de réaliser cette enquête semble si évidente qu'on se demande pourquoi un gouvernement, qui a pourtant dans ses rangs un ministre de la Santé publique, et un socialiste, de surcroît, ne l'a pas eue lui-même, lorsqu'il a concocté son plan visant à faire travailler les gens en moyenne cinq années de plus.

Ce que le ministre de la Santé publique n'a pu faire, les jeunes médecins de Médecine pour le Peuple l'ont fait. Sept maisons médicales, y ont participé. Elles se répartissent dans les trois parties du pays: de Hoboken à Marcinelle, en passant par Genk, Schaerbeek et Zelzate. Ce grand nombre n'est pas représentatif de l'ensemble de la population belge, mais bien des travailleurs.

Au contraire de la plupart des généralistes en Belgique, ces maisons médicales travaillent selon un système forfaitaire1. Cela signifie que leurs patients voient régulièrement le même médecin. De tous ces patients, il existe un Dossier médical informatique global dans lequel est consigné l'état de santé des patients.

Au total, ces maisons médicales ont inscrit 17493 patients (septembre 2005).

1150 patients appartiennent à la tranche d'âge de 50 à 55 ans, avec juste un peu moins d'hommes que de femmes: 48,9% contre 51,1%. Par maison médicale, un, voire deux médecins ont examiné toutes les maladies de tous les patients pour vérifier si leur caractère chronique avait un impact sur leur capacité de travail. L'enquête reposait donc sur des diagnostics objectivement établis. Pour chaque examen, cela se fait généralement via des questionnaires qui sondent l'état de santé de la semaine ou du mois précédent.

1 La maison médicale de La Louvière a également participé à cette étude, mais elle n'est pas encore passée au système forfaitaire . C'est pourquoi ses chiffres n'ont pas été repris dans les statistiques.

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Travailler plus longtemps est néfaste pour la santé des plus de 50 ans

Voilà des années que vous faites de la politique en tant que responsable du PTB. Quelles conclusions tirez-vous de votre enquête?

Harrie Dewitte. La recherche de Médecine pour le Peuple prouve que, en cherchant à faire travailler les gens plus longtemps, le gouvernement ne tient absolument pas compte de la santé publique. Travailler plus longtemps peut nuire considérablement à la santé.

L'étude dévoile également que le raisonnement « il faut travailler plus longtemps pour sauver la sécurité sociale» ne tient pas debout. Si la mesure passe, les dépenses en soins de santé et en invalidité vont augmenter. Ce que la sécu épargnera en allocations de chômage, elle va largement le reperdre en assurance maladie. Le ministre président flamand Yves Leterme a d'ailleurs pu le constater lui-même en Suède: travailler plus longtemps va de pair avec un doublement du nombre des invalides parmi les plus de 50 ans.

Le gouvernement a donc manifestement d'autres intentions. Il veut mettre plus de gens au travail parce qu'il veut de l'emploi meilleur marché. C'est comme avec un marché aux légumes: s'il y a beaucoup de choix, les prix sont bas. Ici, cela signifie que les employeurs vont pouvoir payer des salaires moindres: Plus de gens entrent en concurrence pour le même nombre d'emplois. Les employeurs disposent de meilleurs rapports de forces pour maintenir les salaires à bas niveau. Ces plans se situent absolument dans la ligne des décisions du sommet européen de Lisbonne, où on a décidé que, pour 2010, l'Europe devait être plus dynamique que les États-Unis. Voilà la vraie raison des attaques contre la prépension et la sécurité sociale.

Le benjamin de MPLP

Le dr Thomas Engelbeen, 26 ans, est un des jeunes médecins de MPLP qui ont collaboré à l'enquête. Il travaille depuis un an et demi à la maison médicale de Genk.

«Pour moi, tout ça est nouveau. Il y a deux ans, j'étais loin d'imaginer que j'irais un jour à un piquet de grève de travailleurs. Je trouve que c'est un fameux défi: mon travail quotidien de médecin, pendant lequel je dois constater et noter les maladies aussi minutieusement que possible, reçoit maintenant un prolongement scientifique. Et ce que je trouve fantastique, c'est que notre travail scientifique a aussi un intérêt social direct. Il n'y a pas tellement de médecins qui mettent leurs connaissances et leurs capacités au service des travailleurs.»

Les autres jeunes médecins sont: Annelies Vanderlinden, Elly Vanreusel, Sofie Merckx, Martine Nieuwets, Marthe Franssen, Nele Vandenbempt et Marc Franck.

  • Vous trouverez tout sur cette étude sur www.mplp.be
  • Vous pouvez inviter un des médecins de Médecine pour le peuple à une réunion avec votre syndicat. Tél.: 089/35.97.87.

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19:51 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles, Belgique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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