11/10/2005

05/10/2005: Des réfugiés camerounais racontent leur vie quotidienne

Nous nous tuons au travail, parfois littéralement
Des réfugiés camerounais racontent leur vie quotidienne

Début septembre, à Ath, cinq étudiants camerounais s'écrasaient contre un poteau d'éclairage. La cause de l'accident? Un conducteur inexpérimenté et surmené. Leurs amis parlent de l'existence qu'ils mènent.

Riet Dhont
05-10-2005

Cinq noms: Nestor, Serge, Clovis, Siméon en Hervé. Ils revenaient de leur boulot, chez Colruyt. Ils devaient travailler très dur pour pouvoir payer le minerval de leurs études supérieures. Aujourd'hui, leurs dépouilles sont retournées au Cameroun.

«Nestor était dans ma classe, à Mons», raconte Yves, un étudiant camerounais qui rentre tout juste du travail de nuit à l'aéroport. «Tous, nous devons travailler pour payer nos études, pour louer une chambre et envoyer un peu d'argent chez nous.» Les cinq étudiants travaillaient chez Colruyt pour deux mois. Certains avaient même un deuxième boulot ailleurs, pour pouvoir payer leur minerval. Et il y a plus

«Nestor travaillait au noir. En fait, c'était un copain à lui qui avait été embauché chez Colruyt, mais celui-ci s'était vu proposer un autre boulot et c'est ainsi que Nestor a pu prendre sa place. Il y travaillait à sa place, sous un autre nom. Pour certains blancs, nous nous ressemblons tous, le patron n'a jamais vu qu'il n'était pas le travailleur qu'on avait inscrit. C'est ainsi que ça va, chez nous, nous nous aidons mutuellement pour avoir du boulot et de l'argent.»

Une bourse d'études? Pour l'élite seulement

Yves raconte: «Nous n'avons pas de bourse d'études. Chez nous, au Cameroun, il y a beaucoup de corruption. Les étudiants des familles aisées reçoivent une bourse, mais les enfants des familles pauvres, comme nous, ne doivent pas y compter. Nous devons payer 992 euros de minerval, soit 2,5 fois le mois d'un prof, au Cameroun. Un kot à Mons coûte dans les 200 euros par mois. Puis il faut encore manger et boire et nos familles s'attendent à ce qu'on leur envoie encore un peu d'argent à la maison. Pour elles, les quelques euros que nous leur envoyons représentent une masse d'argent. Le fait que je ne suis plus à charge de ma famille est aussi une solution pour elle. Je m'occupe de tout moi-même. Mais c'est travailler, tous les week-ends, pendant l'année scolaire et, en prime, les deux mois des grandes vacances. Cet été, j'ai également travaillé chez Colruyt et, pour l'instant, je fais toutes sortes de pauses à l'aéroport. Disons que j'ai encore de la chance de pouvoir faire tout ça. Mais je dois encore étudier, naturellement.»

Dans les cinq étudiants, deux étaient frères, Serge et Clovis. Il y a six mois, leur sur est décédée au Cameroun. Aujourd'hui, les parents reçoivent cette nouvelle, un vrai drame, pour eux.

25.000 euros
pour le rapatriement

«Nous voulions que nos cinq amis soient rapatriés au Cameroun. C'était un gros souci pour notre communauté camerounaise. Mais cela coûtait une sacrée somme, 5.000 euros par corps. A La Maison internationale, on a tout de suite lancé une campagne de solidarité», raconte Yves. La solidarité a été énorme et très émouvante. Des étudiants africains de partout ont tout fait pour pouvoir y contribuer. Les familles ont fini par récupérer les dépouilles de leurs enfants, grâce à cette campagne. Leur rêve, avoir des enfants diplômés, s'est écroulé. Pour nous, c'est une réalité qui mérite qu'on s'y arrête un peu.


10:46 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles, Belgique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer | | |

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