13/09/2005

14/09/2005: Volkswagen • Faire saigner les travailleurs pour contenter les actionnaires

Volkswagen • Faire saigner les travailleurs pour contenter les actionnaires

Si VW tousse, c'est toute l'Allemagne qui éternue. 10.000 emplois à la poubelle dans les mois à venir, selon les médias allemands. A quelques jours des élections chez nos voisins, l'évolution de VW, laboratoire social du pays, inquiète les travailleurs allemands et leurs collègues de toute l'Europe. Le directeur du personnel, Peter Hartz, proche conseiller du chancelier Schröder pour ses plans anti-sociaux, a démissionné. Un manager de choc, Wolfgang Berbhard est apparu.

Jules Verboven
14-09-2005

Une crise pour les travailleurs ou pour les actionnaires?

Entre IG Metall et les autres syndicats européens du groupe VW, un accord tacite existe pour que les diminutions de production soient réparties de façon égalitaire sur les différents sièges. (Photo archives)


Le secteur automobile international se trouve depuis 15 ans dans une crise structurelle.1 Les actionnaires en veulent toujours plus, les travailleurs sont toujours plus exploités. Une contradiction intrinsèque au système.

Un quart des capacités de production à travers le monde est inutilisé. En 2004, 52 millions de voitures ont été vendues, tandis que la capacité de production s'élevait à 67millions. En 2005 aussi les nouvelles capacités, surtout en Europe orientale et en Chine, croissent plus vite que les ventes. Ainsi la crise structurelle s'aiguise et la concurrence dans le secteur automobile devient encore plus rude. La crise chez VW fait partie de cette crise mondiale.

Chez VW 327.000 travailleurs produisent 5 millions de voitures par an. Chez Toyota 260.000 travailleurs produisent 5,8 millions de voitures. La valeur boursière (valeur de toutes ses actions) de VW s'élève à 13milliards d'euros, celle de Toyota est 7 fois plus élevée.

Depuis 2001 les bénéfices du groupe VW ont chaque année diminué. VW continue à perdre des parts de marché au profit des producteurs japonais. Les seuls bénéfices du groupe VW proviennent des services financiers et de la production des Audi.

Les 15 dernières années Chrysler, Nissan, Rover, Kia, Daewoo, Saab, Mazda et Mitsubishi ont été absorbées par de plus grands groupes. General Motors prévoit 25.000 licenciements d'ici 2008. Des sources proches de VW annoncent 14.000 pertes d'emplois, dont 10.000 en Allemagne2, sur ses 123.000 collaborateurs en Europe.

La chasse aux coûts

Pour remettre le groupe sur les rails du rendement financier la direction de VW a engagé en mai 2005 ce manager de choc, qui a fait ses «preuves» en redressant Chrysler, la fille boiteuse de Mercedes aux Etats unis, par la fermeture de 6 usines et le licenciement de 26.000personnes.

Selon le professeur allemand Dudenhöffer fin 2004 sur chaque véhicule VW, Skoda ou utilitaire la perte était de 50 euros.

D'ici 2008 la direction internationale veut arriver à un bénéfice net de 4 milliards euro, ce qui revient à un rendement des capitaux investi de 9%.

Grâce au plan «For Motion», le PDG Pischetsrieder a su diminuer les coûts de production de 1,6milliard en 2004 et de 3,1milliards en 2005; ainsi la marque VW flirte actuellement avec un rendement de zéro! La marque Audi arrive à un rendement de 4%. De 2005 à 2008 la productivité de VW devrait donc augmenter de 6% par an.3

Pour cela, Wolfgang Bernhard lance aujourd'hui «Formotion Plus». Les ventes doivent augmenter de 2milliards d'euro et l'entreprise doit économiser 5milliards de plus. D'abord sur les matériaux en diminuant encore les prix des sous-traitants, dont les entreprises ont déjà allongé le temps de travail et diminué le salaire. Ensuite sur les coûts de production et sur les frais généraux. Enfin, sur les réparations en garantie: Bernhard introduit la tolérance zéro sur le contrôle de la qualité, chaque travailleur est rendu personnellement responsable des problèmes de qualité. Un facteur de stress en plus.

Le 7 septembre, Bernhard a menacé de déplacer la production du nouveau véhicule tout terrain léger au Portugal où les coûts de production seraient de 1000 euros inférieurs à ceux de l'usine allemande de Wolfsburg. Le syndicat des métallos allemands IG Métall a protesté vivement, mais se dit prêt à examiner la question des coûts. La direction présentera un plan détaillé à la mi-novembre pour l'ensemble du groupe.

Des fermetures dans l'air?

Bernhard confirme qu'aujourd'hui toutes les possibilités sont examinées, mais qu'aucune fermeture de siège ou plan de licenciement n'ont encore été retenus.

La capacité de production mondiale de VW s'élève à 6 millions de voitures, mais les ventes stagnent à 5 millions. La surcapacité4 moyenne est donc de 20%. Selon Bernhard les coûts de production par véhicule chez VW sont de 40% plus élevés que chez les principaux concurrents.

Düdenhoffer suggère la fermeture de Forest; Wolfsburg dispose en effet de la capacité requise pour reprendre la production des 180.000 Golf prévues pour la Belgique en 2006. Le magazine Der Spiegel souligne pourtant que les petites usines de Mosel (Allemagne de l'Est) et de Forest sont plus performantes que la maison mère. Probablement un signal à IG Metall pour ne pas être trop rigide dans les négociations.

Comment briser la spirale vers le bas?

Le besoin urgent d'un front syndical de refus au niveau européen se fait sentir. Entre IG Metall et les autres syndicats européens du groupe VW existe un accord tacite que les diminutions de production soient réparties de façon égalitaire sur les différents sièges. Cet accord est aujourd'hui sous le feu des Bernhard et autres Düdenhoffer.

Du changement chez IG Metall?

Ces derniers mois, la résistance au sein d'IG Metall s'est accrue. Ni la direction d'IG Metall, ni la DGB appellent à voter Schröder comme en 2002. Les syndicats ne donnent pas de consignes de vote.

Au lieu de combattre le chômage le gouvernement Schröder a combattu les sans-emploi par la réforme de Hartz IV(voir ci-joint); ceci a refroidi les syndicalistes par rapport à la politique du SPD. Nombreux sont les syndicalistes qui mènent campagne pour le Parti de la Gauche (voir page 13) avec un T-shirt ex-SPD.

Un deuxième axe de discussion au sein du mouvement syndical concerne le modèle de gestion paritaire allemande, la Mitbestimmung. Depuis l'éclatement du scandale (voir cadre) de corruption et de débauche ce modèle pour le mouvement syndical est remis en question.

Le management patronal comme le mouvement syndical entrent dans une nouvelle phase. Leurs contradictions sont aujourd'hui plus aiguës qu'hier. Avec la démission de Hartz et l'arrivée de Bernhard, les méthodes de gestion comme les approches syndicales vont changer de caractère.

1 Junge Welt 19-07-2005, Das «VW-System»und die grosse Politik · 2 FAZ du 6.09.2005 ·3 FAZ, 07.09.2005 · 4 Les usines peuvent produire 1 million de voitures de plus qu'ils ne font. 1 million sur 5 millions cela fait 20 %.

> Top

La période Hartz: augmenter l'exploitation sans licenciements, ni fermetures, ni grèves

La réforme Hartz IV réduit la durée de l'allocation de chômage payée par la sécurité sociale de 32 à 12 mois et pour les plus 55 ans à 18 mois. Après 12 mois, les sans-emploi et les assistés sociaux relèvent d'une caisse unique qui paye 345 euros par mois à l'Ouest et 331 euros par mois à L'Est.
(Photo www.arbeiterfotografie.com)

- Cliquez sur la photo pour l'agrandir -

Peter Hartz, ancien directeur du personnel à VW et conseiller de Schröder, membre à la fois du SPD (parti socialiste allemand) et d'IG Metall, symbolise le modèle allemand. C'est-à-dire?

Depuis son arrivée, à la direction générale du personnel en 1993, la part des coûts de personnel serait déjà descendue de 25% à 15%, selon Uwe Fritsch, président du conseil d'entreprise à VW Braunschweig1.

En 1993 Harz avait une première fois pu sauver 30.000 emplois par une diminution du temps de travail de 35 à 28,8 heures, soit de 20% avec une perte de salaire de 15%.

Il est également connu par l'expérience 5000 x 5000, à Wolfsburg, où les travailleurs prestent 35 heures en moyenne par semaine mais ne terminent jamais leur journée avant que l'objectif de production ne soit atteint. Les heures supplémentaires ne sont pas payées, mais récupérées. VW a toujours été un laboratoire social.

En automne 2004 Hartz a conclu une nouvelle convention collective avec IGMetall prévoyant un gel des salaires durant 28 mois et le doublement de la flexibilité horaire ­ un flottement de 400heures plus ou moins par an ­ en échange d'une garantie du maintien de l'emploi jusque 2011, sauf élément de force majeure extérieure. Le salaire des nouveaux engagés est fixé au niveau du secteur Métal, soit 20% en moins. Ainsi VW aurait pu éviter une deuxième fois 30.000 licenciements.

Depuis 1993 les ouvriers de VW Allemagne ont donc déjà fait de grands sacrifices et perdu une partie considérable de leur pouvoir d'achat.

Mais Hartz est aussi l'inspirateur de plusieurs plans anti-sociaux qui ont marqué les années Schröder (1998 - 2005).

Ainsi, la réforme Hartz IV réduit la durée de l'allocation de chômage payée par la sécurité sociale de 32 à 12 mois et pour les plus de 55 ans à 18 mois. Après 12 mois les sans-emploi et les assistés sociaux relèvent d'une caisse unique qui paye 345 euros par mois à l'Ouest et 331 euros par mois à L'Est2. Cette deuxième catégorie est obligée d'accepter des jobs à 1 euro de l'heure.

1 Unsere Zeit 15 juliet 2005 · 2 Hartz-Lexikon Arbeitslosengeld II - sueddeutsche.de - Wirtschaft

> Top

Les scandales à VW: corruption, voyages et prostitution

À VW 18,2% des actions sont aux mains de l'état de la Basse-Saxe, ce qui lui procure 20% des voix et donc pratiquement un droit de véto. Pour pouvoir décider de l'implantation ou de la fermeture d'une usine il faut deux tiers des voix dans le comité de surveillance de VW qui compte dix représentants des travailleurs et dix représentants des actionnaires. Le président, le Dr.Pischetsrider, dispose de deux voix.

Ces dernières années, le Comité de surveillance de VW a dépensé 780.000 euros sans justification. Cet argent a servi à des voyages et à des services de prostituées de luxe. En même temps certains membres du Conseil d'administration, dont son président Volkert, responsable du syndicat IGMetall, auraient investi «leur» argent dans des sociétés de sous-traitance de VW en République Tchèque. Le syndicat IGMetall a condamné immédiatement cette pratique comme illégitime pour un représentant des travailleurs et l'a démis de toutes ses fonctions.

Le grand social-démocrate et directeur du personnel Hartz a donné sa démission soi-disant pour prendre la responsabilité politique de l'affaire. Mais Hartz lui-même aurait fait appel aux services sexuels d'une Brésilienne qui aurait reçu 23.000euros par trimestre de VW.

Pourquoi des scandales au début juillet?

Le refus d'IG Metall d'introduire des pauses de 10 heures pour diminuer le travail de nuit et arrêter le paiement des primes de nuit y afférant en juin 2005 a été très mal perçu par le management de VW. En 2004 la direction de VW avait exigé un gel salarial. Les salaires devaient diminuer de 20%, ils devaient atteindre le niveau de ceux des nouveaux engagés. IG Metall avait mené la résistance et appelé à une grève générale d'avertissement grâce auquel il a pu limiter la période de gel à 28 mois et obtenir une prime de compensation de 1000euro.

Pour le capital, tout ceci a été inacceptable. Lors de la première confrontation six mois plus tard ils ont préféré sacrifier quelques hauts cadres et syndicalistes profondément impliqués dans la cogestion magouilleuse ­ sans aucun doute connue depuis belle lurette dans les cénacles du pouvoir - pour affaiblir la résistance syndicale et marquer un point de rupture avec la période Harz de cogestion non conflictuelle.

> Top

La direction de VW-Forest veut détourner l'accord interprofessionnel

Légalement, la direction de VW-Forest doit payer les 4,3% d'augmentation de l'accord interprofessionnel, mais elle exige que ces 11millions de dépenses soient immédiatement récupérés dans la convention collective de travail (CCT) par, entre autres, la suppression des jours d'ancienneté (1,8 millions d'euros) et de la pause «mallette» payée de 20 minutes. (8 millions d'euro).

Las des provocations patronales les trois syndicats ont quitté la table de négociations. Het Laatste Nieuws, journal libéral flamand n'a pas attendu pour montrer du doigt les syndicats. Ils mettraient l'entreprise dans une mauvaise posture vis-à-vis de la direction en Allemagne et même en danger l'emploi. Il s'agit de 11millions d'euros sur un budget global de 88,9milliards en 2004.

Le journal ne mentionne pas que la productivité à VW Belgique a augmenté de presque 10% rien que sur les sept premiers mois de 2005. Depuis les congés, le montage tourne déjà à 362 voitures au lieu de 360 par équipe avec 20 hommes en moins. Un ouvrier désespéré a crié «assassin» dans le dos d'un chronométreur et a été menacé de sanction pour insulte par le service du personnel.

> Top


 Envoyez vos réactionsréagirImprimerimprimer

20:10 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles, Belgique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer | | |

Les commentaires sont fermés.