04/10/2005

05/10/2005: Les Suédois bossent-ils vraiment jusqu'à 65 ans?

Les Suédois bossent-ils vraiment jusqu'à 65 ans?

Récemment, le ministre-président flamand, Yves Leterme (CD&V), et sa ministre de l'économie, Fientje Moerman (VLD), se sont rendus en Suède pour savoir comment le gouvernement suédois parvient à faire travailler 8 Suédois sur 10 jusqu'à 65 ans. Nous avons examiné la chose d'un peu plus près.

Tom De Meester
05-10-2005

Une usine de Volvo en Suède. (Photo archives)


30% des +50 sont malades ou invalides

  • En Suède, au moins 30% des plus de 50 ans ne travaillent pas du tout, mais sont chez eux, malades ou brisés par le travail.1 Première nuance de taille.
  • 312.000 plus de 50 ans sont brisés par le travail. Ils ne peuvent avoir leur prépension et doivent s'en sortir avec une petite pension d'invalidité. Depuis 1998, lorsque les Suédois ont été obligés de travailler plus longtemps, le nombre d'invalides a plus que doublé dans cette tranche d'âge.2 Voilà le modèle suédois: travailler jusqu'à l'épuisement.
  • Le pourcentage de malades chez les travailleurs est spectaculaire: durant une journée de travail normale, 20% sont malades. C'est le pourcentage le plus élevé de tous les pays industrialisés. Officiellement, 74% de la population travaille, mais, dans les faits, en raison de l'absentéisme pour maladie, ce chiffre est de 20% inférieur.3

Si on ne travaille pas jusqu'à 65 ans,
on devient
un pensionné pauvre

  • Même au détriment de leur santé, pas mal de Suédois travaillent jusqu'à 65 ans. Tout simplement parce qu'ils ne peuvent faire autrement. Voici les faits.
  • Depuis la réforme des pensions, en 1998, tout le monde doit travailler au moins jusqu'à 61 ans. Les départs anticipés sont devenus impossibles.
  • L'âge «normal» de la pension est 65 ans. Ceux qui décrochent plus tôt sont lourdement sanctionnés, financièrement parlant. Pour chaque mois non presté, on doit céder 0,5% de sa pension. Arrêter à 61 ans, c'est donc perdre 24% de sa pension!
  • Les pensions sont si petites que les gens ne peuvent parfois pas faire autrement que de travailler et parfois même au-delà de 65 ans. En 1998, la pension moyenne atteignait encore 70% du salaire moyen net, contre 50% à peine aujourd'hui.4 Pour chaque mois que vous travaillez au-delà de 65 ans, vous recevez 0,7% de pension de plus. Officiellement, vous pouvez même travailler jusqu'à 70 ans, afin de pouvoir vous assurer une pension suffisante.

1 travailleur âgé sur 3 a un travail à sous-statut

  • Les Suédois travaillent jusqu'à 65 ans? Oui, mais quel travail font-ils? Les travailleurs plus âgés qui ne supportent plus la pression au travail ou qui sont licenciés ne peuvent prendre leur prépension et doivent donc accepter n'importe quel boulot s'ils veulent survivre.
  • Parmi tous les +60 suédois qui travaillent, 1 sur 3 doit se débrouiller avec un temps partiel!5 Belle fin de carrière, non?
  • Bien des travailleurs plus âgés, officiellement «au travail», se trouvent en fait dans toutes sortes de programme de recyclage. Dans le temps, les +55 pouvaient prendre leur prépension et l'on embauchait un jeune à leur place, un système qui s'appelait très logiquement le generation switch (changement de génération). Aujourd'hui, les travailleurs plus âgés qui n'en peuvent plus sont tout simplement licenciés. Ils sont obligés de se recycler. Même le ministère belge des Affaires étrangères le dit: «La Suède a pas mal de programmes qui, en fait, mettent temporairement au travail, recyclent ou engagent dans des programmes spéciaux des 'chômeurs invisibles'. Au total, environ 4% de la population professionnelle.»6
  • Bien des +55 se retrouvent sous des contrats à sous-statuts lourdement subventionnés. Si un employeur embauche un +55 au lieu d'un jeune, il se voit rembourser durant deux ans (tenez-vous bien!) 75% du salaire!7 Pour les employeurs, il n'est pas difficile de «créer» des emplois puisque c'est la communauté qui les paie. Mais, au bout de deux ans, ces +55 se retrouvent à la rue, évidemment. Voilà la «fin de carrière» que la Suède réserve aux travailleurs qui se sont esquintés au boulot toute leur vie.

1 «Economic survey of Sweden 2005», 9 juin 2005. · 2. OCDE, «How to reduce sickness absences in Sweden : lessons from international experience», 19 septembre 2005, tableaux p.10. · 3 Source: OCDE. · 4 Interview d'Anders Carlssons, président du Parti communiste suédois, dans Solidaire du 2 février 2005. · 5 Source: rapport du Conseil supérieur de l'Emploi, p.36. · 6 www.diplomatie.be · 7 Source: rapport du Conseil supérieur de l'Emploi, p.181.


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14:06 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles, Belgique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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