21/09/2005

21/09/2005: Y a-t-il un syndicaliste dans l'avion?

Y a-t-il un syndicaliste dans l'avion?

Le licenciement de la déléguée Maria Vindevoghel par FlightCare (Zaventem) en juillet n'est pas un cas isolé. La chasse aux syndicalistes dans les aéroports est un processus international.

Nicole Materne
21-09-2005

Les compagnies aériennes (devenues) privées sous-traitent les activités bagages, nettoyage, repas, etc., à d'autres sociétés privées. Comme Aviapartner et FlightCare à Zaventem. (Photo Solidaire, Martine Raeymaekers)

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· Tous les syndicalistes éliminés (Continental Airlines, Etats-Unis)

C'est aux Etats-Unis que commencent, dès la fin des années 70, la libéralisation du secteur aérien ­ et l'antisyndicalisme qui l'accompagne. Le cas le plus flagrant est celui du patron Frank Lorenzo qui, en 1982, rachète Continental Airlines. Il la met en faillite, ce qui lui permet de redémarrer les activités en diminuant les effectifs de deux tiers, en réduisant les salaires de 50% et bientôt en éliminant complètement toute présence syndicale de l'entreprise.

Un autre patron va déclarer que le décret sur la libéralisation du transport aérien «a été la plus grande loi antisyndicale jamais adoptée par le Congrès américain».1 Avec quelques années de retard, le même processus va envahir l'Europe.

· La déléguée Maaike Seghers licenciée (Sabena, Zaventem)

Déléguée combative de la Sabena, Maaike Seghers est licenciée en 1993, alors qu'elle est en train de se battre contre la filialisation: la vente des différentes activités de la société (réparations des avions, gestion de bagages, préparations des repas) à différentes firmes privées. Avec, à la clé, des diminutions de salaires jusqu'à 17%. Peu après, la Sabena est privatisée: cédée partiellement à Swissair.

· Le délégué Bert Verhogen licencié (DHL, Zaventem)

En 2003, Bert Verhogen, délégué actif de DHL, est licencié. Parce qu'il défend l'application de la convention collective et, en particulier, la garantie de l'emploi qu'elle contient. Un an plus tard, la Deutsche Post, maison-mère de DHL, annonce la délocalisation de son hub (aéroport principal). Environ 2.000 emplois sont perdus.

· 670 syndiqués licenciés (Gate Gourmet, Londres)

A Londres, ce 10 août 2005, 670 travailleurs syndiqués de Gate Gourmet sont licenciés. But de la manoeuvre, préparée trois mois à l'avance2: les remplacer par du personnel (encore) moins cher. La direction a calculé que les 2,5 millions de livres à payer pour les licenciements seraient largement compensés par une économie de 6,5 millions (environ 10 millions d'euros) par an sur la masse salariale. Heureusement, une grève va permettre de bloquer ce licenciement collectif. A ce jour, aucun accord définitif n'est conclu, mais le syndicat TGWU estime avoir gagné une première bataille: la direction a suspendu provisoirement les licenciements et proposé des départs volontaires (qui ne semblent guère séduire les travailleurs).

· Un délégué sanctionné (Servair, France)

En France, un délégué du syndicat Sud Aérien vient d'être sanctionné en toute illégalité par Servair S.A. pour fait de grève. Dans cette filiale d'Air France, les harcèlements à l'encontre des délégués se sont multipliés depuis qu'ils ont lancé une grève contre les restructurations.3

· Pas d'augmentation pour les syndiqués (Ryanair, Charleroi)

En mai 2005, la compagnie irlandaise Ryanair, qui opère depuis l'aéroport de Charleroi, décide d'accorder une augmentation de salaire de 3% uniquement aux travailleurs qui ne sont pas syndiqués. Le but de la manuvre est évident: se débarrasser du contrepoids syndical. Résultat: des pilotes qui portent des bagages, des hôtesses qui nettoient les avions. En Irlande, la compagnie a même porté plainte contre les syndicats.

· Le permanent syndical Frédéric De Clerck poursuivi (Virgin, Zaventem)

Permanent bruxellois du syndicat libéral pour les transports, Frédéric De Clerck s'épanche dans la presse4, en août dernier, sur les causes des catastrophes aériennes à répétition. Pour lui, il n'existe plus de mécanisme de contrôle garantissant la sécurité à l'aéroport de Zaventem. On économise dans la sécurité à cause de la concurrence et, ajoute-t-il, il n'y a plus que les syndicats pour encore alerter les autorités en cas de manquements. Suite à ses propos, Virgin (fusionnée depuis peu à SN Brussels Airlines) décide d'intenter un procès au syndicaliste.

· La déléguée Maria Vindevoghel licenciée (FlightCare, Zaventem)

Maria Vindevoghel, déléguée de FlightCare, est licenciée en juillet alors qu'elle s'oppose à l'annualisation des heures prestées et qu'elle dénonce les conditions de travail lors des chaleurs de juin. Ce qui fait déborder le vase de la direction, c'est son élection comme coordinatrice de la délégation CSC. FlightCare sait que son expérience comme déléguée combative à la Sabena peut renforcer la délégation syndicale dans n'importe quelle négociation. La liquider, c'est pouvoir mieux liquider à l'avenir les quelques droits sociaux qui subsistent dans cette entreprise.

1 ITF Bulletin de l'aviation civile, n°2, 1988, p.8 · 2 www.liberation.fr, 16 août 2005. · 3 www.sud-aerien.org, 27 juin 2005 · 4 Knack magazine, n° 34, 27 août 2005.

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Le profit tient le manche à balai

Depuis les années 90, un vaste processus de privatisation a été lancé dans l'aviation européenne. Les compagnies nationales ont été une à une livrées, clé sur porte, au capital privé.

En Belgique, la Sabena servait de repère quant aux conditions de travail et aux salaires des autres entreprises aéroportuaires. Elle a été poussée à la faillite pour qu'une entreprise complètement privée soutenue par les pouvoirs publics, prenne le relais, la SN Brussels Airlines. Coût social de l'opération: 10.000 emplois perdus, des salaires et conditions de travail revus nettement à la baisse.

Le dernier secteur d'activités à subir le processus de privatisation dans les aéroports a été l'aide en escale : bagages, nettoyage, préparation de repas, etc. L'ensemble des compagnies aériennes, aujourd'hui privées, sous-traitent ce type de service à d'autres sociétés privées. Comme Aviapartner et FlightCare (anciennement Sabena Handling) à Zaventem.

La flexibilité, les bas salaires, le recours massif aux intérimaires sont devenus monnaie courante dans les aéroports. C'est facile et ça peut rapporter gros: en 2003, chaque travailleur de FlightCare a rapporté 5.770 euros de bénéfices à l'entreprise. Soit entre trois et quatre mois de salaire moyen net.

Dernier volet de cette stratégie patronale: mettre sous sa coupe le syndicalisme, voire le faire disparaître. On empêche les délégués d'accomplir normalement leur travail, on les harcèle, on les licencie dès lors qu'ils mènent à bien leur mission : défendre les intérêts des travailleurs qui les ont élus. Tel est l'enjeu de la lutte pour la réintégration de Maria Vindevoghel.

Episode révélateur: en mai 2003, le professeur Eddy Van de Voorde, économiste des transports de renommée internationale donne une formation, à l'aide de dias, à une centaine de syndicalistes de la CSC. Thème: l'avenir de l'aéroport de Zaventem. Sur une des dias, il est indiqué: « Un aéroport avec une présence syndicale modeste» . L'économiste confie oralement qu'il avait d'abord mis « Un aéroport sans syndicat », mais que vu le public, il l'a modifiée. Cela en dit long sur les conceptions qui circulent dans les entreprises du secteur.

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12:11 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles, Belgique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer | | |

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