12/09/2005

07/09/2005: Hier encore, il faisait le salut nazi. Aujourd'hui, il est choyé par la presse israélienne

Hier encore, il faisait le salut nazi. Aujourd'hui, il est choyé par la presse israélienne
Filip Dewinter: cherchez les sept erreurs

Filip Dewinter, l'héritier politique des nazis flamands, minimise aujourd'hui la collaboration dans un journal israélien tout en y professant son amour pour Israël. Le gros bras du Vlaams Belang serait-il resté trop longtemps au soleil?

Thomas Blommaert
07-09-2005

Breendonk, mai 2005. Une soixantaine de personnes se souvenaient de la libération du joug fasciste au Fort de Breendonk. Parmi elles, Regine Beer, une femme d'origine juive. En 1943, elle a 22 ans et arrive à Auschwitz. Aujourd'hui, les héritiers du nazisme lancent une offensive de charme envers les peuples qu'ils voulaient exterminer. (Photo Solidaire, Catherine Dijon)

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Les élections communales s'annoncent et les Anversois d'origine juive l'auront appris. Dans une longue interview accordée au journal israélien Ha'aretz, le dirigeant du Vlaams Belang (VB, ex-Vlaams Blok) Filip Dewinter ­ qui veut conquérir l'écharpe mayorale d'Anvers en 2006 ­ se met à plat ventre. Il n'a rien à voir avec les négationnistes de l'Holocauste, il est hostile aux néo-nazis, il qualifie d'erreur la collaboration durant la Seconde Guerre mondiale et entend sceller une alliance avec Israël contre les musulmans. On frise même le pathétique lorsque le journaliste remarque, au mur de son bureau, ni plus ni moins qu'un drapeau... israélien.

A l'extérieur, on joue au parti des travailleurs, au Parlement, on vote des lois qui les feront travailler plus longtemps. Sur la rive droite, on prône l'extension du port d'Anvers, sur la rive gauche, le maintien des habitants dans leur petit village de Doel. Les gens du VB se font toutefois plus souvent remarquer par leur travail de louvoiement. Mais que diable les citoyens doivent-ils penser d'une telle offensive de charme de l'extrême droite en direction de la communauté juive? Solidaire a posé la question à quatre spécialistes.

«Le fondateur du Blok a comparé l'invasion nazie au début des grandes vacances»

«Dans la bouche de Dewinter, il n'y a pas de condamnation claire ni explicite de la collaboration, déclare l'avocat du PTB, Norbert van Overloop. A ses yeux, les collaborateurs étaient des idéalistes, des combattants de la "cause flamande". Dewinter ne peut condamner la collaboration, puisque c'est de cette même collaboration qu'est né son parti ! Karel Dillen, le fondateur du Vlaams Blok, est clair à ce propos : "Je le dis franchement, pendant la guerre, j'étais un partisan passif de ce qu'on appelle communément l'Ordre nouveau." 1 Et il comparait l'invasion nazie à un début anticipé des grandes vacances.

Dans son interview, Dewinter parle également de son idole, le collabo nazi Staf De Clercq, l'homme qui avait déclaré : "Nous sommes inconditionnellement fidèles à Adolf Hitler. Les Flamands sont des Germains. (…) La Flandre doit entrer totalement dans l'Ordre nouveau issu de la révolution national-socialiste. C'est pourquoi nous serons racistes, anti-anglais et anti-juifs." 2Ce qui, chez Dewinter, devient : "Il est l'un des dirigeants historiques de notre parti. (…) Les juifs doivent savoir que ce n'est pas si simple que ça en a l'air. Tous les collaborateurs ne voulaient pas tuer les juifs. La plupart avaient d'autres motivations."

Le but du racisme est de diviser et d'affaiblir la classe ouvrière. En époque, de crise, c'est un instrument des super-riches pour imposer guerre et exploitation. Hier, il s'agissait de racisme anti-juif, aujourd'hui, surtout de racisme anti-arabe. Le racisme anti-juif a débouché sur la tuerie de masse de juifs. Sur quoi va déboucher le racisme anti-arabe? »

1 Hugo Gijsels, Open je ogen voor het Vlaams Blok ze sluit, Kritak 1994, p. 14 · 2 Ibidem, p. 33

«Dewinter dit la même chose que le fondateur du sionisme»

«Dewinter veut absolument devenir bourgmestre d'Anvers et, de ce fait, toutes les voix sont importantes, résume l'écrivain Lucas Catherine, spécialiste du Moyen-Orient.

Ce n'est pas un hasard s'il envoie son message au monde via Ha'aretz. Ce journal s'adresse aux juifs libéraux d'Europe, fortement représentés à Anvers.

S'il n'est pas étrange que Dewinter arbore un drapeau israélien dans son bureau? N'oubliez pas que la droite antisémite européenne a traditionnellement offert son soutien à l'Etat d'Israël. Par réflexe antisémite, il est vrai: "Il vaut mieux voir les juifs là-bas qu'ici." Pour un antisémite comme Dewinter, ce n'est donc pas une "faute" d'être pour Israël.

Ce qui joue aussi, c'est la vision de Dewinter quant à la culture occidentale. Le Vlaams Belang joue beaucoup sur le prétendu danger musulman et, sur ce plan, considère Israël comme un allié. Dewinter dit qu'Israël est la seule démocratie au Moyen-Orient. Il y a un siècle déjà, Theodor Herzl, le fondateur du sionisme, présentait ainsi l'idéologie à la base de l'Etat d'Israël: "Nous serons un avant-poste de l'Europe contre la barbarie".»

«En premier lieu, le VB veut faire une percée chez le patronat flamand»

«Dewinter semble en route pour se muer en avatar flamand de Fini [le fasciste italien qui s'est embarqué avec le Premier Berlusconi], réagit Jos Vandervelpen, avocat, président de la Ligue des Droits de l'Homme et écrivain spécialisé dans l'extrême droite. Non qu'il aille si loin car, pourcela, il a besoin d'un Berlusconi derrière lui. Et ce n'est pas le cas pour l'instant. Mais ce qu'il fait maintenant se situe dans la ligne de ce qu'on peut en attendre. A mesure que le Vlaams Belang se rapproche du pouvoir, le parti est obligé de raboter sa rhétorique. Il traverse une phase dans laquelle il tente de nouer des liens avec les milieux financiers.

Si Dewinter a l'occasion d'atteler à sa charrette quelques pontes du secteur diamantaire anversois, il ne la laissera pas passer. Mais ce n'est pas une priorité, pour cet homme. Le VB a un programme économique axé clairement sur le soutien des patrons flamands et du capital européen. Ce n'est pas un hasard si le parti fait actuellement des efforts pour plaire à ces gros et moyens entrepreneurs flamands.»

«L'an dernier, il y a encore eu la commémoration de Staf De Clercq»

«Dewinter est un incroyable opportuniste, explique Marc Spruyt, cheville ouvrière de l'observatoire Blokwatch. Il ne laisse passer aucune occasion d'être dans les bonnes grâces de la communauté juive. Même si, pour ce faire, il lui faut récrire sa propre histoire. Dewinter s'adapte comme un vrai caméléon au public auquel il s'adresse. Il serait beaucoup plus courageux d'aller raconter ça au milieu qu'il hante normalement. Ses discours sont inconsistants par rapport à ce que pense le VB de la collaboration, car le parti exige toujours l'amnistie inconditionnelle des collabos, sans qu'il soit question d'un quelconque aveu d'erreur. L'an dernier, Voorpost, une association qui s'appuie sur le VB, a encore organisé une grande commémoration de Staf De Clercq. Le VB Magazine avait même mis une annonce. Aussi, en tant que déclaration, ce genre d'interview ne vaut-il pas tripette.»

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Plusieurs livres, notamment de Jos Vandervelpen, sont disponibles au PTB-shop, bd M. Lemonnier 171, 1000 Bruxelles, 02/50 40 112,


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22:14 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles, Belgique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer | | |

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